‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 113 sur 182 · IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE 2H · texte numérisé non relu

IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE 2H

Mais de cette évidence que le christianisme est Texpression de la plus pure humanité et que son but est de réunir tous les peuples en un seul, et de les former à la fois pour ce monde-ci et pour l'autre, Herder croit au progrès, il croit à Tavènement de la raison sur la terre, il précise cet âge d'or futur; du passé et du présent, il tire la promesse d'un avenir heureux. Herder attendait en 1800, un Gharleraagne, annonçant que les Etats fondés sur la conquête disparaîtraient. Avec tout le respect qu'on doit à ce beau génie, l'idée de progrès n'en reste pas moins insupportablement fausse.

L'homme, la race, la nation ont une croissance, un progrès, mais suivis tôt ou tard d'une décadence.

Parce que les Américains ont assassiné les Peaux-Rouges et les Australiens, et que l'armée française bâlonne les Arabes et l'armée anglaise les Hindous, il n'y a aucun progrès à cela ; il y a croissance des extensions métropolitaines: mais ne sait-on pas que tout peuple périra par ses conquêtes et surtout par ses colonies?

Prenons ce siècle à son aurore ; au sortir d'une Révolution pire que toutes les Jacqueries, un Gengis Khan, un Wodan, fait reculer la civilisation de dix-huit siècles, et promène le vol.

le meurtre et le pillage dans toute l'Europe.

Ceux qui voient une différence morale entre Alaric, Attila et Bonaparte, sont de simples officiers ou de vulgaires patriotes.

Est-ce que l'assassinat du duc d'Enghien dénote moins de barbarie qu'il n'y en a dans l'âme de Clovis? Quel sar, quel kaiser, quel empereur traita plus indignement la religion que Bonaparte? Il la rétablit pour la domestiquer : il se fît inscrire dans le catéchisme comme le vicaire des Dieux. Comparez les bulletins de la grande Armée et les stèles de victoires assyriennes, la différence est toute entière dans une flatterie du chef à ses brigands, il leur fait partager sa gloire, c'est-à-dire sa honte.

Croyez-vous que les Français à léna, à Auerstadt, à Leipzig, à Halle, àWittemberg, àLubeck, diffèrent des armées de César, de Cyrus, d'Assourbannpal ?

L'entrée de Napoléon à Madrid et à Moscou n'est-ce pas celle d'un Goth, d'un Alaric?

Les cent trente départements devaient-ils demeurer tels au mépris de toute justice ? N'est-ce pas la brute hissée sur la colonne Vendôme, qui a forcé l'Europe et surtout l'Allemagne à s'armer? Et quand les alliés sont venus délivrer la France et lUnivers de la brute Corse, quand

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