TYPE D'UNE JOURNÉE D'INITIÉ
Il s'est endormi la veille soit en ressassant une pensée, soit en s'absorbant dans une question que la vie astrale du sommeil lui résoudra.
Le premier éveil, qui ne doit jamais être brusque, marquera un retour même vague vers l'idée.
Le second éveil plus complet, doit valoir comme Gloria in excelsis Deo : et le signe de la croix sur soi et autour de soi précède le lever qui sera brusque.
Jamais on ne doit ni paresser, ni lire au lit. La stase horizontale, essentiellement passive, ressemble trop à la mort et ne convient pas au matin, aube de l'action.
L'initié fait une toilette minutieuse ; le tub tiède, c'est-à-dire l'eau à la température du corps se recommande, à défaut d'une baignoire où on ne resterait qu'une seule minute.
Après la toilette, la prière faite à genoux composée comme catholique du Pater y de Y Ave et de l'évangile selon saint Jean ; comme initié du verset sacré du Pa-
ter dit à part, et d'une dernière oraison improvisée, toute individuelle et demandant les grâces les plus précises pour l'œuvre de ce jour .
Ensuite, si on n'a pas écrit la veille ce qu'on doit faire, élaborer très vite le plan de sa journée et l'accomplir : mais l'accomplissement suppose la propicité d'autrui et des choses.
Supposons autrui faisant défaut, ne prends pas d'humeur et passe aux autres points de ton plan.
Théoriquement le matin convient aux efforts de clarté ; mais il n'est pratique qu'en province ou à la campagne. A Paris la vie nocturne s'impose et fait de la matinée une compensation de repos, de soins physiques et intérieurs.
La gourmandise, le plus bas de tous les péchés, est aussi te plus antithétique à l'initiation.
Quant au végétarisme, je ne le conseille pas ; il diminue la combattivité et le Mage étant destiné à lutter, devrait, dans la mesure du possible, manger de la chair d'animaux farouches et sauvages; j'indiquerai, à cause de leur phosphate, les poissons, les laitances et les caviars..
Un autre point de nutrition ici prescriptible, le fruit, spéciialement convient à l'intellectuel, l'oiseau est à proscrire. Quant aux boissons, ni bière, ni cidre, ni aucune liqueur ; des vins et, si cela est possible, rien
que de Teau, sauf aux moments où Ton veut éperonner l'organisme- Ces conseils sont ceux de l'hygiène morale.
LOI, L'homme ordinaire traite le corps pour vivre sainement et pleinement.
L'initié traite l'âme, persuadé que le corps prendra l'accommodation animique.
Manger jusqu'à s'alourdir, boire jusqu'à s'étourdir sont deux fautes.
Celui qui consulte un menu et se réserve pour tel plat, celui qui ne s'arrête pas à la première satisfaction d'estomac, celui-là pèche contre l'initiation.
Il faut, comme Léon X, rester tempérant devant une table de LucuUus ; agir suivant son besoin et non pas suivant la sollicitation des mets.
Celui qui se laisse séduire par un aliment est un sot.
On ne doit pas lire à table, ni après la table, sinon à haute voix; la déclamation peut à la fois servir la digestion et préparer au travail cérébral. L'après-midi convient au bouquinement, aux recherches, à l'accumulation des matériaux pour l'effort du soir.
L'heure qui précède le coucher du soleil, infiniment propre à rémotion féconde, doit être pour l'initié comme elle est pour la nature, un moment recueilli où Ton s'écoute vivre et penser.
La vie nocturne étant née, chez les Kaldéens. du cli-
mat, chez les Parisiens, de cette conception fausse que le plaisir se trouve en dehors du travail, on ne saurait la régler que pour soi.
Le théâtre lorsqu'il s'appelle Racine, Corneille, sur- , tout Shakespeare, encore plus Wagner, le théâtre est ' la seule beauté de la civilisation.
« Le matin aux églises, l'après-midi aux musées, aux bibliothèques, le soir aux théâtres, voilà la vie | extérieure de l'initié. » ' ^
Si la soirée est donnée au labeur, aucune purifica- ' tion n'est nécessaire, mais si l'on rentre d'un bal, il faut brûler quelque encens afin de se désinfecter astralement.
Que jamais le sommeil ne fermenta paupière Sans t'étre demandé : Qu'ai-je omis ? qu'ai- je fait ? Si c'est mal abstiens-toi, si c'est bien persévère.
Ce conseil des Vers dorés j que donne aussi la piété, est d'une importance colossale surtout si, ayant examiné ses fautes du jour, on s'impose dans le plan du lendemain des ordres réactifs.
Cela fait, la prière semblable à celle du matin, sauf l'oraison improvisée qui doit toujours exprimer les besoins du moment.
Quant à Tutilisation du sommeil pour Fart notoire ou l'œuvre, je l'indiquerai dans. un suivant volumei : il
suffit, souviens-t'en, que ta dernière pensée soit abstraite ; ton dernier regard, avant d'éteindre la lampe, doit aller non à un portrait, mais à un chef-d'œuvre comme le Cenacolo de Léonard.
Celui qui ferme sa paupière sur un rayon d'idéal n'aura point de cauchemars; les fantômes ne viennent jamais vers le pieux de l'art grandiose.
L'idéal pour s'endormir comme pour l'éveil serait quelques accords de sainte harmonie, quelques mesures de Beethoven, de Wagner, de Bach.
Endors- toi dans une pose noble et toujours sur le côté.
La magie pratique, soumise à des préceptes rigoureux, ne possède plus de règles dès qu'il s'agit du détail personnel.
Ce qui convient au provincial ne s'adresse pas au Parisien. Celui qu'une glèbe attache ne saurait suivre l'entraînement indiqué à cet autre libre de toutes ses heures.
Mais j'indique trois rappels magiques dans le jour possibles à tous : au lever, prière et résolutions } à la vesprée, recueillement pour écouter l'inconscient supérieur ; au coucher, prière et examen.
Quiconque chaque aube prie et veut ; à chaque vesprée rêve, à chaque coucher prie et se Juge et veut encore — celui-là sera mage.
98 AMrarniÉATVE m& soescms mortes
Car trois^ fois le joor il affirme sa yolonté et selon la communion des saints, et selon la communion des génies.
Sainte * Thérèse disait : « Donnez-moi un quart d^beure de réflexion chaque jour et je vous promets le salut ». Donne-moi trois quarts d'heure de réflexion par jour et je te promets la magie.
Ce ternaire d'exercice que rien ne doit te faire cesser, ni la fatigue, ni la maladie, ni même Thébétude, car mieux vaut encore Fimparfait que lomission, ce ternaire suffit à faire de toi un adepte, si tu y ajoutes deux règles dont Tune appartient à la morale courante, dont Tautre te fera honnir si tu Tavoues.
La première veut que tu sois un gentilhomme, c^està-dire un homme qui ne ment, ni n'intrigue, ni ne finance d'aucune sorte : la seconde t'impose de renier la société, la patrie et ton temps.
Si tu es soldat ou plus encore officier, si tu es douanier ou, pis encore, ministre, si tu es. quelque chose dans l'infamie de ce pays et de ce siècle, • vainement tu prieras, tu appartiens au collectif, valet du mal ; patriote, va à Tabsurde, tu iras un jour au néant, quand fulminera sur l'humanité le pentagramme irradiant de la justice.
Il faut se défendre, non pas combattre : considère donc toute hostilité à l'instar d'une chose, et repousse-la
hors de ta voie ou gare-toi d'elle, comme d'un rocher croulant, d'un vent violent : n'accorde jamais à aucun . être la qualité d'ennemi, ce serait le mettre à ton niveau et reconnaître son destin égal au tien. Gomme la grande rareté de ce monde est la persistance, il est très rare que Thostilité dure longtemps. En outre, l'hostilité qui s'escrime dans le vide, c'est-à-dire en face d'un repos de combat, àe lasse, et se lassant, s'épuise.
Pardonner ne semble pas le mot magique de l'idée qu'il enfermij. Pardonne-t-ori au vent, qui arrache un toit, à la pluie qui pourrit une récolte? Quiconque t'offense n'est que du vent et de la pluie : abrite-toi, abrite ce qu'on menace et laisse passer. Celui qui te calomnie, qui te vole ta place en quelque lieu, agit sous l'influence d'instincts corrompus bien plus misérables qu'une manifestation élémentaire.
Parvenu à ce dédain des méchants, tu es bien près de les vaincre, car nier un être quand il est injuste, c'est à moitié le méduser; nie donc tes ennemis : essuie la calomnie comme fait un matelot lorsque le grain passe.
Il n'y a de redoutable que ce que tu crois tel, et la chose humaine niée se rétracte aussi impuissante que la pieuvre, si elle ne rencontre pas un point d'appui.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ÂRGAirE DE NEBO OU DE RECUPERATION
Le sacrement de pénitence consiste en contrition, confession et satisfaction.
Je suis forcé de contredire ici les catéchismes ; la satisfaction ne consiste pas à réciter quelques Pater ^ cela ne vaut pas non plus le nom de pénitence.
La satisfaction consiste dans la réparation de ses fautes ; qui a calomnié doit réparer sa calomnie en la même assemblée où elle la produisit ; cette dévote dont les propos ont sali une réputation doit aller chez toutes les personnes qu'elle connaît, se palinodier.
Si les mêmes prêtres imbéciles qui défendent l'étude du nu auK artistes imposaient la satisfaction à leurs ouailles, il y aurait moins de communions fréquentes, moins aussi de communions indignes.
Les catéchistes réduisent à trois les œuvres de satisfaction, la prière, Taumône et le jeûne. Ce dernier
moyen de satisfaction est vraiment d'une simplicité tout à fait puérile.
La Magie exige que Tinitié satisfasse par Tacte de lumière opposé à son péché : telles sont la correction personnelle et la réaction scientifique qui font les forts et développent en nous la faim et la soif de justice.