‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 63 sur 182 · IV. LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV. LE LIVRE DU SCEPTRE

que hors de son territoire il n'y a que des Gentils. La France voit TOrient sous l'aspect d'un marchand de dattes ou d'un pousse-pousse : ce mouvement a sa source dans la politique anglaise. Le saxon se considère comme un lion parmi les races dont il n'est pas même le léopard mais le vautour.

Les affreuses compétitions entre les castes qui désolent chaque nation se retrouvent augmentées de peuple à peuple.

L'étranger est moins qu'un chien pour l'esprit national, et comme cet inepte sentiment paraît aussi vif dans tous les pays, l'espèce humaine entière se méprise, se hait et se guette pour se tuer.

La frontière métamorphose, paraît-il, les hommes; le provençal de Nice, méprise son frère l'italien de Vintimille : vainement, ils ont même type, même langage, ils n'ont pas même intérêt, et voilà toute la ridicule histoire.

Tout est permis pour sa nation contre une autre : l'espion français fusillé à Berlin sera un héros à Paris: quelle morale que celle des latitudes ! La nation, ce monstre d'immoralité, se permet tous les crimes : son profit vaut un droit divin : le scélérat agissant pour le pays devient un sublime personnage. Enfin la nation bafoué le droit des gens, l'humanité, et redevient

barbare à force de nier que la loi morale oblige à quelque chose envers les hommes situés souvent au-delà d'un ruisseau ou d'une borne.

Y aurait-il une infatuation ridicule et sincère à la fois ? Non, ces peuples en armes ne défendent que des appointements, et des vanités.

Il y a,en Russie, une unité d'aspiration sans analogue en Europe, cette force invincible du peuple jeune, en croissance, qui lui assure la prochaine hégémonie : mais le caractère russe, plus ingénu qu'aucun autre, n'a point de défense contre les poisons de la philosophie allemande. En cette nation qui n'a pas eu de théoriciens et de démagogues, les pires ferments de destruction ont apparu. L'épée n'atteint pas Tidée même monstrueuse ; et si le Czar est l'empereur inévitable du Saint Empire futur, le russe ne sera jamais le penseur de la civilisation : ou il obéit, ou bien il va à l'extrême de la révolte, mystique et pervers, jamais pondéré. Et cependant, hormis ce jeune peuple, tout est épuisé, en Occident.

Il y a, chez le latin, un espoir entêté de tirer

quelque profit personnel de l'Etat : et Proudhon, espril d'une autre envergure que tout ce qui lui a succédé, voulait rendre à l'individu la plus grande part d'initiative et d'autonomie : quand on relit les « contradiclions économiques, » on est surpris d'y

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