HYMNE DU SIECLE
Le jour, voilà le jour. — Que sa lumière est molle! Quels torrens de parfums sur les flots et dans l'air! L'horizon qui se pare étend comme un èelair Son manteau radieux sur la nuit qui sVnvole.
Eveillez-vous, fleurs de l'été, rieurs que le vent earesse à Tombri^ de ees voûtes;
Et toi, la plus belle de toutes, Éveille, éveille-toi, timide volupté!
3Pic6 ivac Dice iiia , Soivci ôccluin in fuDillo , ®e6tc JI)aln^ cum SijbiUa.
Volupté, Volupté, toi seule nous consoles,
Toi seule est le charme du cœur;
Laissons le doute et la terreur Au vulgaire abruti par ses visions folles : Volupté, viens à nous, volupté, c'est ton jour; Viens, et chassant la peur de l'éternel supplice,
Que notre âme s'épanouisse
Au rayon divin de l'amour.
(îtuantue Irnnor ret futurue, (Êtuantia \\ùcï rôt ycnturue, Cuncta elriclc ^i6ClIô6urue I
AMOl R RT FOI. 49
Oh! l'amour, seul désir, seul besoin de nos âmes, L*amour par qui je meurs; — accourez, blanches femnios.
Accourez vite auprès de nous :
Répandez vos concerts sur ma tète amollie Par les fleurs et les chants, jusqu'à ce qu'elle plie.
Et retombe sur vos genoux.
Subit mirum sparcjcne ôomim JPcr ecpulcra rc cjiouum , Coigct umncô antc tl)romim.
Amis, je les entends. — Vous avez fait un signe. Et leur troupe légère a rapproché ses pas.
Plus gracieux qu'un vol de cygne; Et, comme un lierre aimant, comme une tendre vigne.
Leurs bras semblent chercher nos bras.
Moïe ôluprbit ci nainva €um r^ôurcjct crratura 3uMfanti rcôponôura.
Héléna, Phalaïs, que m'importe la gloire,
La gloire, rêve ardent d'un cœur inoccupé,
Pourvu que mon front dorme entre vos mains d'ivoire,
Dans quelque beau vallon riant comme Tempe?
3n qua totum continetur, llnîre munîïU6 juîïiatur.
Le chœur bruyant s'éloigne. — Ecarte, ô bien-aimée, Ecarte ces rameaux mystérieux et frais; Nous n'avons pour témoins que les vieilles forets : Ecarte ces rameaux; — leur voûte refermée Ensevelira nos secrets.
3uî)ci' cxQO cum scîïebit €tui^(lui^ latft appan'bit, Uil inuUum vcmancbit.
AMOIR F:T foi. 51
laisse, oli ! laisse ta main Lrcssaillir dans la niicnni?, Poneho-toi siii* mon cœur. - O |jracieuse enlantî Pourquoi, lorsque mon bras t'enlace et te ramène. Pourquoi trembler connue le Faon?
Clui^ 6um miôcr lune Mcturus?
(Étufin patronum roigaturus €iim vix iu9tu6 eit 5ccuru6?
Laisse, oh! laisse flotter le long de tes épaides Tes cheveux qu'un doux parfum suit:
Ne crains pas, cher amour, — ce bruit, ce faible bruit.
Ce n'est qu'un jeune oiseau qui chante sous les saules.
Laisse, oh! laisse flotter sur tes blanches épaules Tes cheveux plus lïoirs que la nuit.
Ecr trcmcnî»ac maicetatis, €lui ôalDa^^o ôiilime iiratii?, Salua me ïom pirtalis.
Ah! devant cette ivresse où notre âme se plonge,
Terreurs de l'avenir, n'étes-vous pas un songe?
Eccortare, Icsn pie, €tu0Îï ôum cama tuae t)iae, Yic me perlas illa îrie.
Aimons, n'attendons pas que l'heure soit passée;
Laissons une tourbe insensée S'écrier qu'en ce monde il n'est pas une fleur, Une seule où la main ne se sente blessée
Par l'épine de la douleur.
Que nous importe à nous qu'au-delà de la tombe Leur délirant effroi rêve une affreuse nuit?... La vie est un flot pur qui ne court et ne tombe
Qu'à l'Océan pur comme lui.
Ctuaerenô me seMsti laesus, Re^emi6ti erucem paseus, ®antu9 labor non sii caesuô.
AMOUR F/r FOI 53
Atomes d'iiii instant, nés de la Fanjje immonde, Qui vous a dit que Dieu, ce suprême moteur. Descendra jusqu'à vous de toute sa hauteur?... Frères, qui vous a dit que son œil scrutateur
S'ouvre incessamment sur leFmonde?
Ail! vous rabaissez trop cet Etre indéfini; Ah! vous élevez trop l'homme, ce |jrain de sable,
Parcelle obscure et misérable,
l^ancée à travers l'infini.
3mic \\xbex ulliuniô , Donum ïac rcmiôôionie, îlntf ^i^n nitionis.
Mais le jour baisse, adieu! — Ta main m'échappe, arrête.
Oh! pourquoi ce cruel départ, Pourquoi ce triste adieu jeté comme au havsard.
Et qui vient clore toute fête ?...
Heste, oh! reste. — Mais non, tu détournes la tète. Et mon àme se meurt à ton deinier rej;ard.
îîii^cmiôco tauquam rem^ Culpa rubet tmltus meue , ôuppUcûitti parer Beue.
La voilà déjà loin. — Oh! quittons cette place, Cette place où mon œil ne doit plus la revoir; Quittons-la. — Je ne sais, mais cet adieu me [jlace 0 mon âme, faut-il qu'un jour si beau s'efface, Et que le bonheur ait un soir!
Jpcaatricrm ûbeolriôti €t latroncm cjiaubiôti ; ÛX\\]i quoque spem ^c^i9ti.
Tout s'éteint, — la nuit tombe, — un rideau s'amoncelle; Plus de beauté riante au coup d'œil virginal. Plus d'amour. — La nuit tombe, elle abat sa grande ailo Froide el silencieuse. — Oh! la nuit me fail mal.
pn'ccô mcac non ôiuit Mivicif , îricî» tu bonuô tac bcnic\nc \\c piTcnni crnucv ic\nf-
Ixi nuil ! - elle environne un ciel terne et sans flamme. La nuit! — elle est partout et jusque dans mon àme.
3ntcr 0î)C6 locum pracsta , (Et ab l]acMô me scqucetra, ôtatucne in parte î>citra.
Me voilà seul ici: — point de voix qui me nomme. Point de regards autour. - iVle voilà seul, j'ai peur : Mon sein bat et se gonflel — Ah! le d€\stin de l'honmie Serait-il de trembler on face do son oœui ?
Confutatb malcMctiô JHammiô acribuô a^^ictt^, lloca me cum bcnc^icti6.
Qu'ai-je entendu?... D'où vient cette parole amère?. Quand j'ai crié : Bonheur! qui m'a crié: Chimère!
®ro ôuppUjT et ûccUniô, €or fontritum quasi cinie, (êcYc cnvam mci finis.
Chimère!... eh quoi ! les vœux, les instincts de nos âmes, Illusion semée à travers le chemin,
Espoirs rians, secrètes flammes,
Tout cela pâlirait demain !...
Nos plaisirs les plus doux se changeraient en crimes. Fantômes qui prendraient place à notre côté,
Aux rayons vengeurs et sublimes
De l'immuable Eternité!...
Ah ! chassons-le plutôt de ma lèvre tremblante Ce mot d'éternité qui suit partout mes pas... L'Eternité!... mensonge, image décevante!...
Qu'un autre y croie et s'épouvante;
L'Eternité!... Je n'en veux pas!
AMOL'U F/r FOI. 57
CiUTijinosa Mr«3 ilUt (EXwa rfôurivi ex t'auiUa.
3uî)ican^u6 Ijomo rcus, i^uic rrcio pane Dnieî
J/Flternité!... vain nom que ma langue repousse!...
Ah! l'existence oisive et douce, Femmes et fleurs, voilà mon seul bien, mon seul vœu. Revenez, revenez. — Oui, le ciel se colore. —
Qu'ai-je aperçu ?... d'où part cette san^jlante aurore ?... Fst-ce le jour?... Mais non; — si c'était l'autre... ô Dieu !
pif 3f6ii Domine , Dona ciô requiem î