‹ Amphithéatre des sciences mortes (volume 2)Chapitre 27 sur 48 · L'ORIGINE OU DE LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

L'ORIGINE OU DE LA MÉTHODE

Nom divin : mi<Dï, mns Tsevaoth, lehova.

Sephire : Hochmah.

Série spirituelle : Keroubs.

Signe : Le Taureau.

Arcane : Le Novénaîre.

Dieu nous a créés propres à atteindre la personnalité éternelle : ce qu'on nomme le salut, c'est Téternité affective, le bonheur : on s'y prépare par les renoncements, on y parvient par sublimation de toute notre âme en charité. Car la charité, c'est-à-dire l'état d'amour rayonnant sans choix de l'objet, apparaît l'état nécessaire pour la stase paradisiaque.

Au bonheur et à la personnalité affective s'ajoute en hauteur la personnalité intellective.

Sans pouvoir en ce présent livre édifier la théorie, j'enseigne que le devenir béatifique n'a pas de point d'arrivée, la gravitation ascendante est hors du

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temps, relu ne se résout pas en Dieu, il y tend d'une sorte croissante et augmentée sans cesse, mais plus il aTance dans la lumière, plus il est lui, c^est-a-dire personnel : au lieu que beaucoup de théosophes font aboutir l'évolution à une sorte de collectif divin ou nirvana*

Si donc la personnalité est le souverain bien, ce sera aussi le souverain moyen de toute perfection.

Or, la personnalité s'élabore d'elle-même, c'est-àdire que plus un être est solitaire, puis il est lui, ipsissimus .

L'insociabilité qui découle de l'humeur ne vaut point : au contraire, elle corrompt nos impressions et nous prive de ce bénéfice qui vient parfois du rayonnement d'autrui.

Mais Philinte est aussi loin de l'idéal que le bouillant Âiceste, l'un s'est accommodé du mal et l'autre donne cours à sa colère trop passionnelle et surtout trop inutile. La femme vraiment honnête n'accorde rien à qui la flatte ; l'initié ne doit rien accorder au milieu.

Aller au théâtre du Palais-Royal, ce bouge où jamais Tart n^est entré, supporter une manifestation crétine, pactiser en quelque sorte que ce soit avec l'ignarerie ambiante, c'est équivalent à se salir. Voilà pourquoi rhermétiste fuira tous les lieux consacrés à tuer le

temps, le temps! ce bien précieux qui nous est mesuré, et par lequel cependant nous entrerons dans Téternité.

La première des solitudes est la mentale ; celle-là toujours possible, sans cesse féconde. J'en ai dit les impérieux commandements dans le Septénaire du sortir du siècle. J'y insisterai à nouveau, telle est son importance.

A réveil s'ordonner, au coucher se juger, sont les opérations mères de la solitude. Tu verras par la suite l'avantage d'un plan de chaque jour, si le jour finit pour toi comme pour un pêcheur qui ramène ses filets et choisit les poissons, rejetant les vulgaires, conservant les vendables.

L'écart entre ton programme et le résultat te force à te connaître profondément et à apprendre le maniement de toi-même.

Tu as été frappé de la niaiserie des viveurs, du peu d'idées des gens qui ont fait plusieurs fois le tour du monde, de l'inanité de tels pédants, cinq fois docteurs.

Les uns ont eu sous les yeux, sous les sens, mille expériences ; les autres virent défiler les formes et les couleurs en leur variété admirable, et une bibliothèque a passé par la mémoire des derniers.

Que leur a-t-il manqué à ceux qui ont tout vécu, tout vu et tout appris, pour être supérieurs ? La conscience qui siège dans la solitude.

Si les viveurs chaque soir avaient réfléchi à leurs émotions, les capitaines repensé leurs impressions, les docteurs classé et synthétisé leurs connaissances, ils seraient tous admirables. Ils ont omis seulement de faire le tri du pêcheur, ils ont nasse à travers la vie, le monde et la science; mais ils n'ont su sentir la vie à travers les sens, l'âme du monde parmi ses spectacles, et la science au milieu des examens et des thèses. Ils n'ont pas abstrait et cette négative suffit à les inférioriser.

Il y a un axiome diététique : « Ingérer n'est rien, digé- • rer seul nourrit », qui se manifeste au cérébral et frappe de non-valeur toute supériorité basée sur la mémoire appliquée à un programme étroit comme celui de l'Université.

L'ingestion doit être le travail soigneux de l'adepte ; mais je traiterai de cela dans le tome métaphysique.

La seconde solitude est l'animique : il faut examiner sa personnalité du jour et ne pas garder en soi de vibratilité exagérée ni au plaisant, ni au pénible : se défendre des relents d'un mécompte comme du souvenir trop vif d'un baiser.

Il faut, à la fin du jour, s'isoler de la femme qu'on aime, des êtres qu'on voit, du groupe auquel on appartient, afin de ressaisir sa personnalité diminuée par les caresses aussi bien que par les exemples et le courant des étudiants de votre même étude.

S'endormir en proie à un trop doux souvenir ou à une velléité de faire comme un tel^ sans autre raison que de Timiter, ou enfin convaincu sans preuves de ce que la caste a édicté^ sont là des circonstances diminuantes qui influent sur le demain et sur le toujours, cette succession des demains.

Dans la vie mondaine ou sentimentale ne permets jamais à une femme de toucher à une idée ; écoute ses confidences, ses rêves, ses toilettes, mais ne la laisse pas prononcer du métaphysique, si ce n'est pour un c amen :» « Ne permets pas à une femme que tu honores de ta caresse, de penser autrement que toi en abstrait; la femme doit croire selon la foi de celui qui a droit à son lit et rien de plus. Gomme mon livre ne s'adresse qu'aux esprits catholiques, je n'ai pas à dire que le protestantisme rend la femme odieuse, et que la dame qui t'explique la Bible doit être fouettée comme parente ou fuie comme indifférente.

La femme n'a pas de cérébralité ; ne l'oublie pas et marque-le lui, si elle l'oublie. Tout en elle est passion, à divers degrés, même l'amitié, même l'admiration ; ses dires sont nuls, sauf esthétiquement pour le spectacle de la lèvre, de l'œil, du geste, des poses, et la jolie consonance de la voix et du ton.

L'art de la vie ne Consiste pas à beaucoup vivre, mais à vivre consciemment.

Dire qu'il y a des hommes qui depuis vingt ans, font la bête à deux dos et toujours avec le même plaisir ? Ce . sont évidemment des sots : il y a un certain nombre de choses qu'il faut faire ou connaître pour en débarrasser son imagination et ses moments.

Les fenêtres ouvertes d'un bal impressionnent; entre et étudie, tu seras déçu. La peau de la femme est parfois la plus belle matière de ce monde ; si tu regardes de près ce vivant éblouissement, tu verras de l'acné, des zones de couleurs et d'aflfreux petits poils; cette chair si belle à huit pas, de très près n'est ni polie, ni unie de ton.

Que te conseille la sagesse ? de regarder toute la fantasmagorie mondaine comme la peau des blondes, d'un peu loin.

Du moins, si ta faiblesse te pousse hors de cette distance nécessaire à ton plaisir autant qu'à ta vertu, dès la griserie cessée, recule et rentre en toi-même.

Rentrer en soi-même, c'est la force de l'individu, ce repliement de l'entité; le chat assis enroulant sa queue sur ses pattes, te donne l'image d'un être vraiment solitaire, c'est-à-dire que ni l'homme, son maître, ni ses semblables, les autres animaux, ne le peuvent modifier. Dans la mesure de la charité, marche à travers la société comme un félin, ne te laisse jamais traiter en chien, n'abuse personne, ne crois en per-

sonne. Dévoue- toi, pour te dévouer parce que cela est beau, souffre et meurs pour une idée; mais ne prends pas la patrie pour une idée, et si, lion, on veut te faire passer dans le cerceau des lois, sors ta personnalité et ébranle le pays où on ose toucher aux lions.

Contre ta solitude, deux légions se liguent, les camarades et les femmes.

Le camarade, très différent de Tami, est celui que la similitude d'existence et non le choix fait rencontrer, c'est le quelconque qu'on connaît dès qu'on fréquente un lieu par habitude; fuis-le, c'est l'ennemi de ton temps.

La femme, comme je te l'ai dévoilé, obéit à une faculté destructive quand on ne la maintient pas en passivité ; Wagner a incarné la féminité dans sa Koundry qui fait tour à tour le bien et le mal suivant qu'elle subit l'influence du Graal ou de Klingsor, et qui n'aime vraiment que celui qui lui résiste.

Aucune femme ne sera maîtresse de toi si tu as la force de ne jamais passer douze heures avec elle, de ne jamais t'endormir près d'elle.

Plus tu convoiteras les biens célestes de la raison, plus tu seras assailli. Résiste et sois sans colère, car c'est la mission de ce sexe de dissoudre la maleté assez faible pour lui céder. Sois donc le maître pour être ]'aimé, car jamais une femme n'aime qui lui cède ; son

plsdsir c'est d'être courbée, tandis que soû instinct la pousse à courber, souviens-f en !

Même si tu es amoureux, ne te modifie jamais pour séduire. Plaire, c'est agir dynamiquement et non pas habilement. Tu ne seras jamais aimé pour tes mérites ; tu subjugueras dans la proportion où ton âme voudra sans désirer.

Après ces indications défensives, apprends que rien n'est plus funeste que de croire penser quand on rêve; pendant plusieurs années, que ton esprit ait toujours une grande idée traditionnelle en permanence. Vis avec les maîtres de l'entendement, nourris-toi de chefs-d'œuvre exclusivement, et surtout ne te soucie d'être ce qu'on appelle en province au courant de la littérature : ce sera plus tard, après l'initiation, une affaire de quelque mois. Ne songe pas aux contemporains : sois d'abord l'élève du passé et le disciple du divin.

Méfie-toi des premières théories que t'inspireront tes lectures; il y a dans la recherche de la vérité des vertiges d'autant plus dangereux qu'ils sont splendides.

Méfie-toi surtout de la lecture d'Eliphas Lévi, un mage admirable, qui te donnerait l'illusion de savoir et de comprendre, la témérité d'oser.

Illusion d'autant plus décevante que la magie, si une et ferme en ses assises devient indiciblement mul-

tiple en ses rapports et corollaires; tu saurais par cœur Favre d'Olivet et Eliphas, Paracelse et LuUe, Agrippa et Khunrath, saint Thomas et Bœhms, que tu ne serais qu'érudit.

Il faut que tu crées ta magie : non pas par Teifort vaniteux^ mais semblable à la recherche de Toriginalité

d'une œuvre. Que lentement naisse en toi une vision

individuelle de la vérité, qu'un prisme se forme, qu* décomposera, suivant ta personnalité, le rayon éternel- Ce sont les hommes de concentration qui ont étonné le monde; tous les théocrates ont d'abord été des ermites au moins au figuré : la solitude seule fait la preuve des grandeurs morales et la trempe des esprits.

Les œuvres écrites loin du public ont un caractère plus grandiose que celles conçues et œuvrées dans le tourbillon de la vie.

Il faut être souvent seul pour que l'idéal se manifeste à toi ; ne retiens du fatras évocatif de Tocculte, que l'esprit de silence, lui seul t'expliquera le mystère, lui seul te fera sentir Dieu.

L'esprit de silence mène avec lui l'esprit de paix ; évite toute compétition; crois, si tu ne veux que la sagesse, tu la possèdes par la renonciation aux hochets humains ; et si tu veux la gloire, suis l'exemple de Wagner qui, au lieu d'intriguer pour être joué, forgeait dans la solitude sa formidable tétralogie, et créait

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un destin à son génie, un destin qui a fondé Bayreuth. Pour la sagesse, renonce ; pour la gloire, continue ; ces deux verbes suffisent pour vaincre le temps et la colossale bêtise humaine : la sagesse est le seul égoîsme permis ; la gloire la seule réalité acceptable quand on la conquiert sur les hauteurs ; des biens inférieurs tels que la fortune sont de piètre nature et ne ressortent point de la sainte magie.

CONCORDANCE CATHOLIQUE

ARGANE NOVENAIRE

L'Eglise, par la voix des prédicateurs, conseille la retraite et la vie à l'écart du siècle, comme les radicaux moyens du salut. Or faire son salut ou devenir mage sont deux routes si parallèles qu'elles s'unifient en maints endroits.

Tandis que l'oraison mentale est le grand instrument de l'ascèse mystique, la méditation apparaît le grand artifice de Tascèse occulte.

Les deux ascèses diffèrent par le plan d^évolution : la piété bonifie l'âme et la culture élève l'esprit. Ce sont les êtres où la spiritualité prédomine qui ont qualité pour guider les animiques ; mais là où mon enseignement diffère des récents écrivains de la matière et se rallie au catholicisme, c'est lorsque j'exige du récipiendaire le même entraînement au moral qu'à l'intellectuel ; persuadé que l'esprit ne prend son essor que sur un à priori de beauté d'âme parfaitement semblable aux prodromes des directoires spirituels.

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