IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
c^est un bon gars sur le sol occidental', le plus doux des serviteurs à son bord, la bête la plus .terrible en Orient. Et ces intéressants officiers de marine rêveurs et vainqueurs des femmes, croyez-vous qu'ils diffèrent du matelot et qu'ils passent la traversée à se rendre humains? l'oriental pour ces illettrés est un être inférieur et pas même un homme. Le Brahme, le lama, le mandarin qui viendraient dire à un amiral : a n'oubliez pas que nous sommes Taurore dont vous êtes le jour et peut-être la nuit, » recevrait un éclat de rire pour réponse. Il y a une consigne que le militaire est incapable de prendre, celle de l'histoire.
Deux abominations nous ont mis en horreur à tout Orient ; le viol et le sacrilège. Le marin breton saccagera un temple et barbouillera d'ordure une idole, parce que le curé comme l'amiral est français et non pas humain. Il faut avoir entendu quelqu'un des pillards très gradés du palais d'Eté pour connaître l'immoralité épouvantable de l'homme national.
Si le patriotisme consistait en une solidarité d'intérêts, et de noble émulation: ce serait un beau principe. Mais la perversité humaine s'autorise de son amour du pays pour pratiquer la haine de Thumanité : littéralement chaque peuple exporte les pires passions vers l'Orient. Si Colomb
avait prévu les infamies espagnoles, il n'eut pas exécuté son dessein : il venait apporter l'Evangile, de bonne foi ; en réalité, il a apporté la mort et les supplices.
Quelle serait donc Thonnêteté du penseur, le seul que la passion n'obscurcisse pas, s'il ne disait les paroles de vérité, possiblement amélioratrices parmi les aveuglements nationaux ?
Au reste, cette machine qui traverse la France en moins d'un jour de Calais à Nice, à chaque tour de roue désagrège les nations et crée le cosmopolitisme : nous avons vu d'abord la vie nationale affluer aux capitales. Maintenant la capitale, lieu d'intérêt et de plaisir, n'est plus un lieu de séjour : Automne au château, été à la mer, hiver au midi, déshabituent de toute attache locale. Les cultivés vont chercher la peinture en Italie et la musique en Allemagne : Paris déchoit, Paris-lumière! il reste Paris la-fête.
Il n'y a plus que le peuple qui vote : la Belgique a un bel avenir : à la première commotion sociale, tous ceux qui sont libres et intelligents quitteront la France pour l'endroit où ils auront la paix. La nation groupait des âmes, jadis ; elle ne réunit plus que des intérêts ; et, contradiction, moins elle vaut, plus elle exige !
ARCANE
DE