ANNA
C'est Anna riante et blonde, Anna qu'on voit tour à tour Mirer ses (grands yeux dans Tonde, Et chanter un chant d'amour :
Anna que j'aurais nommée Du doux nom de bien-aimée.
Si mes vœux n'étaieni aillonrs;
m. Anna dont la renommée
A grandi sous tant de pleurs.
Vovez-la joyeuse et belle Folâtrer dans nos vallons, Et sourire et derrière elle Rejeter ses cheveux blonds; Voyez-la, quand sa main cueille La rose ou le chèvre-feuille, Courir le long du ruisseau.
Plus légère que la feuille.
Plus volage que l'oiseau.
Voyez-la dans la charmille Saisir le papillon bleu ; Voyez-la, quand son œil brille Et lance un regard de feu :
Eleur entre les fleurs nouvelle;s, Fleur charmante comme celles Qu'avril se plaît à semer.
AMOTR ET FOI. 35
Belle nicjme entre les belles, Comment la voir sans l'aimer !
Et pourtant ce frais sourire N'a-t-il donc rien de fatal ?...
Puis- je Tadmirer sans dire Que sa beauté fait du mal ?
Souvent le jeune homme avide A senti son cœur plus vide En l'abandonnant le soir, Et plus d'une âme timide S'est consumée à la voir.
\ai\ surtout, lui que mon âme Redemande avec douleur; Lui qu'une précoce flamme A dévoré daUvS sa fleur :
Lui que j'ai cessé d'attendre, Et qui seul savait m'entendre Et que j'ai connu trop peu; Lui dont l'amitié si tendre A fini par un adieu.
Il vit la beauté volage,
Il la vit aux plus beaux jours.
Dans ces fêtes de village
Que le regret suit toujours.
D'abord il n'eut point d'alarmes.
Il ne trouvait que des charmes
A la voir, à l'adorer;
Mais quand il sentit des larmes,
Il vint à moi pour pleurer.
Il vint dans son noir délire, Il prit ma main dans sa main.
Et, sans oser rien me dire.
Posa son front sur mon soin ;
AMOl H KT FOI. 37
lù son lialciiic oppressée, Et sa voix deml-|)lacéer Me brisèrent tour à tour :
J'avais compris sa pensée^ J'avais deviné l'amour.
Et pendant cette heure même De tristesse et d'abandon, 11 ne dit point ce mot : J'aime î il ne prononça qu'un nom :
Nom ravissant, nom céleste.
Dont chaque syllabe reste Au fond de mon souvenir.
Ilélas! par ce nom funeste J'apprenais son avenir.
Et maintenant, que je meure.
Que je vive, il n'est plus là; Et j'ai revu sa demeure Sans ([ue sa voix m'ap[)elà(.
Il reviendra, je l'espère; Dieu lui garde son vieux père; Dieu, qui savait leur amour, INe voudra pas qu'une pierre L'attende seule au retour.