XI.IX
FRANCESCA D'ARIMINO.
FRANCESCA D'ARIMINO.
Parmi ces grands vieillards, poétique phalange, Créateurs glorieux qui restent quand tout change Volcans qui débordaient en laves de concerts. Il en est dont la tète est géante et s'élève De toute la hauteur d'une tour sur la grève. De toute la hauteur d'un mont sur les déserts.
Tels le vieux Portugais qui briguait, loin du trône, Le pain du mendiant sous les murs de Lisbonne; L'homérique Milton, l'immortel Florentin; Hommes prédestinés que rien n'a couvert d'ombre, Et dont chaque tableau majestueux ou sombre Est un parfum d'aurore, un reflet de matin.
Mais je préfère encore aux récits tiers et graves Ces gracieux tableaux pleins de douleurs suaves; Et, comme aux frais jardins on cherche tour à tour La fleur la plus cachée et la plus odorante. J'aime à chercher aussi quelque page enivrante Marquée au double sceau de tristesse et d'amour.
Et je m'arrête alors : — parmi ces cœurs de femmes Qu'un douloureux amour a rongés de ses flammes, Parmi ces cœurs aimans à qui l'espoir manqua, Il en est que notre âme, où le deuil a son charme. Colore d'un jour tendre, embaume d'iuie larme : — Ainsi je rêve el pleure au nom de Franeesca,
Do Frnncesca (\uv Dante; a peinte, liiimhlo colombe Dont Taniour prit racine à côté de la tombe. Que le sort étouffa dans ses anneaux de fer; De cette Francesca si promptement ravie. Qui fière d'un aveu le paya de la vie, Heureuse d'un baiser, l'expia par l'enfer!