I. M. Albert Wolf
Et^ calme, patient, Eugène Carrière dit à sa femme : « Redis de temps en temps pour que je ne l'oublie pas : Un tableau est le développement logique de la lumière. »
Le peintre américain William Dannat, le peintre danois Kroyer, le peintre allemand Uhde qui tient à Jozef Israëls sans servitude.
Le peintre hollandais Jozef Israëls me prend fortement toujours. Vollon : « L'ombre de ses œufs fait tache », dit un peintre. Boudin est un bon petit peintre. Dagnan-Bouveret, sans être bien en avant, mérite l'estime. Et la réputation viendra pour Lépine ; pourquoi si lentement !
M. Lhermitte vaut qu'on l'examine. Une objection d'artiste : « Dans ses fusains, il met des noirs dans les fonds et n'en met pas devant. » Harpignies est le premier.
Les décorations du peintre Ferdinand Humbert ne sont pas une imitation servile des décorations de Puvis de Chavannes. On doit voir Pointelin, Besnard, Sargent même après qu'il a pu faire commettre cette erreur : En voici un qui pastiche Sargent assez maladroitement. Et Raffaelli, et Mesdag, et Lebourg, et Willette
élève de M. Cabanel. Aucun ne fait double et ainsi ne porte cette marque antiartistique : l'inutilité. Je me donne le plaisir de citer M. Blanche qui vient de Whistler.
M. Whistler expose un portrait d'homme et ce qui sauve ce visionnaire, c'est qu'il est peintre. Un modèle de Whistler : Au café près de nous, un soir, une vieille femme était assise, une très vieille femme bien mise. Cette femme en noir avait dans sa coiffure un large ruban d'un rose pâle sans luisant. Elle nous regardait songeant à des choses qui s'étaient passées cinquante ans auparavant. Alors Técart entre le rose du ruban et le violet des lèvres sensiblement diminua^ l'accord se fit. — Un Whistler, dis -je. — Oui.
Quant au meilleur des deux portraits de M. Cabanel La religieuse y je pense que c'est un travail estimable. « Ce n'est pas, dit un peintre, parce que c'est très fini que le crucifix vient devant, c'est qu'il n'est pas en valeur. »
On fait des recherches sur les colorations, on cherche le morceau ; on ne compose plus. Au temps où j'étais écolier, un vieux professeur m'a renseigné sur les lois générales de la com-
position. Il formulait ainsi son ingénieux système : Un pain de sucre couché tout recouvert de papier, — un pain de sucre à demi couché avec une partie du papier enlevée, — un pain de sucre debout et nu.
Mes connaissances artistiques furent ainsi sensiblement accrues.
Cette cimaise enviée, la soixantaine guillerette de quelques membres du jury la réserve à de jeunes personnes d'agréable figure.
On peut admirer, je crois, M. Puvis de Chavannes. Et comment refuser l'originaHté à MM. les élèves de l'École des Beaux-Arts qui cherchent les Italiens, et juger original M. Puvis de Chavannes qui se souvient de Pompéï ? C'est pour lui un point de départ. C'est pour eux un point d'arrivée.
Fantin-Latour expose des pastels, et un portrait d'homme. Les beaux noirs ! Pantin a revu des études anciennes : des fleurs datées de 1856. « J'avais dix-huit ans, dit-il, j'ai depuis beaucoup travaillé ; je ne ferais pas mieux. » Il était enchanté, furieux. Fantin-Latour dit : « Après 1857, Courbet a fait encore de jolies choses,
mais il était fini. J'aime ses anciens portraits ; L enterrement à Ornans^ malgré la faiblesse d'exécution ; Les demoiselles dans la campagne. Je n'aime pas le Manet du plein air, c'est un violent. Je -n'aime pas beaucoup Daubigny; Yongkind n'a rien laissé dans mon souvenir. J'aime beaucoup Chaplin^ c'est jeune. J'ai été fou de Tassaert. »
Fantin-Latour, refusé en 1863, a voulu savoir le motif du refus : « Parce qu'il avait peint grandeur nature un sujet fait pour la demie ou le tiers nature. »
— Je ne referais peut-être pas aujourd'hui ce tableau, dit M. Fantin-Latour.
^ Ainsi5tenanttoujoursrenquêteouverte, l'amateur d'art, dont c'est le paiement légitime, arrive à une grande, de plus en plus vive sensibilité de la vision. Enfin il touche à ce sage état : l'intermittence d'un doute intelligent, à cette conviction pleine de modestes aveux : L'expérience de quelques-uns, sottise qui a la consécration de la longue durée.
Juin 1886.