EXPOSITION O. TASSAERT
GALERIE GEORGES TETIT
ES sujets : des amours et des anges, des mortes et des mourantes, nymphe, bacchante ou ange gardien, Vénus et la Vierge. Voyez mieux ! Des bouquets de violettes, de lis et de roses.
MM. les critiques d'art font des réserves et disent mélancoliquement : <( il faut regretter » ou bien : <( combien il faut déplorer ! » Que voulez-vous que je regrette et qu'ai-je à déplorer ?Ils disent: « la belle pâte ! » et cependant
déplorent et regrettent eux les savants, et nous, les amateurs d'art, nous les amoureux, nous admirons.
Tassaert est un monsieur qui se défend.
Il n'est qu'un homme qui me donne pareil frisson : Bonnington. La Femme aux bijoux rappelle même le Bonnington de la Henri IV et Vambassadeur d'Espagne, Écoutez cette musique sur les lèvres d'un am.ateur d'art : « C'est joli comme un Tassaert ! »
Eh oui, j'aime les belles épures de M. Ingres !
Tassaert est romantique par accident : les Enfants au confessionnal sont à Ary Scheffer ce que M. Comte est à Paul Delaroche. Mais, ordinairement il est dans la vraie tradition française et n'est pas de l'école de ceux qui ne mettent point la bouche sous le nez.
Les sujets sont au père Suisse et au père Martin , le marchand de tableaux. Tassaert était grivois avec celui-ci et sentimental avec celui-là. Le père Suisse jalousait le Convoi du pauvre de Vigneron et le père Martin songeait aux nombreux cHents de Fragonard.
Fantin-Latour avait été jugé favorablement
par l'un des critiques d'art qui font des réserves au sujet de Tassaert et Famin-Latour m'a dit : « Je serais bien plus flatté d'être loué par quelqu'un qui comprendrait Tassaert absolument. »
On demandait à Tassaert au lendemain de la Famille malheureuse de prendre pour thème un conte de La Fontaine, un conte de La Fontaine est une fable sans moralité. Il était toujours prêt. Bien des tableaux du maître n'ont pu même quitter l'alcôve. Voyez plus clair ! Des roses et des lis, je vous dis !
Il serait sage d'avoir quelque méfiance à propos des nombreuses répétitions de Tassaert, des répliques avec variantes, des recherches nouvelles sur un sujet connu. Un des Tassaert de M. Charles Yriarte est de Vollon et Ribot ; tandis que l'un mangeait, Tautre était au chevalet ; le Tassaert de Baroilhet était de Ribot seul. Un œil exercé aurait pu découvrir le pastiche, le Ribot était plus clair.
C'était un peu après le temps où Vollon vivait, vivait mal en vendant au père Aubourg des marines de chic dans la manière de Daubigny ; le
temps où Ribot allait offrir au prix de cent sous un Petit Cuisinier y et ce n'est pas toujours le premier marchand sollicité qui donnait la somme...
M. Roger Ballu écrit en tête du catalogue de l'Exposition Tassaert : « Rubens est ici le dieu imploré. » Telle est la découverte de mon confrère. Je crois, moi, que Rubens n'est ici pour rien, et de cette affirmation raisonnée je tire quelque orgueil. Les gens de notre profession sont enclins à la vanité ; qui ne peut se distinguer tient à se singulariser. Il en est même parmi nous qui triomphent de la beauté de leur barbe.
Si j'allais me faire rogner les cheveux ! . . .
(Janvier 1886.)