SOUFFRANCES D'HIVER
Le souffle de l'autoinne a jauni les vallées, Leurs feuillajjes errans clans les sombres allées Sur le gazon flétri retombent sans couleurs. Adieu l'éclat des cieuxî Leur bel azur s'altère, Et le soupir charmant de l'oiseau solitaire A disparu connue les fleurs.
L'aquilon seul gémit dans les campagnes nues : Tout se voile; les cieux, vaste océan des nues, Ne reflètent sur nous qu'un jour terne et changeant L'orage s'est levé, l'hiver s'avance et gronde, L'hiver, saison des jeux pour les riches du monde, Saison des pleurs pour l'indigent.
Oh! le vent déchaîné sème en vain les tempêtes. Heureux du monde ! il passe et respecte vos fêtes : L'ivresse du plaisir embellit vos instans; Et, malgré les hivers, vous respirez encore Dans les tardives fleurs que vos soins font éclore. Un dernier souffle du printemps.
Et le bal recommence, et la beauté s'oublie Aux suaves concerts de la molle Italie, A ces accords touchans de grâce et de langueur; Et, bercée à ces bruits qu'un doux écho prolonge, Volrc âme à chaque instant traverse comme un songe Tous les prestiges du bonbeiu'.
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Mais la douleur aussi veille autour de sa [)roie. — Soulevez, soulevez ces lou|js rideaux de soie Qui défendent vos nuits des lueurs du matin. Hélas! à votre seuil que verrez-vous paraître?... Quelque femme éplorée, ou bien encor peut-être Un vieillard tout pâle de faim.
Oh! vous ne savez pas ce qu'on souffre à toute heure Sous ces toits indigens, frêle et triste demeure, Où l'aquilon pénètre et que rien ne défend : Non, vous ne savez pas ce que souffre une mère Qui, glacée elle-même au fond de sa chaumière, ^ Ne peut réchauffer son enfant!
Non, vous n'avez pas vu ces fantômes livides Sous vos balcons dorés tendre des mains avides; l^e bruit des instrumens vous dérobe à moitié Ce cri que j'entendais au pied de vos murailles. Ce cri du désespoir qui va jusqu'aux entrailles... Oh! pitié, donnez par pitié!
Pitié pour le vieillard dont la tête s'incline! Pitié pour l'humble enfant! Pitié pour l'orpheline Qu'un peu d'or ou de pain sauve du déshonneur ! Ils sont là, leur voix triste essaie une prière. Dites : Resterez-vous aussi froids que la pierre Où s'agenouille la douleur ?
Je le demande au nom de tout ce qui vous aime; Je le demande au nom de votre bonheur même, Par les plus doux penchans et par les plus saints nœuds; Et, si ces mots sacrés n'ont pu toucher votre âme, S'il faut un nom plus grand, chrétiens, je le réclame Au nom du Christ, pauvre comme eux.
Donnez: ce plaisir pur, ineffable, céleste, Est le plus beau de tous, le seul dont il nous reste Un charme consolant que rien ne doit flétrir; L'àme trouve en lui seul la paix et l'espérance. Donnez : il est si doux de rêver en silence Aux larmes qu'on a pu tarir!
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Domiez : et quand viendra cette heure où la pensée, Sous le vent de la mort lan|juit tout oppressée, Le frisson de vos cœurs sera moins douloureux; Et quand vous paraîtrez devant le juge austère. Vous direz: J'ai connu la pitié sur la terre, Je puis la demander aux cieux !
lUYONS DE PRINTEMPS.