‹ Amours des salamandres aquatiquesChapitre 2 sur 6 · EXPLICATION DES FIGURES · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES FIGURES

Prawcues I FreMT.

Le mäle de la petite salamandre, de sa grandeur naturelle (salamandra exigua Laur.). Dans le printemps, lorsque la nature allume le feu de l’amour dans ces animaux, le mâle cherche avec empressement sa femelle; celle-ci fuit, en nageant toujours, ses premières approches, mais le mâle la poursuit avec constance, et dès qu’elle s’arrête il saute au-devant d’elle, comme pour lui fermer le passage, il replie en avant sa queue qu’il agite et secoue avec une vitesse surprenante, et il fait des petites agaceries à sa compagne afin de la préparer à la fécondation, ensuite il se place à côté d’elle et la fouette avec sa queue. Les doigts de ses pattes de derrière sont garnis d’une membrane tachetée de noir. Sa queue est très-large, et présente le long de son bord inférieur une bande d’un beau rouge clair; le bord supérieur se continue, en mourant, jusqu'aux épaules, comme cela a lieu dans les tétards. Mais ces ornements ne sont que passagers et propres seulement au mâle ; après l’époque de Pamour, la membrane des doigts disparoit, la queue se rétrécit

notablement et présente à son extrémité un pett filet.

Fre.wEt,

La femelle de la petite salamandre (salamandra exigua Laur.). Celle-ci a été copiée au moment qu’elle est lasse de nager en fuyant le mäle ; elle tient sa queue et ses pattes immobiles, etse laisse tomber doucement sur la vase. Le mâle, profitant de ce ralentissement de ses forces, saute au-devant d’elle. Le bassin de cette espèce de salamandre est suspendu à la quatorzième vertèbre. M. Cuvier désigne cette espèce, d’après Latreille, par le nom de salamandre palmipède; mais cette dénomination me paroït vicieuse , en ce qu'elle est fondée sur un caractère qui n’est ni permanent, ni commun aux deux sexes, en outre parce que les pieds du mâle ne sont point palmés mais lobés: je retiens

donc le nom que Laurenti lui a donné.

Freelil:

La femelle de la salamandre à queue plate, de sa grandeur naturelle (salamandra platycauda d. Aub.). La femelle, lasse de fuir, s'arrête enfin ; et, cédant aux caresses du mâle, se tient immobile sur la vase. Le mâle alors approche sa tête de celle de sa compagne, et, profitant de sa docilité, se place à côté d’elle, de manière que son corps fait avec celui de la femelle un angle aigu, dont lesommetest formé par son museau. Le mäle ensuite se cramponne avec ses pattes de devant, courbe son dos, élève la partie postérieure de son tronc, de sorte qu’il ne pose plus que sur les pieds de devant, et en secouant sa queue il commence à fouetter Peau de telle facon qu’on diroit qu'il fait une espèce d'exercice

préparatoire aux coups qu'il va donner à sa femelle. Après avoir agité ainsi sa queue pendant une demi-minute à peu près, il approche enfin très-doucement sa queue du corpsde la femelle, en la pliant de manière que sa partie moyenne et convexe touche presque ses flancs, puis retirant rapidement la partie postérieure de son tronc, et faisant prendre brusquement à sa queue une courbure tout-à-fait contraire à celle qu’elle avoit auparavant, ilen frappe du bout les flancs de sa femelle, de telle sorte qu'il

la repousse un tant soit peu sur le côté.

Fre IVe

Le mâle de la salamandre à queue plate (salamandra platicauda d. Aub.). I est représenté dans le moment qu'il va frapper de sa queue les flancs de la femelle. Pendant qu’il donne ainsi des coups à sa compagne, quelquefois il se renverse presque sur elle, mais il reprend bientôt sa première position. Son anus très-saillant et très-ouvert est tout hérissé intérieurement de petites pointes d’un blanc d'argent. Cette espèce de salamandre paroïit moins vivace que la précédente , aussi le male n’a pas l’habitude, en faisant des agaceries à sa femelle, de replier sa queue en avant ; il semble remplir les vues de la nature avec moins d’empressement et de volupté que le mâle de la petite espèce, qui est très-agile, très-animé, et paroit avoir beaucoup plus de rapports avec les lézards. Les salamandres de cette espèce, quand elles sont fort jeunes, c’est à dire peu après leur métamorphose, ont une raie d’un beau jaune,

bordée de brun et de noir, laquelle s'étend depuis le milieu de la

tête jusqu'à l'extrémité de la queue. A cette époque de leur vie, on ne remarque dans leur conformation extérieure aucune différence entre le mâle et la femelle; mais au printemps de l’année qui suit, la raie jaune disparoit entièrement de dessus le dos du mâle, et elle est remplacée par la crète membraneuse et découpée qui a fait donner à cette espèce de salamandre le nom de salamandra cristata. Vers le commencement de lautomne de la seconde année, la crète membraneuse présente à sa base des petites taches jaunes, lesquelles, en s’étendant peu à peu le long du dos, finissent par former de nouveau la raie qui étoit disparue cinq ou six mois avant; en attendant la crête membraneuse se rétrécit, et vers la fin de l’automne, et même avant, elle se trouve changée en une raie un peu saillante d’un jaune terne. Au retour de la belle saison de la troisième année, la raie jaune disparoit; le mâle se pare de nouveau de sa crête, laquelle se rétrécit notablement dès que la saison des amours est passée; cependant elle lui reste toujours: vers lautomne on aperçoit encore quelques légères traces de la raie jaune, mais elles disparoissent à jamais au printemps de la quatrième année. D’après mes observations, le mâle n’est en état de reproduire qu’au bout de trois ans. La raie jaune de la femelle s’élargit et devient terne. Voilà les changements que ces animaux subissent suivant l’âge, le sexe, et la saison ; mais ils présentent bien d’autres changements, relativement aux couleurs, qui sont purement accidentels et passagers ; jai vu plus d’une fois un même individu qui étoit d’un verd pâle en dessus et presque sans taches, devenir brun et se couvrir de larges taches bleuätres en moins

d’une heure , lesquelles disparurent de nouveau , tellement que

Vanimal ne présentoit plus en dessus qu’une teinte uniforme qui étoit presque noire. M. Linnée a fait de cette salamandre deux espèces, qu'il désigne par deux noms différents. Laurenti en a fait quatre, Dufay trois, Spallanzani deux, et quelques auteurs modernes, s'étant attachés aux couleurs plus que les autres, en ont fait plus d’une demi-douzaine. Pouvoit-il en être autrement? C’est une prétention bien sotte, que celle de vouloir éviter les erreurs en histoire naturelle quand on n’est point guidé par l'anatomie. M. de la Cépède est le seul qui, refusant d'admettre les espèces qui avoient été reconnues par M. Dufay, donna par-là une preuve lumineuse de ce tact délicat qui le caractérise. La salamandre à queue plate séjourne toujours dans l’eau; si quelquefois on la rencontre sur terre, c’est que le soleil, ou quelque autre cause, ayant desséché le lieu de sa demeure, elle est obligée d'aller sur terre pour regagner un autre étang. Elle ne mange jamais, je le répète, les lentilles d’eau, et ne se nourrit que d'animaux vivants; sous le rapport de sanourriture, elle ressemble parfaitement aux grenouilles; son bassin est suspendu à la seizième vertèbre. Les naturalistes qui ont mesuré dans ces reptiles les intervalles entre une respiration et l’autre, ont fait une observation futile, en ce que ces intervalles sont plus où moins longs, selon les degrés de chaleur que ces animaux éprouvent, et suivant la quantité de nourriture qu'ils prennent. Quand ils s’engourdissent dans des trous sous terre, ils ont leur queue roulée en spirale. On pourroit désigner cette espèce par le nom de salamandre aquatique véruqueuse ou chagrinée, ce nom seroit fondé sur un caractère très-saillant

et invariable , qui la distingueroit de la petite salamandre, la-

quelle a, comme celle-ci, une queue plate; mais j’éprouve de la répugnance à changer les noms méthodiques sans une nécessité bien évidente. Je lui conserverai donc celui que M. d’Aubenton

lui a donné.

Prancue Il.

res Je

Le mâle de la salamandre à queue plate, dans le moment qu’il répand la laïte dans l’eau. Le mâle, après avoir frappé de sa queue deux ou trois fois les flancs de sa compagne, s'éloigne un tant soit peu d'elle, ettombe dans une espèce d’assoupissement ; il ne se soutient plus sur ses pattes, et s’étend de manière que son ventre se trouve entièrement appliquésur le limon; on diroit qu'il a perdu l'usage de ses membres; sa queue cependant se relève et fait quelques légers mouvements, mais ils ne sont pas dirigés par la volonté de l’animal, ce sont de ces petits mouvements convulsifs qui accompagnent ordinairement les sensations très-vives ; on remarque même sur son tronc, par-ci par-là, de très-légères contractions, enfin les petits flocons de mucus blanc très-épais, qui, en sortant de l’anus, vont au fond de Peau, nous prouvent assez que l’animal soute dans ce moment ces plaisirs de la jouissance que la nature semble avoir préparé à tous les animaux pour les engager à remplir ses vues. Cette espèce d’assoupissement dure très-peu, l'animal se réveille, recommence à frapper de sa queue la femelle, répand de nouveau la liqueur prolifique, et après avoir répété deux ou trois fois cette

espèce d’accouplement, il abandonne sa compagne. f d pl t, il aband pag

Frc. IT.

La femelle de la salamandre à queue plate, dans le moment qu'elle pond ses œufs. La femelle, qui est restée toujours immobile pendant que le mâle la frappoit de sa queue, se meut enfin, et avec cette lenteur qui lui est propre elle va chercher la plante la plus convenable pour la ponte de ses œufs; c’est presque toujours la persicaire qu’elle choisit : cette plante se trouve en très-grande abondance dans les marais, et elle en couvre presque entièrement les rives. L'animal approche sa tête aux bords d’une feuille, et avec son museau il tourne ces bords de manière que la surface inférieure de la feuille, qui regardoit le fond de l’eau, se trouve tournée vers sa poitrine; puis avec ses pattes de devant il fait passer la feuille, ainsi tournée, sous son ventre, la saisit avec ses pattes de derrière et la porte sous anus, ayant soin en même temps de la plier et de lui faire faire un angle dont l'ouverture est dirigée vers sa queue. L’œuf, en sortant de anus, doit nécessairement passer au milieu de l’angle formé par la feuille, mais il est arrêté dans sa chüte parce que la salamandre, an moyen de ses pattes de derrière, ferme aussitôt cet angle, et par-là forme à la feuille un pli dans lequel l'œuf se trouve renfermé. L’œuf malgré cela iroit au fond de Veau ; mais la salamandre, avant de. quitter la feuille, a soin de bien serrer le pli entre la plante dé ses pieds de derrière, de telle sorte que la glu dont l’enveloppe de l’œuf est enduite , en s’étendant un peu, par le moyen de cette pression, sur les deux surfaces internes de la feuille , empêche alors le pli de s’ou-

vrir. Dès que la femelle de la salamandre a pondu de cette

manière plusieurs œufs, elle se tient tranquille sur la vase jusqu'à ce qu'un autre mâle vienne la caresser de nouveau ct la frapper de sa queue. Jignore la durée de la ponte de chaque salamandre. Je ferai observer seulement que j'ai commencé à trouver des œufs vers la moitié d'avril, et continué à en trouver jusque vers la moitié de juillet; j’ajouterai en outre que la femelle de la salamandre, relativement à la ponte de ses œufs, ne montre guère cet instinct prévoyant dont les autres animaux nous donnent tant de preuves dans tous les actes qui concernent leur reproduction, car la femelle de la salamandre choisit presque toujours pour la ponte des œufs les plantes qui se trouvent très-près du rivage, de manière qu’au moindre abaissement de l’eau une partie de ses œufs se trouve à sec, et pourrit avant d’éclore. À quoi servent, demandera-t-on, ces coups de queue que le mâle donne à sa compagne ? Servent-ils à faciliter la descente et la sortie des œufs des oviductus? Cela devient très-probable, quoique cependant les salamandres que j'ai gardées chez moi dans des vases, et qui n’ont pas été" frappées par le mâle, n'aient pas moins pondu leurs œufs.

aa Deux feuilles dans le pli desquelles se trouve un œuf.

Pranxceas IIL J're. 23 Aonl (”).

L'œuf de la salamandre à queue plate, de sa grandeur naturelle; il a été pondu le 23 avril. On l’a recueilli aussitôt après qu'il fut déposé, en le gardant toujours dans l’eau et sur sa feuille. On en a fait le sujet des observations suivantes: la température de l'eau pendant ces observations a été de 22° à 27° du thermomètre centigrade. Le globule est blanc tirant sur le jaune; il est environné d’une matière glaireuse à laquelle il n’est nullement attaché, de sorte qu’il peut se mouvoir librement et en tous sens; son enveloppe est membraneuse, transparente comme du verre, el couverte comme d’une espèce de glu très-limpide : si l’on place un de ces œufs avee son enveloppe sur une assiette, et si avec la pointe d’un petit pinceau on fait tourner l’enveloppe, de manière que la partie qui est en dessus se trouve en dessous, le globule tourne d’abord sur son axe, de sorte qu’il présente de nouveau la surface qui étoit en dessus avant qu’on eût tourné l'enveloppe, ce qui nous prouve que sa densité n’est pas uniforme. Ce phénomène est beaucoup plus apparent sur les œufs de la petite salamandre, par la raison qu’ils sont bruns d’un côté et blancs de l’autre. Si au lieu de tourner l’œuf, on relève

un de ses bouts de manière que son diamètre longitudinal se

(*) Afin de faire connoître au lecteur les diverses époques du développement du tétard , et les intervalles de l’une à l’autre par la simple inspection de la planche, sans recourir à l'explication, on a cru devoir marquer lesfigures par les dates des jours dans lesquels les dessins ont été faits.

trouve perpendiculaire à lhorizon, le globule qui étoit au milieu se place au fond de la glaire, ce qui démontre que la pesanteur

spécifique de la glaire est moindre que celle du globule. rc. 26 Avril.

Cette Figure présente les changements qu'a subi le globule pendant le court espace de trois jours. En lexaminant à la loupe, on soupconne déjà quelles sont les parties de l’embryon qui deviendront par la suite l'abdomen, la tête et la queue. Le globule, dès qu'il a été pondu, commence par grossir, ensuite il s’allonge, et sa surface, qui étoit lisse, présente des petites éminences. Si l’œuf n’a pas été fécondé, ou bien si, par une cause quelconque, il a perdu sa vertu prolifique, il grossit tout de même dès les premiers jours, mais ensuite il s’affaisse de manière qu'il ressemble à une vessie remplie d’eau seulement à demi; dès que cet affaissement se présente, on peut être sûr que le globule a perdu entièrement sa vitalité.

Fire. 28 April.

L’embryon s’est déjà allongé de telle sorte que son enveloppe étant courte, il est obligé de se courber. En l’examinant de près, on reconnoit facilement les parties, qui par la suite prendront la forme de l'abdomen, de la tête et de la queue. Près de sa grosse extrémité, qui est la tête, on remarque des petites éminences, que l’on reconnoît pour les premiers rudiments de

ses branchies et de ses pattes de devant.

Fre. 30 Avril.

Son abdomen , ainsi que sa tête, sa queue et les rudiments des branchies sont devenus plus apparents. Dans la partie concave de l'embryon et vers sa grosse extrémité, on observe un petit sillon qui sépare la tête d'avec l'abdomen; on voit distinctement le long de son bord convexe les rudiments de l’épine.

Frc. 2 Mau.

L’embryon des Figures précédentes. Il a changé de position, de sorte qu’il ne se présente plus de profil, comme dans les autres Figures, mais on voit tout le dessous de sa tête et de son tronc. Sa queue, dont on ne voit ici que le bord inférieur, a déjà la forme d’un aviron. Jusqu'à présent il n’y a pas la moindre apparence de la bouche, ni même des yeux; on remarque seulement vers l'extrémité de la tête des petits points noirâtres et un léger retrécissement entre les rudiments des branchies et ceux des pattes de devant, qui distingue la tête d'avec la poitrine. C’est à cette époque que le développement de l’embryon commence à avoir de l’intérét. Jusqu'à présent Pobservateur a vu le petit globule grossir et changer de forme à peuprès comme une graine jettée dans l’eau ; mais à cette période, il verra le petit embryon se donner des mouvements, se parer en dessus de plusieurs couleurs qui le rendent agréable à la vue, et il verra en outre les battements de son cœur. Mais si cette période est la plus amusante pour le naturaliste, il paroît qu’elle

est la plus dangereuse pour le petit embryon, car presque Îa Le

moitié des embryons que j'ai fait développer sous mes yeux sont morts dans ce moment ou peu après. Dès qu’ils perdoïent leur vitalité, leur corps cessoit de former une courbe dont les extrémités sont appuyées aux parois internes de l’enveloppe ; ils se reployoient sur eux-mêmes en mourant, et se concentroient au milieu de l’enveloppe.

FrenS Mar:

* L’embryon, dans espace de 24 heures, a changé trois ou quatre fois de position. Dans celle-ci, il nous montre tout le dessus de son corps, qui est parsemé de petites taches noirâtres disposées en ligne et formant deux bandes, lesquelles commencent audessous de la tête et se continuent le long du dos jusqu'à l'extrémité de la queue. Sur les côtés de la tête et au - devant de deux éminences, qui sont les rudiments des pattes de devant, on remarque des filets, au nombre de quatre de chaque côté; les deux premiers ne sont pas des branchies, comme quelque auteur a voulu nous le faire croire, mais ce sont deux organes de station que je désignerai par le nom de crochets, parce qu'ils sont analogues aux deux crochets qu'on observe au-dessous de la tête des embryons de la grenouille verte aquatique, au moyen desquels ces embryons se raccrochent aux feuilles de la lentille d’eau et s’y tiennent suspendus.

Fire. 4 Mai.

Les changements de position sont plus fréquents. Dans celle-ci, lembryon nous présente de nouveau le dessous de sa tête et de son tronc, qui est d’un blanc tirant un tantsoit peu sur le verd. Sur sa poitrine, entre les branchies d’un côté et celles de autre, précisément où l’on voit les battements de son cœur, on remarque des petites taches noirâtres irrégulières. Au-devant des deux crochets on voit encore d’autres taches noirûtres, qui sont la réunion des deux bandes qui règnent le long du dos et que nous avons vues dans la Figure précédente. Dans ses branchies, qui jusqu’à présent sont formées par un seul filet, sans feuilles et transparentes comme du verre, on voit déjà la cireulation du sang qui est très-simple, en ce qu’elle est formée par un seul vaisseau plié en anse. Le sang est blanc, et on le voit distinctement au moyen d’une loupe, dès qu’on a la précaution de mettre l'embryon dans le verre d’une montre, et de poser ce verre sur l’ouverture d’une boite dont le fond et les parois soient teints en noir. Ces deux crochets, qui sont au-devant des branchies, se sont allongés. Ils sont plus gros vers leur extrémité qu’à leur origine, et se sont courbés de manière que leur côté convexe est tourné en dessus. Les flancs de l'embryon sont parsemés de petites taches d’un verd foncé, lesquelles forment deux bandes irrégulières qui s’étendent depuis les pattes de devant

jusqu’à l'extrémité de l'abdomen.

Vue) 5 Mai.

On commence à voir quelque trace obscure de ses yeux. Sur les deux branchies, qui sont plus longues que les autres, on aperçoit déjà les rudiments de deux feuilles. L’embryon change très-souvent de position avec une rapidité surprenante. Il paroil très-cêné dans cette petite cellule; il voudroit s'étendre en ligne droite et par conséquent il exerce continuellement une forte pression contre les paroïs internes de son enveloppe. La membrane qui forme le bord supérieur de sa queue s’étend en di-

minuant jusqu'aux épaules.

Fre. 6 Max.

Jeune salamandre, de sa grandeur naturelle, à peine sortie de son enveloppe, vue en dessus. L’embryon, en grandissant, pousse toujours en dehors son enveloppe et la dilate; mais cette dilatation a des bornes, il faut donc qu'elle se déchire ; le petit animal la déchire en effet et s’en dégage. C’est dans ce moment que ses deux crochets lui sont nécessaires: si on le touche légèrement, il fait des mouvements latéraux avec son tronc et avec sa queue; il nage par ce moyen, mais sa manière de nager est bien différente de celle qu’on lui voit par la suite; actuellement on diroit que ses mouvements sont purement automatiques ; il heurte tantôt contre une feuille, tantôt contre les parois du vase, et dès qu’il se heurte contre quelque corps, il sy attache et s’y tient suspendu au moyen de ses deux crochets, dont l’extrémité

est couverte d’une matière visqueuse: on croiroit que la jeune

salamandre dort toujours après être sortie de son enveloppe, car si l’on donne de légères secousses au vase pendant qu’elle se tient suspendue à ses parois, son corps fait des oscillations en secondant les mouvements de l’eau, tout comme feroit dans un pareil cas un autre corps quelconque privé de vie; elle passe des heures entières sans se remuer ; ensuite, sans une cause externe évidente, elle se réveille, fait encore des mouvements latéraux avec sa queue, elle nage à sa manière, et se raccrochant de nouveau à quelque autre feuille, elle continue à dormir ou à se tenir dans un repos absolu pendant une demi-journée et même plus. Si pendant qu'elle fait ses mouvements latéraux, qui ne durent pas plus de deux ou trois secondes, elle ne rencontre aucun corps auquel elle puisse se raccrocher, elle tombe alors au fond de l’eau où elle se tient en repos, tantôt couchée sur ses flancs, tantôt sur son ventre. Ses yeux sont à peine ébauchés, ils forment sur les côtés de la tête, et principalement en dessous, deux proéminences; sa bouche aussi est à peine tracée, de sorte qu'il faut bien de l'attention de la part de lobservateur pour la reconnoitre; elle est indiquée seulement par un sillon transversal très-léser, situé au-dessous de la tête, entre les deux proéminences formées par les globes des yeux, et au milieu de Pespace qu'il y a entre le bord antérieur de la tête et l’origine du cor ; enfin la vie de la jeune salamandre à cette époque est purement organique. Ses pattes de devant, qui ont la forme de deux mamelons, commencent à s'éloigner des branchies; celles-ci peu à peu se revétent de petites feuilles.

a La méme salamandre, vue en dessous et au microscope. — bb Les deux proéminences formées par les globes des yeux au

milieu desquelles on voit le petit sillon qui par la suite devient la bouche du petit animal. — c Le crochet du côté droit. —d Les branchies du même côté. — e Le rudiment de la patte de devant du même côté. —F La méme salamandre, vue de profil et au mi-

croscope. — g La même, vue en dessus.

Fre. 18 Mai.

La même salamandre, de sa grandeur naturelle, vue en dessus. Cette figure présente les changements qu’a éprouvé à l'extérieur le jeune tétard, pendant l’espace de douze jours, après être sorti de son enveloppe. Ses pattes de devant, qui ressembloient à deux mamelons, se sont allongées; puis, en se divisant à leur extrémité, ont revêtu la forme d’une dent bicuspide dont les deux tubercules, en s’allongeant à leur tour, se changèrent ensuite en deux doigts. Les yeux, qui étoient à peine ébauchés et couverts par une membrane, se sont peu à peu dévoilés; la pupille parut d’un beau noir, et liris d’un blanc argenté tacheté de plusieurs couleurs; la couleur jaune, qui ornoit Le dessus de la petite salamandre, s’est changée en une couleur verte; les branchies, qui présentoient seulement les premiers rudiments des feuilles, se sont revêtues de petites feuilles, dans lesquelles circule un sang rouge. Le sillon transversal qui étoit situé entre les deux proéminences formées par les deux globes des yeux, s’est approché du bord antérieur de la tête, s’est élargi, et en se courbant a formé une bouche très-large, dont les extrémités s'étendent sur les côtés de la tête jusque sous les yeux. La tête, qui étoit très-étroite en arrière,

s’est élargie notablement vers l’origine des branchies; les deux

+ crochets se sont raccourcis peu à peu, etont presque entièrement disparu. Enfin le corps, qui étoit très-opaque, est devenu peu à peu diaphane au point que lobservateur, sans attenter à la vie du petit animal, peut voir les dilatations de son cœur ainsi que de son oreillette, et peut examiner au travers des parois de la cavité abdominale la forme et la position des viscères qui y sont renfermés. Mais ces changements ne sont pas les seuls qui se sont opérés pendant cet espace de temps; il s’en est fait bien d’autres à l’intérieur, qui ont produit dans le petit animal les instincts et les mœurs qui sont propres à son espèce. La jeune salamandre, qui, après avoir déchiré son enveloppe, se tenoit suspendue au moyen de ses crochets aux parois du vase et paroissoit dormir, nous montre actuellement les habitudes qu’elle conserve pendant toute sa vie ; elle aime à se tenir près de la surface de l’eau, elle se cache sous les feuilles quand on secoue le vase, nage avec une vitesse surprenante, et, quand elle se tient tranquille près de la surface de l’eau, si quelque petit insecte aquatique passe devant elle, aussitôt elle dresse vers lui son museau , elle le poursuit lentement, et dès qu'il est à sa portée elle s’élance sur lui comme un trait et l’avale. En un mot , la jeune salamandre , qui avoit joui seulement d’une vie purement organique, jouit à présent de la vie de relation, c’està-dire de la vie animale.

Plusieurs questions se présenteront ici vraisemblablement à l'esprit du lecteur. Comment le petit embryon s'est-il nourri pendant qu’il étoit dans son enveloppe? S’est-il nourri de la matière glaireuse dont il étoit environné? Comment s'est-il nourri après

avoir déchiré son enveloppe? Avoit-il un cordon ombilical dans

À5 les premiers moments de son évolution, ou bien l'oeuf de la salamandre seroit-il lanimal lui-même, sous une forme un peu différente de celle qu’il revêt après la fécondation ? Quant à cette dernière question, je répondrai que j’adhère entièrement à l’opinion de Spallanzani; et quant aux autres, je me limiterai à l’exposition des faits que jai observés et qui se rapportent à ces questions: le lecteur en jugera à son gré.

Afin de voir les changements qui se seroient opérés à l’extérieur et en même temps ceux qui se seroient faits à l’intérieur dans les diverses époques du développement du tétard, j'ai fait recueillir dans le même jour plusieurs oeufs de la salamandre à queue plate, qui pour la plus grande partie avoient été pondus sous mes yeux; ensuite j'ai séparé ces oeufs dans deux vases : dans l’un, j'ai mis ceux qui devoient me montrer les changements

-externes; dans l’autre, ceux que je comptois sacrifier pour voir les changements internes et même pour faire quelque expérience; parmi ces derniers j’ai placé aussi des oeufs de la petite salamandre, dans la vue de faire des comparaisons. Lorsque Pembryon, qui étoit pour moi le type des changements externes, eut atteint le degré de développement qui est indiqué par la Fe. 3 Mai, je tirai de l’autre vase un embryon qui étoit au même point de développement , et après l'avoir entièrement dégagé de son enveloppe au moyen de deux aiguilles très-fines que j’avois arrangées à cet effet, je le plaçai tout seul dans un autre vase où il n’y avoit pas de feuilles de persicaire. Pendant que je déchirois l’enveloppe, l'embryon se donna des mouvements, et changea deux ou trois fois de position; mais dès que je lPeus mis dans le vase, il tomba d’abord, ayant le corps étendu, au fond de l’eau, et ne

remua plus: trois heures après, je vis qu’il avoit changé de position et qu'il s’étoit tourné sur un autre flanc: en un mot, j’observai qu’il changea de temps à autre de position, tout comme faisoient les autres embryons qui étoient renfermés dans leur enveloppe, et qu'il continua à se développer comme eux sans présenter la différence.

À mesure que l'embryon grossit, son enveloppe se dépouille de la glu dont elle est enduite, se dilate, et s’amincitau point que, lorsque la salamandre éclôt, elle est réduite à une pellicule extrêmement déliée, qui s’affaisse aussitôt que la salamandre en est sortie. Pendant que l'enveloppe se dilate, l’eau dont elle est environnée passe au travers de ses parois comme par un filtre, de manière que lenveloppe, dans toutes les phases de l’évolution du germe, est toujours tendue et remplie d’une eau très-limpide. Je n’ai jamais vu la moindre apparence de cordon ombilical, ni aucune partie qui ait pu me faire soupçonner l'existence de ce cordon. En examinant l’évolution des germes de la salamandre de la petite espèce, qui, comme je l'ai dit ailleurs, ont une bande cireulaire d’un brun foncé, j'ai observé que cette bande est celle qui par la suite forme le dessus de lanimal, tandis que la partie du globule, qui est blanche, devient son abdomen, comme cela se voit dans les oeufs de la grenouille verte aquatique, qui, comme l’on sait, sont blancs d’un côté et bruns de l’autre. Ayant envie de saisir le moment où les viscères du bas-ventre commencent à paroître, j'ai examiné un embryon qui étoit près d’éclore, je l'ai ouvert longitudinaiement : mais mon oeil, quoique aidé d’une loupe, n’a pu y découvrir la moindre trace d'organisation; tout

Vanimal me parut formé d’une gelée uniforme : Jai répété cette

observation dans un autre embryon que J'ai coupé transversalement après lavoir laissé dans l'esprit de vin pendant un quart d'heure; mais, à l'exception des vertèbres, je n’ai aperçu dans sa coupe transversale, quoique examinée au microscope , aucune trace d'organisation : ayant ensuite continué cette recherche dans d’autres embryons qui étoient éclos, jai eu lieu de me convaincre que les organes de la digestion commencent à se former deux ou trois jours après que l’embryon est sorti de son enveloppe, et n’atteignent le degré de développement nécessaire à l’exercice de leurs fonctions que vers le dixième jour; en un mot, j'ai vu que ces organes se développent en même temps que la bouche se forme et que les deux crochets s’oblitèrent; mais à cette période ils sont bien loin d’être parvenus à leur entier développement; le lecteur pourra se convaincre de cette vérité en examinant le dessin annexé à la F6. 18 Mai, qui représente une jeune salamandre ouverte en dessous, douze jours après être sortie de son enveloppe, et vue au microscope. En examinant ce dessin, ilverra que le canal intestinal s'étend presque en ligne droite d’une extrémité de l'abdomen à l’autre, tandis que dans les salwmandres adultes, et même dans les téfards, quand ils sont près de leur métamorphose, ce canal forme trois ou quatre grands replis; il verra en outre que le foie et les poumons sont en proportion trespetits. En anatomisant cette jeune salamandre, je n’ai aperçu aucune trace des corps frangés, ni des reins, ni de la vessie de urine: j'ai remarqué cependant que les vertèbres et la mächoire inférieure étoient les seules parties de son squelette qui à cette époque

eussent déjà acquis une consistance cartilagineuse.

© Salamandre ouverte en dessous, douze jours après être sortie de son enveloppe, vue au microscope. — d Les arceaux des branchies du côté droit qui paroïssent par dessous la peau. — e Le foie. — f L’estomac. —g Le canal intestinal. — h Le poumon du côté gauche. —a La salamandre 18 Mai, vue en dessus et aw microscope. — b La méme, vue de profil.

rc. 28 Mai.

La mème salamandre, de sa grandeur naturelle, vue en dessus. C’est vers cette époque que les pattes de derrière commencent à paroître; les pattes de devant ont presque atteint leur entier développement, de sorte que, relativement au tronc qui est encore très-court, elles paroissent extrêmement longues. J’éviterai ici les détails minutieux relativement à cette figure, car la simple inspection de celle qui y est annexée présentera d’abord aux yeux du lecteur les changements qu’a subi la jeune salamandre dans l’espace de dix jours. J’observerai seulement : 1.” qu’à cette époque on commence à voir sur les deux côtés du tronc, à l’aide du microscope, deux lignes de petits points saillants ou de petites verrues, qui s'étendent depuis les aisselles jusque vers Pextrémité de l’abdomen ; 2.° que les parois de l’abdomen n’ont point de couleur à elles, mais qu’elles présentent les couleurs des insectes aquatiques dont la petite salamandre s’est nourrie ; 3.° que si le dessus,de cette salamandre est d’une couleur jaunâtre tandis que dix jours auparavant son dos étoit d’un vert clair, cela tient à des causes purement accidentelles, car les salamandres commen cent à changer de couleur dès qu’elles éclosent ; 4.” que les

LA

doigts qui sont en dedans sont les premiers qui poussent, tant aux pieds de derrière qu’à ceux de devant; 5.° que la pierre amylacée de l'organe de Pouie à cette époque est déjà formée; elle se voit au travers des os du crâne et de la peau qui couvre le dessus de la tête; 6.° qu’à cette époque, et même avant, elle commence à laisser échapper de l'air par sa bouche.

a La salamandre 28 mai, vue en dessus et au microscope.

Frc. 12 Juin.

La mème salamandre, vue en dessus. Les pattes de derrière ont presque atteint tout leur développement ; il leur manque encore cependant le cinquième doigt, c’est à dire le doigt externe. Les poumons dépassent à peine la moitié du trone : on peut les voir, sans porter préjudice à la vie de l’animal, au travers des parois abdominales. Les branchies, celles qui sont les plus longues, ont vingt feuilles à peuprès; elles n’en avoient que treize ou quatorze dix jours avant.

a La salamandre 12 juin, vue de profil.

Frc. 18 Juillet.

Le même tétard qui, étant parvenu à sa maturité, est sur le point de prendre la vraie forme de salamandre; on l’a représenté dans le moment qu’il guette de très-près un petit limaçon pour s'assurer s’il est vivant, car les *alamandres, ainsi que les grenouilles, ne fondent jamais sur leur proie qu'après lavoir vue remuer et donner des signes de vie. Le 18 juillet les branchies

de ce tétard me parurent un peu moins longues que le jour précédent; j’ai donc soupçonné qu’il étoit prêt à passer à l’état de salamandre , et dans cette idée j’en ai fait aussitôt le dessin. Le lendemain J'ai trouvé que mes soupçons s’étoient avérés, car les feuilles qui formoient l'extrémité de chaque branchie s’étoient déjà oblitérées et le pédicule de chacune s’étoit accourci sensiblement. Le raccourcissement et loblitération des feuilles et du pédicule a toujours continué, de sorte qu’au bout de cinq jours les branchies, qui paroient agréablement le tétard, et dans lesquelles on pouvoit voir très-aisément la circulation du sang, étoient réduites à de simples mamelons, revètus d’une peau qui étoit une continuation de celle de Ia tête. Pendant que ce changement s’opéroit dans les houppes frangées, le repli de la peau qui, formant sous la tête du tétard une espèce d’opercule, couvroit en partie ses ouvertures branchiales, alloit peu à peu se coller à la poitrine ; les crêtes membraneuses tranchantes, que les arceaux portent en dehors, s’oblitéroient; les ouvertures des ouiïes, pour donner issue à Peau de la bouche, se rétrécissoient chaque jour davantage; la crête membraneuse de la queue, qui en diminuant s'étend le long du dos jusque très-près de la tête, se rétrécissoit aussi. Mais ces changements n’étoient pas les seuls, le tétard en éprouvoit en même temps d’autres à Pintérieur. Jexposerai ces derniers changements dans lexplication des planches suivantes ; en attendant, pour compléter le tableau du développement de la jeune salamandre, j’observerai, qu'ayant toujours continué à anatomiser les *étards qui étoient sortis de leur enveloppe à peu près en même temps que celui dont je donne ici la

figure, et qui a été pour moi le type des changements extérieurs,

e DJ!

j'ai trouvé vers la fin de juin que les deux maächoires, sur-tout l’'inférieure , étoient bien ossifiées, et les dents de cette dernière éloient tellement robustes que, lorsque je passois dessus avec la pointe d’une aiguille, en allant du dedans en dehors, elles offroient à l’aiguille une résistance beaucoup plus grande qu’on ne lauroit imaginé; de manière que, si à cette époque l’on devoit ranger les différentes pièces qui composent le squelette du tétard d’après leur dureté, la mâchoire inférieure seroit la première , ensuite viendroit la supérieure , les os du crâne, les vertèbres, celles qui sont le plus près de la tête, ensuite les os des quatre membres. C’est à peu près à cette période que l’on aperçoit les rudiments des appendices graisseuses. Enfin le germe de la salamandre, qui avoit été pondu le 23 avril sous la forme d’un petit globule, n’avoit plus le 27 juillet la moindre trace ni des branchies, ni des fentes branchiales ; il respiroit l'air atmosphérique, et faisoit les plus grands efforts pour sortir du vase où il s’étoit développé; en un mot, il avoit revêtu les formes qui sont propres à son

espèce (*).

Ke. 1.7

OEuf de la petite salamandre ( salamandra exigua Lau.) de sa grandeur naturelle. Ces œufs se distinguent très-aisément de

(*) Ceux de mes lecteurs qui désireraient voir les autres phases par lesquelles passe le tétard de la salamandre à que 1e plate, avant d'arriver à l’époque de sa métamorphose, pourront examiner la planche qui est annexée à mon Mémoire Sopra gli organt della circoluzione delle larve delle salamandre acquatiche.

ceux de la salamandre à queue plate, non seulement par rapport à leur petitesse, mais aussi par la raison, comme je l’ai dit ailleurs, qu’ils ont une bande circulaire d’un brun foncé, laquelle ne partage pas le petit globule en deux hémisphères, mais s’étend un peu plus d’un côté que de Pautre. L’hémisphère sur lequel s’étend cette bande circulaire ne ressemble pas mal à l'iris d’un œilcataracteux. De quelque côté qu’on tourne l’enveloppe, le petit globule présente toujours en dessus l'hémisphère qui est occupé par la bande circulaire. Dès que l’évolution du germe commence, cette bande s’ouvre d’un côté, et représente alors une ligne très-courbée, laquelle se déploie peu à peu; à mesure que Pembryon se développe, une des extrémités de cette bande devient ensuite la tête, et l’autre la queue de la salamandre ; en un mot, si l’on suit bien de près l’évolution du germe, l’on voit que la partie du globule qui est d’un brun foncé, est celle qui par la suite forme le dessus du petit tétard , et que la partie qui est blanche, est celle qui forme son abdomen, de manière que, d’après cette observation, il résulte que, même dans le germe, le dos est moins pesant que l'abdomen.

a Le même œuf, vw au microscope: la ligne quiest en dehors

indique la glu dont l'enveloppe est enduite.

Fre: Il.

L’embryon à peine sorti de son enveloppe, de sa grandeur naturelle, vu de profil. Il se tient suspendu au moyen d’un de

ses crochets à une feuille de persicaire.

a Le méme embryon, vu au microscope. Les deux bandes d’un brun foncé, qu'il présente, étoient celles qui, étant réunies aux deux autres du côtéopposé, formoient la bande circulaire du petit globule.

Fe. TH.

Le mème tétard, vu de profil, de sa grandeur naturelle, près de sa métamorphose. Jai cru inutile de présenter au lecteur les phases intermédiaires du développement de ce tétard, car elles moffrent rien de particulier. J’observerai seulement qu’il faut beaucoup plus d'attention pour faire développer les embryons dela salamandre à queue plate, que ceux de la petitesalamandre. Durant le cours de mes observations, pas un seul de ces derniers n’est mort pendant l’évolution du germe; au reste le développement des tétards, soit de la salamandre à queue plate, soit de la petite salamandre, s'effectue, dans notre climat au moins, dans l’espace de trois mois à peu près.

Prancues IV.

Hrc: JT

Tête du squelette d’une salamandre à queue plate, vue en dessus, de sa grandeur naturelle. Les os des salamandres, ainsi que des grenouilles, même ceux des individus d’un âge très-avancé, se rapetissent toujours plus ou moins par la dessication : c’est par

cette raison que cette tête paroît petite en comparaison de ce

qu’elle devroit étre : au reste elle appartenoit à une salamandre femelle, la plus grande peut-être qu'il y eût parmi toutes celles que j'ai pu me procurer.

Pre. IT.

La même, vue en dessus, quatre-vingt-quatorze fois plus grande que nature; les sutures n’y sont plus visibles ; l’os pariétal , le frontal, les nasaux, les maxillaires, sont tous soudés ensemble. Cependant on voit encore, sous les narines, quelque légère trace de suture, de manière que le maxillaire, dans sa partie antérieure, est encore distinct. On voit au milieu des fosses temporales une apophyse très-longue, qui descend obliquement en avant: je la désignerai par le nom d’apophyse post-orbitaire, eu égard à sa position, sans prétendre cependant que cette dénomination soit juste. Cette apophyse donne attache à un tendon très-robuste, qui, en s’insérant à la face interne de l’arcade zygomatique, termine en arrière le cadre de l'orbite.

a Prolongement de l’os temporal pour l'articulation de la mächoire inférieure. —b Apophyse post-orbitaire. —c Tendon qui s’insère à la face interne de l’arcade zygomatique.

Pre. II.

La même, vue en dessous. Dans celle-ci, on voit les deux fenètres ovales, auxquelles on a enlevé la plaque cartilagineuse dont chacune d’elles étoit fermée; les os palatins, qui ont été com-

parés par M. Cuvier à deux secteurs de cercle, sont très-distincts

des os maxillaires et inter-maxillaires; les premiers présentent, le long deleurs bords internes, des petites dentelures qui ont donné lieu à lerreut que les salamandres eussent des dents palatines;

les dents de ces reptiles sont implantées chacune dans un alvéole. Fre. IV.

Tête d’un tétard de la salamandre à queue plate, qui, d’après toutes les apparences, m’étoit pas loin de l’époque de sa métamorphose : elle a été assujettie à la même échelle que la précédente, en conséquence elle paroîtra plus grande que la tête d’un tétard ne devroit être ; mais je dois observer que je lai copiée pendant que toutes les parties, dont elle se compose, avoient encore toute leur humidité naturelle ; sans cette précaution, il m’eut été impossible de la figurer, vu que les os du cräne du tétard, n'étant pas parfaitement ossifiés, se racornissent et perdent leur forme par la dessication. Les os nasaux et les maxillaires sont encore dans un état rudimentaire, les inter-maxillaires sont déjà soudés ensemble, ils se prolongent en arrière sur les frontaux sans y adhérer; ceux-ci portent chacun, le long de leur côté externe, une plaque oblongue cartilagineuse , laquelle s'attache en arrière à l’apophyse post-orbitaire , et s’appuie en avant au bord postérieur ct inférieur de l’inter-maxillaire du même côté. Ces deux plaques cartilagineuses, qui en dessous sont garnies de petites pointes coniques, remplissent provisoirement les fonctions des os maxillaires, et par cette raison je les désignerai par le nom d’os maxillaires temporels.

aa Apophyse post-orbitaire. —bb Les os inter-mazxillaires temporels. — c L’os nasal rudimentaire du côté droit.—d Le maxillaire rudimentaire du côté gauche. — ee Les orifices antérieurs

des narines, —f Les os inter-maxillaires soudés ensemble. Fre. V.

La même, vue en dessous. Cette figure présente les pointes coniques dont les os maxillaires temporels sont garnis dans leurs parties moyennes et antérieures. Au milieu de ces os, on voit un sillon transversal, en sorte qu’au premier coup d'oeil, on croiroit que chacun d’eux est formé de deux pièces, ce qui n’est cependant pas. Quand on examine comparativement cette figure avec la Fre. IIT, on aperçoit d’abord que les différences les plus remarquables qu’il y a entre la tête du tétard et celle de la salamandre, consistent en ce que dans la première les os palatins manquent tout-à-fait et que les narines, au lieu de pénétrer dans la bouche, s’ouvrent sur le côté du museau; de manière qu’en faisant cette comparaison, l’on devine facilement que pour transformer la tête du tétard en celle de la salamandre, il ne faut seulement que changer les os maxillaires temporels en os palatins, et faire développer les maxillaires rudimentaires, afin de compléter le tour osseux de la mâchoire supérieure, et par-lärenfermer dans la cavité de la bouche les orifices postérieurs des narines. Ayant anatomisé successivement plusieurs tétards, pendant qu’ils passoient à l’état adulte, j'ai vu en effet les os maxillaires temporels se détacher peu à peu des apophyses post-orbitaires, devenir grèles dans leur partie postérieure, s’allonger en arrière sur la

voute du palais, s’élargir en avant, en suivant les bords postérieurs des vrais maxillaires; en un mot, j'ai vu les maxillaires temporels se changer en os palatins en même temps que les maxillaires rudimentaires, en se développant, s’allongeoient sur les côtés de la tête. Pendant que je suivois ces changements, j'ai observé que les tétards, se trouvant à sec, peuvent dilater leur gorge, quoique imparfaitement, et avaler l'air atmosphérique dès que les os maxillaires ont à peine dépassé les orifices postérieurs des narines : c’est à dire, à peu près deux jours avant Poblitération totale de leurs branchies; de manière que si à cette période ils sont longtemps hors de l'eau, ils ne meurent pas pour cela, pourvu qu’on ait la précaution de les garder dans un endroit humide.

J'ai observé ce fait plusieurs fois, et j'en ai fait n ention dans ma description anatomique du protée anguin, où, en m'appuyant à cette observation et à bien d’autres, j’ai täché de prouver que la sirène lacertine est un animal imparfait. Je ne m’arrêterai donc pas davantage sur ce sujet, car j'en ai déjà dit assez pour ceux qui veulent me comprendre; je ferai seulement observer ici que si M. Cuvier, quand il se proposa d’éclaircir la question touchant la sirène lacertine, eût examiné comparativement l’ostéologie de cette grande larve avec celle des tétards de nos salamandres , pendant le temps où ils passent à l’état adulte, il n'eut jamais dit, je pense, que la sirène lacertine respire à la fois, pendant toute sa vie, l’air élastique en nature et celui que contient l’eau , ou du moins il auroit senti la nécessité de nous faire voir le mécanisme particulier au moyen duquel ce reptile peut dilater sa gorge, malgré l'embarras de son appareil osseux des branchies, et qu’il peut y faire entrer l’air et l’avaler, malgré

que ses narines, comme il nous le dit, soient simplement creusées sur les côtés du museau et ne pénètrent point dans la bouche, car tant que ce mécanisme nous sera inconnu, tant que les naturalistes verront une parfaite analogie entre la sirène et les tétards de nos salamandres, sous le triple rapport de l’appareil osseux qui supporte les branchies, de la conformation des narines et des organes de la circulation, tant qu’ils verront que, dans tous les reptiles qui respirent l'air en nature, les orifices postérieurs des narines pénètrent dans la bouche, je crois qu’ils ne seront guère portés à admettre opinion de ce grand écrivain ; et cela d'autant plus que, dans Pétat actuel de nos connoiïssances physiologiques, on a bien de la peine à concevoir comment le sang qui a respiré dans les branchies puisse respirer de nouveau dans les poumons. Revenons à notre sujet principal. Les changements que je viens d'exposer ne sont pas les seuls; il s’en opère d’autres qui regardent l'appareil osseux des branchies. Pour donner une idée de ces changements, j’aurois du ajouter à cette planche des figures qui représentassent cet appareil, et los hyoïde des salamandres adultes; mais comme j'ai figuré ces parties dans la plan che qui est annexée à mon Mémoire sur les tétards des salamandres, et dans celles dema description anatomique du protée anguin, ainsi, en parlant des changements qui se font dans l’apparcil branchial, je me reporterai à ces planches.

Les branches hyoïdes, qui, dans les fétards ainsi que dans les salamandres adultes, sont suspendues aux côtés du temporal, ne subissent aucun changement ; il se forme seulement à l’extrémité extérieure de chacune, au moment de la métamorphose, une

plaque cartilagineuse, à peu près de la forme d’un triangle,

=) dont le sommet est dirigé en avant vers la symphyse de la machoire inférieure. Le premier arceau de chaque côté, qui est le plus gros, se durcit et devient osseux ; les dentelures, dont son bord interne est armé, s’effacent pendant que les trois autres deviennent mous, se rapetissent et disparoissent entièrement. Les quatre pièces divergentes que Phyoïde porte en arrière, et qui servent à l'articulation des arceaux, ne disparoissent point au moment de la métamorphose, mais les deux du milieu, dès que les six arceaux, trois de chaque côté, ont été absorbés, se courbent de dedans en dehors, et avec leur extrémité postérieure vont se joindre au premier arceau qui est devenu la corne postérieure de los hyoïde. Aussitôt que ce changement s’est opéré, le petit osselet qui est placé dans la ligne du milieu, au devant et très-près du cœur, disparoit aussi. La disparition de ce petit osselet est ce qui accomplit la métamorphose (”). Voilà les changements qui ont lieu dans appareil qui supporte les branchies. Quant aux viscères, ils ne subissent aucun changement; aussiles instincts et les gouts du tétard sont les mêmes

que ceux de la salamandre adulte.

Frc. VI.

Tête de la salamandre à queue plate, vue de profil. Ce dessin a été assujetti à la même échelle que les deux autres, Fre. II et

LIT, qui représentent la même tête vue en dessus et en dessous.

(*) Dans la planche annexée à mon Mémoire sur les organes de la circulation des iétards des salamandres, où j'ai figuré l'appareil branchial,ce petit osselet manque, par la raison qu’à cette époque il m’étoit inconnu ; je ñe l'ai aperçu que depuis.

a Pédicule du temporal pour l'articulation de la mâchoire inférieure. — b Apophyse post-orbitaire. — ce Trou optique. — d Suture qui sépare l'os maxillaire de l’inter-maxillaire.

Fre'VIT.

Tétard de la salamandre à queue plate, de sa grandeur naturelle, ouvert en dessous. Cette figure présente tous les viscères dans leur position naturelle, à l'exception du poumon gauche qui a été tiré de dessous le paquet des intestins, afin de donner une idée de sa longueur relative. IL est bon de comparer cette figure avec celle qui est annexée à la Fre. 18 Mai, Pran. III.

a L’extrémité du poumon gauche, rempli d'air. — b Les appendices graisseuses du côté droit. — c Le paquet des intestins.

— d Le foie.

Fre: VIT.

Salamandre mâle, de sa grandeur naturelle, ouverte en dessous. L'appareil des viscères a été tiré vers le côté gauche, afin de mettre à découvert le canal déférent et le testicule du côté droit; ee dernier étant lié au poumon par une expansion du péritoine, a suivi l'appareil des viscères. En présentant ici cette figure , j'ai pour but de faire connoître la marche du canal déférent, son embouchure dans l'intestin droit, et les deux masses glanduleuses placées devant le pubis au dessous de la vessie de l'urine. Les testicules des salamandres aquatiques, comme

je l'ai dit ailleurs, éprouvent des changements suivant l'age; ils

Gr sont formés d’abord d’un seul lobe, puis de deux, et méme de trois : ces lobes sont blancs, sphériques et placés l’un devant l’autre ; mais si on les observe dans la saison des amours, on voit à leur face antérieure une grosse proéminence d’une couleur rougeâtre, qui donne à chaque lobe la forme à peu près d’une poire ; c’est de cette proéminence, que je regarde comme lPépididyme , que naît, par plusieurs racines, le canal déférent. Dans ma description anatomique du protée anguin, en parlant des deux masses glanduleuses qu'on trouve au devant du pubis dans le mâle de la salamandre, j'ai dit, que je soupçonnois qu’elles appartenoient à l’appareil de la génération, vu qu’au printemps elles sont plus grosses qu'à aucune autre époque de lannée, et parce qu’en les coupant transversalement elles laissent échapper une humeur blanche, Je répète donc ici la même chose, car ces deux masses glanduleuses, loin d’être les épididymes, n’ont rien de commun ni aveg le testicule, ni avec le canal déférent. Ayant injecté ce dernier et poussé le mercure vers l’anus avec la tête d’une grosse épingle, j'ai vu le mercure passer dans l’intestin droit précisément à lendroit où dans les salamandres femelles se terminent les oviductus, et où, tant dans les mâles que dans les femelles, aboutissent les uretères; ayant ensuite poussé le mercure en sens contraire, et par ce moyen chassé en arrière la laite très-épaisse dont le canal déférent étoit gorgé, j'ai vu biendistinctement l’origine de ce canal, de manière que par ce procédé, eë par la précaution que j'ai prise de faire cette recherche dans un individu , choisi pendant qu’il étoit prèt à frapper de sa queue sa femelle, j'ai pu, pour la première fois, déméler le canal

déférent d'avec les uretères, ce qui ne nravoit jamais réussi

auparavant. Je dois par conséquent relever ici une légère faute qui se trouve dans ma description anatomique du protée anguin. Il y est dit que les uretères, dans le mäle de la salamandre, font des circonvolutions au devant des reins, ce qui est absolument faux; dans les mâles de ces reptiles, au lieu des uretères, on voit une série de canaux urinaires, qui naissent du rein le long de son bord externe; ces canaux se réunissent au moment d'entrer dans l'intestin droit, où ils se terminent par un orifice commun. Dans les salamandres femelles, les canaux urinaires, en sortant du rein, aboutissent successivement dans un canal commun, l’uretère, qui borde le côté externe du rein. Certains auteurs ont cru que l’uretère du mâle servoit à porter le sperme et l’urine dans le cloaque , mais personne , que je sache, n’a jamais soupconné que ces différences dans les uretères dussent en porter dans les urines. Avant de terminer l’explication de cette figure, je dois faire remarquer que les poumons des salamandres adultes dépassent à peine la moitié du tronc, tandis que dans leurs té£ards qui ont déjà atteint une taille médiocre, les poumons arrivent jusqu'à l'extrémité postérieure de la cavité abdominale. Dans toutes les larves des batraciens , comme nous le verrons par la suite, et dans la sirène lacertine, d’après ce que M. Cuvier nous en dit, les poumons sont si longs que dès qu’ils sont arrivés à l'extrémité postérieure de l'abdomen ils se replient même alors en avant. Cette circonstance seule n’auroit-elle pas dû faire soupçonner que les poumons de la sirène lacertine sont inactifs comme ceux des autres tétards ?

a Le foie. —b L'estomac, auquel est attachée la rate. — ce Les

deux proéminences, que je regarde comme lesépididymes des deux

lobes dont le testicule droit est formé. —d Le canal déférent. — e L’extrémité du poumon droit.—f Les intestins grêles.—g L’intestin droit qui a été coupé. —h Les appendices graisseuses — ü Les canaux urinaires ; ceux du côté gauche sont dans leur position naturelle, ceux du côté opposé ont élé renversés. — m Le rectum ouvert longitudinalement : au milieu on voit une petite fente qui est l'embouchure commune des canaux urinaires et descanaux déférents.—n Les extrémités antérieuresdes deux reins. — 00 Les deux masses glanduleuses dont les conduits excréteurs se terminent au bord de l'anus. Ces deux masses glanduleuses aurotent-elles quelque analogie avec la prostate ?

PLANCHE UV.

Fret.

Tête d’un embryon de la salamandre à queue plate, vue par dessus. L’embryon, dont on 1 figuré iei la tête, est celui que présente la Fre.5 Mai. Il à été réduit sur une échelle très-grande, afin de donner une idée de la circulation, telle qu’elle se fait à cette époque dans les rudiments des branchies. Ayant vu que l’oblitération des houppes branchiales s'opère d’une manière semblable, mais en sens contraire à celle de leur développement, ou, pour dire la même chose en d’autres mots, ayant vu que la nature , pour opérer loblitération des branchies, retourne sur ses pas, j'ai cru que, pour donner une idée bien claire des changements qui se font dans la circulation du tétard quand il passe

à l’état parfait, il étoit absolument nécessaire de faire connoître

avant tout, l’ordre du développement de ses branchies , car.dès que cet ordre sera connu, le lecteur pourra comprendre trèsaisément comment les organes circulatoires du tétard se changent en ceux de la salamandre adulte. Les six vaisseaux, trois de chaque côté, destinés à produire les branchies, forment d’abord chacun une anse en dehors, laquelle s’allonge suecessivement sur le côté de la tête; la partie de cette anse, qui est en dessous, est l’artère branchiale qui vient directement du cœur, celle qui est en dessus, est la veine qui, rentrant dans latête parune direction contraire à celle de l’artère, va s'unir aux autres veines branchiales, pour former l'aorte descendante. La peau qui couvre la tête de Pembryon s'étend en dehors et enveloppe cette anse à mesure qu’elle s’allonge, de facon qu’il en résulte une tige, qui est le pédicule rudimentaire de la branchie. Aussitôt que la petite salamandre déchire son enveloppe, et quelquefois même avant, l'artère branchiale commence à donner deux rameaux, un de chaque côté, qui, en se repliant en dessus, vont se joindre à la veine branchiale dans laquelle ïls débouchent, formant ainsi à leur tour deux petites anses pareilles à celle dont ils ont tiré leur origine. La peau, qui enveloppe l’anse primordiale, se continue aussi sur ces petites anses, de manière que la tige, qui peu avant éloit lisse, se trouve avoir à présent deux feuilles. L’anse primordiale en attendant s’allonge de jour en jour, et, à mesure que son allongement se fait, l’artère branchiale donne des rameaux qui, se repliant en dessus comme les premiers, forment de nouvelles anses et par-là de nouvelles feuilles. Les feuilles ainsi formées ne suffiroient pas pour constituer un organe destiné à la décarboni-

sation du sang, il en faut un nombre beaucoup plus grand: en

effet on les voit bientôt se multiplier. Dès que la tige s’est revètue de feuilles, que je désignerai par le nom de feuilles primitives, les rameaux de l’artère branchiale, dont chacune d’elles est formée, donnent à leur tour des petites branches latérales, qui, se repliant en dessus, se terminent, non pas dans la veine branchiale qui fait son chemin le long de la tige, mais dans les veines qui constituent les bords supérieurs des feuilles primiüves. Voilà l’ordre du développement des branchies du tétard: il est inutile de dire ici que les feuilles, en s’allongeant par la suite, prennent chacune la forme d’une dent de peigne et que les dernières ramifications des artères, ainsi que les origines des veines, se trouvent à l’extrémité de chaque feuille; c’est ce que l’on peut voir facilement à l’aide du microscope sur l’animal vivant. J’observerai seulement que, malgré toute l’attention que j'ai portée dans mes recherches, je nai jamais pu, ni à l’aide du microscope, ni par le moyen des injections, découvrir des petits rameaux sur la surface des feuilles, comme j'en ai vu au moyen des injections sur celles du protée anguin. Je crois cependant que les rameaux, qui passent d’un bord à l’autre de la feuille, existent, car, dans les organes de la respiration, la nature porte la division des vaisseaux à une finesse extrême.

a Crochet du côté gauche. — b Branchie du méme côté, la plus grosse des trois; on voit dedans l’anse primordiale. — c L’artère branchiale. — d La veine. — ee Les rudiments des pattes de devant. : ù

66 2 Frc. IT.

La même branchie, vue en dessus: elle a été copiée dix jours après que le tétard étoit sorti de son enveloppe.

a Artère branchiale.—b Veine branchiale. — dd Artères des feuilles primitives. — cc Veines des feuilles primitives. — e Extrémité de l’anse primordiale. |

Fre. IIT.

La même branchie qui s’est revêtue de huit feuilles, quatre de chaque côté; elle a été copiée trois jours après que la petite sa- Llamandre a été éclose.

Fre. IV.

Tête d’un tétard de la salamandre à queue plate, vue en dessus. Ce tétard avoit atteint tout son développement et ne paroissoit pas loin de l’époque de sa métamorphose. Cette figure présente r.° les trois vaisseaux du côté gauche qui vont former les branchies, 2.° l'artère pulmonaire du même côté, 3.° les veines branchiales, qui, après avoir envoyé quelques branches à la tète et à Pépine, se réunissent avec celles du côté opposé pour former laorte descendante, 4.° la branchie du côté droit, laquelle des trois est la plus grosse.

a Lecoeur.—b Le tronc commundes artères, qui se divise bientôt en trois branches. — c Les quatre branches du côté gauche, dont les trois premières vont former les trois branchies du même côté:

je Les nomme artères branchiales eu égard à leur marche et non à

la qualité du sang qu’elles charient; la quatrième branche gagne le poumon et constitue l'artère pulmonaire. — dd Les artères et les veines branchiales de la première et seconde branchies, qui ont été coupées: elles formoient deux anses, plus petites cependant, mais semblables à celles qu'on voit le long de la tige de la troisième branchie qui est intacte. — e Anse primordiale de la troisième branchie; elle est devenue une fois aussi longue que la téte du veine branchiale le sang provenant des venules qui constituent les bords supérieurs et externes des feuilles. — 000 Ramifications des artères branchiales , lesquelles détournent une partie du sang qui étoit dirigé pour les branchies, et le portent directement dans les veines branchiales peu avant qu’elles se réunissent pour former l'aorte descendante: ces ramifications, qui naïssent des artères branchiales pendant qu’elles font leur chemin le long des bords convexes des arceaux, donnent origine à deux artérioles, lesquelles vont aux muscles de l'os hyoide et se consument dans l’appareilbranchial,ensortequ’une partie dusangquiest détourné par cesramifications, se répand dans latéte, et l'autre passe directement dans l'aorte. Le lecteur doit noter l’origine de ces artérioles, car elle nous fait connottre jusqu’à quel point les anses, formées par Les artères et Les veines branchiales, se raccourcissent au moment de la métamorphose. — nn Artérioles qui vont aux muscles de l’os hyoïde , et se consument dans l'appareil branchial. Afin que le lecteur puisse les voir facilement, j'ai fait enluminer leurs troncs ainsi que leurs racines avec une couleur plus claire que celle des artères d’où elles prennent naissance; on peut voir très-aisément la circulation dans les ramifications qui naissent de la première ar-

tère branchiale sans exposer la vie de l’animal , pourvu qu'on

s’y prenne de la manière que j'a indiquée dans mon Mémoire sur les organes circulatoires des tétards.—x Réunion de la veine branchiale médiane avec celle quirapporte lesang qui s’est décarbonisé dans la troisième branchie. — m Carotide externe : elle donne, avant d'entrer dans la cavité du crâne, deux branches; la première, marquée par la lettre À, va s'ouvrir dans le tronc qui résulte de la réunion des veines branchiales, et La seconde va à l’articulation de la mâchoire inférieure. — s Artère pulmonaire. Cette artère, aussitôt qu'elle a gagné le côté externe du poumon, jette la branche indiquée par la lettre t, laquelle détourne une partie du sang qui étoit dirigé pour ce viscère, et le conduit dans le tronc qui résulte de la réunion des veines branchiales médiane et troisième, en sorte que le sang, qu’elle détourne, wa circuler directement dans l'aorte descendante. M. Cuvier, n'ayant pas vu dans La sirène lacertine l'artère qui fait son chemin le long du quatrième arceau, a pris cette branche anastomatique pour lorigine de l'artère pulmonaire, et crut par-là voir une parfaite analogie, sous le rapport des organes de la circulation, entre la sirène et le protée. — Ÿ Artère temporale. — hh Artères axillaires. — x Ouverture par laquelle l'oreillette comunique avec le ventricule. —

y Aorte descendante.

Fre. V.

Tête d’un tétard de la salamandre à queue plate, vingt-sept fois plus grande que nature. Le tétard étoit alors au dernier moment de sa métamorphose ; aussi ses branchies avoient perdu entièrement toutes leurs feuilles, etles tiges elles-mêmes étoient tellement

courtes, qu’elles ressembloient à trois petits mamelons situésun peu

Ge ÿ au dessus de la tête; en un mot, ses branchies, sauf les proportions, étoient réduites au point où elles étoient deux mois et demi avant, c'est-à-dire, lorsque le tétard étoit encore dans son enveloppe.

a Reste du pédicule de la troisième branchie, ouvert longitudinalement. — b Artère branchiale. — c Veine branchiale, dans laquelle aboutissent les veines qui recesoient auparavant le sang qui avoit circulé dans les feuilles.

A yant ouvert longitudinalement un de ces mamelons, aprèsavoir injecté le système artériel du tétard, je Vai trouvé entièrement rouge en dedans; ayant ensuite cherchéà déméler les vaisseaux qu'il contenoit, au moyen d’une loupe, j’y ai reconnu l’anse formée par VPartère et la veine branchiale, et j’ai aperçu bien distinctement les veines iii Fre. ÎV des feuilles primitives qui étoient très-courtes et très-près les unes des autres. Cette observation nous prouve done que la circulation dansles mamelons, à cette époque,n’est pas aussi simple que celle qui se fait dans les branchies rudimentaires; car dans les premiers rudiments desbranchies on ne voit qu’un seul canal plié en anse, tandis que dans ces restes des branchies l'artère se continue, il est vrai, dans la veine branchiale, mais le sang passe en même temps dans cette dernière par la voie des veines des feuilles primitives. Or, après tous ces faits anatomiques que je viens d’exposer, et ayant dit plus haut que loblitération des houppes branchiales s'opère d’une manière semblable, mais en sens contraire à celle de leur développement , le lecteur connoît déjà par quelle suite de changements les organes cireulatoires du tétard se transforment en ceux de la salamandre adulte ; il conçoit déjà que les petites anses formées par les rameaux des artères branchia-

les, qui constituent les feuilles, dès que la métamorphose com- *

mence à se faire, doivent, se raccourcir, et se retirer peu à peu près des anses formées par les artères etles veines branchiales, qui constituent les tiges des branchies, et qu’à mesure que les feuilles se rapetissent successivement et disparoissent aux extrémités des tiges, les tiges elles-mêmes doivent se raccourcir, se retirer près de l’occiput, et que par cette raison les veines des feuilles primitives ti Pre. IV doivent se rapprocher les unes des autres; en un mot, il conçoit clairement comment Le tétard, quiest représenté par la fisure précédente, a pu se changer en celui qui est le sujet de cette explication. Mais il reste encore d’autres changements pour compléter la métamorphose. Lesramificationso0o Fre.IV,qui,pendant l’oblitération des feuilles et la rétraction des tiges, se sont raccourcies notablement, s’oblitèrent enfin, et avec elles disparoissent successivement les veines des feuilles primitives. Les petites anses formées par les artères et les veines branchiales, ou ce qui reste d’elles, se trouvant alors dégagées de ces liens, se déploient, continuent à se raccourcir et finissent par ne plus former que six branches, dont les deux premières vont du cœur à la tête, et les quatre autres, contournant l'estomac, se réunissent sous l’épine, pour former l'aorte descendante ou artère dorsale. Dansmes premières observations sur les organes circulatoires de ces tétards, j’avois cru que les ramifications 000 Fr6.1V se dilatoient au moment de l’oblitération des branchies , et formoient ainsi la continuation des branches qui, dans la salamandre adulte, vont du cœur aux dif férentes parties de l'animal; mais ayant injecté plusieurs tétards, qui étoient dans les derniers instants de leur métamorphose, j’eus lieu de voir par ce moyen que ces ramifications disparoissent, et

qu’il ne reste d'elles que les racines des artériolesnn Frc. IV.

Frce. VI.

Cette figure présente les organes circulatoires d’une salamandre adulte. Le lecteur y reconnoiïtra facilement les vaisseaux du tétard, vu que j'ai eu soin de les copier sous le même aspect que ceux de la Fre. IV; aussi je m’abstiens ici de donner lexplication deslettres, car elles ontles mêmes significations que dansla F1c.1V; j'observerai seulement que, pendant la métamorphose, le cœur se retire un peu en arrière, comme cela a lieu dans les fétards des grenouilles et des crapauds.

FC VUE

Sirène lacertine ouverte.

a Le cœur. —b Le tronc commun des artères, quise diwise en huit branches , quatre de chaque côté. — c Les quatre branches du côté droit, dont les trois premières vont aux branchies, et la quatrième aux poumons du même côté. —d Le poumon droit ouvert; on y voit la continuation de l'artère pulmonaire. —e L’estomac.—fLa veine-cave.—$ Le foie.—h L'oreillette du cœur, qui esttoute dentelée dans son pourtour.—i Sinus commun des veines.

Ce dessin, fait par le D. Pockels, a été tiré d’une préparation anatomique qui, dans le catalogue du muséum Huntérien, comme je lai dit ailleurs, se trouve sous le n.° 939: peut-être cette sirène a-t-elle été figurée un peu plus grande que nature, non pas à dessein, mais par un effet de l’agrandissement qu’a produit la convexité du bocal dans lequel cette préparation est enfermée. Il

est bon d'observer que les parois des poumons de cette sirène,

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