‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 58 sur 180 · Vertius ou versius^ sorte de vin cuit · texte numérisé non relu

Vertius ou versius^ sorte de vin cuit

dure, et pource es lieux ou telz cas adviennent Ion doibt planter vignes qui viennent tard a verdure comme sont celles que Ion appelle Alhana Selana Garganiga et May o lus.

En aucuns lieux aussi les vignes sont pillées et

desrobees des gens ou les chiens et renars mengent les raisins si les doit on bien et diligemment garder au temps quilz sont meurs et si y doit on plante;* choses desplaisantes ameres et rudes a manger comme sont Gimareata et Guratonus qui sont vignes dont les raisins sont amers et ne les mange ton pas volentiers et toutesfois elles font molt noble vin et qui est de bonne garde

Notes:

La plupart des cépages décrits, ou cités, par Crescence existent encore en Italie.

Sclave. Le Sckire de Crescence, Uca Schiaca d'après Odart, {Ampélogr. Unirers.y p. 585), cépage originaire de la Sclavonie, est un bon raisin blanc, mais sa variété noire est infiniment plus répandue aujourd'hui. On l'appelle Schiata ou Sciaca. Ses synonymes seraient, d'après le professeur Tamaro\ Margellana, Patriarca, Uca patriarcale, Rossana matta, Preredes8a,Montorfano, Précédons. Cépage de cuve de vigueur moyenne, très résistant au mildiou et à la cochylis, vient bien dans les calcaires; montre une grande affinité avec les vignes américaines. Son raisin mûrit vers le 10 octobre, plus recommandable par son abondance que par sa qualité. Le vin a peu de couleur, mais il est brillant et savoureux. La Srhiaca occupe la même place, en Lombardie, qne le Nehbiolo y dans le Piémont.

Albane est YAlbana hianca, Albana gentile, a longo grajhl)olo, reconnue par Mas et PuUiat {Vign., t. I, p. 91).

Tribiane. TrebblanOy raisin de première importance dans l'Italie centrale. Le comte de Rovasenda {Ampélog. Unicers.^ p. 207) en distingue six variétés différentes : le Trebbiano de Rome, de Toscane, de Spezia, dé Tortone, de Bielle, de la Lombardie. Le professeur Tamaro {Uce da Tacola, p. 68) en ajoute une autre: celle qui, sous ce nom, est forcée, dans les serres d'Angleterre et qu'il déclare différente des Trebbiano italiens.

1. Desrrisione ed illustrai ione di Cinque vitigni Lombàrdi, in Italia agricola^ Milano, 1898.

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Granelate. Granolata, d'après Odart, qui en fait l'éloge (A«ipêlogr. Univers., p. 586) en ces termes : « J'ajoute que les grains de ses belles grappes conservent, à leur maturité un peu tardive pour les pays à vin rouge, une teinte verte qui n'est point un défaut, mais un indice certain de la propriété que la vendange possède de donner un vin clair. Son éix>que de maturité n'est, du reste, pas plus tardive que celle de nos Pinots de la Loire, qui produisent nos vins de Vouvray et de liochecorbon. Je ne puis donc trop recommander la culture de ce cépage qui joint une grande fertilité à toutes les qualités exposées par l'auteur italien. »

PuUiat et Rovasenda l'ont assimilée, tous deux, à la ClairotU* blanche. Mais la Clairette se dore et ne reste pas verte à sa maturité. D'ailleurs elle est bien tardive pour la Touraine.

Malixe ou Faracle. Rovasenda lui donne pour synonymes le Sarruta de Bologne et le Malien de Modène.

Garganique. Gargancifa ou Gargani(/a, peut-être aussi le Bianchetto et le Weisser Terlaner. Raisin de table très renommé dans le Trentin, la^ Vénétie et l'Emilie, de couleur jaune doré, précoce et de bonne garde. Il se cultive aussi pour le vin.

Albanique. Albanica, variété abandonnée.

Buranexe. Buranese blanca (Cf. Rovasenda, p. 30).

Fiigove. Afrlœgna du texte italien. Céjjage abandonné. C'est à son sujet que Rovasenda (p. 2) cite un long passage de Crescence pour montrer l'insuffisance de ses descriptions.

Muscatel. Moscato bianco. Raisin blanc muscat. Voici, en partie, sa synonymie italienne, d'après le professeur Tamaro {Uce da Tacola, p. 28) : Bêla Dlnka\ Beli Muskat, Bily Muskatel, Franczier Voro^'i Muskatel, Grûner Muskateller, Kallepiss, Moscaclellone, Moscatello bianco, Moscatel commun... Muscat de FronUgnan, Nepeau's Constantla, Ragusano, Schmeckende, Stinker blanc, Wansemceinbeer, Weier Muskately, Weifirauch, Weisse Muscaten Traube, White Constantia, Zoruna.

Linatique ou Lilanica. C'est le Luglienca ou Luglîatica, Lugliola; notre Lignan, Joannenc charnu, Madeleine blanche; le Gelbe Seidentraube des Allemands, et le Early Leipsic des Anglais. Excellent raisin que Crescence n'a pas apprécié, parce

1. Le nom de Bêla donné à ce raisin me semble provenir d'une confusion. « C'est, dit-on, au roi Bêla IV que la Hongrie doit son fameux vignoble de Tokai. Ce prince en fit venir, en 1241, les

{)lants qui avaient été choisis parmi les meilleurs de l'Italie et de a Grèce. Une espèce, qu'on nomme encore Formint, descend, à xîe qu'on assure, de ces fameuses collines de Formies qui, selon Horace, fournissaient la table de Mécène » (Loiseleur-Deslong- CHAMPS, irî art. Vigne du Dictionnaire des Sciences naturelles, t. LVIÏI, p. 179). C'est donc au Furmint plutôt qu'au Muscat de Frpntignan qu'il conviendrait d'accoler le nom du roi magyar.

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qu'il l'avait planté à une mauvaise exposition. Peu fertile, il est vrai, il exige une sélection répétée et une arborescence considérable. On connaît le pied historique de la Blcoqua qui suffit à fournir le dessert de toute une maison, pendant l'automne et l'hiver (V. Pulliat,Les Cépages précoces^ Coulet, Montpellier, 1896).

Fuxolane correspond à la Bausa, variété disparue.

Grilla xnerdegana. Grilla nera (cf. Rovasenda, p. 82), synonyme de Rubiola et de Margigrana.

Nubiolon. Nebbiolo (de ncbbia, neige), à cause de la pruine abondante qui couvre son raisin. Il y en a de blancs et de noirs. D'après l'abbé Milano, ce seraient les meilleurs raisins du globe, à cause de la qualité supérieure des vins qu'ils produisent. Diable ! mais alors que dirons-nous du Pinot et du Cabernet f

Mayolus. Majolo^ identifié par don Simon-Roxas au Tempranillo. Rovasenda ne partage pas cet avis et voit là deux raisins différents.

Duraclaxn. Duracla de Bologne, synonyme de Duracina, D'après Odart (p. 587),' serait Y Espagnin noii\

Gunuaresca. Gamaresta, raisin dont on se servait pour préparer VAqueste.

Pignolz. Pignolo. Quelques auteurs se sont laissés aller à assimiler, à cause de la communauté d'origine étymologique de leurs noms, le Pinot de Bourgogne et le Pignolo de Lombardie et du Piémont. C'est une grosse erreur. Le comte Odart semble avoir risqué, lui aussi, une assimilation douteuse, en rapportant le Pignolo au Mourcèdre de Provence. Ce sont, je crois, deux cépages bien distincts.

Albatica, cité par Rovasenda (p. 4) sous le nom à!Albatichi.

Varana. Varano de Soderinl; raisin qui cueilli en vieille lune se .conservait si bien.

Porcin a, très probablement identique au Verracia du Vésuve. Même mot et même étymologie.

Balxnuniga. Valmunica^ variété très commune qui ressemble à la Valcanioniea d'à présent, et qui, m'annonce le distingué M. Tamaro, vient d'être abandonnée.

Melegonus. Melegono nero, raisin de garde semblable au Canajolo.

Ganucula, synonyme du précédent, puisqu'il ne peut être que la renommée Canajolo de la Toscane. Or, du moment que Rovasenda affirme la synonymie précédente, cela nous permet, du même coup, d'indiquer celle-là.

Pergiile ou Broxnesta. Crescence, dont les écrits nous servent de trait d'union entre les temps modernes et l'antiquité, nous devait bien quelques raisins de Pline et de Columelle. En voici un, le plus gros de tous, le Bumastus, le Bimamma^ le

Verjus ou Bourclelais, que nous reneontferons partout, sur les moindres listes de cépages, tant la taille de sa grappe et son suc acide, si fréquemment employé par nos aïeux avant la mou*^ tarde et le poivre, condiments relativement récents, avaient fixé l'attention des premiers ampélographes.

Voici ses synonymies d'après le professeur Tamaro : Bermestia hlanca, Belmestia, Bromesto, Brumesta, Pourmestre, Berrnestlra en Sicile et dans l'Italie méridionale ; Apeaorgia en Sardaigne ;. Bramestone dans la Haute-Italie ; Bourdelas dans le Jura, et Weisser Verjus en Allemagne.

Ces quelques notes suffisent pour montrer que les raisins du XlIP siècle subsistent, pour la plupart, encore aujourd'hui, tels quels, dans la région où ils ont été, jadis, décrits par le savant sénateur de Èologne. Les appréciations de cet auteur n'ont, par conséquent, rien perdu de leur actualité et de leur justesse; et c'est une preuve de plus à apporter en faveur de la fixité et de la diversité des cépages, s'il en était encore besoin, après l'éclatante démonstration du grand Odart.

Biographie : '

EusTACHE Deschamps, dit Morel, poète français, né, vers 1340,. à Vertus, près Châlons-sur-Marne, est mort vers 1410. Son surnom de a Morel)) lui fut donné, selon certains auteurs, de ce qu'il avait été en captivité chez les Itfaures; d'autres l'attribuent tout simplement à son teint noir. Huissier d'armes sous Charles V et Charles VI, puis gouverneur de Fismes et bailli de Senlis, il fit la guerre contre les Flamands et les Anglais, et voyagea en Europe. Disciple de Guillaume de Michault, il n'a pas, d'ordinaire, sa douceur ni sa pureté; il se rapproche plutôt de sop. compatriote,. le trouvère champenois Rutebeuf.

Bien qu'inégal, son style ne manque ni de vigueur ni de relief. Chroniqueur plus que poète, il a enregistré, dans ses récits rimes, plus d'un fait d'histoire et plus d'un nom propre qu'on a plaisir à exhumer aujourd'hui. Il a cependant traité avec grâce les genres à la mode de son temps, ballade, rondeau, virelai, etc. Il a écrit les Dùcts de V Aigle et du Lyon ; le Miroir du Mariage, poème-

<liii contient plus de tfeize mille vers, et qui est resté inachevé; <ies Fables, dont plusieurs n'ont pas été inutiles à La Fontaine; et l'une des plus anciennes pièces comiques de notre théâtre, intitulée : Dict dcH qtuitre offices de Vostel du roy, Panneterie, Esrhançonrierie, Cuisine, et Saucer ie, d jouer par personnniges.

L'inippimeup G.-A. Crapelet (1789-1842), qui était doublé d'un littérateur, a révélé au public ce gai chansonnier en publiant en 1832, d'après les Mss. de la Bibliothèque nationale, une partie de ses œuvres, sous le titre de Poésies morales et historiques.

Enfin, la Société des anciens textes français a fait paraître ses Œucres complètes ^ chez Didot, en 1891. C'est à cette excellente édition que nous empruntons quelques passages ampélo-œnologiques, de piquante saveur et de haut intérêt historiqi^.

Texte : EusTACHE DESCHAMPS, Œuvres com-

plètes (édition Raynaud).

T. VII, p. 219. — Ballade de la Verdure des vins.

Hélas ! où sont les vins especiaulx Vins de Biaune qui ont tel renommée Vins de Poitou, de Rin aux granz tonneaulx, Vins de Tournus, dept/nos cette année, Vins d'Irancy, d'Aussonneet la contrée, Qui estoient de mon corps medicin

P. 327. — La Chartre des bons enfants de Vertus en Champagne (août 1372).

Si le ventre bruit ou trompe Et s'es meuvent vos es péris, Tenez que vous estes garis Si vous allez au benifice\ Quoi que nul phisicien dice, Mieulx vous vaudra que un cristére ; Et n'y fault pas si grant mistére A recevoir tel medicine, Qui vient de si noble racine Comme de ce droit plant de Beaune Qui ne porte pas couleur jaune,

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