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Amours des salamandres aquatiques

$ w 74h d V « Le + + < . =. elsij'ai cherché de ious mes moyensa propager cette paisible étude, c’est que di mon opinion elle est plus capable qu'aucune autre, d'alimenter ce besoin d'occupation qui a tant contribué aux DE bles de notre siecle. FE n°7 Con : Cuvier. Règne animal.

PRPRARIRNRSIRIRINIBIRSIR SSSR SSSR SSL SSSR SSL SSSR SPRL SSL,

I est surprenant sans doute que l’histoire naturelle des salamandres aquatiques, quisont si communes dansnosmarais, soit encore si imparfaitement connue. Plusieurs naturalistes, à la vérité, se sont occupés de ces reptiles, mais les observations de presque tous se sont bornées particulièrement à leur force étonnante de reproduction, et contents d’avoir essayé cette force de mille facons différentes, et d’en avoiradmiré les effets, ils onten quelque sorte négligé les autres propriétés de cesanimaux, lesquelles sont aussi curieuses, et plus importantes. En effet les changements que les salamandres aquatiques présentent selon l’âge, le sexe et la saison, n'ont pas été observés avec toute l'attention qui leur étoit due, et c’est à ce défaut d'attention qu’il faut attribuer le désordre dans lequel ce genre de vertébrés ovipares se trouve encore, même dans les systèmes zoologiques les plus récents. Leur organisation n’a pas été suffisamment étudiée ; la manière dont leurs œufs sont pondus etfécondés a été observée très-imparfaitement; le déve-

loppement de leurs téfards n’a été suivi ni exactement, ni dans

tous ses degrés ; enfin leurs espèces n’ont pas été déterminées jusqu’à-présent avec précision: mon but, en publiant ces planches, est de remplir toutes ces lacunes, et par-là de m’acquitter, en quelque façon, de la promesse que j'ai faite au public dans ma description anatomique du protée anguin.

Vraisemblablement les personnes qui auront eu connoïssance de cette promesse, voyant qu'après un retard de deux ans, je fais paroître simplement des planches, et cela dans la vue de remplir la tâche que je m'étois proposée, ces personnes, dis-je, seront peut-être disposées à me censurer. Ïl faudra donc avant tout prévenir ici leurs plaintes, en leur faisant connoitre les raisons qui m'ont obligé à retarder la publication des résultats de la série des observations que J'ai faites sur les salamandres aquatiques, et les motifs qui m'ont engagé à les publier de la manière que je le fais dans cet ouvrage.

J'ai déjà dit ailleurs quel fut le hasard qui me porta à faire des recherches sur ces reptiles et particulièrement sur leurs tétards (*); ici donc j'ajouterai seulement, que, quand mon travail sur le protée anguin fut fini, je me trouvai dans les mains, presque sans m'en apercevoir, un bon nombre de dessins et de notes appartenant à l’histoire naturelle des salamandres ; de manière que la publication de ces dessins et des notes que j’avois rédigées, pendant que j’étudiois l’organisation du protée et que je la comparois avec celle de ces vertébrés ovipares, auroït pu suivre de près la monographie du protée anguin, si l'envie d'exécuter

un nouveau projet, que j'ai conçu dans le temps que je n’oc-

() Voyez mon Mémoire sopra gli organi della circolazione delle larve delle sala-

mandre acquatiche.

cupois à graver mes planches, ne m’eut pas obligé à ralentir la marche de mon entreprise.

Pour donner en quelque façon de l’intérèt à mon ouvrage, il me vint à l'esprit l'idée d’y ajouter une description anatomique de la sirène lacertine, et d’accompagner cette description de plusieurs dessins, disposés de manière à faire connoître, au premier coup d'oeil, la ressemblance qu’il y a entre ce reptile et les tétards des salamandres, sous le triple rapport, de Pappareilosseux des branchies, des organes de la circulation, et des os de la face; ce qui me faisoit chérir cette idée, c’étoit la persuasion intime que javois que par ce moyen il m'auroit été facile de prouver invinciblement que la sirène lacertine n’est pas un animal parfait. Outre cela, il y avoit encore une autre circonstance qui piquoit vivement ma curiosité, et qui me rendoit très-ardent à réaliser mon projet. Javois vu dans les fétards de nos salamandres un petit osselet, qui est situé longitudinalement entre les deux muscles sternohyoidiens, et qui, par sa figure, ainsi que par sa position, ressemble à l'os épisternal de la grenouille, avec cette simple différence que l’osselet, dont je parle, est isolé et n’a point de plaque eartilagineuse en forme de croissant à son extrémité antérieure, et qu'il semble destiné seulement à donner attache aux bords internes des deux muscles sterno-hyoïdiens, ainsi qu’à rendre plus solide la ligne médiane tendineuse qui va du péricarde jusqu’à la base de los hyoïide. Or j’étois très-curieux de voir si, même sous ce rapport, la sirène lacertine ressembloit aux tétards de nos salamandres. Afin donc de pouvoir réaliser mon projet, et pour satisfaire en même temps ma curiosité, j’écrivis de toutes parts à

plusieurs de mes amis, en les sollicitant vivement de me procurer,

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à quelque prix que ce füt, ce reptile du nouveau continent. En attendant je m'occupois cependant sans relâche à graver mes planches. Quelque temps après, les personnesauxquelles je m’étois adressé, me firent connoître la grande difficulté qu’ily a de faire sur notre continent une pareille acquisition : toutefois parmi ces correspondants il y en eut un qui se flattoit de pouvoir réussir à me seconder et qui m’encourageoit même à me tenir ferme dans mon projet. Cinq mois après ces premières notices,le docteur Pockels, mon ami, et qui est un de ceux auxquels je m’étois adressé, m’envoya de Londres deux dessins faits par lui-même, et tirés de deux pièces anatomiques qui se trouvent dans le Muséum Britannique sous les n.%938 et 939: ces pièces sont deux sirènes lacertines dont les systèmes artériels et veineux ont été injectés par le célèbre John Hunter. Dans un de ces dessins, l’on voit le tronc flexueux de l’aorte,qui en sortant du ventricule s’avance vers le museau, s’élargit peu après et donne naissance à huit vaisseaux, quatre de chaque côté, dont les trois premiers, d’un côté, vont aux trois branchies , et le quatrième, qui est le plus petit, va droit au poumon; ce dernier, qui est l'artère pulmonaïre, gagne, en pénétrant dans le poumon, le côté externe de ce viscère, tandis que la veine pulmonaire remonte du côté opposé. Dans l’autre de ces dessins, l’on voit le rameau anastomotique que les veines branchiales du côté droit reçoivent de l'artère pulmonaire du même côté, dès qu’elles se sont réunies en un seul canal pour former, en se joignant au canal du côté opposé, l'aorte descendante (*); en outre l’on y voit la veine pulmonaire

() M. Cuvier a pris ce rameau anastomotique pour l'origine de l'artère pulmonaire; mais il s'en faut bien qu'elle soit l'origine de cette artère, car loin de porter du

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dans le moment qu'elle passe dans le sinus veineux; en un mot, d’après ces deux dessins, il résulte clairement que la sirène Lacertine n’a qu’une simple circulation, et que sous le rapport de ses organes circulatoires elle ne diffère en rien des tétards de nos salamandres. Le lecteur pourra examiner le premier de ces dessins, qui est le plus important, dans la cinquième planche où je lai gravé tel qu’il m'a été envoyé.

Cette découverte, que je dois à la complaisance d’une personne, qui, pendant le long voyage qu’elle à fait pour connoître les écoles chirurgicales les plus célèbres de l’Europe, et y puiser de nouvelles lumières, chercha soigneusement tous les moyens d’être utile, en même temps, à la science et à ses amis; cette découverte, dis-je, ne m’a pas causé la moindre surprise, parce qu'ayant fait, long-temps avant, une comparaison entre l'appareil osseux des branchies des tétards des salamandres avec celui du protée anguin et de la sirène lacertine, d’après la figure que M. Cuvier nous en a donnée, j’avois conjecturé que la sirène lacertine relativement au système sanguin devoit être organisée comme les larves des salamandres (*); toutefois, comme ma conjecture se trouvoit pleinement avérée, cette découverte, que le docteur Pockels a bien voulu me communiquer, fut pour moi très-satisfaisante, et dans tout autre cas elle m’auroit fait renoncer à l’idée de me pro-

eurer une sirène lacertine, dans la vue de chercher dans son or-

sang aux poumons, elle détourne une partie de ce fluide qui étoit dirigé à ce viscère, pour le conduire dans l'aorte. Voyez sa description anatomique de la sirène lacertine qui est dans le Recueil d'observations de zoologie et d'anatomie comparée faites par Messieurs Humbolt et Bonpland.

() Voyez mon Mémoire Sopra gli organi della circolazione delle larve delle salamandre ; et La monografia del proteo anguno.

ganisation de nouveaux arguments pour réfuter l’opinion de M. Cuvier touchant ce reptile: mais comme je sais par expérience que lorsque l’on prend à tâche de faire connoître des vérités qui sont en opposition avec les opinions émises par des hommes célebres, il faut en pareil cas produire des arguments très-s0lides et en bon nombre, afin de détruire l'impression que les grandes autorités font sur les esprits, ainsi la communication que le docteur Pockels a eu la complaisance de me faire, loin de m’engager à renoncer à mon projet, me rendit au contraire plus ardent à l’exécuter et m'offrit de nouveaux motifs pour me roidir contre tous les obstacles. En effet, je fis peu après de nouvelles tentatives pour me procurer une sirène lacertine; et afin de n’assurer, autant que possible, de leur réussite, j’engageai un de mes amis, le docteur Valentin, de Nancy, à écrire à ce sujet à New-yorck au professeur Mitchill; ensuite faisant fond sur le zèle et les succès avec lesquels cet habile professeur encourage et cultive lui-même plusieurs branches de l’histoire naturelle, et comptant sur les qualités de son cœur par lesquelles il s’est rendu très-recommandable parmises compatriotes, j'ai écrit directement à ce savant naturaliste en le priant vivement de me procurer le reptile que je désirois tant, et qui m'étoit si nécessaire pour arriver à mon but.

Quelques mois après ces nouvelles sollicitations, pendant que j'étois dans l’attente de voir mes vœux accomplis, le docteur Pockels, dès qu'il fut de retour à Brunswick, sa patrie, m'envoya une seconde note touchant la sirène lacertine, et me déclara en même temps que, malgré toutes les peines qu'il s’étoit données, il lui

avoit été impossible de me procurer ce reptile. Cette déclaration

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qui dissipoit toutes mes espérances, car le docteur Pockels étoit la personne sur laquelle je comptois le plus, me fit prendre la détermination de faire paroïtre ces planches, et de les accompagner d’une explication détaillée, de manière à pouvoir servir en quelque facon comme de texte; et cela dans lintention de garantir l’antériorité des faits qui me sont propres touchant Fhistoire naturelle des salamandres aquatiques. Au reste on se tromperoit fort si l’on pensoit qu’en présentant au public ces planches, je veuille par-là renoncer à mon premier projet; au contraire il me tient à cœur plus que jamais, et je me propose de le réaliser aussitôt que j'en aurai l'opportunité (*). En remplissant cette tâche j’examinerai comparativement les muscles qui agissent sur l'appareil osseux des branchies dans la sirène, dans le protée et dans les tétards des salamandres; cet examen comparatif me paroit nécessaire, ou du moins d’une très-grande importance; en outre je compte réparer une faute d’omission qui n’a été, je l'avoue, justement reprochée par le célèbre zootomiste M. Blainville, celle d’avoir passé sous silence, dans ma description anatomique du protée , la partie active de la locomotion. En attendant, je ferai connoitre ici par avance cette seconde note que le docteur Pockels a bien voulu me communiquer. » Presque au moment de mon départ de Londres, j’ai découvert un fait selon moi très-intéressant: j'ai vu dans le Muséum Hunterien

une sirène lacertine avec les rudiments des pieds de derrière à

() M. Robert Walsh, secrétaire de la société de Philadelphie, m'annonce en ce moment (20 juillet) au nom de la société, {hat measures are taken to procure a specimen of the sirena lacertina for you. Je proteste donc ici de ma vive reconnaissance envers les membres de cette Illustre Société pour les peines qu’ils veulent bien se donner en ma faveur et pour le service qu'ils rendront à l’histoire naturelle,

peu-près de cette forme et grandeur ( voyez pl. V, fig. 8 } j'aieu même le moyen de lire le manuscrit de John Hunter qui contient la description anatomique de ce reptile ; mais Je n’ai pu le lire que rapidement; ce manuscrit contient la date très-exacte de objet dontje parle, et vraisemblablement on en fera mention dans le catalogue du Muséum que lon va imprimer. John Hunter disséqua, avec beaucoup de soins, un bon nombre de sirènes lacertines que le simple hasard avoit fait tomber entre ses mains: la lecture de son manuscrit m’a appris qu’il reconnoissoit trois espèces de ces reptiles which are the link inthe chain from the fishes towards the tritons (*) : à la première espèce appartient la sirène lacertine de la Caroline Méridionale, que nous connoissons, et qui a simplement les pieds de devant: à la seconde appartient celle qui a les rudiments des pattes de derrière, qui fut trouvée dans lesmèmes marais où séjournent celles de la première espèce: les américains la désignent par le nom de ounkiskee. John Hunter a fait de celleci une préparation anatomique, qui dans la collection des pièces anatomiques se trouve sous le N.° 2390: enfin la troisième espèce est celle qui approche de nos salamandres plus que les autres, car elle a quatre pattes et n’a point de branchies ; celle-ci est connue chez les américains sous le nom de kattewagoe; sous le N° 116 on voit un individu de cette dernière espèce qui est tout entier et bien conservé, et dans la collection des pièces anatomiques sous le N.° 940 on en voit un autre dont le système artériel a été injecté. L’esquisse ci-jointe est tirée de la

pièce anatomique N.° 940; vous verrez en lexamimant que si

(*) Qui font la nuance entre les poissons et les tritons.

l'on fait abstraction des artères branchiales, lesquelles dans le kattesagoe manquent tout-à-fait, vous verrez, dis-je, que ce reptile, sous le rapport des organes de la circulation, ne diffère point ni de la sirène lacertine ni des tétards des salamandres, etvous vous apercevrez en outre que l'individu dont je parle a été pris vers la fin de sa métamorphose, car un des trous de ses branchies est encore ouvert, et on y a introduit une sonde : toutefois, malgré cette identité desorganes circulatoires et malgré que le kattewagoe, comparé avec les autres sirènes, ne présente aucune différence, ni relativement à sa conformation extérieure, et aux couleurs de la peau, ni relativement aux endroits qu’il habite, cependant je n'oserois pas dire qu'il soit une sirène lacertine plus développée que les autres. Quoi qu'il en soit, ce fait servira du moins à prouver qu'en Amérique il existe des salamandres d’une énorme grandeur, relativement aux nôtres, et que la sirène lacertine pourroit fort bien ètre le tétard d’une de ces espèces. » Après cette notice que nous devons à la sagacité et à l’industrie du docteur Pockels, je pense que le lecteur sera surpris de voir que le célèbre Hunter, loin de répandre quelque lumière sur ce point d'histoire naturelle, comme il en étoit capable, ait fait d’une seule larve trois espèces d'animaux parfaits; mais il admirera, je crois, en même tems,avec quelle pénétration M.de la Cépède,sur le simpleexamen delafigure de la sirène Lacertine,et d’aprèsla description peu détaillée qu’en donna M. Ellis, conjectura aussitôt, sans hésiter, que c’étoit une larve et non pas un animal parfait.» Nous avons examiné avec soin, dit ce grand naturaliste, la figure et la description que M. Ellis en a donné dans les Transactions philosophiques,

et nous n'avons pas douté un seul moment, que cet animal, bien

loin de constituer un ordre nouveau, ne fût une larve; il a Les caractères généraux d’un animal imparfait, et d’ailleurs ila aussi les caractères particuliers que nous avons trouvés dans les salamandres à queue plate. » A la vérité cette larve avoit trente et un pouces de longueur; elle étoit par conséquent beaucoup plus grande qu'aucune larve connue, et c’est ce qui a empêché M. Linnée de la regarder comme un animal non encore développé: mais ne doit-on pas présumer que tous les quadrupèdes ovipares de l'Amérique septentrionale ne nous sont pas encore connus, et qu'on n’a pas encore découvert l’espèce à laquelle appartient cette grande larve? Peut-être animal dans lequel elle se métamorphose vit-il dans l’eau de manière à n’être aperçu que trèsdifficilement : peut-être vit-il sur la terre, dirois-je, s’il n’étoit permis d'ajouter quelques observationsaux remarques judicieuses de ce savant écrivain. Combien d'exemples n’avons-nous pas des tétards des reptiles batraciens, lesquels, après leur métamorphose , sortent des eaux où ils prirent naissance, et qui n’y rentrent qu’au printemps, quand ils sont en état de reproduire, pour en sortir de nouveau et gagner la terre, dès que la saison des amours est passée? La même chose ne peut-elle arriver aussi à la sirène lacertine? La salamandre découverte dans les monts Alléghanys par M. Michaux, laquelle, selon M. Cuvier, approchoit de très -près de la sirène lacertine, rend fort probable cette conjecture. IL est vrai que les reptiles connus, qui habitent la terre, sont pourvus de pattes et d’un bassin assez robuste, ou bien sont munis d’écailles et de côtes trèslongues, qui sont de vrais organes du mouvement, de manière

que si l’on considère sous ce double aspect la sirène lacertine,

on seroit tenté de croire qu’elle doive séjourner dans l’eau,mème après sa métamorphose : mais nous manquons jusqu'à présent d’une bonne anatomie de cet animal, et par conséquent nous ne pouvons tirer de son organisation aucun argument qui soit ou favorable, ou contraire à cette hypothèse. Quoi qu'ilen soit, il estassez probable que si Linnée avoit eu sous ses yeux le reptile que les Américains appellent kattewagoe, qui comme Pobserve M. Pockels est une larve, dans les derniers périodes de sa métamorphose, il est, dis-je, assez probable qu'il n’eût pas fait difficulté de regarder notre sirène lacertine comme un animal imparfait malgré sa longueur, qui est de trente et un pouces. Laissons de côté ces digressions, et revenons à présent à notre sujet principal.

Maintenant que j'ai fait connoitre les motifs de la lenteur que J'ai mise àm'acquitter de la promesse que j’avois faite au public, je vais informer Le lecteur de incident heureux qui me détermina, il y a deux ans, à la faire; jose croire, que cette explication ne sera pas sans intérêt pour ceux qui me liront.

Pendant que je m’occupois à étudier l’organisation des salamandres etque je comparois cette organisation avec celle du protée anguin, il me prit envie de suivre le développement du triton, ou salamandre aquatique, dans ses différents degrés, depuis l'œuf jusqu’à l'animal parfait. Je savois, d’après les observations faites par l'abbé Spallanzani, que chez ces reptiles la fécondation s'opère hors du corps de la mère, et que malgré cela l’action du sperme se propage au dedans d'elle, et je m'étois confirmé dans cette opinion, en lisant le manuel d'anatomie comparée de Blumenback, où ce célèbre naturaliste nous apprend qu’une

salamandre qu’il gardoit dans un verre plein d’eau, y avoit pondu des œufs, qui, étant éclos, lui avoient fourni Poccasion favorable de voir et d'examiner, pour La première fois, les branchies des jeunes salamandres. Pour satisfaire donc ma curiosité, je crus qu’il falloit simplement se procurer des salamandres fémelles dans le temps de la ponte : en conséquence je fis prendre, dans le mois de mai, plusieurs de ces reptiles, que je mis dans un baquet assez large : trois jours après je trouvai sur le fond du baquet environ une trentaine d’œufs, qui étoient collés ensemble trois à trois, quatre à quatre, bout-à-bout, de sorte qu'ils ressembloient à des menues parcelles d’un petit chapelet. Je recueillis alors les œufs avec beaucoup de soins et de précautions nécessaires, et je les plaçai dans un vase que javois rempli de la même eau du baquet d'où je les avois retirés. Les ayant observés deux jours après, je m’aperçus qu’ils avoient un peu augmenté de volume, et le troisième jour jen découvris quelques uns qui avoient perdu de leur rondeur, et qui, au lieu d’une surface lisse, avoient cà et là quelques creux et quelqueslégères protubérances.

Je voyois avec plaisir se succéder ces changements, parce que je les regardois comme le prélude de l’évolution du germe, de sorte que je m'occupois sans reläche à observer ces œufs et je me tenois prêt à les dessiner, Le quatrième jour les petits creux me parurent augmentés , enfin le cinquième et le sixième jour, lorsque je me flattois de voir tous mes œufs changés en autant de petits animaux, je trouvai que l’enveloppe avoit perdu sa diaphanéité, et que peu à peu elle se couvroit de moisissure , ce qui me prouva que les œufs avoient perdu leur faculté pro-

ductive. Dans le même temps, les salamandres qui étoient

restées dans le baquet, avoient déposé de nouveaux œufs, que je recueillis comme les premiers; mais ayant soupçonné que ceux-ci avoient mal réussi à cause de l’eau où ils étoient plongés, je ne voulus pas, dans cette seconde expérience, me servir de l’eau du baquet, et je me procurai de celle même des fossés d’où j'avois retiré les salamandres. Cette précaution fut encore inutile, car je ne fus pas plus heureux dans cette nouvelle expérience que dans l’autre. Me voyant donc frustré de mes espérances, je me déterminai à tenter la fécondation artificielle, non pas par le moyen qu’avoit employé Spallanzani, qui ne m’avoit pas paru le meilleur, mais par un autre un peu différent.

Je choisis une salamandre mâle, et je lui tirai avec les plus grandes précautions les deux canaux déférents qui étoient extrèmement pleins d’une semence très-épaisse. Je mis ces deux canaux dans un verre de montre, après les avoir coupés très-menus et pressés légèrement pour en faire sortir le sperme; je versai le tout dans un vase plein d’eau, qui contenoit des œufs que j'avois recueillis auparavant. Mais cette troisième expérience ne me réussit pas mieux que les deux premières ; alors je pris le parti d’en faire une quatrième quand les salamandres auroient pondu d’autres œufs, et de me servir pour les féconder du même procédé qu’ avoit employé Spallanzani.

Pendant que je faisois ces expériences, je m’apercus que les salamandres qui étoient dans le baquet replioient de temps en temps leurs jambes de derrière sous leur ventre, comme pour s’en couvrir l’anus, et que peu d’instants après elles pondoient un ou deux œufs, qui ne tomboient pas toujours au fond de l’eau, mais qui quelquefois restoient un moment attachés à Panus, de

sorte que je voyois quelques salamandres courir çà et 1à dans le baquet, ayant deux ou trois œufs suspendus au fondement ; je les vis même replier leur tronc en arrière de façon que leur museau se posoit sur la racine de leur queue; et dans cette position elles avoient précisément la forme d’un Q. Pobservai encore que vers le déclin du jour elles étoient fort agitées, et qu’elles faisoient des efforts redoublés pour sortir de l'endroit où elles étoient retenues; et quand je les examinai pendant la nuit, jen trouvai quelques-unes presque toutes droites sur leurs pattes de derrière, ayant celles de devant appuvées sur les parois du baquet. Je n’eus pas de peine à découvrir quelle étoit la cause véritable qui portoit ces petits animaux à se replier en arrière d’une façon si singulière, car les ayant observés avec grande attention de très-près, je vis qu'ils prenoient cette position vers la partie postérieure pour se débarrasser de cette espèce de peau dont les salamandres se dépouillent, comme on sait, très-fréquemment. La queue, faisant une saillie derrière l'anus, présente un obstacle à cette pellicule pendant qu’elle se retire en arrière, et c’est par cette raison que les salamandres , se retournant, la prennent dans leur bouche et la repoussent vers l'extrémité de la queue. Il me fut aisé de conjecturer que leur agitation, et leur position élevée durant la nuit provenoit de habitude qu'ont ces reptiles, quand ils se disposent à dormir, de se placer sur les rives des étangs très -près de la surface de l’eau, de manière que, tenant seulement la tête élevée, ils peuvent respirer aisément sans être obligés, comme ils font pendant le jour, de venir du fond de l’eau à la surface, toutes les fois

qu'ils veulent respirer l'air.

Rien n’étoit plus facile que de me rendre raison de tous ces faits; mais il ne l’étoit pas autant de former des conjectures plausibles sur cette habitude qu'ont ces animaux, de replier sous le ventre leurs jambes de derrière toutes les fois qu’ils doivent pondre un ou deux œufs. avoue même que cette manière de les faire sortir me causa beaucoup de surprise, parce qu’ayant cru avec confiance à ce qu'a écrit M. Cuvier, je pensois que les salamandres produisoient beaucoup d'œufs à la fois, qu’ils sortoient de l’anus attachés lun à l’autre successivement, et, pour me servir des expressions de ce savant, en forme de chapelet. Je me proposai néanmoins de m’attacher sur toutes choses à rechercher les causes de ce fait, et de n’éclaircir si ce que javois observé n’étoit qu'un simple accident, ou si les naturalistes qui ont parlé de ces reptiles, se seroient par hasard écartés de la vérité sur la manière dont les salamandres mettent bas leurs œufs. À cet effet, dans l’unique but de procurer à mes salamandres une habitation commode, afin que je pusse en même temps étudier plus facilement leurs goûts et leurs habitudes, Jimaginai le moyen d’arranger le baquet de sorte qu’elles pussent pendant la nuit se placer à fleur d’eau, etrespirer avec plus de facilité. Le jour mème où je me proposois de faire ces changements dans le baquet, on m’apporta plusieurs salamandres de la petite espèce; on les avoit mises dans un seau qui contenoit plusieurs branches de la plante appelée par les bolanistes Polygonum persicaria, qu'on y avoit placées pour empêcher l’eau de se répandre hors du seau. Je tirai partie de ces branches, j'en fis un petit paquet que je mis dans le milieu du baquet, en plaçant dessus une grosse pierre, pour qu’il püt rester au fond

de Peau.

Vers le soir je voulus voir si le paquet de Polygonum Persicaria servoit à ce que j'en attendois. En m’approchant donc du baquet, je vis avec satisfaction que mon espoir étoit rempli, car presque toutes mes salamandres sy étoient si commodément placées à laide de la plante, que, tenant simplement la tête un peu élevée, leurs narines se trouvoient dehors de la surface de l’eau, de sorte que ces petits animaux pouvoient respirer à l’aise. Trois jours après que j'eus ainsi arrangé ce baquet, je résolus de tenter la fécondation artificielle comme l’avoit fait Spallanzani, afin de me procurer par-là le moyen de voir le développement progressif de l'embryon, ce qui étoit l’objet principal que j’avois en vue. Tandis que je cherchois de l'œil une des salamandres qui eut le ventre le plus gros, et un mâle le plus vif, et dans le moment où j'allois retirer les deux sujets qui me paroissoient convenir le mieux à mes projets, je remarquai, presque sans le vouloir, qu’il n’y avoit pas un œuf au fond de l’eau. J’espérois que, pendant ces trois jours, mes salamandres en auroient mis bas une grande quantité. Occupé à réfléchir avec quelque surprise sur ce fait, je fus distrait en voyant une des salamandres s’approcher d’une feuille de la plante, et y poser son museau comme si elle avoit voulu la flairer; je la vis ensuite passer doucement sur cette feuille, non pas en longueur, mais en travers, ensuite reployer ses jambes de derrière après s'être arrêtée, et serrer entre les deux plantes de ses pieds cette feuille où elle s’étoit posée. Elle resta environ une minute dans cette position, ensuite elle se retira, laissant la feuille ployée de manière que son extrémité revenoit sur le pédicule. A la vue de ce nouveau fait,

qui ne me Causa pas moins de surprise, j’oubliai entièrement la

fécondation artificielle, et je ne m’occupai plus d'autre chose que d’observer très-attentivement ce que ma salamandre alloit faire. Il ne se passa pas trois minutes que Je la vis sapprocher de nouveau d’une autre feuille; et elle me paroïssoit disposée à se placer dessus, lorsque jetant par hasard les yeux sur les rameaux de la persicaire, je découvris dessus plusieurs autres feuilles qui étoient ployées de même que celle que j’avois vue un moment auparavant ainsi disposée par la salamandre. Je retirai aussitôt le paquet de plantes hors du baquet, et me mettant à examiner les feuilles, je trouvai qu’elles renfermoient chacune un œuf, je remarquai en outre que ces feuilles ne pouvoient plus se redresser d’elles - mêmes, parce que leurs deux surfaces internes étoïient retenues près l’une de l’autre par une espèce de glu, dont l'enveloppe de chaque œuf est recouverte, de sorte que pour ouvrir une feuille j’étois obligé de vaincre la résistance que m'offroit cette colle.

Satisfait, content de cette découverte, je me rendis aussitôt sur lesrives des fossés où j’avois fait prendre les salamandres, et faisant recueillir plusieurs rameaux de fa persicaire, qui étoient dans Veau, et dont les feuilles étoient ployées, je me suis convaincu, en les observant avec soin, que les œufs des sa/amandres ne sortent pas de l’animal en longs chapelets, comme l'ont assuré dernièrement quelques naturalistes, et qu'ils ne tombent pas au fond de l’eau aussitôt qu'ils sortent du fondement de la mère, comme Spallanzani Va dit avec tant d'assurance ; mais qu'ils sont déposés un à un, et placés sur des feuilles. Je me suis assuré de cette vérité en ouvrant toutes les feuilles que j’avois fait retirer

de l’eau, et en y trouvant, comme dans celles de mon baquet,

un œuf caché. Ily a plus; c’est que dans quelqu’une je trouvai une petite salamandre qui étoit déjà développée, et qui donnoit signe de vie, en se mouvant et changeant de temps en temps de position.

Je ne dirai pas quel plaisir j’éprouvai en acquérant cetté connoissance; ceux qui ont de lamour pour Fhistoire naturelle, ceux qui savent par expérience avec combien de peines on parvient quelquefois à soulever seulement un coin du voile dont la nature cache une grande partie de ses opérations ; en un mot, les vrais naturalistes se feront facilement une idée de la satisfaction qui succéda en moi à cette découverte. Je voyois s’ouvrir devant moi une route facile pour arriver au but que je n'étois proposé, sans recourir à des procédés artificiels, toujours difficiles , très-souvent incertains, et même trompeurs. Ma joie fut si grande, que je choisis sur le champ environ vingt feuilles, dont chacune contenoit un œuf qui n’étoit pas encore développé, et les ayant mises dans un seau rempli de l’eau des fossés, je les fis porter de suite à mon logis.

Lorsque je fus rentré chez moi, je versai de l’eau de mon seau avec les feuilles de la persicaire, dans une cuvette, et ayant choisi l’œuf que je devois soumettre à mes observations, je commençai mon expérience. Je crois inutile de donner en détail en ce moment tout ce que je pus remarquer pendant tout le temps de mon examen; j'en parlerai dans les explications des figures, à mesure que J'aurai occasion de le faire. Je dirai seulement qu'il n’est pas, à mon avis, de plus agréable et de plus curieux spectacle que celui qu'offre au naturaliste philosophe la

petite salamandre, dans espace de temps qu’elle est encore dans

l'œuf, ou lorsqu'elle en est sortie depuis peu de jours. Ce qui se passe chez les autres animaux au milieu des ténèbres les plus épaisses, s’opère ici sous les yeux de l'observateur, lequel peut contempler tout à son aise le développement progressif des diverses parties de l’animal; et par l’ordre qu’observe la nature dans ce développement, il peut conjecturer quels sont les organes les plus importants et les plus nécessaires à la vie de Pindividu. En effet, lorsque l’on considère les différentes phases par lesquelles passe la petite salamandre , on pourroit dire que la nature cette fois, bien loin de se montrer jalouse de ses opérations, s’est plu au contraire à les mettre à découvert; car à peine la petite salamandre est hors de son enveloppe, qu’elle prépare à Pobservateur un tableau nouveau qui doit lui plaire autant que le premier. Le petit animal, qui est opaque et qui paroît être formé d’une substance molle et homogène lorsqu’il est encore dans son étroite prison, devient peu à peu diaphane à peine en est-il sorti, de sorte que si le naturaliste n’a pu voir au travers des parois transparentes de l'enveloppe que le développement des parties extérieures, il voit maintenant se former les parties externes et internes ensemble ; il découvre le cœur de l'animal, il en suit les contractions et les dilatations; il aperçoit l’estomac, il reconnoit sa forme ét sa position; son œil peut saisir ou découvrir le canal intestinal, qui au commencement s’étend en ligne droite, d’une extrémité à l’autre de l'abdomen, puis va en serpentant et finit par former plusieurs circonvolutions; alors il voit le foie, dont le développement accompagne celui de lestomac et des intesüns auxquels il doit servir; enfin il voit le poumon prendre sa forme et sa place, toujours plein d'air, et tellement transpa-

rent, que l’on croiroit que l’animal a dans le corps aux deux côtés du tronc deux bulles d’air qui peu à peu se dilatent et s’allongent d'avant en arrière. Lorsque les organes de la digestion ont acquis l’accroissement nécessaire pour exercer leurs fonctions, le spectateur curieux aperçoit dans la petite salamandre, dont jusqu’à ce moment la vie a été purement organique ou végétative, la vie de relation, ou la vie animale qui commence. A cette époque tous ses mouvements ne sont plus ceux d’un automate, ou l'effet simplement de son organisation intérieure ; mais ils sont aussi la conséquence des sensations que lui font déjà éprouver les objets qui Penvironnent; en effet, il fuit et s’éloigne d'eux, s’il craint d’en recevoir de l’incommodité ou de la douleur, etil s’en approche s’il espère en retirer quelque avantage ou du plaisir. On le voit de ce moment guetter les très-petits insectes qu'il voit nager dans l’eau, diriger vers eux son petit museau, les poursuivre avec adresse, s’élancer sur eux avec une agilité surprenante; et quand il est vivement pressé par la faim , il attaque mème ses camarades, et cherche sa nourriture en dévorant leurs branchies et leur queue. Le plaisir très - vif que me procurèrent ces scènes intéressantes, me donna sur le champ l’idée de les faire connoître aux naturalistes, en publiant un ouvrage sur les salamandres, dans le même genre que celui que nous a donné sur les grenouilles de son pays le célèbre naturaliste de Nuremberg M. Roesel. Et pour suivre en tout point l'exemple de ce célèbre écrivain, je résolus de graver moi-même les planches. A dire vrai, j’hésitai un peu avant d'entreprendre un pareil travail, parce que n’ayant

gravé de ma vie, je concevois combien de difficultés je rencon-

trerois, et J'avois peu d'espoir d’en sortir avec honneur et à mon gré; mais réfléchissant néanmoins que les graveurs, même les plus habiles, lorsqu'ils doivent graver des objets qu'ils n’ont pas dessiné eux-mêmes, et sur lesquels ils n’ont aucune espèce de connoissances, peuvent être comparés en quelque façon à ceux qui copient un manuscrit écrit dans une langue qu'ils ne comprennent pas, et qui par cette raison laissent échapper de leur plume à chaque ligne, quelque erreur qui altère ou qui rend inintelligible l'original : réfléchissant, dis-je, à cela, je cherchai à me mettre au-dessus de mes craintes, et n’écoutant plus que le vif désir que je sentois d'offrir aux yeux des naturalistes une image fidèle du spectacle intéressant que j’avois contemplé, je me mis à l’ouvrage avec une sorte d'enthousiasme. Peu de temps après, lorsque je publiai la description anatomique du protée anguin, je crus devoir en même temps annoncer la publication très-prochaine des nouvelles observations que j'avois faites sur les salamandres, et afin d’en donner un essai, je fis connoître en cette occasion le mode particulier avec lequel ces reptiles déposent leurs œufs, et comment on pouvoit sans la moindre peine suivre le développement de ces animaux, depuis Pœuf jusqu’à leur état parfait (*).

+ J'ai anticipé sans la moindre défiance sur cette petite découverte, bien persuadé qu'aucun naturaliste, par bienséance au moins,ne viendroit pas moissonner dans un champ que j’avois moi-même défriché et dans lequel j’étois prét à recueillir des fruits dont je devois faire part au public; j’ai fait connoitre d’a-

(*) Voyez la Monografia del proteo anguino, pag. 37, et la note jointe à cette page.

vance ce fait qui n'est propre, bien assuré que personne n’auroit envahi un terrein dont je m'étois déjà emparé et dont Paccès, d’après les choses que j’avois publiées, étoit devenu, mème pour d’autres, extrémement facile. En faisant part au public de cette découverte, aurois-je compté trop sur ces égards que les hommes en société et sur-tout ceux qui cultivent les sciences se doivent réciproquement ? Aurois-je fait trop de fonds sur cet amour pour les progrès des sciences qui doit, en réprimant tout orgueil insupportable, réunir les hommes de lettres, de quelque pays qu'ils soient, en une seule famille et les porter tous à travailler de concert pour atteindre le même but? Si l'avenir me prouve que quelqu'un ait abusé de ma confiance, jessairai à n'en consoler, en réfléchissant que j'ai détruit des erreurs, que j'ai enrichi la science de quelques faits nouveaux, sur lesquels on ne me disputera pas le droit de primauté: oui, c’est en faisant cette réflexion que je tâcherai d’oublier-les torts qu'on m’aura fait. Cultivant dans ma paisible retraite une science, qui a cessé depuis peu de faire parmi nous partie de l’enseignement public, sans encouragement d’aucune espèce, privé de toutes les ressources, de tous les moyens qu'un simple particulier ne sauroit avoir, et que les gouvernements seuls peuvent donner, pourrois-je trouver une autre source de consolation, si ce n’est dans la conviction intime d’avoir en quelque façon contribué aux progrès de la science, à laquelle je me suis entièrement voué par gout ? Je n’aspire pas aux récompenses. Dans ma position, lidée d’une récompense quelconque et de quelque part qu’elle vienne, ne sauroit trouver place dans mon esprit; mais si mes foibles travaux devoient en mériter une,

fl

je la trouveroiïs toute et suffisante s’ils pouvoient exercer quelque influence sur ces esprits bornés, chez lesquels lutilité de l’anatomie comparée est encore un sujet mis en question. Je m’estimerois très-heureux, si ces travaux pouvoient mettre en évidence l'utilité de l'anatomie comparée en histoire naturelle et en physiologie. Mais comment me flatter qu'une voix aussi foible que la mienne puisse être entendue par des personnes, qui, sourdes à celles du grand Hailer , de Scarpa, de Cuvier et de beaucoup d’autres écrivains célèbres, témoignent de léloignement pour l'anatomie, dans l’instant même où cette science devient la base des systèmes zoologiques? Non; c’est peut-être demander l’impossible ; il est des vérités qu'il n’appartient qu'au temps seul

de faire connoître et d’établir.

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