‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 71 sur 182 · IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE

que, s'il n'est accoutumé à contempler les prodiges de rimagination humaine il admirera qu'un siècle lui ait tant acquis de pompe et de révérence. »

Les rapports de peuple à peuple devraient être semblables à ceux de citoyen à citoyen, s'il est vrai qu'un Etat doit observer la même morale que rindividu vertueux.

Il nY a chez l'homme aucun amour de l'humanité ; l'homme s'aime lui-même ; le sang et la concupiscence le rendent père, époux, frère, amant : il n'étend pas sa tendresse plus loin et fait très bien son bonheur du malheur d^autrui. I/égoïsme familial multiplie et soutient la nation : a-t-on jamais vu un peuple avouer ses torts et abaisser ses armes, au nom de la justice? La générosité se rencontre chez l'individu : le collectif, toujours implacable, suit son noir intérêt.

Quand l'épithète d'étranger signifie inférieur et sonne le mépris, il n'y a pas de civilisation réelle. Il faut entendre des Français dire : « c'est un Prussien )),ou des Prussiens « c'est un Français », pour bien juger de l'aveuglement national.

L'égoïsme instinctif ne suffirait pas à expliquer cette idiotie passionnelle ; au reste, si de tout temps les imbéciles ont appuyé leur vanité sur leur pays, la vraie date du paroxysme, en cette

aberration, s'appelle encore le premier empire. Cette espèce d'hommes de proie que Raffet a des- . sinés^ ces monstrueux grenadiers, mamelucks sans Dieu ni diable d'un prophète à canons, ont inoculé à tous les badauds, que l'honneur d^une race résidait à vivre dans la vermine des camps et à promener une loque au bout d'un bâton, parmi des charniers.

Réhabilitons du même coup toutes les hordes, adorons le rnal, et restaurons les sacrifices humains. On dépossède un Behanzin qui avait le goût homicide et il y a une colonne Vendôme à Paris ! On considère comme criminel le manque de paroles aux vaincus, et il y a une avenue Hoche, quoique ce brigand ait massacré l'armée vendéenne, après qu'elle se fut rendue. Dans la répression de la commune, on a tué comme dans une battue, sans même l'hypocrisie de la légalité. J'avoue connaître d'anciens insurgés éru dits, délicats, doux, penseurs, et auxquels je confierais ma bourse et ma vie. Or, rien ne fait un procès plus terrible à une société que de tels individus, parmi les révolutionnaires. Cela prouve que les lois en France n'expriment plus les mœurs : sontelles, au reste, officiellement exprimables ; enchaînera-t-on jamais ce qu'on a déchaîné ; l'épée du Césarisme, la dispersion du fédéralisme met-

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