LE MARIAGE
La science actuelle occidentale envisage rhomme primitif, tout autrement que les théogonies sacrées, et j'ai adopté, en cet ouvrage, un mode d'exposition rationnelle que démentirait rintrusîon d'éléments sacrés. On sait, de reste, que je suis le moins laïque des écrivains, mais je nuirais à ma thèse, et à son effet,si je ne la conduisais pas, sceptiquement.
Quand l'homme parut sur la terre, la nature était encore prodigieuse, écrasante ; la végétation colossale avait pour roi le monstre, l'animal oiseau, poisson, fauve et serpent à la fois, que le moyen âge revit en ses songes ; et quoique l'homme fut complet en puissance, en acte, i] différait singulièrement de nous.
Il fut d'abord effaré et stupide, toutes les tradi-
tions le disent ; Eschyle dans son a Prométhée,» le seul drame sacré qui nous soit resté, en témoigne. L'homme primitif c'est Thomme physique, d'un instinct moindre que l'animal. Quelle épouvante quand le soleil disparut pour la première fois, quelle joie à la nouvelle aurore et bientôt quel espoir devant la périodicité des phénomènes !
Ce roman, qui a passionné tous les enfants et qui reproduit, en quelque sorte, le commencement de l'humanité, Robinson Crusoé,nous montre à quel point le primitif a du être absorbé par le soin de sa conservation. Parallèlement, un autre être, plus dénué que lui, la femme : infiniment malheureuse, en proie à mille terreurs, sans force pour satisfaire même sa faim. A sa vue, l'homme fut soulevé d'un désir intense et s'élança vers celle-ci, qui s'enfuit épouvantée, se défendit et enfin devint douloureusement la proie de l'homme. Le désir renaissant du sauvage s'impatienta et puis s'affligea de voir la femme se dérober et ne céder qu'à la force ; il pensa à l'apprivoiser, et un jour, au lieu de se précipiter comme une brute, il apporta sur des feuilles tressées, des fruits, quelque quartier de sa chasse : la femme avait faim, elle mangea, et réfléchit qu'il serait heureux, pour elle, que