L'ŒUVRE DU SAINT-ESPRIT
L'indignité humaine a épuisé la grâce de Dieu le Père qui resplendit sur TOrient; il semble que les mérites de la Passion de Notre-Seigneur soient dépassés par riniquité croissante de Thomme.
L'espoir attend encore une grâce nouvelle, et comme un troisième salvement. Préjuger de la manifestation du Saint-Esprit serait impie, annoncer son prochain triomphe répète un sentiment commun à tous les grands esprits depuis des siècles, et conclut d'après le tableau contemporain du sacrilège occidental.
Le caractère spécifique du péché actuel réside en son essence nationale.
Le Français assassine et vole peu : la France vole et assassine tous les Français sous la forme d'impôts et de vexations militaires. Pris isolément, députés et ministres sont d'un commerce sans danger, comme fonctionnaires ils sont scélérats. Enfm le premier venu,
interrogé, ne se décèlera ni fou, ni infâme, et cependant rÉtat français est fou, est infâme au delà du possible ; aujourd'hui le mal n'a qu'un nom, et ce nom c'est la patrie. Aucun homme en son privé ne croit à régalité, l'Etat salit tous les monuments de cette ordure en sept lettres.
Je ne connais point d'autre athée que l'Etat, d'autre voleur que TÉtat, d'autre bandit que l'État.
En face de ce phénomène formidable de Terreur entraînée et du mal honoré sous les traits de la patrie, je prévois un cataclysme sans nom où crouleront les vaines nationalités ; et sur ces décombres du monde latin la iNorme manifestera le Saint-Esprit comme Jésus a surgi sur les ruines du monde romain.
Les crimes de l'autorité et de la fausse science relèvent du Saint-Esprit ; comme les péchés de la volonté crient justice au Père, et les duretés du cœur, vengeance au Fils. Or, la méchanceté individuelle se restreint à mesure que la recherche du bien-être nous rend égoïsement pénible le spectacle de la souffrance. Nous n'avons pas la férocité des tils de Dominique, mais l'anonyme nation française égale et Torquemada et Tibère moins la pompe de l'un, et l'énorme fantaisie de l'autre. Ainsi la troisième phase de l'initiation correspond au cycle du Saint-Esprit ; ainsi pour parachever en soi le miracle de sublimation, il faut rejeter avec
violiBnce toute nation qui attente à la céleste subtilité.
Quiconque pactise avec la démocratie, quiconque vote, quiconque n'exècre pas TÉtat d'aujourd'hui, ses hommes et ses œuvres, ne sera jamais mage, et je me flatte que s'il essayait de concilier quelque chose de mon enseignement, avec quelqu'une des aberrations du temps, une subite démence frapperait le profanateur de l'antique ascèse.
Il n'y a pas à consulter l'astrologie pour savoir quel astre régira demain, et le sens de la révélation suffit à comprendre que la parole est au Saint-Esprit, parce que la prévarication occidentale le force à intervenir terriblement. .
• Sors donc, par le reniement intérieur, de la Pentapole * latine, secoue la cendre de tes pieds sur ce peuple qui a chassé Dieu ; et puisque l'idole Patrie a pris la place de Jésus, que la patrie s^écroule. La France a renié Dieu et son Église ; renie la France, mon disciple^ au nom de l'Église, ta Matrie.
Au moment de te quitter, un suprême conseil et aussi sincère que tous ceux de ce livre. Je te convie à ne jamais te dégironner de l'Eglise, quoi qu'elle fasse.
La papauté est la seule chose encore debout; rallietoi à son étendard. Il n'y a pas de vérité à énoncer qui vaille l'autorité hiérarchisée, et la cohésion catholique demeure le seul salut possible.
29â AMPHITHÉÂTRE DES SCIENCES MORTES
Réserve toute indulgence pour Rome, toute ta patience en sa faveur.
l'u peux hardiment nommer du nom qu'ils méritent évéques assermentés et cardinaux diplomates, mais le mot d'ordre suprême est celui-ci : « Sauvez le Pape ».
Car le Saint-Esprit ne se manifestera qu^au balcon de Saint-Pierre, et la magie, ce couronnement, n'aurait point de base, sans Tédifice religieux.
Parle, cultive, écris exclusivement la divine langue française, car ce sera demain, après Tinva^on jaune la troisième langue classique et la prépondérante. Présent à tous les mystères de la foi, le Saint-Esprit voit d'un œil bénin Fintellectuel, car le juste de bientôt s'appellemle mage. La défense de la foi n'est plus aux mains de la piété, mais aux mains qui œuvrent.
Les saints qui sont proches seront des génies et des théosophes; le pouvoir des simples a fini, l'avenir appartient aux subtils et aux sages.
Le clergé ne produisant plus les grands effets de la sainteté verra décroître son prestige à moins qu'il n'apporte dans son ministère cette fermeté qui fait dire d'un homme : c'est un caractère.
Ce qui défie le doute, c'est la nécessité pour les justes d'être incomparablement cultivés ; à une époque où tout le monde lit le journal et croit ne pas être illettré il faut que l'élite devienne mandarine. J'emploie oe
mot à dessein, pour exprimer un souci d'ésotérisme dans la pensée et l'esthétique. 11 faut que désormais. Tœuvre d'art soit d'un ordre si élevé que le peuple la sente sans la comprendre ; il faut surélever lettres, sciences, arts hors de la portée de la foule, afin qu'une aristie nouvelle et évidente paraisse, seule lettrée, seule savante, seule œuvrante, en face de la vieille canaille humaine.
La marque du Saint-Esprit est la subtilité ; comme la charité est celle du Fils, et la volonté celle du Père, Aucune ne peut se passer des deux autres, mais la plus appropriée aux exigences du temps présent est la sainte subtilité.
Maintenant, mon disciple, ce serait commencer renseignement intellectuel que de poursuivre et j'attendrai ' l'aecueil qui sera fait à ce premier discours. S'il trouve un véritable écho je m'engage à traiter toute la matière occulte, dans l'ordre le plus profitable. S'il rencontre l'indiflFérence je me tairai comme mage, reportant mon souci vers Tart qui me donna tant de joie.
Que tu me loues, que tu me blâmes, il importe seulement que tu profites. Arrivé à cette dernière page te sens-tu meilleur et incité qoblement ? T'ai-je communiqué le goût du mystère : as-tii senti naître en toi les ambitions sublimes?
Si je t'ai fait du bien, je suis exaucé en mon vœu, et mon but est atteint.
Ceci est plus une action qu'une œuvre; j'aurais voulu non pas hésiter sur une seule idée, mais en achever la forme, je dois y renoncer.
Étranger, catholique et Sar, je trouve la malvéil* lance tapie jusque dans les bibliothèques, et j^œuvre au milieu d'une telle insécurité que je ne produis pas à ma mesure.
Il a fallu dix ans pour que ce livre fût possible : et je le considérerais comme une victoire, si je ne préférais y montrer un cri d'impatience au Saint-Esprit, dont l'œuvre va s'accomplir et où j'espère avoir la place du buccinateur qui le premier courut par les villes disant : « Le Saint-Esprit va naître, le Saint-Esprit est né ».
Amen!