LA QUIDDITÉ OU DE LA VRAIE VOIE
Nom divin : Tsavaoth Ëlohum.
Séphire : Kether.
Série spirituelle : Seraphs.
Signe : Le Bélier.
Arcane : L'Octénaire.
Après l'avoir conduit jusqu'à l'ascèse, je te dois une définition de la magie : c'est Fart de la sublimation de l'homme : aucune autre formule ne vaut
La sublimation s'opère sur soi, en idée et en acte; il faut être sublime pour penser juste, et penser juste pour agir dans la lumière.
Tu ne retrouves pas ici les promesses d'Ëliphas Lévi ni l'érudition de plus récents dissertateurs. Je ne peux te promettre que la proportion du résultat à l'eflfort. Quant à l'érudition, je n'aurais qu'à te citer du Fabre d'Olivet, mêlé à du Drach pour t'éblouir. £n ton seul intérêt, je débarrasse la matière de son
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beau décor ; pour satisfaire à ma conscience, je ra pproche ridéal catholique et l'idéal magique ! l'adoration animique et l'adoration intellectuelle de Dieu : la piété et le mystère.
Le mystère est-il au-dessus de la piété? Oui, si la piété lui sert de base. Car c'est ici le point le plus important de mon enseignement, que la magie ne s'accommode pas de la malhonnêteté.
Un mage journaliste, un mage avocat, un mage fonctionnaire de la république : risée.
Quant à ceux qui ont lu beaucoup de volumes et qui en ont écrit plusieurs sur la matière, sont-ils mages? Une prédilection de lecture et des travaux d'érudition ne signifient pas si grand.
Le caractère essentiel du hiérophante réside dans sa doctrine et Renan aurait épuisé la même grâce dévote et perverse sur l'occulte qu'il ne serait pas plus un adepte qu'il n'est hiérographe. Même, c'est grand malheur cette manie contemporaine de traiter de l'occulte didactiquement sans autre dessein que de témoigner de sa bibliothèque et de sa curiosité. L'hermétisme devient une branche des lettres et subit la contamination des autres, lesquelles se croisent et se nouent avec les pires frondaisons du mal. louseph, père nourricier de Jésus quoique prince de la race daouidique, était inscrit à la corporation des charpentiers; les Médi-
cis à Florence avaient leur nom parmi le corps médical. Nul homme n'a le droit de se dire mage sans épithète : On est poète, métaphysicien, romancier, peintre, chimiste, érudit et Ton pratique l'ascèse magique et l'on suit en ses œuvres la méthode magique. Exige * de celui qui se dit mage, d'exceller en son art, l'œuvre te garantira la doctrine : sans cela il suffirait ou d'une marqueterie d'archaïsmes idéiques ou d'un pastiche de l'Apocalypse pour se mitrer et faire des dupes dont on serait la première.
Lors même que tu ne devrais pas céder au vertige d'écrire avant d'avoir senti qu'une parole te choisit comme bouche ; lors même que tu serais décidé à te cultiver en silence, choisis un terrain d'activité parmi les belles-lettres ou les beaux-arts, afin d'éviter la lycanthropie.
Il est impossible, sauf à l'élu d'un ordre nombreux, de se cantonner dans l'abstraction pure* La contemplation perpétuelle du mystère ne donne pas une illumination croissante; la fixité mentale, comme celle de l'œil, brouille bientôt les images, détermine un strabisme et le strabisme ici c'est Terreur.
En outre, la spécialité que je te commande est nécessaire comme prisme où le mystère viendra se décomposer. Cette spécialité sera la lentille concentrative de la lumière divine. Gomme ton choix ne sera influencé par
aucune nécessité, tu trouveras du même coup ta vocation, c'est-à-dire ton aptitude maîtresse.
Alors tu marcheras simultanément sur trois voies; c'est-à-dire que ton effort ou autoperfectif, ou d'artifex ou d'abstracteur, à Tinstant où tu agis sur un plan, écrit des basses sur les deux autres.
Sur la première portée ou de la culture du moi faistu un essai, vaincs-tu une habitude? parallèlement une accélération se produit sur les deux autres lignes comme si la mélodie, se pouvant écrire indifféremment en une des trois portées, engendrait son accompagnement sur les deux autres : Tidée profitant à la fois à Tart €t à Pâme; ou l'art perfectionnant par loi d'écho l'âme et l'esprit.
Il est historique et aussi de constatation contemporaine que le plus grand nombre des Jasons de l'occulte se sont perdus, corps et biens ; la côte colchidienne mériterait le nom de baie des Trépassés. Ce péril a deux causes : se servir de l'épée des anges pour ses passions, cultiver exclusivement ou son âme ou son esprit. L'effort de l'agnoste, du quelconque porte sur les contingences et les effets, qui frappent durement mais ne terrassent point.
La volonté du mage touche aux causes secondes ou éthérées qui brisent l'être qui les veut matérialiser.
Un des trente-sept dogmes de Pistorius : V esprit se
revêt pour descendre et se dévêt pour mon ter y nous avertit que la volonté de l'initié doit se dévêtir de passionnalité pour monter à la conception^ sous peine de démence ou de maladie. Celui donc qui croit demander à l'hermétisme le pouvoir de séduire, de vaincre ses ennemis, de passer ses rivaux, périra.
L'initié accueille ou repousse le désir d'autrui mais ne le sollicite pas, de même il attend que ses ennemis se frappent eux-mêmes et accroît seulement son mérite en face de ses compétiteurs. Car la force de toute force c'est l'adhésion au plan divin : la victoire y vient chercher toujours ceux (J^ui l'y ont attendue-
Aux versets de l'histoire hébraïque Israël s'identifiant avec lahvé, homologue l'ennemi de Dieu et Fennemi de ce peuple puissant : il faut voir là beaucoup plus qu'un artifice prestigieux de grand art, une leçon inappréciable de magie pratique.
Es-tu lésé, juge si en te faisant tort, on a fait tort à Dieu ; si oui, cesse ta haine, tu as la garantie de la sainte Pro^vîdence; sinon cesse encor ta haine, la querelle qui n'a pas touché au divin, ne vaut pas un instant de ta pensée.
L'autre raison qui périculise l'étude de l'occulte, se voit d'abord aux cantonnements dans une branche de réalisation.
Malheur et déception à celui qui cherche la per-
fection métallique sans être d'abord un saint et un génie.
Malheur et déception à celui qui fait usage public du magnétisme et du phénoménisme occulte, sans une volonté pure et un désintéressement parfait.
Malheur et déception à celui qui, glorieux d'avoir collectionné une couronne de belles et fortes idées, vit d'une sorte vilaine et contraire à sa doctrine.
La sainteté comprend en elle la magie ; tous les élus de l'Eglise furent des mages ; mais combien peu d'occultistes furent seulement vertueux.
Sache, sans jamais t'en faire une excuse, que l'excès cérébral produit des contre-coups avilissants chez les génies eux-mêmes et ne va pas, à l'instar du bourgeois ignoble, absoudre ta paillardise parce que Dante ne fut pas chaste ou ton ivrognerie parce que Musset s'est grisé. Tu n'as pas même le droit de juger ces hommes, baise leur œuvre et admire ; les hauts plaisirs que tu leur dois, tu les dois à leur témérité. Je te convie à devenir mage, non pas à devenir flambeau : une extrême rigueur devient la loi de tout être qui manifeste sa pensée, l'artiste comme le penseur jouent leur éternité chaque fois qu'ils profèrent une parole.
Si le génie qui fit Parsifal est certain d'un bonheur sans fin et sans terme, si Gluck jouit de la plénitude de l'amour noble, si Platon est assis aux marches du
trône divin, sois sûr qu'un imbécile comme Âuber ou Scribe, un voyou comme l'homme de Médan ou un cuistre comme Luther seront damnés, et dans quel autre enfer que leur œuvre !
Au sortir de la vie, une éclatante lumière nous fait juger, avec une évidence de soleil, toute erreur, et Terreur d'un verbe sera l'éternel supplice de celui qui Ta proféré.
Dans le siècle des siècles, Auber, l'homme de Médan et Luther seront hués par le mépris des mondes et des anges.
Aussi, mon disciple, garde-toi des œuvres prématurées, des paroles hâtives, garde -toi toi-même de Tœuvre et de la parole.
Gomme, de nos jours, la magie est tombée jusqu'aux mains des journalistes, que les mondaines osent se faire broder des pentagrammes sur leur peignoir, tu pourrais croire que le mage est une sorte d'homme de lettres et que la femme peut entendre quelque chose à Focculte.
Garde-toi de telles sottises : le vrai mage n^est ni un pédagogue, ni un chroniqueur, il ne prouve rien et ne daigne étonner personne ; dans l'antiquité, silencieux, il ne proféra longtemps que des prières et des ordres»
Aujourd'hui, les peuples, affranchis de sa tutelle sublime, errent conduits par des insensés, et lui, ne
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peut même plus prier pour des sociétés égalitaires, c'est-à-dire fiancées aux ténèbres.
Ton devoir consiste à préparer l'avenir, le présent étant si pourri qu'y toucher le poudroierait plus vite; et alors tu dois révéler (revetare) les éternelles vérités afin qu'elles soient perceptibles à ceux qui vont venir.
L'office des penseurs est de renouveler les formes (species) de l'immuable sagesse.
L'Egypte, qui a laissé de si beaux monuments de sa puissance» ne nous a légué sa sagesse que sous d'indéchiffrables formes.
La Kaldée nous étonne de sa ibraiidable entreprise sacerdotale, sorte de dynastie intellectuelle qui régna à Memphis comme en Etrurie, mais sa doctrine ni le
taureau ailé qui la garde ne la manifestent et les briques bilingues de la bibliothèque de Ninive nous enseignent plutôt les superstitions de Babylone que, ses dogmes. Plus près de nous, la pensée grecque demeure aussi fermée. N'ehseigne-t-on pas dans' cette honteuse bauge des jeunes esprits nommée Université que les Grecs adoraient des déesses adultères et des dieux sodomites ? De tous les devoirs humains le plus noble c'est de dévoiler, c'est-à-dire d'ôter les formes vieilles et indéchiffrables de la vérité et de la revoiler, de lui mettre des formes jeunes et qui la rendent plus manifeste et plus féconde.
Le nom de Dieu d'une seule lettre contient le mystère du gouvernement d'un peuple, le nom de Dieu de deux lettres contient le mystère du gouvernement de tous les peuples , le nom de Dieu de trois lettres contient le mystère du gouvernement de Thomme par lui-même.
Sous cette forme qui date comme rédaction de bien après la captivité de Babylone, que verra le contemporain sinon une énigme singulière, /, el leschou.
Le gouvernement d'un peuple doit être Toffice d'un seul : Royauté.
Le gouvernement de^ l'unirers doit être l'office de deux : le Pape et l'Empereur.
Le gouvernement de l'homme est l'office de trois : Corps, âme, esprit.
Voilà qui devient d'une clarté extrême, il ne reste plus qu'à faire le tableau dé l'expérience historique pour démontrer que la royauté est la forme rationnelle du pouvoir restreint ; l'impérialiat subordonné à la papauté, la forme totale de la puissance ; et pour l'hommB prouver, par Tanalyse d'une heure de la vie d'un intelligent, que cette heure a été occupée par des phénomènes distribuables en trois séries: Sensations, sentiments, conceptions.
Un grand secret de l'occulte que très peu ont dit, parce qu'il les gêdait ; la nécessité de créer la forme nouvelle où viendra se révéler la vérité.
L'art ou ne vaut rien ou vaut toujours. Dire qu'une œuvre a vieilli, sottise; il faut dire qu elle ne valait pas. Le livre de Job et les Psaumes n'ont pas été effacés par les poètes modernes. Toute forme esthétique est définitive ou nulle; personne ne contestera que Wagner n'ôte rien à Palestrina ni Shakespeare à Eschyle, ni Balzac à Homère ; du moment qu'on est, on est éternellement en art.
Pourquoi ? parce que l'art a son évolution complète en un homme : la science n'évolue que par civilisation*
De même, la religion évolue lentement et avec un grand ébranlement de peuple et de territoire.
Eh bien ! la Magie a cela d'admirable qu'elle participe à la religion par la même solidité de base, et qu'elle évolue cependant toute entière en un homme, comme un art.
. Le mage est un artiste de science ou un savant d'art, son âme prend donc une extrême importance, et si elle n'est pas souverainement belle, il incame diflformément la vérité, et la vérité dîfformée 3'appelle l'erreur.
Par analogie^ une doctrine n'est pas seulement une opération spirituelle : aussi une manifestation sentimentale.
La beauté de l'âme seule fait éclore la sublimité de l'esprit ; et j'ai commencé mon enseignement par la culture animique*
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ARGANE OGTENAIRE
La Religion est la forme collective de la vérité ; la Magie sera le contrepoint de Thomme extraordinaire sur la vérité. Jadis les Mages étaient les recteurs delà religion, ils en sont devenus inexcusablement les adversaires.
Pour vaincre la superstition qu'ils ne pouvaient déraciner, les premiers Pères damnèrent les appellations de forces cosmiques.
Afin d'obtenir l'unité de doctrine, les conciles renoncèrent à un sacré collège intellectuel.
Ce sont des faits ; sont-ce des fautes ? Je n'en déciderai pas ici ; il y faudrait beaucoup de développement.
En sollicitant chez l'exceptionnel une culture de l'esprit intense, Je commande la même culture de l'âme que l'Église.
Si une assertion parait contraire à la routine ecclé-
mstique, je n*ai pas à me défimdre pour â peu ! Tonte la théorie homéikiiie se Rsome par ced :
tqwMbnr Feqirit et rame, mais donner la préséance àreq^t.
Faire par orgueil de son origine et sa fin, ce qne les mystiques font par humilité.
Marcher la Toie d^orgneil aTcc les mêmes œuTres que la Toie humble.
Je parle pour de futurs cardinaux de l'écrit humain, non pas pour les crétins qui salissent F^ise de la musique d*un Rossini, de la parole de LaTigerie, de la peinture de Signol.