‹ Amphithéatre des sciences mortesChapitre 87 sur 182 · IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE · texte numérisé non relu

IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE

celle basée sur le cens ; celle qui se recrute dans certaines familles ; celle qui est héréditaire ; celle enfin où le magistrat décide, et non la loi : toutes quatre sont des variétés de la Ploutocratie.

Or, elle ne serait pas à rejeter, si les fonctions entraînaient de telles charges, que tous les revenus du riche profitassent à la communauté; et même que, dans un temps déterminé, ils fussent ruinés par les honneurs conférés.

Mais il y a de l'absurdité à rétribuer un riche en même temps qu'on l'honore ; d'autant que le riche a moins d'intelligence et d'application que le pauvre.

La bourgeoisie veut mater le peuple, et le peuple déposséder la bourgeoisie : or, la bourgeoisie a raison de ne pas se laisser écraser, le peuple ne saurait avoir tort de vouloir mieux vivre. Qu'ils partagent, et la vanité d'un côté aidera la misère de l'autre!

Toutes les fonctions devraient être aux enchères : une commune a telle dette, ou besoin d'un pont, ou d'une route, ou de lel autre subside : celui qui fournira sera le M. le maire ou M. l'archonte, voilà qui est simple et contente tout le monde. La seule raison des honneurs nationaux c'est de faire rendre gorge aux riches, au profit des pauvres.

Les Rothschild ne devraient-ils pas être depuis longtemps les Protecteurs de la République, avec piquet d'honneur, aubade, sérénades, parades, et traités par l'Etat comme M. Dimanche par son tailleur? On n'a plus de respect pour la noblesse et on a raison : plus une maison est ancienne, plus ses ascendants ont été criminels et plus ses descendants sont abâtardis.

Les artistes, évocateurs du passé, ont continué le prestige des noms, parce que ces noms étaient des mots magiques : Bouillon, c'est le royaume chrétien de Jérusalem, Coucy, c'est le plus fort des châteaux et le plus hautain des barons, dans l'imagination d'un millier d'êtres. Il eut mieux valu restaurer les manoirs que le prestige des nobles, qui ne sont plus aujourd'hui que des gens du monde, ou des hussards à peine distinguables de leurs collègues manants.

Mais ce respect ôté aux noms historiques, on l'a voué aux coffres-forts remplis : sans idée d'emprunt, sans aucun espoir de profit, abstraitement le monde actuel salue la fortune ; mieux vaudrait saluer les inerlettes.

Qu'est-ce que le riche ? c'est l'individu qui possède plus de moyens de se satisfaire qu'il n'a de besoins. On ne peut appeler riche, le noble ou le bourgeois qui a femme, enfants et trente mille li-

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