XLII. — La contradiction apparaît d'abord dans le lan
fage des mystiques. U leur est impossible de parler de amour divin sans employer continuellement les images de Famour charnel :
On pent dire, avec Denis le Chartrenx, que le dim Eponx, voyant l'âme tout éprise de son amour, se communique à elle, se présente à elle, l'embrasse, l'attire au dedans de lui-même, la baise, la serre étroitement a?ec une complaisance merveilleuse...
On peut dire, avec saint Bernard, que cet embrassement, ce baiser, eette touche, cette union, n'est point dans l'imagination ni dans les sens, mais dans la partie la plus spirituelle de notre être, dans le plus intime de notre coeur, où l'âme, par une singulière prérogative, reçoit ton bien-aimé, non par figure, mais par infusion, non par image, mais par impression... (Bossuei, Sur l*MHion de Jéétu-CArisi avec ton éjxmiâ.)
Peut-être ce matérialisme d'expression, dont les exemples rempliraient des volumes , fut-il nécessaire au commencement pour enlever les cœurs égarés au matérialisme de la débauche, et c^est pourquoi je ne saurais faire de semblables textes un motif d'accusation contre les mystiques. Quelle puissance de chasteté n'a-t-il pas fallu à ces hommes, un saint Bernard, un Fénelon, un Bossue t, pour faire passer un langage qui, appliqué à son objet légitime, serait presque obscène! Je ne le redouterais même pas si les conséquences devaient s'arrêter là, pour des enfants. Ce n'est pas dans les paroles que gît le mal : il est dans ridée, qui fait de Dieu l'objet d'un amour dont l'union coAjugale est déclarée, par article de foi, indigne.
Adam, notre premier père» a'étant âevé contre Dieu, perdit aossitôt l'empire natniél qu'il avait tor ses appétits. Sa désobéissance fut vengée par «M aïOlre désobéisianoe. Il sentit nne rébellion â laquelle il ne
103 AMOUR ET MARU6E
ifêmiêÊèiS^ Mii êl M pÊtOê liiMrffitni r était loOpdftéBMBl MÉtaffo contre la raison, il resta tout oonfîis de ce qtt'il ne poutaii la tèàtàrûm Mais ce qa'il y a de plus déplorable, c'est que ces convoitises bnitalea qui s'élèvent aans nos sens, ft la confusion de l'esprit, aient tA grande part à notre naissanea. De là tient je ne sais quoi de honteux^ à canso qutf nous venons tons de ces Appétits déréglés qui firent ton^ noti»
Eremier père. Tomprenez, s'il vous plaît, ces vérités, et épargnes-nKÂ i pudm de repsi^r eaoore nne fois sor des choses si pleines d'ignominie, et toutefois sans lesquelles il est impossible que vous entendiez ce que c'est que le péché d'origine ; car c'est par ces canaux que le venin et la peste découlent dans notre nature. Qui nous engendre noua tue. Nous recevons en même temps, et de la même racine, et la vie dn corps et la mort de l'Âme. La masse dont nous sommes formés étant infectée dans sa source, elle empoisonne notre Ame par sa funeste oon* tagion... (BossuEi, Sermon êur ia/éie de la ConêepêUm de la iainiê Fierté.)
Quelle âme de bone pourrait se scandaliser d'un pareil langage? Bôssnet est aussi chaste que sublime lorsqu^il parle de Tamour et de tout ce qui lui appartient : Miiton seul peut lui être comparé. N'est-ce pas une belle et noble chose d'avoir su, par la force du mysticisme, faire oublier le sens matériel des mots, pour ne faire penser qu'au sentiment? Nos romanciers font juste le contraire : eous des paroles honnêtes, leur talent et leur but est de faire penser aux choses qui le sont le moins. Cherchez, dans toutes les littératures du monde, quelque chose qui approche de cet autre passage :
n est nn endroit, ô SeigneuTi où le diable se vante d'ôtre invincible | il dit qu'on ne l'en peut chasser : c'est le moment da la oonceptionj dans lequel il brave votre pouvoir. ••
Quand je vois mon Libérateur dans cette étroite et volontaire prison (du sein maternel), je dis quelquefois à part moi : Se pûUrrâit-il bien faire que Dieu eût voulu abandonner au diable, quand ce n'aurait été qu'un moment, ce temple sacré qu'il destinait à son fils, ce saint taber* nade où il prendra nn si long et si admirable repos, ce lit tout virginal où il célébrera des noces toutes spirituelles avec notre nature? C'est ainsi que je me parle à moi-même. Puis, retournant an Sauveur : Béni enfant, lui disge, ne le souffres pas, ne permettes pas qua votre mèra soit violée ! Âh ! que si Satan osait l'aborder pendant que, demeurant en elle, vous j faites un paradis, que do foudres vous feries éclater sur sa tête \ AVic queUe jalousie voua défsndriea l'honnsur %\ l'innffvtryy 4eY9trsmirfl..f
AMOUR ET MARU6£ m
Et fl éomtot^ comme Pio DC «t ionlè l'Eglise Ttenoml
de conclure :
8î done nous rojcvB en Marie un tahataûmà aum donlenr» «00 chair M&t fragilité^ det aans sans rébeUkm, «ne ?ie Mua tache, une mort tant peine ; si aon époux n'est qne son gardien, son mariage le Toîle ancré qui protège et qui conTre sa idrgînitéi son fila l»en aimé iine fleur qne son intégrité a poussée ; si» lorsqu'elle le conçut, la nature» étonnée et confuse, crut que toutes ses lois allaient être à jamais abolies ; si le Saint-Esprit tint sa place, et les délices de laviiginité celle qui est ordinairement occupée par la convoitise, qui pourra croire qu'il n'j ait rien eu de surnaturel dans la conception de cette princesse, et que ce aolt le seul endroit do aa vie qui no soit pointmarqné de quelque inaigne Biiaeler (/M.)
Pour moi, je me prosterne devant ce style, j^adore cette pureté incompttrable. Ce contraste de Tenfance innocente et BftUi^.î reposant sur un trône maculé ; cette suite de pré* rogatives Tir^nales dont se compose la vie de la femme modèlefet qui ne saurait prendre son commencement dans la souillure des conceptions vulgaires ; ces images de temple, de tabernacle, de lit nuptial , de maternité , tout cela me ravit, et je dis, après Bossuet, mais en généralisant sa pensée : Non, il n'est pas cessible que la conception humaine soit somllée, que la véritable épouse cesse d'être vierge en devenant mère, et que cet amour, qui sert de fondement à la Gsunille et à la société, soit livré aux transports de la concupiscence* Tout cela, dis-je, est de la bête, non de l'homme. Si le christianisme s'est trompé, c'est en fjEdsant de la règle l'exceijtion, c'est en restreignant au Christ et à la Vierge ce qui doit être le privilège de toute naissance légitime.
Bossuet et les mystiques doivent donc être tenus pour innocents, et ma critique ne s'adresse point à leurs expressions, pas plus qu'a leurs mœurs. C'est leur foi, c'est leur dogme que je considère.
Le christianisme a beau élever son idéal, protester que son langage est pure métaphore : la parole implique l'idée, et par son idée le christianisme, malgré qu*il en ait, rend hommage à l'amour j il en recoxmait la condition essentielle, qui est la distinction et l'union des sexes ; et plus il
y'egrit» itow g» cofttf ro p totî w » liytiç^tlt^otegi^Wi plut tt
104 AMOUR BT MABIÂGE
rend chez le tdysttqtte ranion amoureuse souhaitable, inrésistible, instante.
Je comprends, jusqu'à certain point, qu'on prenne pour une allégorie la noce mystique de l'âme avec Dieu ; mais le Christ proposé pour éj^ux à la religieuse, mais la Vierge immaculée Qu'adorent a Fenyi carmes et franciscains, mais le mariage de Marie et Joseph, qui leur sert de modèle. sont-ce la des métaphores? Et ne sommes-nous pas sur la pente d'une corruption d'autant plus profonde, qu'elle aura enfoncé plus avant ses racines dans l'idéal?
Au reste, c'est par leurs fruits que se jugent les doctrines, dit rÊvangile : Â fruetibus eorum cognoseetis eas. Descendons de ce ciel de l'amour chrétien, et voyons oe aue sa semence a produit sur la terre.
XLni. — Soit que le christianisme se bornât à abolir la prostitution, plus ou moins sacrée, en élevant les sainies de Vénus au rang des concubines ; soit, ce qui eût été plus démocratique et plus décisif, qu'il fît disparaître d'un seul coup les deux modes inférieurs de l'union des sexes en décidant que tout amour serait élevé à la dignité du ma-
nomique âe fa société. Loin de rebuter les réformateurs, une telle perspective était faite pour exciter de plus en plus leur enthousiasme. Le socialisme de 1848 l'avait compris ; il ne recula pas devantl'idée. Tous tant que nous étions alors, nous affirmions avec une égale énergie le droit au travail et le droit au mariage, le premier comme gage et condition du second : c'est dans la combinaison de ce double droit de l'homme et du citoyen qu'est toute Vémaneipation de la femme.
^ Le christianisme avec son dogme de la chute, avec sa légende désespérée du travail, avec ses concessions à l'endroit du servage, avec ses préventions contre le commerce et l'industrie, avec son ignorance absolue des lois de la production et de la circulation de la richesse, avec son esprit d'autorité, de hiérarchie et de patridat, était au dessous de l'entreprise.
La famille et la société désorganisées, il se trouva donc
AMOim ET MARIAGE IO5
impuissant à rien rétablir ; il n'eut d^énergie que pour flé-^ trir Tbomme et la nature, détruire les manuments de Tancien culte, persécuter ses ministres, s'emparer de ses biens et dotations, et se décbirer lui-même pour la définition de ses dogmes. De même qu^il ne sut pas sauver Tempire de la dissolution et de Tinyasion, il no sut pas davantage préserver le mariage et la famille de la lèpre qui les ron- , geait. Le mal ne fut pas guéri ; il changea de caractère. Comme une éruption répercutée, il passa à l'état chronique, et la constitution tout entière fut ébranlée.
Et d'abord, l'idolâtrie interdite, les sectes communistes exterminées, la femme qui jadis, sous la protection du culte public, se vouait à 1 amour libre, fut jetée sans forme de procès aux gémonies... Regretterons-nous la prostitution religieuse? Â Dieu ne plaise ; mais il est permis de regretter que des créatures humaines qu'on n'a pas su pourvoir, dont on estforcé de tolérer, de protéger le commerce, n'aient gagné à la réforme évangélique qu'un degré de plus d'avilissement. La prostitution ne finit pas avec le polythéisme, comme nous savons tous : mariée à la misère, proscrite devant les dieux et devant les hommes, écrasée sous l'infamie, elle devint plus abominable, plus hideuse. Plus de consécration qui aemande grâce i)our la courtisane, plus de poésie ni de chant, pas le moindre idé[il qui la relève. Pendant un temps, à Rome, à Venise, l'imitation de l'antique sembla la ressusciter : ce scandale a disparu. La fille de joie est telle à peu près partout que l'exige son baptême, un être voisin de la guenon, pouvant servir de moaèle au péché d'origine. Si la police s'en occupe , c'est pour arrêter à temps l'infection dont la bête immonde menace la population nonnête. Encore la pudeur chrétienne a-t-eue protesté contre cet encouragement donné à là, débauche : M. Benjamin Delesseit fut blâmé par les dévots pour avoir crée le Dispensaire, et tenté d'etoufFer dans son antre la syphilis. Malédiction aux victimes de la Vénus vulgaire I Que l'homme pourrisse, et que le chancre le ronge, avant qu'on appelle la science au secours de Tincontinence. Quant aux malheureuses, nous avons lu tous l'histoire de Manon Lescaut : le gouvernement, s'il n'écoutait que sa conscience chrétienne, en ferait de temps à autre des fournées pour la Guyane et Noukahiva.
400 ÂMOVR ET MARIAGE
XLIV.—L*état moyen du eoncabinat, expression exacte de ridée chrétienne, semblait devoir obtenir grâce : il n^en fut rien. Son nom était impur : il dut opter entre la bénédiction du prêtre et la déclaration d'infamie. On alla plus loin : les femmes des prêtres, an moyen âge, furent assimilées aux concubines, et quand le célibat eut été déclaré obligatoire pour tout le clergé séculier, il fut question, dans un concile de Tolède, d'accorder à ces concubines, à titre d'indemnité, les galères. Point de théocratie sans célibat, et sans théocratie point d'Eglise, point de religion, point d'obéissance. Si le mariage laïque est déjà une menace pour Pautorité, à combien plus forte raison le mariage du prêtre 1
Ici encore, tout en formant des vœux sincères pour l'extinction du concubinat, je ne puis m'empêcher de dire que le christianisme, qui l'a flétri sans pouvoir le faire cesser, an lieu de servir la morale 7 a porte une nouvelle atteinte.
Le 10 juillet 1865, la cour d'assises de la Seine condamnait à deux ans de prison une femme convaincue de bigamie dans les circonstances suivantes :
Abandonnée par son mari, elle avait trouvé un amant qui, l'ayant emmenée dans son pays et voulant honorer son union, Tépousa. Tout poussait au mariage l'infortunée : l'abandon du premier mari, le vœu de l'amant et de sa famille, les convenances de la société, qui n'accepte plus, ^âce au christianisme, le concubinat, la pudeur même. Il y a mieux : cette femme qu'on accuse de bigamie est en réalité monogame, et plus, pour la convaincre, on insiste sur les circonstances qui l'ont déterminée à celé* brer des secondes noces, plus, en dépit de l'Eglise et de la loi qui l'imite, je la proclame innocente et digne de respect
Qu'est-ce qui fait son crime? A-t-elle vécu simultanément avec deux maris? Mon : abondonnée du premier, elle s'est attachée au second par un engagement loyal, sinon légal. C'est contre la légalité, non contre l'amour, la Justice, la raison, la pudeur, qu'elle a péché. Or, qu'est-ce que cette légalité? Un état violent, créé par la spéculation théologique, qui ne laisse pas de moyen terme à la femme abandonnée entre une prétendue bigamie, déclarée crime, et le libertinage, qui emporte l'exclusioi)
AMODR ET MARIAGE 107
de la société. Ckmime si la Justiee consistait ft csréer des
mtuations impossibles, au lieu de s^emparer de celles qu'a faites la raison des temps et des choses, pour les xéleyer peu à peu par l'application du droit 1
Supposez cependant, à défaut du divorce que nos lois repoussent et que je ne réclame x)<^int, le concubinat re« connu, entouré d'un caractère légal, tel à peu près que l'avait Mi l'empereur Auguste et que l'Eguse 1 admit si longtemps : que serait-il arrivé de cette femme? C'est qu'elle eût trouvé avec un compagnon honnête homme une tamille d'adoption, des enfants, une part dans la considération publique, les égards du magistrat; la société, la morale, la raison, la Justice, étaient satisfaites. Au lieu de cela, parce qu'elle a voulu trancher un nœud qui ne se pouvait défaire, la même femme est déclarée, de par la religion et les lois, d'un côté, pour ses nouvelles amours, libertine, adultère, prostituée ; de l'autre, pour sa tentative de remariage, bigame, faussaire, sacrilège. Sur quoi, deux années de prison, rupture des secondes comme des
Sremières noces, abandon universel, flétrissure. A sa sortie e prison il ne lui reste qu'à se jeter à l'eau. Au surplus, il est arrivé du concubinage coitame de la
Eostitution : il n*a jamais cessé d'exister ; il grandit tous {jours parmi le peuple, qui, ne comprenant du lien légitime que la dot, 1 abandonne aux riches. On dirait que le cœur humain, trompé par sa religion, trompé par ses légistes, cherche dans les joies économiques de l'union concubinaire la restauration du mariage.
XLY. — L'Eglise, pudibonde et sévère, n'a dono voulu conserver que le sacrement : on a vu au chapitre précédent ce qu^ntre ses mains le sacrement est devenu.
De même, selon l'Evangile, que la Justice, la liberté, la richesse, la science et la paix ne peuvent s'obtenir ici-bas et doivent être regardées comme des prérogatives de l'autre vie ; de même le pur et parfait amour est promis seulement pour le Ciel, la où Ton ne se marie plus, dit le Christ, puisqu'il n'y a plus de sexes, mais oii Von s'aime sans s unir, a la manière des anges. Sur cette terre, oii le démon plus encore que la nature nous a faits mâles et femelles, l'amour est essentiellement Unpur ; et si le ma-
i08 AMOmETMARUGE -^lî 'ZT
riage, nécessaire à la consérration de respice, jotiit à cet effet d'une dispense de TEglise, il nV laut yoir toujours, comme dans Teau du baptême et Thuile de la confirmation,
Su'un signe physique, une figure creuse, qui ne contient e Tamour ^ue le nom et n^e( donne que Fombre.
Sur ce point les casuistes sont d^accord, et ils sont logiques. Plus le prêtre, Youé par état à Tamour mystique, endure de gêne, plus il aime à ravaler des jouissances que sa religion lui interdit. Ce que le vulgaire prend en lui Dour rinspiration d'une pudeur céleste n'est que Toutrage fait à la nature par le mysticisme. Maris dont les fenimes vont à confesse, chacune de vos caresses est comptée au saint Tribunal. Le voile d'ignominie s'est étendu sur vous ; les soufflets que le démon de la chair donne au prêtre, le prêtre les rend à sa pénitente, qui les rend à son mari. — ^ Toute femme mariée, dit l'évêque de Milan, Ambroise, " sait qu'elle a de quoi rougir. „ — Cache-toi , femme ; j'aperçois sur ton visage la trace des baisers de ton époux.
Tout cela n'eût été qu'impertinence de pédants et de cafards, si les laïques avaient pris le sage parti de se moquer des clercs ; mais on n'est pas religieux à moitié. Ce que la théologie avait séparé, la pratique séculière le sépara à son tour ; et s'il est un trait qui distingue les mœurs chrétiennes, c'est cette idée étrange, passée en aphorisme, que, l'amour étant une chose, le manage une autre, il est contre toute bienséance de les réunir.
Quelques-uns font honneur au christianisme de la galanterie chevaleresque et du respect dont elle entoura la femme. D'autres l'attribuent aux races du Nord, et ne manquent pas a ce propos de citer le fameux passage du livre de Tacite sur les mœurs des Germains. D'autres encore sont allés chercher les origines de la chevalerie chez les Maures; quelques-uns enfin la trouvent chez les Celtes.
La femme, dit un écrivain de la Eetme det Deux Mondes (février 1854), la femme, telle qae l'a conçue la chevalerie, idéal de douceur et de beauté, posé comme but suprême de la vie, n'est une création ni classique, ni chrétienne, ni germanique, mais bien réellement celtique.
Pour moi, qui n'ai pas grande foi à la délicatesse barbare, surtout lorsque cette barbarie s'est mise de la veilla
AMOUR ET MâBIâGE 109
eâ contact arec une civilisation raffinée, je crois que c^ést faire tort à nos ancêtres goths, ostrogoths, visigotns, Iongobards, sarrasins, normands et celtes, et les calomnier, que de leur attribuer cette chevalerie qu'exista jamais que dans des romans relativement modernes, que connurent peu ou point les troubadours, et dont on cite à peine quelques rares exemples, tels que ceux de Pétrarque et de Bavard.
formation
ractère nouveau qui suffit à en déceler Torigine et qu'on oublie trop, c'est que d'après la théorie des cours d'amour, l'ami de cœur d'une dame ne pouvait plus devenir son mari, et que, si par aventure ils s'épousaient, elle devait chercher un autre chevalier. N'est-ce pas ainsi qu'en usent encore les dames italiennes ?
Ainsi, selon l'idéal chrétien, idéal théologique, féodal^ romanesque ou chevaleresque, comme il plaira de l'ap* peler, mais idéal le plus faux qui se puisse concevoir, le mariage n'a rien de commun avec l'amour : c'est une fonction où tout est réglé en vue de la lignée, de la succession, del'alliance, des intérêts, mais dans lequel la suprême bienséance pour les conjoints est de rester, quant à l'amour, et nonobstant la cohabitation et la génération, aussi étrangers l'un à l'autre que s'ils ne s'étaient vus jamais.
Sans doute, ici comme partout, la nature a fait fléchir la doctrine; le cœur humain, plus puissant, plus haut que la théologie, a réparé de son mieux la brèche faite à la morale par une sotte idéalité. Mais puisque toute société se forme sur sa religion, j'ai le droit de juger la religion et son idéal d'après les mœurs que cet idéal engendre : or, je le demande maintenant à mes lecteurs, le christianisme, qui a balayé, mais dans ses catéchismes seulement, la fornication, et frappé sans succès le concubinage ; qui a popularisé et mis a la mode, sous le sobriquet de chevalerie, son amour mystique, chanté, célèbre par tous ses
qu'il condamnait, universel, le christianisme peut-il se vanter d'avoir punfié l'amour et relevé le mariage?
XLYI. ~ llaia peitMtre qu'au total cette c dogflftattque de Famoar parfait au profit des im
lie AMOUR ET lIARUGfi
confiaeatioa
, peut-être que cette pratique non moins étrange jû fait du laaiiage deux partsi Tune, oelle du cœur, pour le dieralier, Vautre celle des sens, pour le nuui; peut* être que cette honte versée à pleine coupe sur toutes les variéités de Tamour sexuel, libre ou comugué, auront rendu les mœurs meilleures, et, sinon extirpé, au moias diminué notabtomént les TÎces enfantés par Tidéalisme païen : la masturbation solitaire, Fodieux inceste, le stupre pire que rinfiEintieide, et le lâche adultère, QiY amour unUeauil. Hon, THercule chrétien n'a terrassé aucun de ces mons* très ; d^ailleurs, en supposant que depuis la propagation do rÉTanjsile il y ait eu dans la luxure générale une dimioiuttond^tensité, ce léger avantage est plus ^ue compensé par la bassesse et Thypocrisie que le christianisme, par son idéal, devait faire naître dans les nouvelles mœurs .^
Pour commencer par le mariage, je doute qu'il ait été déshonoré jamais par FincontiEence des époux, autant quA chei les chrétiens. Si les Xlomains de la République Ûaient envers leurs femmes d'une tendresse médiocre, ce
2ae nul ne saurait dire, du moins ils étaient graves dans m témoignages qu'ils leur en doimaient, et comme la fornication ne leur était pas imputée à péché mortel, ils réservaient à d'autres les fantaisies erotiques que repoussait la dignité de leurs matrones. Le chrétien a pris au nied de la lettre le précepte de l'Apôtre : 4fi^ ^ prhenir Ui /omieatiênê^ fUê chacun ait sa cliacune; gue tous deux ê$ rsuéknt U ievotr et ne ss/asssuifauts. Consultez tous les auteurs de théologie morsde, tous les manuels du confesseur, où se trouvent révélés, avec de si amples détails et une expérience consommée, les privautés du lit nuptial ; se peuwl rien de plus ignoble que l'amour marital autre chrétiens? Tallemant des Beaux raconte dans ses His^ Mrê$^ à propos du fameux Antoine Arnaud, le chef de oette race bigote ^ui peupla Port-Boyal et remplit le monde de son rigorisme :
Gel honnie éisit «a ii&s plus gnmds sbaitean de bois qu'on p6t trouver; suds 11 fiUiftit eela de la façon la ploa inopinmode du Bwnde. Il pouBiait là nuit M fimme : Cstaut ' OaUai f la léfeîUait en lut ditant V
' AMOUA i-T MARU6E m
C'est pour l'acquit do ma eonscienoe. Puis, ayant qat d'ei ftiù plu»
avant, il faisait uno prière à Dieu pour ianctifier l'œuvre de oblôr} et cela lui prenait qudcjucfois cinq ou six fuis en une nuit.
Voir encore, sur cet édifiant sujet, les Histoires de Bttsst et de Brantôme, les Contes deBoccace, de la reine de Navarre et de La Fontaine, les dialogues latins de Cbôrier, les bouffonneries conjugales de Babelais, et toute la littérature amoureuse, avant et depuis la Réforme. Ou je mû trompe fort, ou Ton se convaincra que sous Tinfluence de la dévotion chrétienne les mœurs du mariage ne furent véritablement autres que celles du concubinage, avec la bégueulerie de plus. C'est au dix-septième siècle que la réaction commence, et qui en donne le signal ? Je le regrette pour Molière autant que pour TÉglise, cette réaction a pour auteurs les Précieuses,
Les prêtres, fascinés par leur mysticisme, en sont encore a savoir ce que sait toute honnête femme, qu'un homme qui a décidé de se marier a dit adieu à la passion ; que d*amant fougueux il devient aussitôt, par le fait de sa résolution, fiancé plein de réserve, de tendresse et de calme; que le mariage, loin d*être une union pour le plaisir, est une société de continence mutuelle, et que ce mystère d*une génération sans tache, imaginé pour la g[loiré du Christ et de sa mère, se réalise à toute conception ^u*un vrai mariage enveloppe de ses ombres.
Voici l'exorde d'un sermon prononcé, il y a quelques an* nées à Marseille, par un jésuite, dans une conférence de femmes:
In eavra&t oes eonCftrenoes, mes très chères aoBura, ieerobdtfdr voua félioiter nir le aèle que voua mettei à noua aeoonder dans noiie sainte misaimi. Grftoe anx eflbrts de qnelques-unes d'entre touSi des brebis égarées ont été ramenées au beroail. Perséféres dans eette voit» Kmployes tout ce que vous avez de mojens de persuasion auprès i$ vos pèreSf auprès de vos frères» auprès de vos épouXi auprès de oeuz qui poHtrami v(m itr$ eien à tautrei titres. Que jamais votre travail de conversion ne se ralentisse. Travaillez à la vigne du Seisneur ft tous les instants de votre vie; travaillez-y le jour, travaillez-y Te soir, irapaîU Ui-jf la nuit, la nuit iuriouif mes très chères sœurs s zk wn» cf an voua loioil.*.
{«e malheureux I H assimilait dans sa pensée la oonditioi)
du mari à celle du moine qui demande i son sapérient une permission de tolérance : Domine^ ut eam ad lupanar. Mais, plus sévère envers le mari que Tabbé envers ses moines, il exige des chères sœurs qu'au préalable elles s'assurent que les maris vont à confesse : pas de billet de confession, pas de tolérance.
Tout manque de respect envers soi-même entraîne la perte du respect des autres : comment le mariage serait-il sacré, quand la profanation a pour premiers auteurs les époux eux-mêmes?
C'est surtout depuis l'établissement du christianisme, et grâce au développement des mœurs chevaleresques, que Tadultère, un aes plus grands crimes aux yeux des anciens, a perdu sa gravité et s'est multiplié d'une si déplorable manière. Je n'ai pas besoin d'en expliquer la raison : elle est toute dans ce mot fatal, le devoir. Dès lors que l'amour, dans son idéalité, a été séparé du mariage, et que, d'autre j)art, l'un des conjoints, par im|)uissance ou autrement, néglige son devoir, l'infidélité devient pour l'autre excusable, si impos. De là le ridicule qui s'attache au mari trompé, le blâme réservé au jaloux, la réprobation ^ui tombe sur le vindicatif. Le cocuage devient le corollaire du mariage ^ sous ce rapport, on peut dire qu'il est d'institution cathohque et apostolique. Il fait partie du pacte conjugal, il entre avec les manés à l'église, il en revient avec eux, il s'assied à la table, il veille au foyer; c'est le dieu Lare qu'apporte, parmi ses bardes, toute épousée. Toute la littérature erotique et badine le chante ; les sages en prennent leur parti : il est le patron d'une confrérie qui embrasse tous ceux sur lesquels l'Eglise a prononcé le eonjungo , la doublure de l'Hyménée , son bon génie , sa fortune. Si le mari peut se vanter de quelque avantage, ce sera, tout au plus, d'une vaine et douteuse priorité.
J'ai connu un jeune marié qui , sur les exhortations de son confesseur et l'avis des commères , s'étant avisé de passer blanches les trois premières nuits de ses noces, fut dans l'intervalle coiffé par sa fenmie, dont un galant avait surpris le secret, et qui ne put soutenir le ridicule de sa position. N'eût-il pas mieux valu pour cet imbécile, pour sa femme, pour l'avenir du jeune ménage, qu'il fît dès le premier jour une libation à la déesse Pertunda, au lieu de
AMOUR ET MARIAGK U3
méditer sur ramonr mystique et les gloires de Tlmmaculée?
XLVn. — L'amour a son principe dans Torganisme et yit d'idéal : à ce double titre, il est soustrait au libre arbitre. Puis^donc que la loyauté, Thonnêteté, sont absentes du commerce permis, se trouveraient-elles par hasard dans la contrebande? Ces hommes à bonnes fortunes, ces femmes j^alantes, ces petites filles coquines, toute cette chevalene errante , en pleine révolte contre la loi, comment est-elle dans ses amours clandestins? Sans doute nous retrouverons chez de libres amants cette vertu, cette honorabilité si rare entre époux légitimes. Nous avons vu le mariage, considérons le libertinage.
Le sentiment le plus ordinaire qu'éprouve le chrétien pour la femme qui , hors mariage , s'est donnée à lui , est un mépris indémiissable double d'aversion ; et ce mépris, cette aversion, la chrétienne les rend à son complice, dont elle n'attend ni estime ni miséricorde. La promesse ou le regret du mariage étant le prétexte, exprimé ou sousentendu, de toute aventure, c est à qui des deux trompera l'autre par une plus adroite hypocrisie. Jamais, chez les anciens, hommes et femmes, garçons et filles, ne se firent un tel jeu de la dignité personnelle et de l'honneur des familles. Le magistrat, à défaut du père, du fils, du frère ou du mari , aurait sévi d'office : faire descendre , par une amourette, la femme libre au dessous do la courtisane, était presque un crime de lèse-majesté. Maintenant, grâce à notre galanterie prétendue chevaleresque, nous avons appris à nous traiter les uns les autres en affranchis. Encore si nous avions la passion pour excuse, nous pourrions être coupables, nous ne serions pas dépravés ; mais ce n'est que libertinage, passe-temps, mode. VUia ridemus^ et cor" rumpere aut eorrumpi saculum voeatur! Plus de considération ni de rang ^ ni d'âge , ni d*amitié , ni de morale publique j devant une débauche érigée en une sorte de mutualité, et dont les risques sont acceptés par l'opinion* Pas de famille qui ne paie, par quelqu'une de ses femelles, sa part contributive de chair à plaisir ; mais pas de famille non plus qui, par ses mâles, ne perçoive sa part du revenu. Ctaraes vos poules , disait devant moi une honnête bour-
ii4 AMOUR ET MARIAGE
ffeoise, mère de trois garçons; nos coqs sont lâchés!... A Famour comme à la guerre : Chacun ekè9 soi, ehâcun pont m! Tant pis pour qui ne se tient pas sur ses gardes. J^ai joui de vous, madame, mademoiselle ; mais je vous ai fait jouir aussi : partant quittes, promesses nulles. Vous n^aresi rien à me reprocher; Totre mari, TOtre père , vos frèreSf pas davantage. Leurs amours, à eux, couvrent les miennes.
Par malheur, réducation n'est nullement en rapport avec cette moriJe, qui demande une initiation particulière. On prêche tant qu on peut à la jeune fille la pudeur et la vertu^ on la bwce de chevalerie , d'amours héroïques , on fait si bien que jusqu'à ce qu'elle ait reçu la première façon elle ne soupçonne rien de la réalité. Si plus tard eUe devient perfide et scélérate, il faut avouer qu'elle a commencé par une excessive crédulité. Aussi, que de trahisons et de désespoirs I ^ue de suicides 1... Nous sommes si avilis, noua avons si bien la conscience de notre solidarité dans ce carnaval d'infamie, que si. par extraordinaire, il se produit un fait de répression de la part d'un père ou d'un frère outragé, d'un mari déshonoré, et que mort s'ensuive, le magistrat s'empare de l'affaire, la Justice accuse, la famille de l'insulteur puni demande vengeance , et le meurtrier sera heureux si, par la divulgation judiciaire de sa honte, il obtient enfin un acquittement.
Ce qu'il y a de plus odieux est de voir l'irresponsabilité des suites assurée à l'homme et le risque incomber tout entier à la femme : c'est le bouquet de l'amour chrétien, la fieur de notre chevalerie. Malheur à la jeune fille surprise et devenue mère 1 Pour elle , toute maison se ferme ; là
{ntié détourne la tête, l'aumône serre ses cordons. Honte & a pécheresse 1 Malédiction sur son fruit 1 I4 lâche qui Ta rendue mère est indemne de par la loi : La r&cherehe dé la patirniU est interdite.
i — Si du moins le prêtre qui s'est donné la e nous initier à l'amour dés séraphins pouvait eu
XLVm, mission de
fournir de sa personne un exemple authentique'et de bon aloi , le miracle de cette vertu céleste accordée par grâce spéciale aux instituteurs des nations fermerait la bouche
j^ i'wçr^nHIé, A 1^ y«9 4e cet flu, hmwfi 4d« çeftf T(f
r. AMOtm ET MÀBUGË liS
de la privation du bien quMl laisse ans antres, nons reconnaîtrions la présence de TEsprit de pureté dans un sacer^ doce sans souillure.
Mais vous savez mieux que moi, Monseigneur, combien vous êtes loin de cet idéal. Quelle incontinence afiSige le clergé, à tous les siècles de son histoire ! Quelle ])aillar<dise sacrilège! Prenez le siècle des agapes ou celui de \û
Înose; prenez celui des martyrs ou des solitaires ; celui de 'héodora , de Grégoire VII ou des Turlupins ; descendez au schisme d'Avignon, au concile de Constance, à celui de Trente; poussez, si vous voulez, jusqu'aux jésuites ; c'est toujours le même fond de débauche secrète , hypocrite et athée ; toujours la même félonie du prêtre vi8*à-vis de là femme, deTenfant, delà famille, de rhumanité.
de plus horrible se trouve réuni dans le prêtre libidineux. Ohî vous parlez de Tincontinence des philosophes, dont les plus osés ne dépassent guère la limite de ce concubinat que vous bénissiez autrefois; mais vous, n'avez-vous donc
Sas de scandales parmi vos lévites et jusque dans le chœur e vos cathédrales?...
Soyez tranquille. Monseigneur; je connais vos chagrins, et ce n'est pas moi qui ferai retomber sur le corps entier de l'Eglise le crime de quelques monstres. Je n'irai donc pas . remontant le cours des âges, rappeler çà et là les vieilles turpitudes des cloîtres, le commerce de castrats de la nouvelle Rome, ni la hougrerie de ses cardinaux et de ses papes. Je passe sous silence les gaillardises des révérends pères du Paraguay, et le concubinage des prêtres dans toute l'Amérique espagnole ; je ne vous citerai même pas, de ce côté-ci de l'Atlantique, ni cet évêque, mort depuis peu, devenu père à lui tout seul d'une compagnie de gardes nationaux ; ni ce curé ç[ui, au vu et au su de ses paroissiens , possède de ses trois filles dix enfants vivants : ni cet autre dont vous pourriez dire l'histoire, qui fut force naguère de quitter le pays et mourut en prison après avoir gâté, m'a-t-on dit, plus de cent cinquante enfants des deux sexes. Je laisse dans mon dossier ces histoires de curés |
(le Ticaires , d^umô^^ers ^ â9 f eU§i9H9e9 ^\ ^^^% âe çlx(|i
iie AMOUR ET MARIAGE
rite, dont founnille la chronique contemporaine : tirons le rideau sur ces fringales de sacristie, sur cette luxure d'hôpital. Tout cela est usé, et ce n'est plus le temps de rire. Les hontes du césarisme ont été égalées par celles de la théocratie ; les deux puissances n'ont rien a se reprocher : la saintetéprofanée^umariagelescondamneparunmême jugement.
Ce que ie tiens à faire voir, c'est que Tincontinence qui TOUS désole et qui vous rend si dignes de pitié a sa source dans votre mysticisme, et que plus tous exaltez votre cœur par le rêve de Pamour divin, plus, par l'inévitable réaction du moral sur le physique, vous allumez en vous la concupiscence.
XLIX. — Ecoutez d'abord ce témoignage d'une de vos victimes; c'est le même dont j'ai cité les paroles dans ma IV* Etude, à propos du gouvernement épiscopal :
Nos siipériears, vieux séminaristes et rien de plus, placés en dehors du monde, sans expérience de la vie réelle, nous poussent dans le sanctuaire, semblables à des aveugles conduisant d'autres aveugles; et parce que» dans les exercices du séminaire, ils |)arviennent à triompher des premiers troubles de notre jeunesse, ils croient la victoire assurée pour le reste de nos jours.
La vie dure, régime sévère, travail pénible et assidu, surveillance oontinuelle, existence en commun, assujettissement à la discipline ; escbvage de l'esprit, des yeux, des oreilles, de rimagination, du cœur; privation de boissons spiritueuscs, de café, de bonne chère ; exaltation de l'âme, de la pensée, par la méditation, l'oraison» le jeûne» les conférences, etc. ^
Le corps succombe : par compensation l'esprit s'enivre, l'imagination s'allume» le cerveau s'embrase; nous nous croyons dépouillés du vieil homme, revêtus de la perfection angélique. Le moment des vœux arrive; il nous surprend ravis en extase au troisième ciel» et dominés par la persuasion que
Le corps est un eselave et ne doit qn*obéir.
Sortis de là, aisance comparative» liberté» loisir» bonne chère» fréquentation des femmes !..•
Voilà bien , n'est-il pas vrai, l'histoire des vertus du jeune prêtre, de oe sage de vingt-quatre ans, que ses supérieurs et lui-même prennent pour un ange, et qui.
rendu à l*air libre, respire Vénus tout entière? Voici xnÂiiitenant lliistoire de sa chute ; on dirait Foriginal du Jocelyn de Lamartine :
J'ai Téctt au collège avec mi jeane élève doué de toutes les qualités imaginables. Sa figure angélique où se reflétaient sa candeur, son amabilité, ses talents, lui gagnèrent l'estime et l'affection de ses condisciples et de ses maîtres. Jamais candidat ne réunit à un degré plus éminent les conditions requises pour l'admission au sacerdoce. Aussi les supérieurs, selon l'usage, mirent- ils tout en œuvre pour s'assurer un sujet si précieux. Comme tous les enfants soumis à une pression forte et habilement dirigée, Charles B. céda sans résistance. 11 connut les joies, les extases du noviciat et des ordinations ; prêtre avant vingttrois ans, grâce à une dispense d'âge, il de\int vicaire à F...
Dès son arrivée, une immense considération s'attache à sa personne et à ton ministère. C'était merveille de le voir célébrer la messe, mer» veille de ftmïr annoncer la parole de Dieu, et tonner contre les vices et la corruption du siècle. Mais ses plus glorieux triomphes, il les obtenait au tribunal de la pénitence. Autour de son confessional, toujours foule compacte et avide. A vingt-trois ans, directeur de femmes, de jeunes filles, qui s'adressent avec tant de charme aux jeunes confesseurs!... Quelle créature n'a senti ces courants électriques!... La jeunesse attire invinciblement la jeunesse.
Parmi ses philothées les plus assidues, brillait an premier rang mademoiselle J. - L***, ancienne élève de Saint-Denis, fille d'un officier en retraite. Les rapports du ministère amènent entre eux des reUtions sociales. Le cœur de M. le vicaire sort tout à coup de sa léthargie, éveillé par une soudaine commotion. Toujours l'étemelle histoire d'Adam et d'Eve, d'Héloîse et d'Abailard ; toujours la réalisation du rêve de Platon, les deux moitiés de l'être humain séparées par un dieu jaloux et tendant invinciblement à s'unir.
Ils s'aimèrent, comme on s'aime d'un premier amour...
La mort enleva successivement à mademoiselle J. L*** son père et ■a mère, et elle se retira en qualité de pensionnaire dans une communauté de femmes. Dans sa solitude, loin de son amant, les remords l'assaillirent. Elle acheta la paix de la conscience, comme il arrive presque toujours, par la confession de son sacrilège au directeur de la maison. L'homme de Dieu, scrupuleux observateur des règles canoniques, lui arracha le nom de son séducteur et le livra à i'évêque. Celui-ci manda le coupable, lui lança un interdit sans autre forme de procès. L'affaire •*ébniita, et l'ange déchu s'en alla cacher son crime à la Trappe, où il expia longtemps le crime d'avoir aimé.
II raconte d*nn autre prêtre :
Quelques mots échappés de la bouche d'un de mes amis donneront
11« AMOUR KT MARÎAGR
une idte.de aot tortures. Loi ansn, Tictime des inflnenel I de fiumUt et des reeratears de la milice elârieale, se réreilh à tief ite-einq eai dans son Unoeol, oomme la Vestale qu'on enterrail Tirtite ehef lia Eomaîns. 8a mère s'efforçait d'endormir ses regrets s Ah! loi lépondH* il, saches bien ^ue malgré tout mon amour pour TOUI^ U ne ac paiM pas de joor que je ne sois tenté de toos manoiet
lait recommencer merais mieux être
ma vie sacerdotale et re?enir à tingt-diiqMM«fai' fusillé sur l'heure f
Infortunés 1 J^en ai connu un, cœur de héros, d'une cliarite à toute épreuve, d^une sincérité d'enfant, qui avait fini par tomber comme les autres , et que je plaisantais quelauefois. Qu'il me le pardonne I J'ai soutenu, le mieux que y ai pu dws ma carrière d'ouvrier, l'honneur de mon célibat; mais je le déclare à la décharge de ces malheureux ecclésiastiques , les tentations de l'homme qui sent sa liberté, qui a devant lui l'avenir, avec lui le ^avail , oui peut aimer au grand jour et regarder en face la jeune nlle en attendant qu'il la possède, ne sont rien auprès de cette torture du prêtre que consume l'amour mystique, et
3ui se dit tout bas en regardant une fenune& la dérobées amaisi
Eh bien , n'est-ce pas là l'histoire de tous vos ascètes? d'un Antoine, qui jusqu'à plus de quatre-vingts ans vovait, dans ses hallucinations erotiques, sa Thébaïde peuplée de courtisanes ? d'un Jérôme, qui. dans sa tombe dé^ethléem, épuisé d'ans, de jeûnes et de veilles, était sans cesse transporté en esprit dans les salons des dames de Rome? de celui-ci, dont j'ai oublié le nom, qui pour dompter sa chair se roulait tout nu sur les épines? de cet autre , qui se jetait jusqu'aiu cou dans un étang glacé ?••• L'exténuation du corps, l'abolition du cœur, Tabètissement de l'es* prît : voilà par quelles recettes les héros du christianisme s'élèvent à la sainte vertu de continence. Une décoction de nénufar et une forte saignée sont pour vous, comme le foie de poisson de Tobie, d'un effet assuré confxe le malin. Il ne vous vient pas seulement à la pensée que ces nrétendus remèdes d'amour, comme ceux recommandés par Ovide I au lieu de guérir le mal ne font que l'irriter. £t
ÂtlOtlR £¥ tlÂftIAGË m
tous appelés eela de la chasteté ! La médecine, Monseigneur ^ la nommerait BatyHoHs; et si Votre Jurisprudence voulait y regarder encore de plus près, elle verrait que ce moral reitraint auquel , sous prétexte de chasteté , vous soumettez la jeunesse de vos séminaires, tombe juste dans la catégorie des délits sans nom prévus par les articles 334 et 885 du Gode pénal.
Au reste, tous ne poussent pas le sacrifice à ces extrémités. Dans un siècle de scepticisme libertin, où le public ne tient compte d'aucune conviction, dWcun effort, on a bientôt pris son parti : on se dit qu'on a été trompé ; on ne veut pas davantage être dupe, et. pourvu que les bienséances soient sauves, on se regarde comme suffisamment en règle avec le public et avec sa conscience. — JffHtez te HtmdaU^ disait un vieux magistrat à ses jeunes confrères, U fêrté fC$Bt Hm. --*» Gela ne se dit pas sans doute entre eoclésiastiiques; mais cela se pense, et, si bien prises que soient les précautions, tout le monde sait que cela se pratique. " ll!on vœu de pauvreté, racontait un prélat de aernier siècle, m'a valu 200,000 livres de rente; mon vœu d'obéissance m'a fait prince de PEglise. — Et votre vœu de chasteté, Monseigneur ?... „ U baissait les yeux, et se taisait, jHif réspêetpour Uê iMun.
L» -- Puisque te suis en cause , qu*il s*agit ici beaucoup moins de religion que de psychologie , et qu^après tout, en attaquant ramour mystique je plaide en faveur de malheureux prêtres les circonstances atténuantes , qu'on me permette de rapporter ut^e observation faite sur molmême, et dans laquelle plus d'un lecteur se reconnattra.
Comme il arrive à beaucoup d'autres, ma jeunesse débuta par un amour platonique qui me rendit bien sot et Uen triste, mais auquel je dus, par compensation, de rester pendant dix ans après ma puoerté à rétat d'açnui casiuê. Ce qui détermina en moi cette affection mentale , sur laquelle les parents devraient, veiller avec autant de soin
Île sur les plus honteuses habitudes , M la lecture de ami $t VimnUi pastorale prétendue innocente et qui devrait être à Vindeê de toutes les familles.
Tout éeart produit par Tamour, en quelque sens cme ce soit, est mauvais et, selon moi, immoral. Il trouble PAm^
i jO AMOint ET MARtAGB
amollit le caractère, fait perdre la liberté ; c^est une offense envers soi-même, envers le sexe et envers la société. Pour toutes ces raisons , je ne fais pas de différences entre les romans honnêtes et les ouvrages obscènes ; je les réprouve tous également. Et Thomme qui, sous prétexte d'innocence , inspire un amour de ce genre à une jeune personne, est aussi coupable à mes yeux que celui qui abuse de Tenivrement des sens : pour run comme pour l'autre , je voudrais que la loi déclarât qu'il y a rapt de séduction...
Cette longue crise finie, je me crus libre ; mais c'est alors gue je fus assailli par le diable qui taquinait saint Paul, et, ie puis le dire, à mon extrême déplaisir. Le diable, qui si longtemps m'avait brûlé du côté au cœur, maintenant me rôtissait du côté du foie, sans que ni travail, ni lectures, ni promenades, ni réfrigérants d'aucune sorte, pussent me rendre la tranquillité. J'étais victime de la réaction des sens contre l'esprit. Mes principes — je prenais mon platonisme pour des principes — a^ant eu le temps de se fixer ^ une scission douloureuse s'opérait en moi, entre la volonté et la nature. La chair disait : Je veux ; la conscience : Je ne veux pas. Âllais-je me démentir, ou me consumer à nouveau dans cette mystification à laquelle je ne voyais pas de terme? Combattre l'amour physique par l'amour platonique, cela ne i^e fait pas à commandement; celui-ci épuisé, l'autre éclatait dans toute sa violence. J'ai lu depuis l'histoire d'Abailard : le pauvre homme en était arrive là quand il fit la connaissance d'Héloïse.
Chez le séminariste et la religieuse, le zèle de la religion et la ferveur du mysticisme produisent le même effet que l'amour platonique. L'embrasement du cerveau absorbe les étincelles qui partent des sens ; mais la fièvre passée, vous n'avez plus que de lamentables martyrs de la continence , d'enragés luxurieux aue la fatigue du cœur livre sans défense à la tyrannie de l'hypocondre.
C'est le cas, direz-vous, de suivre le précepte de l'apotre. Mieux vaut se marier que brûler. Le conseil est fort sage; mais remarquez que l'apôtre, qui prêche si bien les antres, ne se marie point ; il repousse l'amour, légitime et non lééitime ; il se macère, il insulte à la femme, qui seule cependant peut lui rendre le repos. DV>^ vient cette conteftâiction?
Reconnaissons ici le péril de ce platonisme qu^meTain» littérature voudrait ériger en vertu.
Celui qu'une passion idéale a saisi de bonne heure et conduit fort avant dans la virilité est devenu, par son idéalisme même, gauche et maladroit avec le sexe, dédaigneux de la galanterie , où il ne réussit pas , brusque et sarcastique avec les jolies personnes, intraitable à Tendroit des positions mitoyennes, qu'il qualifie, non sans raison, d'immorales. Bref, il regimbe, malgré son appétit et ses dents , contre l'amour (pi le pique, l'irrite, le fait rugir comme un lion. Si parfois , l'occasion et le diable aidant , il se laisse aller, il ne rencontre que dégoût, déplaisance, remords; il se sent extravagant, ridicule; il reconnaît avec dépit la justesse de ce mot si joli : Laiue les femmes^ Jean- Jacques^ et étudie les mathématiques.
Alors, comme l'apôtre, il prend en aversion et l'amour, et le mariage, et la femme. Mais méfiez-vous de ce tortucux célibataire; plus il vieillit, plus il tourne au sa^e. Nulle chasteté véritable ne commence par l'amour : les vrais types de pureté, Elant, Leibnitz, Newton, n'aimèrent jamais. Eloignez du vieil amoureux vos enfants, vos jeunes filles : rien que son odeur les déflorerait.
Le phénomène que je viens de décrire peut se produire en sens inverse : il n'est pas rare qu'un voluptueux finisse par un exclusif et solide attachement, et ce qui arrive pour l'amour peut arriver aussi pour la religion; l'abbé de Rancé, fondateur de la Trappe, en est un lUustre exemple.
LI. — Terminons par un dernier trait cette critique de l'amour et du mariage chrétiens , et résumons toute cette Etude.
Qu'est-ce que l'amour? se demandèrent les anciens. — C'est Dieu, repondirent d'une voix unanime poètes et philosophes. Et nous avons vu la société antique, en vertu de cette définition sublime, tomber comme le Malade de Mo« lière, du mariage dans le concubinage, du concubinage dans la promiscuité, de la promiscuité dans la pédérastie, de la pédérastie dans l'omnigamie et la mort.
Qu'est-ce que l'amour ? se demandèrent à leur tour les chrétiens. — C'est Dieu, répondirent d'une voix unanime
m AMOlJR ET MARIAGE
les missioimaires de rEtfl&gile. Et deptds te premier îastfx^waL dix>*neavième tièole, la chrétienté a vu tour à tour gnostiques, nioolaïtes, adamites) earpocratiens, conàor«mans, manichéens, flagellantiCquiétiBtes, etc., maudire la
fénération et le mariage; tenir la fornication, radultèro, inceste t pour choses insignifiantes; se mettre tout nus, femmes et nommes, dans leurs assemblées; s'accoupler au hasard des ténèbres et donner de leur mieux contentement à la chair, afin de raquer ensuite, sans distraction du malin, à la contemplation de TamoUr pur. Elle a vu la chevalerie déshonora systématiquement la société conjugale: le teocuage s'élever, par Tuniversalité dû libertinage, a la hauteur d^une mutuelle tolérance; le stupre et rinceste souiller la famille, et le prêtre, après avoir répudié sa con* eubine, entrée dans son lit avec ta bénédiction de l'Eglise, «hercher dans des réalités sacrilèges un aoulagement au mysticisme qui le dévorait.
Tl&t à Dieu que ce fût touti Oommë lés anciens, nous tommes arrivés aux dernières aberrations de l'idéalisme ; M ai le crime de sodomie est ijoursûivi par nos lois, le commerce n'en est pas moins florissant, et comme chez les fl&oiens Û a trouve des apologistes. De la naissance à la mort nous voguons sur le fleuve de Tsnbbis entre les deux Wtrèmes de ramour divin et de l'amour unieexuel, le pre* mier enseigné aux netites filles à leur première communion, le second révélé aux adolescentes par les romans.
Les extraits suivants sont pris dans un livre de prières approuvé par Mg' Tarchevêque de Bouen et imposé aux Mmuts des deux sexes par les curés du diocèse ; ce n^est p$A le etyle de Bossuet, mais c'en est l'idée :
Jiiê iêiAir. — Oh ! yentz, le bien-ûmé de mon eœur» bhair adoflhts, mP /Ât, mes délices, mon amour^ mon Diea, mon tout !
Uior^ âme impatiente rang^it rtn tons, soupire après Tons, vons lÉiaMte avee ardent, mon trésor, mon bonheur, ma vie» mon tout.
<VM^«Meir.«— J'ki donc enfin le bonhemr de fons posséder! EmkMk'-moi» èridet, eonsttmta mon ORtr de fotra aiaonr. Mon bienaimé e^^. à moi! Jésus sa doiuM à moii Ja voaa aime de tonte mon
Après les actes viennent les cantiques, composés la
AMOUR ET MiaiUGE li3
Dlapart sur des airs mondains que Tencologe a soin d^infliquer.
Ain : Te bie» aimer ^ 6 ma ehère Zélie!
OédonB, mon &me, à Jésus qui me pmie :
En ce momenti il rient combler mes rœux* U me reçoit, m'embrasse, me oaressci 8'ttnit à moi par d'inefl^bles nœads. Douce union, mélange incomparable !
Déjà mon cœur, plein d'xm amour extrême, Boit à longs traits les célestes douceurs, Et, reposant dans le sein de Dieu même, T goûte en paix les plus rares CsTCurs.
AiB : Dans un verger^ Colineite.
J'ai péché dès mon «nfimce»
J'ai chassé Dieu de mon conr; J'ai perdu mon innocence t Quelle perte I ah! quel malheur I Innocence inestimable.
Que je te connaissais peu.
Quand d'un bien si désiraUe La perte m'était un jeu I
AIB : Un inconnu fonf voi ûÂarmês ioupiret
Cœur adorable (de Jésus),
Bonheur des cieux !
C'est lui, je sens, je reconnais ses feux!
Cédons, mon cœur, à son empire aimable.
Combien à ta présence
Naissent en moi de mouvements secrets!
D m*est offert ce baiser si dim!
Ne puis-je donc reposer sur ton seîn.
De mon amour j pîorler sans contrainte F
Antre cantique :
Tous, éponaee fidèles Du plus fidèle époux.
Four des ardeurs si belles (^ufllft plaisin goates-TOuaf
12 ( AMOUR ETMARIAGE
Tout cela, dans la pensée de TEglise, est innocent : qtd le nie? Mais c'est justement ce que je vous reproche, Mon^^ seigneur : vous ne vous connaissez pas ; vous ne savez pas plus, dans votre funeste innocence, ce qu^il y a au fond de votre mysticisme que vous ne connaissez Tamour.
Vous ressemblez à des enfants qui se poursuivent avec des bougies allumées dans un magasin à poudre. Et quand arrivent parmi vous ces éruptions furieuses qui , dans un Hingrat, imLéotade, épouvantent le monde, vous êtes les premiers à ténioignér de votre afiUction et de votre étonnement.
Voulez- vous savoir. maintenant quel fruit les fillettes que TOUS catéchisez tirent de vos leçons? Lisez ce morceeau que j'extrais de Zélia.
Ecoutez, ma sœur... C'est dans vos bras innocents, c'est snr votre sein virii^inal qne pour la première fois Dieu m'a révélé la puissance de la vie... Ne vous éloignez pas ainsi ; éooutez-moi sans préjugé !
£li bien, nous dormions paisiblement sur Therbe moite et cbaude; les cèdres eihalaient leur exquise senteur de baume, et le vent du midi passait son aile brûlante sur nos fronts humides. Jusqu'alors, insouciante et rieuse, j'accueillais cbaque jour de ma vie comme un bienfait nouveau. Quelquefois des sensations brusques et pénétrantes faisaient bouillonner mon sang, une ardeur inconnue s'emparait de mon imagination; la nature m'apparaissait sous des couleurs plus étincelantes; la jeunesse palpitait plus vivace et plus riante dans mon sein ; et si je me regardais au miroir, je me trouvais dans ces instants-là plus vermeille et plus belle. Alors j'avais envie de m'embrasser dans cette glace qui me reflétait, et qui m'inspirait un amour insensé...
Ce jour-là, un rêve étrange, délirant, inouï, me révéla le mystère jusque-là impénétrable, et jusque-là tranquillement respecté. O ma sœur! niez l'influence du ciel, niez la sainteté du plaisir! Vous eussiez dit, si cette extase vous eût été donnée, qu'un ange envoyé vers vous du sein de Dieu se chargeait de vous initier aux épreuves sacrées de la vie humaine. Moi, je rêvai tout simplement d'un homme aux cheveux noirs qui se penchait vers moi pour effleurer mes lèvres de ses lèvres chaudes et vermeilles; et je m'éveillai oppressée, palpitante, heureuse plus que je ne m'étais imaginé devoir l'être jamais. Je regardai autour de moi : le soleil semait ses reflets sur les profondeurs du bois; l'air était bon et suave, et les cèdres élevaient avec splendeur leurs grands rameaux digités^ semblables à des bras immenses, et à de longues mains tendues vers le ciel. Je vous regardai alors. O ma sœur,
i[ue vous étiez belle ! Je ne vous avais jamais trouvée belle avant ce our-là. Dans ma complaisante vanité de jeune fiiie,^ je me préférais à
AHOUa ET MARIAGE i^
vous ; il me semblait que mes joues brillantes, que mes épaules arrondies, que mes cheveux dorés me faisaient plus belle que yous. Mais en Cet instant le sens de la beauté se révélait à moi dans une autre créature. Je ne m'aimai plus seule : j'avais besoin de trouver hors de moi un objet d'admiration et d'amour. Je me soulevai doucement, et je yous contemplai avec une singulière curiosité, avec un étrange plaisir. Vos épais cheveux noirs se collaient à votre front, et leurs boucles serrées se roulaient sur elles-mêmes comme si im sentiment de vie les eût crispées auprès de votre cou velouté d'ombre et de sueur. J'y passai mes doigts; il me sembla que vos cheveux me les serraient et m attiraient vers vous. Votre chemise, blanche et fine, serrée sur votre sdn, fidsait paraître votre peau, hàlée par le aoleil, plus brune encore qu'à l'ordinaire; et vos longues paupières, appesanties par le sommeil, se dessinaient sur vos joues, alors animées d'un ton plus solide qu'aujourd'hui. Oh ! vous étiez belle, Lélia ! mais belle autrement que moi, et cela me troublait étrangement. Vos bras, plus maigres que les miens, étaient couverts d'un imperceptible duvet noir que les soins du luxe ont fait depuis disparaître. Vos pieds, si parfaitement beaux, baignaient dans le ruisseau, et de longues veines bleus s'y dessinaient. Votre respiration soulevait votre poitrine avec une régularité qui semblait annoncer le calme et la force; et dans tous vos traits, dans votre attitude, dans vos formes plus arrêtées que les miennes, dans la teinte plus sombre de votre peau, surtout dans cette expression fière et froide de votre visage endormi, il j avait je ne sais quoi de maseuliu et de fort qui m'empêchait presque de vous reconnaître. Je trouvais que vous ressembliez à ce bel enfant aux cheveux noirs dont je venais de rêver, et je baisai TOtre bras en tremblant. Alors vous ouvrîtes les yeux, et votre regard me pénétra d'une honte inconnue; je me détournai comme si j'avais fait une action coupable. Pourtant aucune pensée im/ntre ne s'était pré* leniéeàmon esprit. Comment cela serait*il arrivé? Je ne savais. rien; je recevais de la nature et de Dieu, mon créateur et mon maître, ma première leçon d'amour, ma première sensation de désir. ••
Reconnaissez' TOUS, à cet agaçant parlage, tout rempli de ciel^ de Dieu^ à^anges^ à^extases, de mystères sacrés^ de nature^ de pudeur^ mêlés de peau et de chemise, reconnaissez-vous le style moitié empnatiuue, moitié trivial, de vos mystiques? Madame Sand a été dévote, et les jésuites ont conservé son estime : elle le raconte dans ses Mémoires. Que dites-vous de cette combinaison erotique, où laforni-^ cation, Tinceste, le viol, la tribadie, se trouvent cumulés tout simplement? Il y a beaucoup de ces simplicités-là dans les romans de George Sand.
Deux femmes, deux sœurs, Tune blonde et joyeuse cour-
tisane, Tautre platonicienne désespérée, apant je ne sais quoi de masculin^ se rendent compte de leiur vie. La première soutient la théorie du plaisir conmie fin de Feziatrace ; Tautiei déj^oûtée de la chair i ne croit plus à rien, pas même an plaisir. C'est dans le cours de cette conver* sation que la prostituée raconte de quelle manière elle a
Esrdu son pucelage. La ehoeette, curait Tallemant des éaus, est arrirée ainsi : Pulchérie était couchée auprès de sa sœur. . . Tenons-la quitte du reste ; donnons-lui même acte qtC aucune pensée impure ne éditait prieentée à eon esprit. . Mais je tous le demande , pour combien pensez-vous que TEfflise soit dans cette description I Tout se tient, dans la Ettérature et dans l'histoire, et vous ne pouvez pas plus répudier la Lilia de George Saoïd que le SenéàQ Chateaubriand.
La France très chrétienne n'a plus rien à envier à la Borne et à la Orèce idolâtres. En toutes choses nous avons surpassé nos modèles : nous les avons surpassés par la philosophie et la science, surpassés par le droit et llndustrie , surpassés par la profondeur de notre idéal et l'héroïsme de notre révolution ; nous les surpassons encore par la bassesse et l'hypocrisie de notre débauche*
C'est rimi)udicité ^ui a perdu la noblesse française et
Si perd aigourd'hui bourjo^eoisie et plèbe* Les mœurs evalières et calantes qui distinguèrent nos aïeux ont disparu; le mariage devenu une affaire, le concubinaffo dédaigné , nous sommes en pleine promiscuité , tant la paillardise est devenue universelle, tant elle est pour nous chose légère. Nous voilà parvenus à l'amour unisezuel, on parle de parties fines ou la fashion féminine se livre, comme les Romaines de Juvénal , à des combats tribadiques, Ipsa AfeiuUina frictum crissantis odorat; et Ton m'assure que l'usage commence à s'en répandre dans les pensionnats de demoiselles et parmi les ouvrières.
Dernier mot d'une société oui se meurt en appelant l'amour, et qui ne retrouvera 1 amour, la vie, l'honneur!
3ue le jour ou s'échappera de sa conscience le cri de salut : rSTIOB I
AMOUR £T HARUGB m
1, — Lliomme et la femme sont-ils égaïuc entre eux ou équivalents? Ou bien sont- ils simplement complémentaires Tun de Tautre , de telle façon qu'il nV ait entre les deux sexes ni égalité ni équivalence? Dans tous les cas, quelle est la fonction sociale de la femme? Partant, quelle est sa dignité? Quel est son droit? Quelle doit être sa considéra*» tion dans la république?
Je fais pour un moment abstraction du mariage, à plus forte raison dois-je faire abstraction de la maternité. La femme peut n'être pas mère, et de fait elle ne Pest pas tou'jours. Avant de le devenir, elle a de longues années à vivre; après Tavoir été, elle en aura d'autres encore : elle a donc, dans la société, antérieurement et supérieurement aux charges maternelles, un emploi. Quel est-il? Pendant la maternité même, elle ne perd pas ses droits de membre de la société ; ajoutons que la liquidation des charges maternelles, charges qui naturellement, et pour la part la plus forte, lui incombent, cette li<juidation, dis-je, devra se faire, non pas seulement en raison du travail et de la dé-;
}>ense, mais en raison de la dignité sociale, morale, de là èmme. Tout se réunit donc pour nous faire un devoir de rechercher la nature et retendue de cette dignité , qui a pour terme de comparaison la dignité de Thomme. ^ J'ai longtemps hésité devant la Question ^ue je me décide à traiter ayjourd'hui. Quelques brusqueries échappées de ma plume, bien moins contrôla femme — (;[ui donc son^e à attaquer la femme? — que contre ses soi-disant émanci-
Sateurs, m'ont attiré tant d'affaires, que je m'étais promis e n'7 plus revenir et de laisser aller les choses. J'eusse voulu abolir, entre nous et nos moitiés, ces mots fâcheux SLigalitf et i^inégalUé^ source intarissable de divisions^ de luttes intestines, de trahisons et de hontes. Dans l'intérêt de la dignité commune et de la paix domestique , j'aurais de bon oœur accepté un pacte de silence , conforme à la réserve antique et aux habitudes chevaleresques de nos pères.
Mes craintes, apparemment, étaient exajo^érées. D'autres avant moi, hardis dans l'absurde, ont soulevé ce débat qui menaoe la tranquillité de nos ménages. L'indiscrétion lémine a pris feu; une demi- douzaine d'insurgées^ aux
fenmie autrement que nous ne la voulons, revendiquent avec injure leurs droits » et nous défient d^oser tirer la question au clair. Il ne me reste, après que j^aurai établi sur faits et pièces Tineébiobité physique, intelleg* TX7ELLB. ET MORALE de la femme; après que j'aurai montré, par des exemples éclatants , que ce qu'on appelle son ânancipation est la même chose que sa prostitution, qu'à détenmner sur d'autres éléments la nature de ses prérogatives, et à prendre en main sa défense contre les divagations de quelques impures que le péché a rendues folles.
bifénorité physique de la femme
n. — Sur ce point la discussion ne sera pas longue : tout le monde passe condamnation. J'avais pourtant espéré que ces dames, poussant jusqu'au bout la logique de leur cause, prendraient le parti extrême de nous dénier l'avantage de la force : point du tout , elles déclarent s'en rap- Sorter au dynamomètre, et ne protestent que contre Valt^ ont, suivant elles, nous nous rendons coupables.
Je réprouve énergiquement toute espèce d'abus, surtout celui de la force. Mais avec l'abus il ne faut pas confondre Vus : or, c'est à quoi tendent invinciblement les théoriciennes de l'égalité sociale des sexes, au mépris de la nature et de la Justice.
Que dit d'abord la nature?
C'est un fait d'expérience , commun à tous les mapmiiferes, que jusqu'à la puberté la complexion du jeune homme et celle de la jeune fille ne diffèrent presque en. rien, mais qu'à partir du moment où commence la masculinité, l'homme prend le dessus sous plusieurs rapports : carrure des épaules , épaisseur du cou, roideur des muscles, grosseur des biceps, force des reins, agilité de tout le
soumis à la castration, redescead insensiblement et perd ses qualités viriles, comme si, par la faculté génératrice dont il est doué, l'honmie, avant d'engendxàr sou sem*^
AMOUR ET MAKÏAGE 420
blable , s^engendrait lui-même et se portait à ce degré de puissance auquel n'atteint jamais la femme.
C'est encore un fait d'expérience (jue Tabus des jouissances amoureuses et les pertes séminales font, coâime la castration elle-même, déchoir rhomme de sa force et des qualités qu'elle comporte, Tagilité, Tardeur, le courage; et que Tâge où il commence à vieillir est celui où ses organes produisent moins de cette semence , dont la plus erande part est employée, ce semble, à la production ae la force.
Enfin, c'est un fait d'expérience qu'entre individus de sexe masculin les différences, quant à la force et à l'agilité physiques, ne sont pas, en général, proportionnelles à la nauteur, au volume et au poids, mais à Ténergie virile et à la manière plus ou moins parfaite dont cette énergie sert et entretient le système. De là ces tempéraments adoucis, aux formes moins anp^uleuses , aux corps moins membrus ,
Sue les paysans de Franche-Comté appellent /emmelins^ 'autant plus portés à l'amour que leur complexion parait plus faible, ou, en autres termes, que la résorption de la semence se fait en eux moins complètement.
D'après ces observations, rinlériorité physique de la femme résulterait donc de sa non-masculinité.
L'être humain complet, adéquat à sa destinée, je parle du phvsique, c'est le mâle, qui par sa virilité atteint le plus haut degré de tension musculaire et nerveuse que comportent sa nature et sa fin, et par là, le maximum d'action dans le travail et le combat.
La femme est un diminutif d'homme, à qui il manque un organe pour devenir autre chose qu'un épjièbe.
rourquoi la nature n'a-t-elle donné qu'à l'homme cette vertu seminifère, tandis qu'elle a fait de la femme un être passif, un réceptacle pour les germes que seul Thomme
Sroduit, un lieu d'incubation, comme la terre pour le grain e blé : organe inerte par lui-même et sans but propre ; qui n'entre en exercice que sous l'action fécondante du père, mais pour une autre fin que la mère, au rebours de ce qui se passe chez l'homme, en qui la puissance génératrice a son utilité positive indépendamment de la génération elle-même?
Une semblable organisation ne peut avoir sa raison que
j^8 le oonple et la famille; die présuimoBe la suborâina^ tibn du sujet, hors de laquelle il serait incapable de se suffire à lui-même, et courrait se dire Faffligé de la nature et le souffire-douleurs ae la Proyidence.
Partout éclate la passivité de la femme, sacrifiéei pour' ainsi dire, à la fonction maternelle : délicatesse du corps, tendresse des chairs, amçleur des mameUes, des hanches, du bassin; en reyanche, etroitesse et compression du oer« yeau. En elle-même, je parle toujours au physique, la femme n*a pas de raison d^être : c^est un instrument dd reproduction qu'U a plu à la nature de choisir de préfet rence à tout autre moyen, mais qui serait de sa part une erreur, si la femme ne deyait retrouyer dWe autre manière sa personnalité et sa fin*
Or, quelle que soit cette fin, & quelque dignité que doiye s^eleyer un jour la personne, la femme n'en reste pas moins, de ce premier chef de sa constitution physique, et jusqu'à plus ample informé, inférieure deyant rhommei une sorte de moyen terme entre lui et le reste du règne
tion embryonnaire pour une destination supérieure. (0^«- Iqppement 4c la série naturelle^ par le D'FaVbb; 2 yol* in-12.)
in. — Nous ayons recueilli le témoignage de la nature que ya conclure maintenant de ces premiers faits la Justice ?
Sans doute dans la société, comme dans la yie, la force physique n'est pas tout : il y a d'autres éléments, d'autres lacultes, dont nous deyrons tenir compte. Mais si la force n'est pas tout, elle compte pour quelque chose : or, pour si peu qu'on la compte aans rétablissement des droits de l'indiyidu, dans la balance de Ison actif et de son passif, il est éyident, sous ce premier rapport, aue de quelque façon qu'on s'y prenne , et à moins aue la femme ne se rachète par d'autres ayanti^es, son infériorité sociale et sa subor* oination yis-à-yis de l'homme en sera la conséquence.
Quelle que soit l'inégalité de yigueur, de souplesse, d'agilité, de constance, que l'on obserye, d'un côte entre les nommes, de l'autre entre les femmes, on peut, sans
AMOtJR ET MARIAGE • ^31
risque d'errenr, dire qu'en moyenne la force physique de rhonune est à celle delà femme comme 3 est a 2.
Le rapport numérique de 3 à 2 indique donc, à ce premier point de vue, le rapport de valeur entre les sexes.
Admettant que chacun , soit dans la* famille , soit dans Tatelier, fonctionne et travaille selon la puissance dont il ^t doué, l'effet produit sera dans la même proportion, 3 à 2 ; conséquemment , la répartition des avantages , à moins , je le répète, qu une influence d'une autre nature n'en modifie les termes, toujours dans cette proportion, 3 ; 2.
Voilà ce que dit la Justice, qui n^est autre que la reconnaissance des rapports, et qui nous commande à tous, hommes et femmes, de faire à autrui comme nous voudrions qu'il nous fît lui-même, si nous étions à sa place.
Qu'on ne vienne donc plus nous dénier ce droit de la
itelligf
chicane à l'usage des émancipées et de leurs collaborateurs.
Supposons, dans un pays, deux races d'hommes mêlées, dontlW soit physiquenxent supérieure à l'autre, comme l'homme l'est à la femme.
Admettiuit que la Justice la plus sévère préside aux relations de cette société, ce que l'on exprime par les mots if alité if droits ,t la race forte, à nomhre ^al et toute balance faite, obtiendra, dans la production collective, trois parts sur cinq : voilà jpour Téconomie publique.
Mîds ce n'est pas tout : je dis que par la même raison la volonté de la race forte pèsera, dans le gouvernement, comme 3 contre 2, c'est à dire qu'à nombre égal elle commandera à l'autre , ainsi qu'il arrive dans les sociétés en commandite, oii les décisions se prennent à la majorité des actions, non des suffrages : voua pour la politique.
Eh bien, c'est ce qui est arrivé pour la femme.
J'écarte comme non avenus, illégitimes, odieux, dignes de répression et de châtiment, tous les abus de pouvoir du sexe fort à l'égard du sexe faible ; j'approuve, j'appuie, mr oe pointt la protestation de ces dames. Je ne demande que jurace, puisque c'est au nom de la Justice qu'ion re-
ï» ^ AMOCR ET MARUGV:
▼endioiie jHonr la femme Fégalité. H restera toajoars , en accoroiant i celle-ci toutes les conditions d'éducation, dé
déTeloppement et d'initiatiTe possibles , qu'en somme la prépondérance est acquise au sexe fort dai^ la proportion de § contre 2, ce qui reut dire que lliomme sera le nuutre et que la femme obéira. Dura Jex, sed Ux.
IV. — Ce que je YÎens de dire n'est que de théorie : dans la pratique, la condition de la femme encoort, par la maternité, une subordination encore plus grande.
En quelques secondes lliomme devient père. L'acte de
Sénàration, modérément exercé et dans Tage youlu, loin e lui nuire, lui est, comme l'amour, salutaire.
La maternité coûte autrement cher à la femme.
Sans parler de ses ordinaires, qui prennent 8 jours par mois, 96 jours par an, il faut compter, cour la grossesse, 9 mois; les releyailles, 40 jours; l'allaitement, 12 à 15 mois; soins à l'enfant, à partir du sevrage, cinq ans : en tout sept ans pour un seul accouchement. Suposant quatre naissances à deux années d'intervalle, c'est douze ans que la maternité emporte à la femme.
Il ne faut point ici chicaner et marchander. Sans doute la femme enceinte, et la nourrice, et celle qui soigne les enfants plus grands, est capable de quelque service. J'estime, quant à moi, que pendant ces douze années le temps de la femme est absorbé presque tout entier par la gésine ; que ce qu^elle peut faire en plus, sans se détériorer, est du toni^ en sorte qu'elle et ses en&nts tombent entièrement à la charge de Thomme.
Si donc, pendant la plus belle partie de son existence, la femme est condamnée par sa nature à ne subsister que de la subvention de Thomme ; si celui-ci, père, frère, mari ou amant, reste en définitive seul protecteur, pourvoyeur et suppéditeur , comment , je raisonne toujours selon le droit pur et en dehors de toute autre influence, comment, (1is-je, subirait-il le contrôle et la direction de la femme? (Comment celle qui ne travaille pas, qui subsiste du travail (Pautrui, gouvernerait^elle , dans ses couches et ses gros- BCBS6S continuelles, letravailleur? Réglez comme vous l'entondrez les rapports des sexes et l'éducation des enfants ; faitet-en Tobjet d'une communauté, à la façon de Platon,
AMOUR Kl MARIAGE I33
OU d^one assurance , comme le demande M. rlc 6ir«ardin ; maintenez, si vous aimez mieux, le couple mouogamiiiuo et la famille : toujours vous arrivez à ce résultat , que la femme , par sa faiblesse organique et la position intéressante où elle ne manquera pas de tomber, pour peu que rhomme sV prête , est fatalement et juridiquement exclue de toute curecfion politique, admimstrative , doctrinale, industrielle, comme de toute action militaire.
infériorité ÎBteUeotueUe de la iemine
V. — Ce qui , plus que tout le reste , a fait imaginer ruto|)ie de régalité des sexes, est la doctrine platonicochrétienne de la nature de Tâme , doctrine à laquelle la dernière main a été mise par Descartes.
L^âme, se dit-on, estime substance immatérielle, essentiellement différente du corps. Cette âme est tout Thomme; le corps n'est que son enveloppe, son instrument. Considérées en elles-mêmes , les âmes sont égales ; le corps seul détermine, entre les personnes, les inégalités de puissance organique et intellectuelle qui s'y observent. Or, si la destinée de Tespèce est de s'affranchir, par la religion, la science, la Justice, Tindustrie, des fatalités de la chair aussi bien que de la nature, il s'ensuit que Tégalité des âmes doit apparaître peu à peu entre les personnes , et toute différence de prérogatives entre les sexes sWacer. Ce n'est qu'une question d'éducation, analogue à celle du prolétariat. Le peuple non plus n'est pas au niveau de la bourgeoisie; mais par l'éducation il peut y arriver, et c'est son droit d'en obtenir les moyens. Le problème de la destinée de la femme est le même. Qu'il lui soit possible de se racheter selon le vœu et la loi de la nature, elle ne demande rien de plus ; le lui refuser serait une tyrannie et un crime.
Ainsi on ne nie pas l'infériorité physique de la femmo ni les conséquences qui s'ensuivent ;
On ne nie pas davantage son infériorité intellectuelle, au moins dans rétat présent des choses ;
On se borne à aire que l'infériorité de puissance organique doit étee, neutralisée par le progrès industriel , et
134 AMOUR Eî MâRIAGS
rinfériorité intellectuelle neutralisée à son tour par Tèducation des sujets et par la constitution sociale; de sorte que les deux sexes demeurent en présence, ramenés à leur yaleur purement animique , ou , pour mieux dire , angé*- Uque, semblables à de purs esprits, que la mort et le ciel ont dégagés de la sexualité et de la matière.
Telle est la Ibèse soutenue par mesdames de Staël, George Sand, Daniel Stem et autres.
w Dans set plus bnllantes manifestationB, le génie féminin n'a point atteint les hauts sommets de la pensée, il est pour ainsi dire resté à mi-oôte. L'humanité ne doit aux femmes aucune découverte signalée, pas même une inTention utile. Non seulement dans les sdenoes et dans » philosophie elles ne paraissent qu'au second rang, mais encore dans les arts, pour lesquelles elles sont si bien douées, elles n'ont produit aucune œuvre de maître. Je ne veux parler ici ni d'Homère, ni de Phidias, ni de Dante, ni de Shakspeare, ni de Molièra; mais le Corrége, mais Donatello, mais Delille et Grétrj, n'ont point été égalés par des femmes. • (Daniel StEnN, Esqumet morale»,)
ê Faut-il done, poursuit cette dame, nous incliner devant de telles observations et tels exemples? •
Et elle soutient, en premier lieu, que Tinégalité d'intel>ligence n*est appréciable que dans les exceptvms^ dans les hautes sphères de rentendement, nullement dans la pra* tique delà vie, et comme on ne fait pas de lois pour les exceptions , mais pour la masse , qu'on n'en peut rien conclure contre le droit de la femme à Tégalité ; d'autre part, que, si Ton se transporte dans Tordre moral, les choses apparaissent sous un tout autre jour; que le courage, la Justice , la tolérance , le dévoûment , n ont pas de sexe ; que Sar la maternité et Téducation des enfonts, la coopération e la femme dans la société et la fatnilie est égale à celle de l'homme; que le progrès est à l'égalité, et que l'éducation le réalisera.
Nous examinerons tout àl'heure la moralité delafemme : attachons-nous pour le moment à son intelligence.
VI. — L'ar^mentation dont je viens de rapporter la substance a ceci deremarquable, qu'elle peut servir d'échantillon de la manière dont la femiûe, abandonnée à ses propres inspirations , a de tout temps raisonné et raisonnent
éternellement. La clarté grammaticale iCj manque pas : faites-Uni grâce de Tidée, la femme çarle aussi bien peutêtre mieux, en tout cas plus volontiers que lliomme. Et c^est U) privilège de notre langue que sa clarté s'impose à tous, même au sophiste qui parle contre sa conscience et sa raii on, même à la femme savante qui parle sans raison ni conscience.
Que trouvons-nous, à Tanalyse, dans cette thèse? Comme principe, trois peut-être; Gomme raisonnement, trois inconséquences; Comme conclusion, rabaissement systématique de lliomme, c'est à aire niant.
Si, (iit-on, par le progrès industriel, la dépense de force imposée au travailleur devenait insignifiante ?... — C'est justement la considération que faisait valoir Cabet aux citoyens dlcarie comme le principe de Tégalité future; mais c'est aussi ce dont l'économie politique démontre la fausseté matérielle ; d'abord par le calcul, puis par l'expérience. Plus l'industrie se perfectionne, plus, sans doute, l'action de l'homme acquiert de puissance^ mais plus en même temps il est appelé à travailler et a dépenser dé force, de manière que le bénéfice du développement industriel ne se trouve pas dans le repos obtenu, mais dans la somme des produits. — Surcroît de production, direz-vouS| et diminution de force dépensée, ou augmentation de repos^ sont même chose. — lion', ce n'est pas même chose; c^ si nos machines ne devaient servir qu^à nous procurer du repos , elles devraient se reposer elles-mêmes ; elles coûteraient trop cher, et Ton y renoncerait. Aussi jamais^ à aucune époque, on ne travaiua autant que de nos jours ; comme nous sommes plus travailleurs que nos pères, nos enfants seront plus travailleurs que nous , et pour eux comme pour nous-mêmes le chômage ira toujours en diminuant. Telle est , quant au progrès de l'industrie et des machines, la vérité. Sans doute elle n'a rien de décourageant pour l'homme; mais comme l'augmentation du travail suppose un accroissement proportionnel de population, que peut-elle promettre à la femme? Multiplicabo conceptus tuos.
Si, dit-on , par le développement de Instruction, l'inSgalitè des capacités s'effaçait r...— Malheureusement Tins*
196 AMOUR ET MAItlÀGE
traction, en théorie et en application, doit être, pour tout indiyidu, encyclopédique ; elle embrasse une suite d'études et de manœuvres dont la femme, par la faiblesse de son cerveau autant que par celle de ses muscles, est incapable. De ce côté encore, nen à espérer pour elle.
Si, par la division du travail et réquilibre des fonctions, la médiocrité devenait la condition générale, et la supériorité de génie Texceçtion?...^ — Ici encore la science vient démentir Thypothese. La division du travail et l'équilibre des fonctions sont les deux premières lois de Torganisation industrielle; de ces deux lois il en naît une troisième, qui déboute irrévocablement la femme de ses prétentions, c'est la loi d'ascension aux grades, par laquelle tout individu mâle a pour devoir et pour fin de devenir, à son tour, une supériorité.
Voilà pour le principe : voyons le raisonnement.
On dit : Ce n est pas le corps qui fait Thomme , c'est Fâme; or les âmes sont égales : donc...
Mais la distinction ontologique de Pâme et du corps est le principe même sur leauel nous avons vu que s'étaient successivement établis, d'abord l'esclavage, puis le servage, aujourd'hui le salariat. Comment peut-on l'invoquer en faveur de la femme?... Âdmettons-la, cependant, cette distinction ; accordons que le corps n'est rien pour l'homme, et que les âmes sont égales. En dernière analyse, l'âme ne peut être jugée que sur ses actes, cela est élémentaire en droit. Si donc les actes de l'âme masculine, obtenus par l'intermédiaire du cerveau et des muscles, valent plus que les actes de l'âme féminine , l'égalité entre elles se réduit à une fiction de l'autre monde ; sur cette terre , elle est impossible.
On dit : Le progrès, pour l'humanité, consiste à triompher sans cesse de la matière par l'esprit : donc...
Eh bien, qui triomphe le mieux de la matière, l'homme ou la femme?
llioxnme à la femme, puisqu^il faudrait, ponr cela, que le premier cessât de progresser dans Tintégralité de son être, piendant que la seconae progresserait dans Tintégralitédu sien, ce qui est inadmissible.
(}ue reste-t-ii maintenant, comme conclusion, de ce beau raisonnement sur Tâme des femmes?
C'est que, pour les mettre au pair avec nous, il faudrait rendre en nous la force et Pintelligence inutiles , arrêter le progrès de la science, de l'industrie, du travail, empêcher 1 humanité de développer virilement sa puissance, la mutiler dans son corps et dans son âme, mentir à la destinée, refouler la nature, le tout pour la plus grande gloire de cette pauvre petite âme de femme , qui ne peut ni rivaliser avec son compagnon ni le suivre.
Des idées décousues , des raisonnements à contre-sens, des chimères prises pour des réalités, de vaines analogies érigées en principes, une direction de Tesprit fatalement inclinée vers l'anéantissement : voilà Tintelliçence de la femme, telle que la révèle le théorie imaginée par ellemême contre la suprématie de Thomme.
Vn. — n serait peu courtois à un philosophe de s'en rapporter au jugement de la femme sur elle-même : elle ne se connaît pas , elle est incapable de se connaître. C'est à nous, qui la voyons et qui l'aimons , d'en faire l'autopsie.
JËcartant d'abord , comme ultra-phénoménale , la question de savoir si l'âme et le corps, la matière et l'esprit, sont des substances distinctes ; si l'homme mérite considération seulement en tant qu'âme et abstraction faite de BAÇuenilh^ comme dit le bon Chrysale, ou s'il faut faire état aussi de cette guenille, un fait est au moins certain : c'est qu'en raison de l'influence réciproque, constante, intime, du corps sur l'âme et de l'âme sur le corps, la force phvsique n'est pas moins nécessaire au travail de la pensée ou à olûxd des muscles, de sorte que, sauf le cas de maladie, la pensée, en tout être vivant, est proportionnelle à la force.
D'où cette première conséquence : la même cause qui
fait qu'aucune femme, parmi les plus doctes , ne peut atteinore à la hauteur dm Leibnitz , d'i
*un Voltaire , d'un
OaYier , fait également que, dans la masse, la femme ne peut soutenir & tension cérébrale de lliomme.
Mais voici bien autre chose.
Si la faiblesse organique de la femme, à laquelle se pro-
Sortionne naturellement le travail du cerveau, n'avait 'autre résultat que d'abréger dans sa durée l'action de l'entendement, la qualité du produit intellectuel n'étant pas altérée, la femme pourrait parfaitement, sous ce rapport, se comparer à l'nomme ; elle ne rendrait pas aut^it, elle ferait aussi bien : la différence , purement quantitative, n'entraînant qu'une différence de salaire, ne suffirait peut-être pas pour motiver une différence dans la condition sociale.
Or , c'est précisément ce qui n'a pas lieu : l'infirmité intellectuelle de la femme porte sur la quaUté du produit autant que sur l'intensité et la durée de lotion ; et comme, dans cette faible nature, la défectuosité de l'idée résulte du peu d'énergie de la pensée , on peut dire que la femme a resprit essentiellement faux, d'une fausseté irrémédiable.
Il ne faut pas croire, dit quelque part Daniel Stem, que la différence des sexes soit purement dn domaine de la physiologie : Tintelligence et le cœur ont aussi un sexe.
Madame Stem a pris cette idée de quelque auteur : en cela, elle a fait preuve de promptitude d'esprit, mais de peu de jugement. Des intelligences mâles et femdles, c'est si jolil Mais voyons les conséquences.
Comme l'a dit Eant , la qualité dans les choses est un aspect particulier de la quantité j elle résulte de la comparaison des deux quantités inégales. C'est ainsi que la même couleur, plus ou moins foncée ^ se dénature et tend à devenir une autre couleur : en realité il n'y a pas de démarcations tranchées dans le spectre.
Il en est ainsi pour tous les sens et facultés de l'homme.
Begardez 2a lune à l'œil nu ou dans un télescope, Taspect de la planète n'est pas le même. Celui dont la vue serait assez forte pour résoudre les dernières nébuleuses, non seulement verrait les choses que nous ne voyons pas, mais le spectacle du ciel lui paraîtrait encore tout diffç* ^rentt
AMOUR ET MÂRUGE 139
La pensée se comporte absolument de même. H y a des inteUigences d'une portée, si j'ose ainsi dire, télescopique, qui découvrent dans les choses des rapports restes jus-
3ue-là inaccessibles ; des intelligences concentriques, qui, ans une niasse de faits jetés en .içpar^ee au hasard, aperçoivent une liaison , un ordre, une unité, qu'auparavant on n'y voyait pas. C'est par opposition à ces deux sortes d'intelligences qu'on dit vulgairement : esprit a courte m$^ esprit irouillon^ Çour désigner Tinfinnité de ceux à ^ui la présence des faits et des choses ne fait rien découvrir.
Vni. — En quoi donc consiste la différence qualitative de l'esprit entre l'homme et la femme?
La femme n'a pas d'âme intelligente, dit un concile.
D'autres vont jusqu'à refuser toute espèce d^ââie à la femme. *
Hégélet Gœthe remarquent qu'ily ades esprits véçétafifs
et dés esprits animant ^ et ils ajoutent que la femme appar-
I tient à la première catégorie. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Si la femme, comme être pensant, a été maltraitée par les théologiens et les philosophes , eue l'a été encore plus par les écrivains de son sexe.
La femme est imbidle par nature^ dit durement George Sand; et sur ce principe elle établit la figure dVndiana.
Ce qui ttaaqve CMeniiellement à la fetaime est la méthode : de là le hasard introduit dans leors ndsonnements, et trop souvent dans leurs vertus.
i Ce qui égant la femme est Pesprit de ehîmères : elles le portent
I dans tout, en religion, en amour, en politique.
I Les femmes ne méditent guère : penser pour elles est un accident
heureux plutôt qu'un état permanent. Elles se contentent d'entrevoir les idées sous leur forme la plus flottante et la plus indécise. Bien ne B^aeeuse» rien ne se fixe dans la brume dorée de leur &ntaisie. (Dastol Siebk» EtquUtet moralet,)
C'est bien exprimé , et je pourrais observer en passant ^ue Daniel Stem parle d'expérience. Son tort, dans ces lignes sentencieuses , est de parler de son sexe Comme si elle s'en séparait, puis de ne pas voir qu'un pareil juge-: pient est la condamnatioxi de 8on systèmet ^
440 iOIOTO ET HABUGE
Madame Mecker de Saossnre est encore plus amère :
La force créatrice lenr manque; malgré de brillante anceès, on ne pent lenr attribuer Aneoaede.eea grandes œa?res qni font la gloire d'un ûècle et d'une nation.
Les femmes arrifent de plein sant^ ou n'arrirent pas. Si admirable elles elles Que soit la patience quand il s'agit de soulager les maux d'autrui, elfe est nulle dans le domaine intelleetuel.
L*homme seul contemple toutes choses dans TuniTcrs : la femme ne saisit que les détails. Les hommes l'emporteront toujours sur noua : leur natwre êii supérieure à la nôtre,,.
Et ce mot lâché, elle le regrette :
Supérieure en quoi P.. • Plus livrés aux passions sensuelles, ils ne sont ni^ plus religieux, ni plus déroués, ni plus rertueux, ni ptui^éire plus spirituels que nous. Et cependant nous les sentons fiuts pour être nos maîtres : leur moi est plus fort que le nôtre.
Parlant de Vidiotie propre à la femme, elle ajoute :
U est singulier qu'avee des intérêts assez semblables sur toute la terre, elles offrent des teintes de loealitét plus tranchées que les hommes. •• 11 faut sonder les profondeurs du cœur féminin pour trou- ?er en quoi la Française, l'Anglaise, l'Allemande, se ressemblent. {Education progreaive.)
En deux mots, la femme, plus que Phomme, est de son pays. Daniel Stem rei)roduit la même observation ; j'ignore qui est le premier qui Ta faite :
L'homme représente plus particulièrement l'idée de patrie : le sentiment de la femme S^lève rarement au dessus de l'amour du sol. Elle chérit les lieux qui l'ont vue naître, les horizons qui ont souri a sa jeunesse : l'esprit de l'homme s'attache plus encore aux horizons intellectuels où s'est développée sa pensée ; il aime, il sent vivre en lui cet ensemble d'invincibles éléments qui composent la race, la nation, la patrie idéale.
Madame Guizot, citée par madame Necker de Saussure, dit de son côté :
11 ett bien difficile que le succès d'une compote n'intéresse pas plus une jeune fille que toutes sea leçons.
Après ces citations, on se demande si ces dames sont de
leur parti ou du nôtre, car il est évident que leur sexe leur est insupportable. Madame Necker de Saussure, qui a tant écrit sur l'éducation des femmes , ne les aime point : elle est pour elles pleine d'atrabile, de menace, d'ironie ; elle les raille de leur beauté, de leur penchant à Tamour, de tout ce qui les fait femmes. Madame de Staël est sans pitié pour les Anglaises, si fières de leur intérieur, si dédaigneuses des triomphes du bel esprit; sa Corinne n'est qu'une satire de la ménagère , la seule femme cependant qui soit vraiment digne de l'attention de l'homme. Madame Sand paraît n'aimer ni le sexe fort ni le sexe faible : le
{premier, parce que, quoi qu'elle fasse, elle n'j arrive pas ; e second , parce qu'elle en est sortie. Le héros, presque invariable, de ses romans, est une espèce de Molocn à qui, sous les noms de Zélia^ Quintilia^ Sylvia^ elle sacrifie mâles et femeUes, lois divines et humaines, raison, nature et sens commun. Madame Stem, après avoir dit son fait à la femme noble et bourgeoise, finit par une invective superbe : *^ Pleurez, lâches, pleurez, dit-elle à ces pauvres créa- ^ tures; c'est bien fait, vous n'avez que ce que vous * méritez. „
Que je plaindrais les femmes, si elles n'avaient pour les soutenir que les paroles de leurs avocats en iupons !... Les observations qu'on vient de lire sont vieilles comme le
f;enre humain : le sexe mâle le premier les a faites, tous es humoristes et originaux qui se sont mis en tête de médire des femmes et de les agacer par une feinte aversion les ont rebattues ; répétées aujourd'hui, en style de Sénèque, par les plus illustres de la gent féminine, elles ne sauraient nous apprendre rien, tant qu'elles ne seront
suivons la chaîne de l'expérience.
IX. — - Qui produit, chez la femme , cette infériorité de vigueur musculaire? Cela même, avons-nous dit, qui fait qirelle est femme, l'absence de virilité. La femme n'est pas seulement autre que l'homme, comme disait Paracelse; elle est autre parce qu'elle est moindre : parce quo son sexe constitue pour ^^ une faculté de moins. Là où la
142 AMOim ET MâKIAGE ^
virilité manque, le sujet est incomplet; là où elle eetôiée» le sujet déchoit : rarticle 316 du Code pénal en est la preuve.
Qui croirait maintenant que cette corrélation physiologique ne s^étende pas à Tentendement? De par la logique cela doit être^ et de par Texpérience cela est.
La femme a cinq sens , comme Thomme ; elle est organisée comme Thomme ; elle voit, elle sent, elle se nourrit, elle marche, elle agit, comme Thomme, il ne lui manque, au point de vue de la force physique, pour égaler Tbomme, qu^une chose, qui est de produire des germes.
De même, au point de vue de Tintelligence , la femme a des perceptions, de la mémoire, de Timagination ; elle est capable d^attention, de réfleidon, de jugement : que lui manque-t-il? De produire des germes, (vest à dire des idées; ce que les Latins appelaient ^miM, le génie, comme qui dirait la faculté génératrice de Tesprit.
Qu'est-ce que le génie?
De sots rhéteurs ont voulu en faire le privilège de quelques élus, espèces de demi-dieux offerts par la vanité Soétique à Padoration du vulgaire, Aussi se sont-ils égarés ans leurs définitions ; le génie est resté comme un superlatif de Tentendement , et ne deviendra une réalité que lorsqu'il aura été reconnu à tous les mâles, à qui il appartient sans exception, comme la virilité de Tintelliçence.
C'est la faculté de saisir les rapports ou la raison des choses, de former des séries, d'en dégager la formule ou la loi, de concevoir sous cette formule une entité, sm'et, cause, matière, substance, etc.; en un mot, c'est la puissance de créer, en présence des phénomènes, des universaux et des catégories, ou plus simplement des idées.
En principe , cette faculté ne paraît différer de l'intuition sensible que par le degré de puissance visuelle de l'entendement. Ainsi il faut plus d'intensité intellectuelle pour acquérir l'idée du genre que pour recevoir l'image de l'individu : il en est ainsi de toutes les idées, de toutes les découvertes, dans la philosophie, l'industrie et la science.
Par exemple, il est de la nature de tout esprit faible, & qui les rapports des choses sont de difficile accès, de tourner ù Tidéalisme et au mysticisme : c^est ainsi qu'au début de la civilisation Tesprit humain, sans expérience acquise et sans méthode, aussi incapable d'observer avec exactitude que de formuler des lois, idéalise ses aperçus ^ crée des faoles, et laisse prendre à sa religion, à sa poésie, la pas sur la science.
Tel est encore Pesprît des enfants, des adolescents , de tous ceux que la faiblesse naturelle ou la maladie rapproche , sous ce rapport, de la nature féminine , et que fa sévérité de Tobservation, la rigueur de la science rebute.
B n'est personne à qui il ne soit arrivé, à la suite d'une fatigue prolongée du cerveau, de ne pouvoir plus suivre le • fil d'un discours ou saisir l'ensemble d'un raisonnement. L'esprit, alors^ frappé d'impuissance, semble avoir perdu sa faculté génératrice; on ht sans comprendre, on écoute sans percevoir le sens des paroles. Il n est même pas rare de rencontrer des intelligences vigoureuses sur certaines parties de la spéculation, qui semblent perdre leur puissance sur d'autres. Tel mathématicien est incapable de philosopher; tel jurisconsulte a une peine excessive à suivre les opérations d'une banque ou les parties d'une comptabilité. Dans toutes ces circonstances, on peut dire que le génie est sans action et l'esprit revenu à l'état neutro.
Ce qui distingue la femme est donc que, chez elle, la faiblesse, ou pour mieux dire, l'inertie de l'intellect, en ce qui concerne i'aperception des rapports, est constante. Capable, jusqu'à certain point, d'appréhender une vérité trouvée, elle n'est douée d^aucune initiative ; elle ne s'avise pas des choses ; son intelligence ne se fait point signe à
d'abstraction, de généralisation, d'invention, de conception, dont l'enfant, l'eunuque et la femme sont également dépourvus. Et telle est la solidarité des deux organes, que, comme l'athlète se sevrait de femme pour conserver sa vigueur, le penseur s'en sèvre aussi pour conserver son génie : comme si la résorption de la semence n'était pas
144 AMOUR fcT HAUlAGE
moins nécessaire au cerreau de Ton qu^anx muscles de
rautre. (
X. — J'ai eu la curiosité de yérilier cette théorie par , Tanalyse des ouvrages de quelques femmes célèbres, et voici ce que j'ai invariablement trouvé :
généralise point, ne synthétise pas. Son esprit est antimétaphvsique. Comme dit Daniel Stem, si une idée lui vient, c est un accident heureux, une rencontre, un rac* croc, dont elle-même ne peut pas donner la démonstratioui la raison. Il en résulte que la femme est incapable de produire xme composition régulière^ ne fut-ce qu'un simple roman. De son fonds eUe ne saisit que des analogies ; elle fait de la marqueterie, des impromptus; eUe compose des macédoines et des monstres. Dans la conversation, elle ne saisit pas d'ensemble le discours de son interlocuteur; c'est au dernier mot qu'elle adresse sa réplique. Par la même raison elle n'a pas de puissance critique : elle fera l'épigramme, le trait d'esprit, la satire, elle réussit dans la mimique ; elle ne sait ni motiver, ni formuler un jugement. Sa raison est louche comme les yeux de Vénus. La femme a contribué largement pour sa part au vocabulaire des langues, je le crois ; mais ce n'est pas eUe qui a créé les mots qui servent aux idées abstraites, substance, cause, temps, espace, quantité, rapport, etc. ; ce n'est pas elle par conséquent qui a créé les formes grammaticales, et les
{(articules, pas plus qu'elle n'a inventé l'arithmétique et 'algèbre.
Ceci nous explique un phénomène qui a longtemps étonné la raison des peuples et prosterné l'homme devant les superstitions de sa compagne, je veux parler de l'aptitude divinatoire de la femme. La femme, par son irrationalité même, a quelque chose de fatidique. Partout on la trouve prophétesse, devineresse, druidesse, sibylle, pythonisso, engastrimythe, sorcière, tireuse de cartes, somnambule, instrument ou agent de nécromancie, chiromancie, etc., une vraie table tournante. Inesse juin etiam feminis sanctum aliquid et prtwidum putant, ait Tacite
AMOUR F.T MAHlAGu i^
parlant des Oermains ; ils jpensent que les femmes ont en elle$ quelque chose de divin et de providentiel. On a cite ce passage on preuve des hautes prérogatives de la femmes c'ept juste le contraire qui en résulte. Plus il y a de puissance spéculative chez rhomme, moins il y a de capacité de deviner. Conçoit-on un Goethe, un Humboldt, un Arago, spiritiste ou magnétiseur? Qu'il arrive à une femme, comme à un chapeau, à une def, à une baguette de coudrier, de découvrir une chose cachée ou perdue, de traduire avec plus ou moins de bonheur ce que pense celui qui Tinterroge, il y a plutôt de quoi la plaindre que la féliciter. J'admets sans examen comme vrais les phénomènes rap-
Sortés par les illuminés : qu'en résulte-t-il à l'avantage es femmes? C'est un miroir qui réfléchit le soleil, un prisme qui en décompose les rayons : demandez à ce nûroir une théorie de la lumière, et vous verrez ce qu'il vous dira.
La femme, malgré quelques prétentions assez Hautement manifestées, ne juiilosophe pas. L'antiquité a eu son Hypatie, le dix-huitième siècle ses esprits forts femelles, et nous en connaissons qui, au lieu de repasser leurs collerettes, écrivent des commentaires sur Spinoza. Tout cela peut faire illusion à la multitude, qui, sous le rapport de rintelligence , se rapproche plus de la femme que de l'homme. Mais on peut toujours, dans le livre d'une femme, après avoir retranché ce qui vient d'emprunt, imitation, heu commun et grappillage, rcconnûtre ce qui lui est propre : or, à moins que la nature ne vienne a changer ses lois, je puis dire que ce résidu se réduit constamment, comme impression de lecture ou de conversation, à quelques gentillesses; comme philosophie, à rien.
J'ai une petite fille qui, a trois ans, cherchant des mots pour les choses qu'elle voit, appelle un tire-bouchon cUf ae la bauteiUe; un abat-jour, chi^^au de la lampe; l'élé* phant du Jardin des plantes, pieade nez; un glaçon piètre déglace; les dents de son peigne, doigté du peigne, etc. Cette enfant a toute la philosophie qu'elle aura jamais et qu^une femme, par sa propre force, peut acquérir : des à
Su près, des analogies, de fausses ressemblances, des ôleries, des vananUe tout au plus; mais rien de défini, ai âmdjie ni ^^thèse, pat une idée adéquate, pas ombr»
Ij^ AMWK ET VÂltUA
4*fiM €W«^on. A la eomma&ditê des idées U femme
li'fcppfiTte ritn du sien, pas plus qu*à la génération : être j^LsSif , énef tant, dont la conversatton tous épuise comHie ies cmbrasseffiCuS. Celui qui veut conserver eïitlère la force de son corps et de son esprit la foira : elle est meurtrière, fnteni amariof^ut motu inutièrm^ dit Salomon.
Au feste la nature, qui ne fait rien en vain« a rendu
* cette visueut et cette continuité de méditation oui seule
* fttit les hommes de génie (D. BïSiâïO ^ incompatible avdc les formtiens et les deroirs de la maternité. La femme manque de f ugement |)endant une partie de son existence ; Pamour lufôte la raison; pendant les règles et la groseesee, elle pertl l'empire de sa volonté. Cnez Ja nourrice, la surexcitation du cerveau altère la (qualité du kit et Ûentét le fait perdre t ce!ase Voit à Pans, où les femmes, par la multituae des relations sociales, des affaires et des «Ottcîs, ne peuvent soutenir tengtemps, malgré la meilkure volonté et les plus heureuses dispositions, les fatîptm de Tallaitement. Oa peut l'affirnier sans crainte do tialomnie, la temme qui s'Ingère de philosopher et d'écrire tue sa progéniture par le travail de son cerveau et le BonÔe de ses baisers, qui sentent Phomme. Le pîus sûr peur elle et le plus honorable est de renoncer à la famille et à la matef nité ; la destinée Ta marquée au front : faite seuletttent peur l'amuur, le titre de concubine lui sufôt, si elle ne profère courtisane.
XI. — Non «feulement donc llnflrloritè întç^lçtrtuelle de la femme est avérée, avouée; cette infériorité est Organiûue et fatale.
L'humanité ne doit aux femmes aucune idée morale, politique, philosophique: elle a mai'ch'ê Âao« la ecîence Bans leur coopération; elle n'en a tiré que des oracles, ta bonn0 igû0n!nre^ 6 gvé!.,. L^homme a traîaé sa Compagne, marchant lo premier comme Orphée lorsqu'il ramène des enfers son Eurydice, elle suivant, pr>ne $e^umi. ïl observé, réfléchie, riccide; elle attend son sort dos résolutions de eclui sur qtii îont attachés ses regards, et ^ ^m t0MHr^ Ho tua.
L^humanitê "ne doit aux femines aucune décôut«rte in-
AmmrrvMOAcni n'^-
dutrielle, jpas la moindre mécanique. J'ai demandé au iBÎBistèro au cmnineroe quelle était la part des femmes dans les inventions officiellement déclarées, et voici ce qui m^aété répondu : Depuis le 1" juillet 1791, époque où la loi gur les brevets d'invention fut mise en vigueur, jusqu'au l*' octobre 1856, il a été décerné par le gQuyernenfiut 64,108 brevets, tant d'invention que de perfeçtion- Mni«ut, Sur ce nombre, oikq ou six ont été pris par dia femmes pour articles de tnides et nouveautés!,,^ L'nommo^ invente, perfectionne, travaille, produit, nourrit la femme : elle attend de lui, aveo sa profession de foi, «a petite tâche mollia pensa; elle n'a pas même inventé son fuseau et sa quenouille.
Pas plus d'idées dans la tète de la femme que de gennee dans son sang; parler de son génie, c'est imiter ïllagabal jurant per testieulos Venerii. La femme auteur n'exlstQ
I)a8 ; e*est une contradiction. Le rôle de la femme dans les ettres est le même que dans la manufactura ; elle sert là où le génie n'est plus de sçrvioe, comme une bfoçbe, comme une bobine.
Concluons maintenant.
Puisque, d'après tout ce qui précède, l'intelligence est en raison de la force, nous retrouvons ici le rapport précédemment établi, savoir, que la puissance intelleetyelle étant chez l'homme comme 8, elle sçra chez 1^ femme comme 2.
Et Duisque dans l'action économique, politique et seciale, la force du corps et celle de l'esprit concourent ensemble et se multiplient lune par l'autre, la valeuf physique et intellectuelle de l'homme sera à la valeur physique et intellectuelle de la femme, comme 8 X ^ è^t à 2X2, soit 9 à 4.
Bans doute la femme contribuant, dans la mesure qui lui est propre, à l'ordre social et à la production de !a H* chesse, il est juste que sa voix soit entendue; seuli^ment^ tandis que, dans rassemblée générale, le sufT^açç de l'homme comptera pour 9, celui de la femme comptera peur 4 : voilà ce que disent d'un commun accord J*arithmétioue et la Jubticc.
iU ÀMODR ET lURlÀM
faréffioffilé aMrale4«lA
Xll. — > En nous transportant dans Tordre moral, assnre Daaid Stern, nous yerrons les choses sous nn antre jour... Ici l'égalité de la femme n*est pins contestable... 14 i la force, ni la justice, ni la tempérance, ni le dévoùment, n'ont de sexe. 11 faut à la mère qui allaite son fils et qui veille i son cheYCt autant de contage et de Tigilanoe qu'au soldat qui yeiiie i la sûreté d'une ville.
Madame Gauthier-Coignet répète la même chose :
Non, il n'j a pas de fiimille ; non, il n'y a pas de penple; non, il n*j a pat de races; non, il n'y a pas de sexes dorant Dieu.
Cette idée est de saint Paul. Nous avons montré, dans rétude précédente, ou conduit cette négation de la sexualité.
A propos de madame Gauthier-Coignet , je remarque qu'il s'est opéré depuis quelques années, chez nos Fhilamintes, un progrès dont il est juste de leur tenir compte. Autrefois elles portaient simplement les noms de leurs Siaris : Madame du Châtelct, madame d'Epinaj, madame de Staël, madame Guizot. Puis elles ont commencé à
i' oindre leurs noms à ceux de leurs consorts : Madame Neccer de Saussure. Ensuite elles ont supprimé la raison conjugale et ont pris un pseudonyme : Madame Sand, madame Stem. En voici une qui ne va pas jusqu'au divorce; elle se contente de mettre son mari derrière sa crinoline : Madame Gauthier-Goignet. Tout cela sous prétexte que devant Dieu il rCy a pas de sexes.
Devant Dieu, c'est possible. Nous ignorons, malgré les confidences de Mahomet, comment l'homme et la femme se comportent ensemble dans le paradis, et jusqu'à qud point, en présence du Saint des saints, la sexualité se dissipe. Ce qui est sûr est qu'ici-bas, l'homme et la femme placés l'un devant l'autre, les sexes se retrouvent; et comme la Justice a pour objet les choses d'ici-bas, force nous est de faire, selon les règles du droit, le compte des parties.
Devant Dieu, ou, pour parler plus humainement, dans
AMOUR ET NAmAGB 1(9
Tordre moral, régalîté des sexes, prétendez-vous, n'est plus contestable.
Remarquons d'abord une chose.
La vertu n'entre pas dans le commerce; elle ne peut en conséquence faire 1 objet d'une règle de Justice distributive, elle n'est pas matière de droit. Et comme il ne servirait à rien à un individu, pour avoir accès dans une assemblée d'actionnaires, de dire : Je suis honnête homme, s'il n'était au préalable porteur du nombre voulu d'actions, de même il ne sert à rien à la femme, pour entrer dans l'assemblée politique ou pour balancer dans la famille l'autorité du mari, d'alléguer sa vertu: il faut qu'elle prouve encore sa capacité phvsique et intellectuelle. Sans cette condition, la requête de 1 honnête femme ne peut être accueillie; si elle insistait, elle cesserait, ipso facto^ d'être vertueuse.
Ainsi, quand les chevaliers de l'émancipation féminine invoquent à l'appui de leur cause les vertus et les préro-
fatives de la femme, son amour, son dévoûment, sa eauté, ils se mettent à côté de la question, ils font un paralogisme. Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois la fnêre, me crie Legouvé. Voilà trente ans qiron tourne et retourne ce sensible hexamètre. Je réponds tranquillement, sans manquer au respect de ma mère : Tant aue j'ai été enfant, j'ai obéi et dû obéir ; parvenu à l'âse de majorité, mon père vieux et cassé, je me suis trouve, par mon travail et mon intelligence, le chef de la famille, et pour ma mère elle-même un mari et un père ; j'ai pris et j'ai dû
S rendre le commandement. Et ma mère s'en est réjouie ans son âme, comme l'Andromaque de l'Iliade.
Xni. — Mais est-il vrai que dans^ l'ordre moral, au point do vue de la Justice, de la liberté, du courage, de la pudeur, la femme soit l'égale de l'homme? Déjà nous avons vu, chez tous deux, Tintelligence se proportionner à la force ; comment la vertu ne se proportionnerait-elle pas à son tour à l'une et à l'autre?
N'oublions pas que nous comparons les sexes dans leurs natures respectives, abstraction faite de leur influence réciproque, et indépendamment de toute communication famiUale, conjugale et sociale. L'hypothèse de l'égalité des
sexes et de leur indépendance mataelle, à part ce ^ni regarde la génération, le vent ainsi. Nous savons combien le physique de la femme est modifié car la maternité et le travail, combien son esprit Test ensuite par Tinitiation de Tantre sexe; nous sommes en droit de supposer qu'il en sera de même pour la conscience. Puis aonc que noua avons à déterminer le droit de la femme dans ses relations avec llMnmne et avec la société, nous devons auparavant reconnaître sa valeur propre et comparative, distinguer en elle ce qui vient de la nature d'avec ce que lui oo]uere le mariage.
La Question revient ainsi à demander si la femme possède d^elle-mème sa vertu , toute sa vertu , ou si par hasard elle ne tiirerait pas , en tout ou en partie , sa valeur' morale de l*homme, comme noud savons qu'elle en tire sa valeur intellectuelle.
Et rée BOUS
ccquv ^ ^ ^^
l'homme. Sa conscience est plus débile , de toute la différence qui sépare son esprit du nôtre ; sa moralité est d'une autre nature ; ce qu^elle conçoit comme bien et mal n'est
1>as identiquement le même que ce que l'homme conçoit ui-mème comme bien et mal , en sorte que , relativement à nous, la femme peut être qualifiée Un Un immorale
La raison des choses l'indique à priori^ et Tobservation le confirme.
Qui produit, chez lliomme, cette énergie de volonté, cette confiance eu lui-même, cette franchise, cette audace, toutes ces qualités puissantes que l'on est convenu de désigner par un seul mot, le Moral? Qui lui inspire, avec le sentiment de sa dignité, le dégoût du mensonge, la haine de rinjustice, et l'horreur de toute domination? Bien autre que la conscience de sa force et de sa raison. C'est par^ la conscience qu'il a de sa propre valeur que l'homme arrive au respect de lui- même et des autres, et qu'il conçoit cette notion du droit, souveraine et prépondérante en toute âme virile. Toutes les langues consacrent cette analogie lia force est le point de départ de la vertu.
Les choses ne se passent pas de même chez la femme* |0Q moi, dit ^^ })\^ m^^ ^WÎi»f 4e 9»«WW9| «9 Nil
AlWDH ITTlAWXffi fS^
plus faiWe î Gt» là sa tîïûîaîtê ïiîattîrt^lfe, %ôA.îhstte^ ^è résignation et de soumission, sa docililé, %k facilita à bl^U'rer, soft manque d^of^UèîI qui la porte à B^'humilief, aim». plorer , à demander grâce , Bam qu'elle eu épl^MVtft h^^ m déchéance.
De là. encore cet instinct de subordination qui se tt^^ ■■^ *■ facilement che2^^ ^'^ ^f-x--.^*-- ^....,^
sratie n'est autr par le isujet qui sommet.
Par sa nature la f^mme est dans liii état de Aélndmlidlw tion constante, toujours en deçà ou au delà Îm 1& Justice; Tinégalité est le propre de son àme ) chcss elle , huUë t^A*dance à cet équilibre de droite et de devoirs ^VA M% \% tourment de Tliomme , et Lors duquel il se tient via à yi§ de son semblable dans une lutte acharnée. La donVÊStiGité est aussi beaucoup moins antipathique à la fetûfiâé qu'à l'homme ; à moins qu^elle ne soit corrompue ou éftiahêi* pée, loia de la fuir elle la recherche ; et remarquai èâi^O^ qu^à rencontre de l'homme elle n'en est point avilKô-.
Parles d'amour à la femme, de sympathie, de chattté, elle vous comprend; de Justice, elle n'en reçoit mot. Elle 86 fera sœur de charité , dame de bielifaisâi)de -, garde^ malade ^ domestique et tout ce qu'il vous plaira ; elle M songe pas à régahté, on dirait qu'elle y rét)Ugne. Ce qu'elle rêve est d'être, ne fût-cequ'un jour, une heure, dAmê,l)rincesse, reine ou fée. La Justice, qui nivelle les raugs et iiô fait aucune acception de personnes, lui est insup))orlàble. Comme son esprit est antimétaphysique, sa eouscienôe ëél antijuridique : elle le montre dans toutes les cireoUëtaiicëa de sa vie.
Ce que la femme aime par dessus tout et adôrè, eë âôUl les distinctions, les préférences, les privilèges.
Voici un atelier de femmes : que le maître ôU le ôôfttre» maître distingue une d'entre elles, elle ne reconnaîtra lôn amour qu'à sa faveur, sans songer le tnoins du inonde ^uë faveur c'est injustice.
Allez à un spectacle, à une cérémonie publique : qu'estce qui flatte le plus la femme? Le ëpéctacië eu lui-même? Non ; une place réservée.
Vwi$Wçr»tie, pour lu fmme^ Ç9t I9 véritaVlè or4W if
IM AMOUR ET HAH&Se
liberté et i êgaiite pour ODjei , ce Bom les lemmt» uu* xcrâtent le plus : elles ont fait plus de mal à la républiijue de février que toutes les forces conjurées de la réaction
Tirile.
En ce moment même où une propagande se fait pour égàlUer la condition des sexes , ou Ton parle si haut des inMê méconnus de la femme, est-ce vraiment Tégalité qu'on réclame, est-ce à la Justice qu'on fait appel?
Hélas 1 non, et toute cette discussion le démontre.
L'homme est le plus fort, on le reconnaît ; et comme si Texercice de la force n'entraînait pas nécessairement un droit proportionnel, on n'en tient nul compte, on demande régaUté.
L'homme est le plus intelligent, on le reconnaît encore ; et comme si l'intelligence, multipliée parla force, ne créait pas pour lui un nouveau droit, on n'en fait pas plus d'état, on réclame l'égalité. - . ,
L'homme seul a rintelliçence du droit, on est force de l'avouer ; et comme si la philosophie du droit multipliée
1>ar la philosoi)hie de la nature et par le travail, n'était pas a raison pratique de la société, on demande à partager avec l'homme la puissance politique, l'autorité législative et Judiciaire, on exige Tégaiité.
Dépourvue de génie industriel et administratif, lafemnie veut diriger l'économie publique ; dépourvue d'esprit philosophique, elle s'ingère de dogmatiser; dépourvue de sens juridique, eUe aspire à s'élever au de»sus du droit : telle est la Justice, la moralité de la femme.
Dans ses rapports quotidiens avec l'homme, c'est beaucoup moins à l'égaler qu'à le dominer qu'elle aspire, se plaignant, pleurant et criant au moindre heurt de la volonté masculine, comme si la résistance à ses caprices était un abus de la force ; puis, par une dernière contradiction, se faisant la servante de celui qu'elle ne peut vaincre, embrassant ses genoux, baisant ses pieds, se livrant, s'abandonnant, quitte à recommencer le lendemain.
Cette inconsistance de caractère se trahit surtout dans les amours de la femme. On prétend que les femelles d'animaux, par je ne sais quel instinct, recherchent de préfé-
ÀMOim ET MAI!IAGC •■»
rénce les Tiens mâles, les plus mécIiAnis et les plus laids : la femme, quand elle ne suit que son inclination, se com-
Sorte de même. Sans parler des qualités physiques, àFégard esquelles elles sont sujettes aux caprices les plus étranges, et pour rester dans Tordre moral, puisque c^est du moral qu'il s^agit, la femme préférera toujours un mannequin, joli, gentil, bien disant, conteur de fleurettes, à un honnête honmie. La femme est la désolation du juste ; un galantin, un fripon en obtient tout ce qu^il veut. Un crime commis pour elle la touche au suprême degré; par contre , elle n*a que du dédain pour Thomme capable de sacrifier son amour à sa conscience. C'est Vénus , qui de tous les dieux choisit Vulcain, boiteux, graisseux, couvert de suie, et se dédommage après avec Mars et Adonis. La mythologie chrétienne a reproduit ce type dans la bonne amie de saint Eustache, qui, dit le peuple, donnait la préférence au premier Tenu.
Qu'est-ce que la Justice pour un cœur de femme? De la métaphysique, de la mathématique. Ce que la courtisane Ténitienne disait à Jean-Jacaues est le secret de toutes les femmes. Leur triomphe est de faire préTaloir Tamour sur la Tertu, et la première condition pour rendre une femme adultère est de lui jurer qu'on Taimera et Testimera davantage pour son admtère.