IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
L'instinct de la foule Taverlit que le Pouvoir n'a aucune méthode et qu'il va à la cape.
Si des hommes représentant la plus haute culture de leurs temps avaient parlé au peuple sans rien accepter de lui, en refusant de le représenter, peut-être se serait-il formé un parti ouvrier honnête : mais entre la flatterie et la remontrance, un instinctif n'hésitera jamais, le peuple est condamné à l'erreur, sans recours, sans espoir ; heureux ou malheureux, suivant qu'il aura de bons ou de mauvais maîtres.
L'esprit de synthèse ne se développe pas à volonté : c^est un don et l'application ne saurait y suppléer. Chargé d'écrire l'histoire de la maison de Brunswick, Leibnitz fît son Codex juris yen- (tum. A la maison de Brunswick il rattache l'histoire d'Allemagne, puis l'universelle, enfin celle de l'homme et de la planète. Parti des petits faits d'une maison princière, il médita sur l'état primitif du globe. Le premier il appliqua la philosophie à l'histoire; mais Pascal avait dit avant lui: « Toute la série des hommes, dans l'espace de tant de siècles, doit être considérée comme un seul homme, qui subsiste toujours et apprend sans cesse. »
Quel changement: du fatalisme de Thucydide à Vico, de Bonald à d'Olivet!
Ce dernier, en découvrant trois principes vir-
tuelsdans rhumanilé : la loi préétablie, physique, morale, abstraite, comme dans l'homme même, donna le premier, une solution au problème. Il y a une loi supérieure que la volonté peut contrarier ou suivre. Quand l'homme repousse la Providence, la parole est au Destin, c'est le poids du passé, la force acquise qui vient briser la volonté et venger la Providence.
L'homme et l'humanité sont libres d'adhérer au plan répressif ou au plan providentiel. « Nul n'est censé ignorer la loi » est vrai, hélas, au sens supérieur. L'imprudent, l'étourdi, sera frappé comme un coupable. On a trop conçu l'intervention divine semblable à l'advenue dun Deus ex machina au travers des événements.
Cela est plus caché et plus terrible ; on sait qu'une cloche mal frappée se brise ; ainsi l'événement déjoue les desseins de Thomme, le blesse et le déçoit. « L'homme s'agite et Dieu le mène », c'est-à-dire qu'il s'agite dans des conditions rigoureusement prévues. Prenons un corps solide et jetons-le en l'air, il obéira aux lois de la pesanteur ; au feu il subira les lois caloriques ; prenons même l'animal en rapport avec les quatre éléments, il est libre de ses mouvements et peut courir, mais dans une certaine mesure : nager, mais seulement un certain temps : résister à l'air, mais