IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
De toutes les histoires antérieures à Tère chrétienne, la plus propre à une étude typique des lois historiques est assurément celle de Rome. Ce bourg d'Etrurie en un peu de temps, défait Pyrrhus et ses éléphants, atteint Carthage sur mer, échappe par miracle à Annibal. Lors de la première guerre punique la religion y était déjà de pur décor. Quand Rome eut dévoré l'univers, elle avait contracté une habitude sanglante qu'elle devait bientôt satisfaire sur elle-même.
La nation, comme l'individu, n'est pas maîtresse de se refuser à des passions devenues trop vives et depuis trop longtemps cultivées. Au retour de sa guerre des Gaules, César marcha sur Rome plutôtque sur Pompée, et fut enfin assassiné. Mais vainement le Christ est venu, la morale humaine n'a point avancé. César est resté l'idéal du despote, et dès qu'un peuple possède une armée, il rêve de Tempire romain, cette étonnante entreprise de brigandage : il n'y a pas de morale en
histoire , même pour les chrétiens ; la fumée des massacres, l'odeur des grands charniers, éteint chez l'être humain tout ce que la civilisation a pu produire de noble et de bon en lui.
Il y a dans l'homme un animal cruel : n'ai-je pas entendu le grand Barbey d'Aurevilly regretter de n'être point maréchal. « Quelle sensation,
tlisait-il, de -conduire une armée au combat ! » Nul doute que cet homme admirable, d'une beauté de caractère sans égale, n'eût été le sectateur d'Odin s'il avait rencontré le Wodan roi des Ases, et non comme Gylfe le suédois qui fut frappé par l'explication des énigmes, mais par son aveugle courage.
On est étonné de voir Fabre d'Olivet accorder autant d'importance historique à Apollonius et à Odin. Les neufs blessures en cercle que se fît le vieux Goth pourniourir, ne signifient pas grand chose : le moindre fanatique Danubien, le dernier des peaux rouges, l'égale.
Après Grotius, Vico, en sa science nouvelle, a beaucoup fait pour la philosophie historique, posant quatre principes : la réalité de la Providence, attestée par l'universalité des religions; la nécessité de socialiser les passions en institutions, mariage, famille, propriété ; la croyance universelle à l'immortalité par la sépulture et le culte des ancêtres, enfin la permanence universelle de l'état social.
Le système des retours historiques n'est pas satisfaisant ; Herder, plus lucide, déclare qu'au début, Phomme est un bouton dont la fleur doit éclore ailleurs ; l'état présent de Thomme lui paraît le lien qui unit deux inondes.