‹ Amour et mariageChapitre 34 sur 34 · CATÉCHISME DU MARIAGE · texte numérisé non relu

CATÉCHISME DU MARIAGE

DEMAin>E. — Qtc^est-^e que le couple conjugal?

RÉPOKSE. — Toute puissance de la nature, toute faculté de la vie, toute afifection de l'âme, toute catégorie de l'intelligence, a besoin, pour se manifester et agir, d'un organe. Le sentiment ae la Justice ne pouvait faire exception à cette loi. Mais la Justice, qui régit toutes les autres facultés et dépasse la liberté elle-même, ne pouvant pas avoir son organe dans l'individu, resterait pour Tbomme une notion sans efficacité, et la société serait impossible, si la nature n'avait pourvu à l'organisme juridique en faisant de chaque individu comme la moitié d'un être supérieur, dont fa dualité androgyne devient pour la Justice un organe.

D. — Pourquoi Vindividu est-il incapable de sertir fTorgane à la Justice?

R. — Par ce qu'il ne possède de son fonds que le sentiment de sa propre dignité^ lequel est adéquat au libre arbitre, tandis que la Justice est nécessairement dueUe,

AMOUR Et MAi^IAGR Î89

Îtt^tllA ntppoiê {MU* eonséauent deux oonuciencet m moins runisson : en sorte qne la dignité du sujet apparatt seulement comme premier terme de la Justice et ne derient même respectable pour lui qu'autant ^u^elle intéresse la dignité des autres. C'est par le manaçe que l'homme apprend, de la nature même, à se sentir double : son éducation sociale et son élévation dans la Justice ne seront que le déreloppement de ce dualisme,

D« -^ Pourquoi^ dam VorçanismejurtdijUê^ Uê iêU9 p^riOMêê simiMlu dUêmblabla?

B. ~ Parce que, si elles étaient pareilles, elles ne se compléteraient pas l'une l'autre ; ce seraient deux touts indépendants, sans action réciproque, incapables, pour eette raison, de produire de la justice.

D. — Bn fiud Vhmme $t la fimme difèr$ni4lê V^ ie Vautrê'i

R. — En principe, il n'y a de différence entre l*homme et la femme qu'une simple diminution d'énergie dans les facultés. L'homme est plus fort, la femme plus faible : Toilà tout. En fait, cette diminution d'énergie crée pour la femme, au moral et au physique, une distinction qualitative qui fait que l'on peut donner de l'un et de l'autre cette définition : L homme représente la puissance de ce dont la femme représente l'idéal, et réciproquement la femme représente 1 idéal de ce dont l'homme représente la puissance. Devant l'Absolu, l'homme et la femme sont deux Sersonnes équivalentes, parce que la force et la beauté ont ils sont l'incarnation sont qualités équivalentes.

D. — Qu^ est-ce que V amour?

R. — L'amour est l'attrait qu'éprouvent invinciblement l'une pour l'autre la Force et la Beauté. Sa nature, dans l'homme et dans la femme, n'est par conséquent pas la même. Du reste, c'est par lui que leur conscience a tous deux s'ouvre à la Justice, chacun devenant pour l'autre tout à la fois un témoin, un juge et un second lui-même.

D. — Comment déjlnissez'^ons le mariage?

R. — Le mariage est le sacrement de la Justice, le mystère vivant de rharmonie universelle, la forme donnée par la nature même à la religion du genre humain. Dans une mhère moins haute, le mariage est l'acte par lequel lliomme et la femme, s'élevant au dessus de l'amour

BénB, déclarent leur Tolonté de s'unir selon le droit, et do poursuivre, autant qu'il est en eux, raccomplissement ds la destinée sociale, en trayaillant au progrès de la Justice. A cette définition se rapporte celle de Modestin. Jurù hunumi et divini communication que M. Ernest Legouvé traduit, avec moins de pompe, École de per/ectionnemeni mutuel.

Dans celte religion de la famille on peut dire que répoux ou le père est le prêtre ; la femme, Vidole, les enfants, le peuple. Il y a sept initiations : les noces ^ le/'o^er ou la tabîey la naissance^ 1a puberté, le conseil^ le testament et les /un&ailles. Tous sont dans la main du père, nourris de son travail, protégés par son épée, soumis à son gouvemement, ressortissant à son tribunal, héritiers et continuateurs de sa pensée. La Justice est là tout entière, organisée et armée : avec le père, la femme et les enfants, (die a trouvé son appareil, qui ne fera plus que s'étendre par le croisement des familles et le développement de la cité. L'autorité est là aussi, mais temporaire : à la maiorité de l'enfant, le père ne conserve plus vis à vis de lui qu'un titre honorifique. La religion, enfin, se conserve là : tandis que partout ailleurs l'interprétation des symboles, l'habitude de la science et l'exercice du raisonnement l'affaiblissent sans cesse, elle subsiste dans la famille, s'y condense, et ne redoute aucune attaque : la révélation, tout idéale, de la femme, ne pouvant n y s'analyser, ni se nier, ni s^éteindre.

D. — Comment^ rachetée par cette reliçion dans laqtùelU U est facile de reconnaître Vembryon de toutes celles qui ont suivie la femme reste-t-elle néanmoins subordonnée à P homme?

B. — C'est précisément que la femme est un objet de culte, et qu'il n'y a pas de commune mesure entre la force et l'idéal. Sous aucun rapport la femme n'entre en balance avec l'homme, industrieuse, philosophe ou fonctionnaire publique, elle ne peut; déesse, elle ne doit; elle est toujours trop haut ou trop bas. L'homme mourra pour elle, comme il meurt pour sa foi et ses dieux ; mais u gardera le commandement et la responsabilité.

D. — Pourquoi le mariage est-il^ des deux parts^ monO' game?

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R. — Parce que la conscience est commune entre les époux, et (][u*elle ne peut, sans se dissoudre, admettre un tiers participant. Conscience pour conscience, comme amour pour amour, vie pour vie, âme pour âme, liberté pour liberté : telle est la loi du mariage. Introduisez une personne de plus : Tidéal meurt, la religion se perd, Tunanimité expire et la Justice s'évanouit.

D. — Pourquoi le mariage est-il indissoluble? B. — Farce que la conscience est immuable. La femme, expression de 1 idéal, peut bien, quant à l'amour, avoir dans une autre femme une doublure, et de son vivant être remplacée; Thomme, expression de la puissance, pareillement. Mais quant à la justification dont l'homme et la femme sont agents l'un pour l'autre, ils ne peuvent pas, hors le cas de mort, se quitter et se donner mutuellement un rechange, puisque ce serait avouer leur commune indignité, se déjusiifier^ si l'on peut ainsi dire, en autres termes devenir sacrilèges. L'homme qui change de femme fait ^l^^ conscience neuve, il ne s'amende pas, il se déprave. D. — Ainsi vous repoussez le divorce?

R. — Absolument. La loi civile et religieuse a posé des cas de nullité et de dissolution de mariage, tels que l'erreur de la personne, la clandestinité, le crime, la castration, la mort : ces réserves suffisent. Quant à ceux que re:^ tourmentent la lassitude, la soif du plaisir, Vincompatibi" lUé d^humeur^ le défaut de charité, qu'ils fassent, comme l'on dit, séparation. L'époux digne n a besoin que de guérir les plaies faites à sa conscience et à son cœur ; l'autre n^a plus le droit d'aspirer au mariage : ce qu'il lui faut, 'i^ c^est le concubinage.

D. — Déffendre aux séparés de se remarier^ les rejeter )4, dans Tunion coneubinaire^ est-ce moral?

V^ B. — Le concubinage, ou concubinat, est une cqnjonc-

\ù^ tion naturelle^ contractée librement par deux individus, 0^ sans intervention de la société, en vue seulement de la 5^: jouissance amoureuse et sous réserve de séparation ad ^j Jiiitum. A part quelques exceptions, que produisent les ^ hasards de la société et les difficultés de Texistence, le concubinat est la marque d'une conscience faible, et c'est ^^ avec raison que le législateur loi refuse les droits et les prérogatiTes au mariage.

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Uî |ÀMOUR ET MARUGE

Mais la société n'est pas Tœuvre d'an jour ; la Torta est Tune pratique difficile, sans parler de ceux à qui le ma-

de taire déchoir le mariage en le rapprochant du concubinage, il convient, dans rintérèt des femmes, des enfants naturels et des mœurs publiques, d'imposer au eoncubînat certaines obligations qui lerelèvent et le poussent à Tunion légitime. L'antiquité tout entière admit ces principes : l'empereur Auguste créa au concubinat un état légal; le christianisme le toléra longtemps, et n'a même jamais su le distinguer du mariage. Devraient en conséquence êia^

Sar la loi déclarés concubinaires tous ceux et celles ^ui, ors les cas d'adultère, inceste, fornication et prostitution, entretiennent un commerce d'amour, gu'il y eût d'ailleurs ou qu'il n'y eût pas entre eux domicile commun. Tout enfant né en concubinage porterait de droit le nom de son père, suivant la maxime Pater est quem concuhbuitns demonstrat. Le père concubin, de même que le père marié, serait en outre tenu de pourvoir à la subsistance et à l'éducation de sa progéniture. La concubine délaissée aurait droit aussi à une indemnité, à moins qu'elle n'eût la première convolé en un autre concubinage.

D. — Quelles sont les formes du mariage?

R. — Elles se réduisent à deux : les annonces ou publications, la célébration. Dans celle-ci interviennent, au Sremier rang, la société, en la personne du ma^'strat et es témoins ; en seconde ligne, les familles des époux, en la personne des parents.

D. — Que signifient ces formalités?

R. — Lé mariage, avons-nous dit, est institué pour la sanctification de l'amour : c'est un pacte de chasteté, de charité et de justice, par lequel les époux se déclarent publiquement affranchis, l'un et l'autre et l'un par l'autre, des tribulations de la chair et des soins de la galanterie, en conséquence sacrés à tous et inviolables. Voilà pourquoi, en dehors des stipulations d'intérêt qui requièrent également publicité, la famille et la cité paraissent dans la cérémonie : l'engagement des époux, fait en vue de la Justice, porte plus loin que leurs personnes; leur con-

AMOUR ET MABTAGE f43

fldenee ooniugale devient partie de k consoienee Booiaîe^ et, comme le mariage assure leur dignité) il est pour la société qui le proclame une gloire et un progrès. Nos mau» Taises mœurs et nofcre ignoranct^ nous font méconnaîtra ces choses : tandis ^ue la concubine, qui se livre sans contrat, sans garantie, sur une parole secrètement don* née, pour une subrention alimentaire ou un présent en espèces, comme un bijou prêté à loyer, dérobe aux regards le secret de ses amours et n'en est pas plus modestOi l'épouse paraît, calme, digne, sans rougir : si elle rougissait, elle aurait perdu son innocence.

D. — Cette théorie du mariage est fort spécieuse; maii pourquoi demander à la métaphysique une explication qUé la nature nous met sous la main? Cest dans Vintérêi des errants et des successions qu'a été imtitué le mariaçe : il n^p faut voir rien de plus.

R. — Sans doute, les enfants y entrent pour quelque chose ; mais si la loi de génération elle-même n'a été établie qu'en vue de la Justice, si la multiplication des humains, si leur renouvellement et leur mort ne s'expliquent aussi qvLB car des fins juridiques, il faut bien admettre que la distinction des sexes, que l'amour et le mariage, qui entrent dans cette économie, se rapportent aux mêmes fins. La même loi qui a fait du couple conjugal un organe de génération en avait fait auparavant un appareil de Justice : telle est la vérité.

D. — SxpliqueZ'Vous davantaçe»

R. — Tout être est déterminé dans son existence d'après le milieu oii il doit vivre et la mission qu'il a à remplir. C'est ainsi, par exemple, qu'a été réglée d'après les dimen* sions de la terre la taille du souverain qui l'exploite. L'Humanité, devant opérer à la fois sur tous les points du plobe, ne pouvait être réduite à un seul et gigantesque individu : il fallait qu'elle fût multiple, proportionnée

Jiar conséquent, dans son corps et dans ses facultés, avec 'étendue de son domaine et les travaux qu'elle aurait à y faire.

L'Humanité donc étant donnée comme collectivité, deux conséquences s'ensuivaient : la première, que pour faire manœuvrer d'ensemble cette multitude de sujets intelligents et libres, une loi de Justice, écrite dans les âmes.

fM àMom ST mahiàgk

erndsSe dani les pe^onnes, était nécessaire : c^est Tobjet du mariage ; la seconde, que les indrndus dont se compose le grand corps humanitaire se renouvelassent à tour de rôle, après avoir fourni une carrière proportionnée i leur énergie vitale et à la puissance de leurs facultés : c^est à quoi la nature a pourvu par la génération, et ce dont il nous est maintenant aisé de pénétrer les motifs.

L'êti'e vivant^ quelle que soit sa lioerté, par cela même quMl est limite, défini dans sa constitution et dans sa n>rme, n'a et ne peut avoir qu'une manière de sentir, de

Ïcnser et d'agir, une idée, un but, un objet, un plan, une n, une fonction, par conséquent une formule, un style, un ton, une note, expression de son individualité absolue, à laquelle il s'efforce de ramener Tuniversalité des lois naturelles et sociales. Supposez le genre humain composé d'individus immortels : à un moment donné, la civilisation ne marchera plus; toutes ces individualités, après s'être pendant quelq^ue temps poussées par la contradiction, finiront par s'équilibrer dans un pacte d'absolutisme, et le mouvement s'arrêtera. La mort, en renouvelant les tyçes, produit donc ici le même effet que la guerre des idées, organisée par la Révolution comme la condition nécessaire de la Raison et de la Foi publi(^ue {Etude FIl)^

Mais ce n'est pas seulement au nrogres social que la mort est nécessaire : elle l'est à la félicité de l'individu.

Non seulement, à mesure qu'il avance, l'homme s'enferme dans son individualisme et devient pour les autres un empêchement ; il finirait, dans cette intraitable solitude, i|ar devenir un obstacle à lui-même, à sa vitalité, à l'exercice de son intelligence, aux conquêtes de son génie, aux affections de son cœur. Même sans vieillir, par la seule influence de la routine à laquelle son moi l'aurait à la longue condamné, il tomberait dans l'idiotie : son bonheur, sa gloire, autant que le progrès delà société, exigent qu'il s'en aille. La mort à cette heure lui est un gain ; au'il 1 accepte avec joie, et fasse de sa dernière heure son ernier sacrifice rendu à la patrie. Tous tant que noua sommes, après nous être dévoués à la science, à la Justice, à l'amitié, au travail, nous devons finir comme Léonidas, Cynégire, Curtius, les Fabius, Arnold de Winkelried. d'Assas, Nous plaindrions-nous qu'elle vi^nt trop tôt/

AMOim ET MARIAet S45

Quel orteil ! Nous n^attondrons pas même, à Toceadon, que la vieillesse nous fasse signe ; nous partirons jeunes» comme Barra et Viala.

Au reste, en conduisant Thomme à la mort, c'est à dire à la dépersonnalisation, la Justice ne le détruit pas tout entier. La Justice équilibre et renouvelle les individua* lités ; elle ne les about pas. Elle recueillera les idées de rhomme et ses œuvres; elle conservera, en les modifiant, jusqu'à son caractère et sa physionomie ; et c'est Tintéressé lui-même qu'elle chargera de sa propre transmission, c'est à lui qu'elle confiera le soin de son immortalitéi en instituant la génération et le testament.

Ainsi l'homme se reproduit dans son corps et dans son ftme, dans sa pensée, aans ses affections, dans son action,

Ear un démembrement de son être ; et comme la femme ût avec lui conscience commune, elle fera encore géné-

tour avec une puissance supérieure. Manage, famille, cité, sont un seul et même organe; la destinée sociale est solidaire de la destinée matrimoniale, et chacun de nous,

Ïar cette communion universelle, vit autant que le genre omain.

D. — Aufani^ Vhypothise éTune eonseienee formée à ieu9 découle de la même métaphysique que celle qui vous a fait supposer déjà une Raison cotlective et un Etre collectif. Mais^ cette métaphysique a un défaut grave ; c^est i" ébranler la foi à tout un ordre t existences^ en rendant de plus en plus pro^ blématique la simplicité de VâmCy ^indivisibilité de la penséCj TiéUntUé et Timmutabilité du moi^ conséquemment en ii{/trmant leur réalité.

R. — Pourquoi ne diriez-vous pas plutôt que cette métaphysique, par ses séries et par ses antinomies, par la puissance de son analyse et la fécondité de sa synthèse, tend à établir la réalité de choses qui jusque-là étaient demeurées de pures fictions? C'est le principe de composition qui constitue pour l'homme la possibilité du savoir ; c'est à ce principe qu'est due notre certitude. Tout ce que nom possédons de science positive nous vient de lui, et rim de oe qui a été une fois assuré par lui ne peut être

SIS* ^ AHOnft ET MâRIàGB

rârené. Pourqno! le mime prîncîpNa ne ferfiit-3 pas ausd la possibilité de Têtre? Dieu lui-même» Dieu, conçu comme pensée supérieure et immanente des mondes, expression de leur narmonie, Dieu redeviendrait possible avec cette métaphysique : tremblons que ce ne soit son viced^origine...

D. — T(m9 Us membres Wwm société sotU^ appelés m martoffe?

pour agir,, d'union que de cohabitation.

D. — Diaprés céla^ vous ne jugez pas le marîatie iniisp sable au bonheur?

R. — Il faut distinguer : au point de vue animique ou spirituel, le mariage est pour chacun de nous une condition de félicité; les noces mystiques que célèbre la reli* gieuse en sont un exemple. Tout adulte, sain de corps et d'esprit, aue la solitude ou l'abstraction n'a pas séquestré du reste des vivants, aime, et, en vertu de cet amour, se fait un mariage dans son cœur. Physiquement, cette nécessité n'est plus vraie : la Justice, qui est la fin du mariage et que Fon peut obtenir, soit par Tinitiation domestiquCy soit par la communion civique, soit enfin par l'amour mystique, suffisant au bonheur dans toutes les conditions d'âge et de fortune.

D. — QM'el est^ dam Véconomie domestique et ^('^•ale^ le râle de la femme?

R. — Le soin du ménage, l'éducation de l'enfance, l'instruction des jeunes filles sous la surveillance des magistrats, le service de la charité publique; nous n'oserions plus ajouter, aujourd'hui, les fêtes nationales et les spectacles, qu'on pourrait définir les semailles de l'amour. L'immoralité aristocratique et la décadence dos idées religieuses ont fait de la proscnce des femmes dans les solennités publiques une occasion de libertinage : cela peut changer, et il est nécessaire que cola change.

; D. — Aucune industrie^ aucun art^ ne vous semble^-Uplus épécîalement dévolu à la femme?

R. -— C'est toujours, en termes voilés, reproduire la

qiîcçtion dç l'égalité politique et socialç 4es çe^çes, et prQt

AMOm ET IIA1IU6B 247

tester contre le titre de mékofire qn!, mietut que céltd de matrone, exprime la vocation de la femme.

La femme jpeut se rendre utile en une foule de choses, et elle le doit ; mais, de même que sa production littéraire se réduit toujours à un roman intime, dont toute la yaleur est de servir, par Famour et le sentiment, à la vulgarisation de la Justice; de même sa production industrielle se ramène en dernière analyse a des travaux secondaires ou de ménage : elle ne sortira jamais de ce cercle.

L'homme est travailleur, la femme ménagère : de ç[Uoi se plaindrait-elle ? Plus la Justice en se développant nivellera les conditions et les fortunes, plus ils se verront élevés tous deux, celui-là par le travail, celle-ci par le ménage. Quand l'homme repousse toute exploitation et tout patronat, la femme réclamerait-elle pour son service une valetaille? Où la prendre? Les deux sexes naissent en nombre égal : e8t*ce clair?

Le ménage est la pleine manifestation de la femme. L'homme, hors mariage, peut se passer de domicile : au collège, à la caserne, à la table o^hôte, à l'hôtel garni, il se retrouve toujours et se montre tout entier; la promiscuité ne l'atteint pas. Pour la femme, le ménage est une nécessité d'honneur, disons même de toilette. C'est chez elle que la femme est jugée; ailleurs elle passe, on ne la voit pas. Fille, mère de famille, le ménage est son triomphe ou sa condamnation. Qui donc lui rangera son nid, si ce n'est elle-même? Faudra-t-il à cette odalisque intendant, livrée, femmes, grooms, des nains et des singes?... Nous ne sommes plus en démocratie, nous ne sommes plus en mariage ; nous retombons en féodalité et en concubinage.

D. — Un quoi consiste la lilertépour la femme?

B. — La femme vr<aiment libre est la femme chaste. Est chaste celle qui n'éprouve d'émotion amoureuse pour personne, pas même pour son mari. Pourquoi la jeune vierge paraît-elle si belle, si désirable, si digne? C'est qu'elle ne sent pas l'amour; et que ne sentant pas Pamour, elle est l'image vivante de la liberté.

D. — Quelle part faire à Vamour en contractant mariage?

Rf ^ L» plu9 petite po8Mbl9f jbors^ue deux pnQRseï

9jg AMOllR ET MABUr^

se présentent an mariage. Tamour est censé chez elles aTonr accompli son oeuvre ; la crise est passée, Torage s'est dissipé, la passion a fui, hyems transiit^ imber aMit^ comme dit le Cantique des cantiques. C'est pour cela que le mariage de pure inclination est si près de la honte, et que le

S ère qui y donne son consentement mérite le blâme. Le evoir du père de famille est d'établir ses enfants dans rhonorabilUé et la Justice; c'est la récompense de ses trs^ Taux et la joie de ses vieux ans de donner sa fille, de choisir à son fils une femme de sa propre main. Que les jeunes gens s'épousent sans répugnance, à la bonne heure; mais

Sue les pères ne laissent pas violer en leur personne la ignité familiale, et qu'ils se souviennent que la génération charnelle n'est que la moitié de la paternité. Quand un fils, une fille, pour satisfEdre son inclination, foule aux

ideds le vœu de son père, l'exhérédation est {jour celui-ci e premier des droits et le plus saint des devoirs. D. — A quel &g$ au plus tôt eonviewt-il de se marier? H. — Quand l'homme est fait, le travailleur formé; quand les idées commencent à venir et la Justice à subaltemiser l'idéal : ce que l'on peut exprimer, à l'exemple du code, par un mî nînnnm arithmétique :

• L*homme avant vingt-six ans révolns, la femme avant vingt et vn ans révolus, ne peuvent eontracter mariage. ■

D. — Quelle peut-^tre en moyenne^ entre deux époux^ la période ffiîUimité?

R. — Tant que les enfants sont en bas âge, l'homme doit à la femme un tribut de caresses : la nature l'a ainsi voulu, dans l'intérêt même de la progéniture. L'enfant profite de tout l'amour que lo père témoigne à la mère : n'en demandons pas davantage. Quand les aînés atteignent la puberté, alors, époux prudents, la pudeur domestique et la garde de votre cœur vous commandent de vous abstenir. N'attendez pas que le retour H&ge^ l'apoplexie et les infirmités de la vieillesse vous y contraignent. Vous ne gagneriez à cette continence forcée que d^tre poursuivis lusqu'au tombeau de rêves impudiques et de tnbulations contre nature.

D. — Q^el est y en général ^ VhmfM qu\ne jeune petsmne doit proférer pour mari?

AMOïlR ET MAÎÎÏAG.r «49

R. — Le plus juste.

D. — Quelle est^ en général^ la femme fu^w^ homme iM fréffrer pour son épouse ?

R. — La plus diligente. — Chez l'homme, les qualités

aui importent le çlus à la femme sont le travail et la tenresse : ces qualités sont garanties par la Justice. Chez la femme, les qualités qui importent le plus à Thomme sont la chasteté et le dévoûment : elles sont garanties par la diligence.

D. — Quelle consolation qfrir aux amants malheureux?

R. — De pratiquer avec zèle la Justice, à cette fin de se marier, après avoir payé à l'amour perdu un juste tribut de deuil. La Justice est le ciel où leurs cœurs endoloris se retrouvent, et, de toutes les manières de pratiquer la Justice, la plus parfaite et la plus pleine est le mariage. Tel est même, abstraction faite des autres considérations domestiques, le seul motif qui légitime les secondes noces. Il est oien que de deux époux, de deux fiancés, qu'une mort prématurée séparo à jamais, le survivant garde la religion du défunt, et cette religion sied surtout à la femme ; mais une douleur excessive chez un sujet îeune trahit plus d'illusion et d'égoïsme que de Justice ; elle dégénérerait en délit contre l'amour même, si l'amant affligé se refusait au remède.

D. — Quels sont^ par ordre de graoité^ les principale faits que tous qualifiez crimes et délits contre le mariage ?

R. — L'adultère, l'inceste, le stupre, la séduction, le viol, l'onanisme, la fornication et la prostitution.

D. — Qu^est-ce quij en dehors des considérations générales de dignité personnelle^ de respect du prochain^ et de foi jurée ^ constitue la cul^lïlité de ces actes?

R. Le caractère commun qui les distingue est de frapper la famille dans ce qu'elle a oe plus sacré, savoir la religion domestique, conséquemment d'anéantir, chez le coupable et ses complices, la Justice dans sa source.

Ainsi VaduUire esi, selon l'expression des anciens, la violation de toute loi divine et humaine, un crime qui contient en soi tous les autres, calomnie, trahison, spoliation, parricide, sacrilège. La tragédie antique, de même que répopéei roule presque tout entière sur ce motif, comme le

montrent les légendes d'Hélène, de Cljrtemnestfê, de Pénélope, etc.

Uinceste, moins atroce, est plus vil; dérision de la pudeur familiale et de l'initiation maternelle; il a pour pendant la sodomie.

Le stupre, plus commun de jour en jour et traité avec tant d'inJiflFsirence, est l'abus d'une personne mineure, unô destruction de Li Jusî;ic3, si l'on p3ut ainsi dire, en bourgeon, et pour laquelle des jurés ne devraient admettre jamais de circonst.inces atténuantes.

Par quel inconcevj<ble matérialisme le législateur a-t-il traité si sévèrement le viol, tandis qu'il n'a pas dit un seul mot contre la sJductioïi? Il semble cependant que le premier pourrait souvent être rangi dans la catégorie des coups et blessures qui n'affectent que le corps, tandis que la seconde tue l'âme.

Aces deux espèces de crimes, nous assimilerons Vexôltation à la débaiicJte par livres, chansons, gravures, statues, etc.

Uonanisme a pour corollaire la bestialité. Chose curieuse I L'onanisme coniusfal a été proposé par les défenseurs de l'exploitation humaine pour servir d'émonctoire à la population ; la mômg doctrine qui fait du travailleur une bête de somme, devait faire aussi de l'amoureux un étalon.

La fornieaiton est la jouissance passagère de deux personnes libres, mais non concubinaires. Elle est sans comparaison plus répréhensible que la prostitution, La prostitution, reste de l'ancien état de guerre et de féodalité, a de plus pour excuse la misère, et la prostituée, retranchée comme un membre pourri de la famille, ne trahit personne. Le fornicateur et la fornicatrice trompent tout le monde et n'ont pas d'excuse ; ils devraient être blâmés, sinon punis. L'hypocrisie de nos mœurs en a décidé autrement; la fornication secrète est applaudie; l'homme surpris dans une maison de tolérance est réputé infâme.

Si Ton considère l'adultère, la séduction, le viol, la fornication, la prostitution, le divorce, la polygamie et lé concubinage comme formant la pathologie de l'amour et du mariage, l'inceste, le stupre, la pédérastie, l'onanismo et la bestialité en seront la tératolosrie*

AMOUR ET MARÎAGK « 9^4.

Le débordement de tous ces crimes et délits contre le mariage est la cause la plus active de la décadence des sociétés modernes ; c'est à cette cause qu'il faut rapporter, en dernière analyse, et la lâcheté bourgeoise, et l'imbécâllité populaire, et l'ineptie républicaine, et la dépravation de la littérature, et le despotisme dans le gouvernement.

Tout attentat au mariage et à la famille est une profanation de la Justice, une trahison envers le peuple et la liberté, une insulte à la Révolution.

D. — Comment la philosophie du droit a-t-elle été si long^ temps sans comprendre le mariage?

R. — C'est que les philosophes ont toujours cherché le droit dans la religion, et que toute religion étant essentiellement idéaliste et erotique, l'amour dans l'âme religieuse est placé au dessus de la Justice, et le mariage rabaissé au concubinage.

Pâfi«. — I«p. llodAiiM (Bmlù«r, dr), rm« J.W^«i4iMa, 61.

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