‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 81 sur 180 · Cf. Uca tre rolte, ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Cf. Uca tre rolte, ci-dessus, p

JBergo qui fait la verdea est un plant très apprécié comme le Plzzelluto de Rome, et, à Naples, le raisin Gloria ou Mêla, ainsi appelé parce qu'il est déprimé comme les pommes. Mais tous ces différents types sont exposés à s'altérer et à se modifier d'après la nature du pays, du site et du terrain. Il importe, par conséquent, de bien connaître d'abord leur nature propre; puis d'user des correctifs nécessaires. La Verduschia, le Mammolo, noir et blanc, ont de petites grappes et des grains bien serrés ; ils affectionnent les lieux secs et redoutent la plaine et l'humidité. Le Cesenese produit à la fois abondamment des raisins et du vin : il recherche de préférence les terrains chauds et secs, et n'aime guère ceux qui sont gras, où la végétation s'emballe : ie gros raisin blanc toutefois n'est pas très bon pour le vin, par cette raison qu'il pourrit facilement; il est plus propre à être passerillé qu'à rien autre chose. Le Ciriegivolo dolce est un type aux grappes allongées et rares, à la graine grosse, plus tomenteux qu'aucun autre cépage, et à la saveur douce et odorante : il fait bien dans les pays et les terrains chauds, et compte comme bon producteur.

Le raisin qu'on nomme- Uva d'oro se rencontre beaucoup dans la zone de Bologne : il jaunit comme le San Colombano, donne un vin agréable et se laisse bien manger. Les ceps des vignes hautes font les gros raisins rouges qui, en juillet, deviennent noirs. Il y en a une espèce qui mûrit en juillet comme les Lugliole et qu'on appelle Premice : les guêpes s'y attaquent volontiers, de même qu'au Moscadello; ce raisin se prête admirablement à sécher, soit au soleil, soit au four. Il s'acclimate, ordinairement, partout, comme le Trehbiano, la Brumesta, la Pergolesa nera ou Corhina qui ne refusent aucun terrain. La Cerveillera est une espèce de raisin noir, gros, rond, à grandes grappes; et qui se conduit volontiers sur les arbres comme tous les raisins blancs. Le Ciregivolo, aux grappes vineuses, ressemble au précédent pour la longueur et la grosseur : surnommé Orzese par quelques-uns, il supporte

bien le mélange avec le Cesenese, et ne ménage pas de déceptions, comme le Sangiogheto,

La vigne qui donne le vin de Saint-Martin d'Espagne et de Malvoisie a des grappes serrées et le raisin rond ; mais, si elle pousse en terrain maigre et pas trop pierreux, elle préfère les sols profonds et sains. D'ailleurs tous les types de vignes, qui ont les grappes serrées et menues, rendent un vin meilleur que les autres. On peut même affirmer, en principe, qu'une vigne mauvaise, placée dans un bon terrain, produit plus qu'une vigne excellente dans un terrain défavorable. Il faut donc toujours s'ingénier, en tous pays, à planter, en de bons terrains, de bonne» vignes.

Il y a une sorte de raisin appelé Irène: il est très juteux. Or, quoique les vignes plantées en un terrain gras et humide soient généralement très abondantes en raisins, ce type néanmoins réussit mieux en hautain. Un raisin très célèbre, c'est le Castigliane d'Espagne : on peut en rapprocher celui avec lequel, en Portugal, se fait le vin de Riva d'Avia. Le raisin Palombina est noir et blanc, le noir est appelé fréquemment Ibero; il a la même adaptation que le Ciregivolo dolce dont il a déjà été question. Pour prévenir les coups de soleil et favoriser une meilleure maturité, la frondaison des pampres rendra de grands services. Dans les endroits où l'ombre serait trop épaisse, l'aération bien organisée et l'air imprégné [d'eau salée ont la propriété d'augmenter la saveur des. raisins et des fruits : c'est un fait d'expérience que les vins récoltés dans le voisinage de la mer ont, avec plus de force, une saveur extrêmement agréable. Le Raffone et le Morgiano produisent d'autant plus qu'on les plante sur des coteaux argileux de faible pente; ils se trouvent moins bien dans des lieux maigres et montagneux. MzX^VUvapasserina, ou Raisin noir de Corinthe, produit un vin meilleur et qui se conserve mieux. Ce plant affectionne les terrains secs et sablonneux, il aime à ramper sur le sol, san« l'appui de support, tel qu'on le voit aux pays de Chypre et

de Candie où il abonde. Ici, il vient bien en treille. Fixés à des échalas, ses raisins sèchent aisément au soleil, et une fois secs, ils s'égrènent facilement à la main en les frottant l'un contre l'autre. »

Soderini s'étend ensuite longuement sur l'emploi de ïAbrostino et de la Lamhrusque,

Notes:

Déjà, dans le cours de l'ouvrage, l'auteur avait eu l'occasion de mentionner quelques cépages. Ainsi, p. 13, à propos des terrains qui conviennent aux vignes, il distingue « le raisin non toufiEu, aux grappes clairsemées, à la peau dure, et très sec, comme la

Colombana et d'autres semblables les ceps bas aux grains

tendres et qui pourrissent facilement; aux grappes épaisses et

aux grains serrés, comme le Moscailello et le Mnmmolo ; le

Colombino et ses semblables, qui ont le bois dur et noueux ».

P. 95, en parlant des vins il énumère, sans plus de renseignements, comme raisins d'une saveur douce, la Canairola^ la Marzaminaj le Rafone, la ScJnaca, le Mammolo, noir et blanc, le San Colomhano.

Dans ce traité, Soderini étudie, en môme temps que la culture de la vigne, l'art de fabriquer les vins et de . les conserver. Il abonde en remarques ingénieuses. Son style est élégant. Les académiciens de la Crusca ont mis son Traité au nombre des Tei*ti di lingua. Ce patricien-praticien, comme nous l'avons appelé dans notre Histoire de l'ampélixjraphie, ne reculait pas devant lé trait d'esprit. Il eût rendu des points, en étymologies, douteuses, mais spirituelles, à Varron et à saint Isidore. Il estime que la vigne étant une source de vie, on doit tirer ritis de rita. « La vite, dit-il, che mte per la mta ch' ella ha e.dà alla nostra umana vita è stata addimandata, etc. La vigne, qu'on appelle r/V/zie à cause de la riv qu'elle a, et qu'elle communique à notre vie humaine, etc. »

BERNARDO DAVANZATI

COLTIVAZIONE TOSCANA délie riti e d* alruni arborl ; 8" de 45 p. Florence, Giunti, 1600.

Ce petit opuscule a été publié dans le même volume que le Traité de Soderini, ainsi qu'un éloge du Melon par Giachini. Son auteur, Bernardo Davanzati Bostichi, savant traducteur de Tacite, a passé une partie de sa jeunesse à Lyon, dans le négoce. Il a tenu, sans doute, à justifier, en ampélographie, le surnom que ses confrères de l'Académie des Altoratl lui avaient accordé en le baptisant il silente^ le silencieux. Il ne cite aucun cépage.

Biographie :

OUn'er de Serres naquit à Villeneuve-de-Berg, en Ardèche, non loin des coteaux crétacés, où M. Georges Couderc, d'Aubenas, a expérimenté ses hybrides. Son château familial du Pradel fut rasé, reconstruit, puis incendié, au milieu des horreurs des guerres religieuses qui désolèrent le Vivarais. A tous ces maux ce philosophe opposa la plus sereine résignation, le courage le plus chrétien, et un ardent amour de l'étude et des choses de la campagne.

Il traça dans son Théâtre d'Agrieulture ou Mesnage des Champs, les règles les meilleures pour rendre aux terres abandonnées par leurs infortunés propriétaires, guerroyant sous les bannières papistes ou calvinistes, leur fertilité première et leur riant aspect. « Ce grand et bon ouvrage, dit Haller, est celui d'ui^ homme expert qui préfère, avec raison, de^ moyens simples à ceux d'une grande dépense. » Évidemment inspiré des Anciens, il contient, à côté de ses réminiscences classiques, des parties très originales et très modernes.

Ce fut Olivier de Serres qui lança la culture du Mûrier blanc. Henri IV manda notre agronome aux Tuileries, pour y présider à une plantation importante de cet arbre nouveau. Charmé de la sagesse et de la science de ce gentilhomme campagnard, le roi de France tenta, mais sans succès, de le retenir à sa cour. De retour en Vivarais, le noble paysan lui en exprima sa reconnaissance en lui dédiant ses œuvres. Il mourut à quatre-vingts ans, laissant une mémoire honorée et un nom qui, momentanément oublié, a repris tout son lustre dans le cours de notre siècle.

Olivier de Serres, excellent viticulteur, a méconnu l'ampélographie : il s'est borné à nous donner une simple liste de cépages, jugeant leur description inutile, puisque terrains et climats les modifiaient perpétuellement.

Texte : LE THÉÂTRE D'AGRICULTURE

et Mesnafje des Champi*, Paris,

Lieu III, chap. ii. — Gardez aussi d'estre trompé aux noms des raisins, en la recerche desquels gist plus de curiosité, que d'avantage, voire telle confusion, que s'y arrestant, on n'en pourroit avoir aucun plaisir. La révolution des siècles, et distance des lieux, ont tellement diversifié les appellations des raisins, qu'à peine s'entend on aujourd'huy de terroir à autre, je ne dirai pas de pro vince à province. Car icy l'on nomme telle sorte de raisin, qui est blanche et hastive, qui là se treuve noire et tardive : estant tellement grande la diversité en cest endroit, qu'aucun fondement n'y peut estre assis. La cognoissance du seul raisin Musquat x\o\xii> reste, d'entre l'infini nombre des autres, à ce nom recogneu par toutes nations. Les Antiques le nommoient Apian, des mousches-à-miel, dites en Latin Apes, bien que ce nom puisse estre communiqué à une autre sorte de raisin, à laquelle les abeilles s'attachent comme au Musquat; à cette occasion par d'aucuns appellée, Aheillanne, estant de couleur blanche. Quant aux autres espèces, ce sont lettres clozes pour nous, ce que les anciens agricoles, Hésiode, Mago, Cato, Varro, Virgile, Palladius, Columelle, Pline, Constantin César, et autres escrivent de leurs vignes, Aminées, Venunculles,

Ceraunies, de Rodes, de Numidie, Maronnées, Vesuviennes, Nomantanes, Visules, Eugenies ou de bonne nature, Helvoles, Argites, Cocolubes, basiliques on Royales, Perqualanes, Fregellanes, Murgentines, Aïbuelis, Visula, d'Albin Helceuques, Duracins, Dracontion, Ameihgsion, Berruières, Archélaques, Scipiones,

Non plus aujourd'huy ne sont indifféremment recogneus, par toutes les provinces, les noms des raisins, dont l'on use le plus en divers endroits de ce Royaume^ qui sont, Nigrier, Pinot, Piquée-poule, Meurlon, Foirard, Brumestres, Piquardant, Ugnes, Cauné», Samopran, Ribier, Beccane, Pounhete, Rochelois, Bourdelois, Beaunois. Malvoisine, Meslier, Marroquin, Bourboulenc, Colitor, Voltoline, Corinthien, ou Marine-noire, Grecs, Salers, Espagnols, Augibi, Clerete, Prunelat, Gouest, Abeillane, Pulceau, Tresseau, Lombard^ Morillon^ Sarminien, Chatus, la Bernelle, et autres infinis, qu'il serolt impossible de représenter par le menu. Virgile en donnant ce tesmoignage, dit que

La tigne est différante En autant de surnotns, Co/n/ne on raid abondante La Libye en sablons.

Pour laquelle confusion de nom, n'est possible assigner à chacune espèce de raisins, sa place et son particulier gouvernement, bien-que pour l'.avantage de la Vigne cela fust à désirer, car comment pourrions-nous exactement ordonner de ces choses, veu que ne recognoissons du tout les noms desquels est question? Or quelques noms qu'ayent nos Vignes, n'importe, pourveu qu'elles soyent de la bonté requise

Les raisins noirs pour leur dureté

sont estimés masles : et les blancs pour leur délicatesse, femmelles, pour laquelle cause de ceux-là les trois quarts de la Vigne en seront plantez, et de çeux-cy le quart restant.

Lieu III, chap. iv — C'est ce que Ton peut dire

du gouvernement de la Vigne basse, selon que par les meilleurs vignolans est pratiqué en Languedoc, Provence, Dauphiné, et ailleurs où elle est en service. Qui est celle ditte des Grecs Orthampeha, par se soustenir d'ellemesme, appelant Dactylidoa, celle qui en bois n'excède la grosseur du doigt, et qui de nécessité est appuiée : laquelle Ton peut rapporter à la Françoise. . .

Lieu III, ch. y. Quelques lignes plus loin, Olivier de Serres appelle Cheoaliera et Condots l'entre-deux des fossés où se plante la vigne.

Olivier de Serres apprend à produire des raisins panachés en fendant deux sarments, l'un noir, l'autre blanc, et en les provignant une fois soudés ensemble :

Un tel raisin, dit-il, ay-je

moi-mesme cueilli sur un cep en ma vigne muscate, duquel la moitié de la grappe estoit de grains noirs, selon le naturel du cep, et l'autre de blancs ; tous les deux parfaictement meurs : et ce qui augmentoit la merveille, estoit que sur les grains noirs y avoit des taches blanches et sur les blancs, des noires, figurées en jaspe. Tels raisins peut-on accoupler avec les Capineus de Pline, croissants en la Calabre, lesquels il dit estre ainsi qualifiés naturellement, durant quelques années> et non toutes de suite.

Lieu III, chap. xii. — Une race de raisin y a-t-il a cela particulièrement propre, tant pour la grosseur de ses grains, que par ne se meurir jamais, demeurans tous- jours verts. En Languedoc on l'appelle Aygras, et Pline la nomme Vigne insensée. Depuis que les raisins commencent à naistre, jusqu'à l'arrivée des grandes froidures, ceste vigne-ci produit de nouveaux raisins. Si que durant huict mois continuels, on y treuve des raisins naissans : et depuis le mois de Juin jusqu'à la fin de Novembre, des fleurissans et s'engrossissans ; par ainsi durant ce temps-là, on y prend des aigrets à toutes heures.

Lieu III, chap. xiii. — En Vivarès, es quartiers de Joieuse et l'Argentière, l'on garde les raisins un couple

d'années, dans des feuilles de figuier, dont ils sont enve loppés un à-un, desquels sont faits des petits paquets, comme saucissons de Milan, où ainsi mignardement ploies, se maintiennent fort nettement. Les gens du pays appellent ces paquets-là Supplications et Gibets^ et à Paris, où quelquefois les marchands y en apportent, Virecots,

Lieu III, p. 249 (édit. de 1804). — Hautaigiies. — Ces vignes treillées, appelées es Cevènes de Vivaretz, Hautaignes, ainsi dictes pour leur hauteur, ont quelque conformité avec les hautains qu'on void le long de la rivière de Loire, au pays d'Anjou, en Piedmont, en Italie, et ailleurs, hormis qu'il n'y a aucuns arbres pour aider à les supporter, ains seulement du bois mort.

Notes :

La belle édition d'Olivier de Serres, publiée par Huzard, AN XII, plus connue sous le nom d'édition de 1804, contient de savants commentaires qui nous dispensent de remarques personnelles. La partie des cépages y a été étudiée par Cels.

Jacqucft-Martin Gels (1743-1806), né k Versailles, fut d'abord employé dans les bureaux de la Ferme Générale. Puis, il se livra, de plus en plus, à l'horticulture et k la botanique ; il devint bientôt célèbre autant par sa magnifique pépinière de Montrouge que par le nombre prodigieux des plantes exotiques qu'il a naturalisées. Membre de la Société d'agriculture de la Seine et de l'Institut, il prit part k la rédaction du Code Rural et fut souvent chargé de différents rapports concernant l'agriculture. Il inventa une greffe qui porte encore son nom. •

Nous nous bornons donc k annoter, par-ci par-lk, le commentaire synonymique de J.-M. Cels, lui laissant, la plupart du temps, la responsabilité de ses assimilations, parfois trop étendues.

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