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CATALOGUE DES CHARTREUX 29Î

► que sur le môme espace de terrain, le premier produirait 192 hect.. de vin, tandis que le second n'en donnerait que 30. C'est doncle poids qui seul peut déterminer la quantité de vin récolté.

3" Mais les petits raisins ayant comparativement plus de rami> fications de pédoncules, plus d'eriveioppes, c'est le poids du moût qui décide de l'abondance du vin,

4* La plupart des vins n'ont de valeur que par leur alcool ; c'est donc définitivement celui qui est fourni par la souche qui constitue le produit. On l'obtient en dosant le sucre du moût.

5* On penl aussi, en dosant le tannin, la potasse, le mucilage,, s'assurer de l'existence des matières qui assurent la solidité du vin ou qui la compromettent.

Ce n'est qu'après avoir répété ce travail pour chaque variété et dans différents climats que l'on pourra se flatter de posséder une bonne monographie de cépages. Nous sommes bien loin d'avoir atteint ce but. Nous possédons cependant sur ce sujet des travaux très estimables ; mais ils n'ont qu'effleuré le fond des questions. Le beau traité de Simon Roxas-Clemente sur les vignobles de l'Andalousie divise les cépages selon des caractères botaniques bien observés; mais après avoir formé ses groupes, il les fait suivre d'une foule de variétés isolées qui n'entrent pas dans ses cadres. Son ordre utile pour celui qui voudrait classer systématiquement tous les cépages connus ne conduit à aucune conclusion pratique.

LWmpélographie du comte Odart est un ouvrage très utile, mais son auteur n'a pas eu pour but d'embrasser toutes les variétés connues; il se borne à jeter les yeux sur les cépages des différents pays, à les juger rapidement avec le coup d'oeil d'un praticien, sans donner les moyens de les reconnaître et sans les faire apprécier d'une manière positive. Il dit de chaque variété ce que peuvent en apprendre les yeux et le goût; mais aujourd'hui il n'est plus de travail solide dans le? sciences appliquées sans la mesure et la balance. Il y a, dans le traité dont nous parlons, un point de vue éminemment pratique qui ne pouvait échapper à l'heureuse intelligence qui l'a écrit. * En traitant son ouvrage, il s'est aperçu de son importance et a donné en appendice une classification des cépages, selon Véi)oque de la maturité. Nous avons demandé à M. Hardy de le compléter d'après les observations faites dans le Jardin du Luxembourg, mais en attendant que ce travail, qui durera plusieurs années, fût accompli, et dans l'impossibilité de donner ici une simple nomenclature des cépages qui lorment un ouvrage considérable, nous nous bornons U proposer le cadre agricole dans lequel nous voudrions faille entrer la description des différents plants

Biographie :

Nicole Bidet naquit à Reims et se montra toujours un Champenois fervent. On sait peu de chose sur sa vie. Son frère, Louis, était maître des eaux et forêts-, lui, simple viticulteur, n'a pas attiré; bien qu'écrivain, l'attention des biographes sur sa modeste personne.

Son Traité est de 1752. Duhamel du Monceau en publia une nouvelle édition, revisée par lui, en 1759. Pendant ce temps-là, les étrangers se l'étaient approprié et l'avaient; traduit en leur langue, les Italiens en 1753, et les Allemands en 1754. C'était lui faire beaucoup d'honneur ; car bien des lignes de cet ouvrage sont empruntées aux Maisons Rustiques d'Estienne et de Liger. L'abbé Tainturier l'accuse, dans sa polémique, d'avoir pillé Pluche, qui lui-môme aurait pillé Liger. Il aurait pu continuer ses reproches et remonter plus haut encore, pour trouver les auteurs originaux.

Texte : TRAITÉ sur la NATURE de la

VIGNE. Paris, 1752, in-12.

Chap. XXIII. — De l'espèce de vignes propres à l'espalier des jardins.

Les différentes espèces de vignes propres à Tespalier sont la doutât, le Chasselat blanc et noir, le Muscat blanc, rouge, noir et violet; le Corinthe de toute espèce, le Miiscat long ou à' Alexandrie, le Bar-sur- Aube, le Raisin noir précoce ou Raisin de Madelaine, le Morillon hàtif et le Bourdelois blanc et noir. A Reims, on élève dans les jardins et dans les marais une espèce de vigne qui produit un verjus propre à Tusage de la cuisine; quoique très mûr il garde toujours son goût de verjus. On y confit aussi au sucre cette espèce de raisin, quand il a atteint sa parfaite maturité. Cette espèce de vigne, qui n'est connue qu'à Reims, s'élève jusqu'à 40 et 50 pieds

dé hauteur et s'attache par ses crochets ou mains aux branches des arbres pruniers.

La Gioutat. La C/owifa^ a la feuille déchiquetée comme la feuille du Persil. Son raisin est blanc, doux, rond comme le Muscat et moyennement gros, il charge beaucoup et ressemble au Chasselat.

Ghasselat. Le Chasselat est un raisin gros et blanc, très connu et fort estimé en Champagne. Il réussit mieux dans les terres pierreuses que dans toutes les autres, parce qu'il y mûrit facilement, et que ses grains ne sont pas pressés. Celui de Paris et des environs n'approche pas de la qualité de celui de Champagne.

Chasselat noir. Il y a aussi un Chasselat noir, il est plus rare et plus curieux que le blanc. Le rouge est plus gros, il prend peu de couleur.

Muscat de Frontignan. Il y a plusieurs espèces de Muscats. Le Muscat blanc ou de Frontignan a la grappe longue et les grains serrés. Le Muscat hàtif de Piémont a la grappe plus longue et le grain moins serré.

Muscat rouge. Le Muscat rouge ou de Corail, à cause de la vivacité de sa couleur, a le grain plus ferme et demande beaucoup de soleil pour bien mûrir.

Muscat noir. Le Muscat noir est plus^ gros et plus entassé ; il charge beaucoup, est fort hâtif, très sucré et recherché par les gens de goût délicat.

Muscat violet. Le Muscat violet est d'un noir plus clair, il a les grappes fort longues et garnies de gros grains très musqués.

Muscat de Risebatte. Le Muscat de Risehatte est musqué ; il a le grain plus petit que les autres, son suc est doux et agréable.

Muscat d'Alexandrie. Le Muscat long ou Pâle musqué, connu sous le nom de Muscat d'Alexandrie, est long, fort gros, musqué, et se fend comme la prune : sfes grappes sont aussi longues et grosses que le Bourdelois; c'est le meilleur raisin à manger, soit crud, soit

«n confiture ; il veut être exposé en plein midi, et ne mûrit encore qu'avec peine.

Gorinthe. H y a trois «ortes de Raisins de Corinthe, le blanc, le rouge et le violet Le Raisin blanc de Corinthe et le rouge sont sucrés ; ils ont les grains fort jnenus et serrés, et la grappe longue.

Le Raisin violet de Corinthe est un peu plus gros.

BarHsnir-Aube. Le Bar-sur-Aube est un raisin blanc à peu près semblable au Chasselat.

Muscat de Jésus. Le Muscat de Jésus autrement dit Raisin de Directeur de Nones, est fort gros et rond des plus musqués et des plus rares.

Tous ces raisins sont propres à faire de bons vins, cha- »çun en particulier; mais des vins de liqueur qui ne doivent point entrer dans le vin de boisson ordinaire.

Raisin Suisse. Le Raisin Suisse est plus curieux que *bon ; il a la grappe longue et grosse, rayée de blanc et de noir, et quelquefois mi-partie. J'en ai vu dans un jardin à Ay en Champagne, dont chaque grain était moitié blanc et moitié noir. On ne doit pas regarder ceci comme un jeu de la nature, mais comme un effet de la greffe sortie de la main légère d'un habile jardinier. Ce que j'ai trouvé de plus surprenant dans ce raisin, c'est qu'au lieu que la séparation du«blanc d'avec le noir devait se faire naturellement dans la longueur du grain de raisin, elle se faisait ■en travers du grain; le blanc vers la queue du grain et le noir vers l'autre partie.

Blanquette de Limon. La Blanquette de Limon est un raisin blanc, et clair comme du verre. La grappe en •est longue, assez grosse; son jus très doux et délicieux.

Mélier blanc. Le Mélier blanc ^^i un des meilleurs raisins pour manger, et même pour faire du vin; il charge beaucoup, a un bon suc, et se garde assez longtemps : il •est aussi excellent séché au four.

Bourdelois. Le Bourdelois est de trois espèces, le bUnnc, le rouge et le noir. De toutes les grappes de raîîsîns, celles de celui-ci sont les -plus longues et les plus

grosses : le grain imite la structure de sa grappe, il ne se fend point comme le Raisin d'Alexandrie et n'est guère bon à manger qu'en confiture.

Tous les raisins dont on vient de parler sont bons à mettre en confiture et la plupajrt excellents à manger crus.

Morillon hâtif. Le Raisin précoce, Raisin de la Madelaine ou Morillon hâtif, est un raisin noir, plus curieux que bon ; il a la peau dure et est fort sujet aux moucherons : il veut être exposé aii Midi et à l'abri des mauvais vents.

On doit bien se garder d'employer aucune de ces espèces de raisins blancs dans les vins qui servent de boisson. Ce n'est pas qu'il n'y en ait quelques-uns qui puissent lui donner un bon goût; mais tous les raisins blancs gâtent la couleur du vin, comme nous le dirons par la suite.

Vignes sauvages. Il y a différentes espèces de vignes sauvages qu'on employé dans les jardins et dans les cours, pour couvrir les grandes et hautes riiurailles qui ne voient. pas le soleil, et où les plantes fructifères ne peuvent rien produire.

Vigne vierge. La vigne sauvage se nomme en latin Labriiscq, en français Vigne vierge. C'est une vigne qui vient du Canada; elle porte du fruit, mais qui n'est bon ni à manger ni à faire de bon vin; il n'a point de feu. Les pépins lèvent très bien.

Chap. XXIV. De l'espèce de vignes propre au vignoble.

Morillon noir. Le Morillon noir qu'on appelle en Bourgogne Pineau, et à Orléans Auvernas, parce que la plante en est venue d'Auvergne, est fort, doux, sucré, noir, et excellent à manger. Il vient bien en toute sorte de terre, et passe aux environs de Paris pour le raisin qui fait le meilleur vin. Il est certain qu'il est encore meilleur en Bourgogne et en Champagne. Son bois a la coupe plus rouge qu'aucun autre; le meilleur est celui qui est court, dont les nœuds ne sont pas espacés de trois

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doigts : il a le fruit entassé et sa feuille plus ronde que les autres de la même espèce.

Le Morillon, autrement dit Pineau aigret, porte peu, et donne de petits raisins qui ne sont pas serrés : il a le bois long, plus gros, plus, moelleux et plus lâche que l'autre, les nœuds éloignés les uns des autres de quatre doigts au moins, l'écorce fort rouge en dehors, et la feuille découpée en trois, ou en patte d'oie. Il y a d'autres espèces de Morillons blancs, noirs et gris, dont on ne conseille pas l'usage, quoique fort bons pour le goût : ilsne doivent être employés que dans les jardins.

Morillon laçonné ou Meunier. Le Morillon façonné est meilleur que les précédents pour faire du vin : il vient bientôt après \h hâtif, charge beaucoup, fait de bon vin. On le nomme encore Meunier, parce qu'il a les feuilles blanches et farineuses ; il se plaît beaucoup dans les terres sablonneuses et légères; c'est celui qui convient le mieux en Champagne.

San Moireau. Le San Moireau se nomme Quille de coq aux environs d'Auxerre; c'est un raisin noir, excellent à manger et à faire du vin : il a le grain un peu lonp: et pressé.

Tresseau. Le Tresseau ou Bourguignon est un raisin noir assez gros, meilleur à faire du vin qu'à manger; il charge beaucoup et donne de grosses grappes.

Bourguignon blanc. Le Bourguignon blanc qu'on appelle en quelques endroits Mourlon et le Closier a le& nœuds à deux doigts de distance, le fruit à courte queue et entassé, la feuille ronde comme les Gouais et résiste à la gelée.

Pinquant-Paul. Le Pinqtiant-Paul est un raisin blane fort doux; on l'appelle autrement Bec d'oiseau, et en Italie Pisutelli, c'est-à-dire pointu, parce qu'il a le grain gros, très long, et pointu des deux côtés.

. Beaunier. Le Beaunier, ainsi nommé, parce qu'il est fort commun et fort estimé, est un raisin qui charge beau-

coup et qui tire sur le Gouais blanc, mais qui est beaucoup meilleur.

Ces trois sortes de raisins blancs sont plus propres à faire du vin blanc à l'usage des hydropiques qu'à faire du vin de boisson ordinaire. Pour le Gouais, nous n'en dirons rien, parce qu'il n'est bon à rien, ou tout au plus pris en vert, à'faire du verjus pour les cuisines.

Fromenteau. Le Fi'omenteaii est un raisin très exquis et fort connu en Champagne ; on y en plante beaucoup. La peau du grain est d'un gris rouge ; la grappe est assez grosse; sa peau est dure, mais son suc est excellent; il fait le meilleur vin : il est cependant à propos de le mêler avec un bon raisin noir; c'est en partie à ce raisin que les vins de Sillery^ et de Verzenay, les plus estimés de tous les vignobles du royaume, doivent leur mérite et leur renom.

Chap. XXV. Qualités de plants de vigne convenable» auœ différentes qualités de terre.

Extrait d'un Mémoire de M. de Navarre, de l'Académie de» Sciences de Bordeaux, inséré par l'auteur :

« Il faut planter. . . et dans les lieux les plus proches de la Rivière et par conséquent les plus humides, le Gros Vilain^ c'est-à-dire tous les autres cépages ordinaires qui par leur nature meurissent plutôt. . . Le Massoulet est un raisin qui fait de bons Vins rouges, dans nos Graves ; il ne vaut rien dans nos Palus. Le Pelaouille est ordinairement .un cépage très peu estimé; il réussit trè* bien et fait de très bons vins dans le bas Médoc. Le Petit Verdot réussit très bien dans nos Palus... quant au raisin blanc, le cépage qu'on appelle la Folle, et dans le Bordelais ïEnracfeat, fait de très bon vin à Sainte-Foi, Bergerac et quelques autres cantons. . . »

1. Il n'y a pas de vignes k Sillery. Le nom est resté parce que les seigneurs dudit lieu possédaient les territoires des communes vignobles de Verzy et Verzenay.

ABBÉ NOLIN

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