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AU DEBUT DE LA VIE

Au début de la vie Lorsque j'aurai vingt ans, A mon âme ravie, A mon coeur palpitant, Qu'il est doux ce sourire Qu'un ange a fait vibrer, Car tout semble me dire :

Enfant, il faut aimer.

Les oiseaux chantaient Pour moi, douces choses Les blés frémissaient, Les grands bois parlaient, Pour moi, soupiraient* Les lis et les roses.

C'est beau le printemps Quand on a vingt ans.

Titre III AU FOYER

Qu'il est doux de rêver ! Combien plus douce est la satisfaction de voir nos rêves accomplis !

Se nourrir de rêves seulement, indique un manque d'énergie et un jugement subordonné à l'imagination; mais le rêve stimule

l'activité et par les beaux buts qu'il propose à l'intelligence, d'atteindre, il emporte dans le champ de l'action.

Bien des fois, Ninie, les coudes appuyés sur la fenêtre qui donnait sur le jardin de son père, la tête enfoncée dans ses petites mains potelées, demeurait ensevelie dans ses méditations et ses rêves, des heures durant. Elle se plaisait à voir voLfrger les papillons, de fleur en fleur; la vue de ce jardin entouré de cerisiers, de pruniers, rempli de plantes potagères et séparé d'une longue plate-bande parsemée de bouquets et de fleurs les plus diverses, la transportait bien loin !

Ninie, était aussi pratique, énergique qu'imaginative ; elle était laborieuse, elle avait acquis alors quelques connaissances, au couvent de l'Epiphanie, où elle avait été aimée de certaines de ses institutrices, et où elle avait été, sinon détestée, au moins incomprise par quelques autres de ses maîtresses à qui, elle n'a jamais tenu rancune.

Eevenue à Guigues, au foyer, Ninie employait ses heures de vacances à aider à sa mère, à tous les travaux du ménage et à lui faire toutes sortes de questions concernant son avenir.

Ses seize ans inondaient sa figure intelligente de joie et de sourires. C'était l'âge de l'amour.

Son coeur affectueux, ses grands yeux bruns sa figure arrondie, son regard vif et intelligent, ses manières délicates, ses beaux cheveux touffus retombant sur ses épaules, ses saillies spirituelles en faisaient une jeune fille aimable; son coeur était ouvert à l'espérance.

Aussi, les prétendants ne manquèrent pas l'occasion de rivaliser pour conquérir et ses premiers baisers et son premier amour; des jeunes gens, il y en avait cinq, dans la paroisse, qui se piquaient d'orgueil, et qui de fait, étaient mieux doués et qui avaient un avenir des plus enviables, tant du eôté de l'honneur, de la position sociale de leurs parents que du côté de leur savoir-vivre, s'étaient présentés chez Ninie.

Elle aima; elle aima, comme toute jeune fille, plus d'un, et quelquefois plus d'un, à la fois; mais ses grands yeux ouverts sur son avenir, son intelligence pratique et son coeur affectueux, et l'amour du foyer de son père, lui apportaient ' à l'esprit, des

réflexions qu'elle a méditées souvent et qui ont fait que sans dédaigner ceux qui lui ont offert et bouquets et estime, et roses et amour, et courage et volonté, et leur coeur et leur vie, elle préféra de nouveau encore quitter les lieux chers, par les souvenirs d'amour filial et d'amitié de jeunesse, pour satisfaire l'ambition de son âme, désireuse de marcher dans la voie du progrès, vers l'inconnu, vers la fortune, vers l'instruction !

Titre IV AU FOYER

Il faisait un temps superbe du mois d'août; le lac Témiscamingue, miroir de Haileybury, était calme et clair; une chaloupe de bois non peint, glissait légèrement sur ses eaux, sous le battement de deux avirons conduits doucement, mais vigoureusement par un jeune homme qui par sa gentillesse, avait réussi à faire prendre place à Ninie, en face de lui, dans cette embarcation qui devait conduire les jeunes amoureux, à un entretien des plus touchants.

La nature était des plus sereine; le silence régnait partout; pas de vents, ciel clair, soleil un peu assombri par de légers nuages elair-parsemés dans le firmament, brise chaude, atmosphère remplie du parfum s'exhalant des bois à l'aspect sauvage qui entourent le lac Témiscamingue ; les amoureux pouvaient ainsi donner libre cours à leurs conversations; seuls, quelques oiseaux voltigeant autour d'eux, suivant leur embarcation comme pour recueillir à la surface des eaux les petits insectes ou les petits poissons qui y apparaissent lors du déplacement des eaux, sous le coup des rames, pouvaient distraire leurs esprits.

C'était l'avant-veille du départ de Ninie pour reprendri ses cours ; elle rêvait ! elle voulait savoir peindre, apprendre les travaux d'art connaître en un mot beaucoup Cependant, bob coeur

ouvert à l'amour, rempli de désirs, d'espérances, souffrait à la pensée de tout quitter : Guigues et ses forêts ! ses parents et ses camarades, amour natal, amour filial, amour de coeur!

Eogers, qui l'accompagnait, était un beau garçon; g. -and, à l'allure fière, d'un teint blond, à l'oeil bleu, au sourire franc et bon il était très timide ; il avait fait quelques années de collège, mais il était encore bien jeune.

Eogers s'aperçut du combat qui se livrait dans le coeur de Ninie; il l'aimait éperdûment; il l'avait accompagnée quelques fois, à la sortie de la grand'messe, à Guigues ; il lui avait, par plus d'un regard, fait comprendre, qu'elle était l'objet de son amour; mais jamais, il n'avait encore osé lui dire tout ce qu'il avait ressenti pour elle; il n'avait pas osé lui parler de ses projets, ni de ses rêves !

A la pensée seule de lui parler amour, à la rencontre du regard de Ninie, Eogers rougissait et trahissait tous les sentiments de son âme et obligeait Ninie à baisser la vue, qui, satisfaite et réjouie de se sentir aimée par Eogers, laissait exprimer sa joie, en lui jetant sur les mains les fleurs d'un bouquet qu'elle tenait, et qu'elle effeuillait en comptant le nombre des pétales des marguerites, et en refaisant, remodelant de ses doigts fins, le bouquet de roses dont elle en détachait des parties pour fixer à son corsage et à la boutonnière de l'habit de Eogers.

Mais, enfin, se dit-il, à lui-même, ne serais-je pas assez énergique, pour lui déclarer que toute mon affection va vers elle ; que je n'ai jamais aimé, que mes lèvres n'ont jamais effleuré les joues d'une jeune fille, par amour?

Ne serais-je donc pas assez intelligent pour pouvoir lui dire de vive voix, que je l'aime ? Comme mon coeur se sentirait alors, soulagé! Toutes ces réflexions que Eogers se faisait, augmentaient son trouble qu'il ne pouvait dissimuler; Ninie, quoique bien jeune, elle aussi, était d'une nature un peu plus hardie, et elle chercha par de fines causeries à faire disparaître le malaise de Eogers ! elle, lui causait de tous ses projets d'études, et de quantités de choses bien indifférentes, lorsque tout-à-coup, profitant du bruit causé par les sifflets des manufactures de Hailey

AMOUB VAINQUEUR 21

bury, invitant les ouvriers à prendre un repos, après leur journée de durs labeurs, c'était six heures du soir, Rogers tout tremblant, devenu pâle, les yeux fixés dans les yeux de Ninie, et tout amoureusement : Ninie, lui dit-il, comme cela, tu t'en vas à Chatham, au couvent?

Oui, mon cher, reprit-elle avec douceur, mais en y mettant de l'énergie, pour indiquer que sa décision était des plus ferme ; Je veux être instruite.

Ne t'en coûte-t-il pas de quitter Guigues ? il est vrai que le village n'est pas très grand, (Rogers était aussi de Guigues, mais habitait alors Haileybury) cependant, sais-tu qu'il y a, à Haileybury, un jeune homme qui aime à aller voir ce petit village et aussi qu'il éprouve pour toi, un amour des plus grands? et en prononçant ce mot amour, Rogers, tout bouleversé donna un coup d'aviron, si maladroitement qu'il fit éclabousser un jet d'eau sur la modeste mais jolie petite toilette que sa mère lui avait achetée au début des vacances !

C'était sa première toilette mondaine !

Après un moment d'hésitation, Ninie bien que devinant le trouble dans lequel elle mettait Rogers, reprit; "mais qui, est-il <e jeune homme? moi, j'ai des amis, mais je n'en connais pas qui éprouvent tant d'amour pour notre petit village et pour moi ! A son tour, Ninie, à la vue de l'embarras de Rogers, devint silencieuse ; sa poitrine soulevée sous les efforts qu'elle faisait pour dissimuler toute l'affection qu'elle ressentait, trahissait ses sentiments et alors elle baissa la vue, et de ses doigts tout tremblants, et feuilletant les jolies roses elle chercha à comprimer tout ce qui se passait dans son âme.

Plusieurs minutes qui n'en parurent qu'une, s'écoulèrent; seuls, les avirons battant les eaux, rampaient le silence, intervenu entre deux âmes s'aimant au point de ne pas pouvoir s'exprimer. C'est moi ! reprit vivement et soudainement Rogers qui lâchant ses avirons s'élance au cou de Ninie, qui se rendant compte et de son impuissance à se défendre et au degré de l'amour qu'il lui porte et du bonheur qu'elle éprouve de se sentir dans ses bras, demeure impassible, la tête appuyée sur son épaule, et Rogers l'embrasse de toute la force de son âme

Les deux avirons ne battent plus les eaux ; la chaloupe subit la douceur du courant léger, qui la glisse insensiblement; seul, le ciel sait que ces amoureux vivent encore; eux, ils ont perdu conscience de ce qui se passe; Rogers, éveillé de sa léthargie, par les sanglots de Ninie, qui, sous l'émotion ressentie, ne peut retenir ses larmes ... de joie et de bonheur, éprouvés, reprend les avirons pour remonter une distance de deux milles; les amoureux avaient oublié ou plutôt, ne connaissaient pas que les plus courts instants de la vie, sont ceux passés et goûtés sous les ailes de l'amour: il était huit heures! Il faisait encore chaud ; les étoiles scintillaient au firmament, la lune reflétait ses rayons argentés sur le lac témoin jaloux de cette scène d'amour !

Ninie avait reçu son premier baiser d'amour, de Rogers qui n'en avait jamais reçus ni donnés ! Ninie avait reçu ce premier baiser, sur les eaux du Témiscamingue, alors qu'elle portait sa première toilette mondaine de jeune fille, à son pays natal, et d'un jeune homme de son pays !

Souvenir, pour elle, qui lui a valu bien du courage, dans les multiples épreuves qu'elle rencontra sur sa route.

Premier baiser d'amour, première toilette mondaine et pays natal !

Vive Guigues! Vive Haileybury! Vive le lac Témiscamingue !

V/VE GO/CUES/ V/VE-H/ULE/Bl/XY.' V/l/E LE L/1C rÉM/SC/RM/A/Gl/E/"

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