Toudis, totis diebus, toujours
3. Palstre, rarement avec le sens de pâturer; presque toujours, comme ici, dans le sens de se nourrir, se repaître.
Ypocras, claré et Garnache^
Gros vin vermeil trouble, qui saiche
La fumée de la doleur ^
Au chief et fait au cuer ardeur,
Es costez et en la vessie,
Et.es reins gendre maladie
Souvent de pierre ou de gravelle. —
Notes :
Eustache Deschamps est le premier écrivain qui nous parle du divin Pinot et qui l'écrive à la bourguignotte, et non Pineau^ comme le feront les Angevins et les académiciens de Paris.
Cet ancêtre de Rabelais, qui a dû être «un maistre en beuverie»,, a une notion très exacte de l'action bienfaisante et hygiénique desvins légers sur l'estomac. S'il se méfie, à bon droit, de V Ypocras trop alcoolique et du Grenache trop liquoreux, susceptibles d'engendrer la gravelle, il préfère Une bonne bouteille bien naturellede Plant de Beaune pour entretenir l'harmonie de ses intestins > et je sais plus d'un docteur réputé qui pense de même.
Pour remplacer le vin de Portugal — nectar lointain — il propose, à côté du vin de Beaune, les crus de la Champagne, de TAuxerrois et du Chalonnais. De ceux-ci il cite le Tournas et le Ger molles. C'est peut-être leur faire beaucoup d'honneur. Il est vrai qu'ils étaient alors complantés de pynos, grâce aux édits gameticides dTes ducs. Mais depuis longtemps, hélas ! le Gamay ,^ plant d'abondance, vainement proscrit jadis, est parvenu à chasser le fin Pinot des coteaux tournusiens. Bien plus, cet infâme Gainày, trouvé encore trop bon par nos vignerons avides de quantité et indifférents à la qualité, tend à disparaître lui-même, submergé par le flot envahisseur dejs , teinturiers, des othellos et des vins de sucre. Et les Chalonnais qui n'ont pas lu Deschamps s'en vont en chantonnant :
Les vins de Tournus Heureusement peu connus.
Les vignobles de Germolles se sont peut-être mieux conservés. Les Beaunois viennent encore volontiers en acheter les produits.
(Lettre de Rémission de 1304)
Biographie :
Charles VI (1368-1422), flls et héritier de Charles V, dit le Sage, mérita, au début de son règne qui s'annonçait sous de brillants auspices, le surnom de « Bienaimé », par son affabilité et sa bonté naturelle. Il avait pour apanage le Dauphiné et fut ainsi le premier Dauphin. •
Malheureusement, un transport au cerveau, occasionné par l'effroi ou par un coup de soleil, le priva de sa raison en 1392. A partir de ce moment, l'anarchie la plus complète déchira le pays et le mit à deux doigts de sa perte. Les grands seigneurs s'affranchissent de la tutelle royale et se livrent à un brigandage demeuré impuni. Les horreurs d'une guerre, à la fois civile et étrangère, ruinent les campagnes. Grâce à la complicité de la reine ellemême, la triste Isabeau de Bavière, les Bourguignons, unis aux Anglais, pour venger l'assassinat de leur duc Jean Sans Peur, font proclamer roi de France le roi d'Angleterre Henri V. Et ce prince vient résider à Paris, alors que le pauvre dément se cantonne en Anjou.
Enfin, Charles VI meurt, et Charles VII, secondé par Jeanne d'Arc, et par le réveil du patriotisme indigné, reconquiert son royaume et boutte définitivement l'Anglais hors de France.
Le règne de Charles VI est l'un des plus sombres de notre histoire. Il est bon de le relire pour y puiser cette conviction que la France ne peut périr, — fluctuât nec mergitur, — sans quoi elle n'eût pas surmonté de pareilles épreuves.
C'est pendant un répit de sa maladie — car sa folie était intermittente — que le bon roi Charles VI eut pitié d'un viticulteur, criminel nonagénaire, et lui pardonna d'avoir assommé un de se^ vendangeurs qui s'obstinait, malgré sa défense, à mélanger les Pino3s et les Trcceaux. Voici le texte de cette absolution royale :
Texte : Remissio pro Stephano Pertuisot.
Archices Nationales, Trésor des Chartes. JJ, 146, n« 400.
Charles % etc savoir faisons à tous presens et a
1. Charles VI (1380-1422). On peut s'étonner que Pertuisot ait été justiciable du roi et non du duc de Bourgogne. Mais le comté
venir nous avoir receu humble supplication de Thevenin Pertuisot vigneron demeurant à Saint Briz en Aucerrois aagie de quatrevins et dix ans ou environ, contenant que •comme en vendenges derrenierrement passées le dit suppliant aust fait louer à un certain jour environ la Saint Rémi derrenierrement passée, plusieurs vendengeurs, entre lesquels este loue un appelle Jehannin Roede de d aage de quinze ans ou environ pour vendengier es vignes du dit suppliant, lesquels vendengeurs et ledit Jehannin y alerent, et eulx estans en une vigne qui est audit suppliant, ycellui suppliant dist a yceulx vendengeurs, entre /lesquels estoit ledit Jehannin que ilz meissent les pinoz à part sans y mettre autres raisins, mais ce non obstant ledit Jehannin mettoit des treceaux et autres raisins avec les pinoz, dont ledit suppliant fut moult courrauciez, pour doubte que ses vins nen vaulsissent pis, et pour ce que plurseursfoizenavoit reprins ledit Jehannin, ycellui suppliant prinst un baston et en frappa un seul cop en la teste dudit Jehannin duquel cop il chei à terre. Lequel Jehannin estoit malades par avant que il feust alouez audit suppliant et -estoit tellement malades que en la sepmaine que il vendenga audit lieu de Saint Briz et avant qu'il feust alouez audit suppliant pour vendengier il laissa euvre pour la maladie qu'il avoit, et depuis le dit cop ycellui Jehannin alla par ladite ville de Saint Briz sans avoir ne sanc ne plaie, et environ quatre jours après le dit cop ledit Jehannin est alez de vie à trépassement. Pour occasion duquel fait ledit suppliant s'est absentez du pais et est en aventure que jamais il n'y ose retourner ne converser, se par nous ne lui est sur ce pourveu de nostre grâce et miséricorde en nous suppliant d'icelle. Pourquoy nous, ces choses considérées, attendu l'aage dudit suppliant et qu'il est et a esté tout son temps de bonne vie et renommée, sans avoir esté reprins, atteint
d'Auxerre ne devait être réuni à la Bourgogne que par le traité d'Arras, 1435, par lequel Charles VII acheta sa réconciliation avec Philippe le Bon, au prix des villes de la Somme et des comtés d'Auxerre et de Mâcon.
ne convaincu d'aucun autre villain cas ou reprouche, et que ledit Jehannin estoit malade par avant qu'il alast vendengier pour ledit suppliant, et qu'il n'avoit contre lui mallalant ne hayne, si comme il dit, a yc^llui suppliant ou cas dessus dit avons quitté, remis et pardonné, et par <îes présentes de grâce especial quittons et pardonnons le fait et cas dessus dit, avecques toute peine, amende et offense corporelle criminele et civile que pour occasion de ce que dit est il estre encouru envers nous et justice, tOt le restituons à sa bonne et renommée au pais et à ses biens non confisquez, satisfaction faicte à partie avant toute ouvre civilement se faute n'est, et empesons îiur ce si lance perpétuel à notre proucureur présent et a venir. Si donnons en mandement par ces présentes au bailli de Sens et d'Aucerre et a tous noz autres justiciers présents et a avenir ou a leurs lieuxtenans et à chacun d'eulx présente grâce et remission facent feuffement\ et laissent ledit suppliant joir et user paisiblement sans le molester, traveiller ou empeschier ne souffrir estre moleste, travaille ou empeschîe en cors ou en biens en aucune manière, mais se son cors ou aucun de ses biens non confisquez estoient ou son pour ce pris, saîîjis, arrestez, lésez, lui mettent ou facent mettre sans delay à pleine délivrance, et pour que ce soit ferme chose et estable a tousiours nous avons fait mettre notre scel à ces présentes, sauf en autres choses nostre droit et l'autruy en toutes. Donne à Paris, au moie de novembre. Tan de grâce mil trois cent quatre-vingt quatorze, et la quinziesme de notre règne.
Notes :
Cette lettre de rémission, publiée par M. Adrien Berget, dans le numéro de février 1898 de la Reçue de Poligny de M. Vuillermet, a été commentée en ces termes par le savant professeur :
Le curieux fait divers que la. Reçue riticole de Franche-Comté exhume aujourd'hui de la poudre des Archives, apW\s cinq siècles