IV. — LE LIVRE DU SCEPTRE
ner à son profit : on lui a dit que depuis des siècles, nobles et bourgeois s'abreuvaient de sa sueur, il veut du bon temps, il veut faire la fête. La démocratie s'appelle le gouvernement par le peuple : on appelle peuple la catégorie sociale qui vit de son travail manuel. Or, l'instruction ne peut s'acquérir sans qu'on s'y consacre entièrement: donc, le peuple ne peut pas être instruit, ni compétent. Comment les ignares gouverneront-ils? en déléguant des pouvoirs aux plus instruits. Mais comment des ignorants discernerontils les instruits? Donc il est impossible que le peuple gouverne, ni même qu'il choisisse ses gouvernants. Celui qui proférerait ces vérités serait assommé dans une réunion électorale !
Le peuple, essentiellement animique, ne raisonne pas, il ressent : quiconque ne le flatte pas peut renoncer à ses suffrages; le représentant du peuple commence toujours par être le courtisan du peuple. Or, un courtisan est un menteur, donc tous les députés mentent ; car s'ils ne mentaient pas, ils ne seraient pas élus. Avant 1883, on promettait le retour d'Henri V aux ouvriers légitimistes; on promet n'importe quoi.
Comédie de bas aloi, la République fait suite au prétexte pris par les bourgeois pour remplacer la noblesse, et rien de plus.
Mais il y a les socialistes convaincus : ce sont des aliénés incapables de raisonnement, ce sont les fous de la justicie ; le mouvement de leur cœur paraît beau, la formule de leur cerveau idiote.
Il y a de la charité dévergondée dans leur cas, mais l'inquisition était aussi de la foi dévergondée!
Ce qui ôte à la démocratie tout prestige, c'est son aveu de profiter un jour des abus dont elle souffre aujourd'hui. Le peuple contemporain ne veut pas la justice, mais les biens matériels; il entend succéder au bourgeois, avoir son tour. Les promesses du club flamboient en lettres de flamme devant ces pauvres esprits.
Interrogez les radicaux modérés, ils ne veulent pas leur droit, ils veulent le pouvoir. Sur leurs lèvres « bourgeois » a le même sens que celui de pékin dans la bouche d'un officier ; et l'adjectif s'y ajoute en pensée : « sale bourgeois, sale pékin. »
Or, devant cette menace du nombre, il faut le contrepoids de la force, et si le désarmement était possible devers l'étranger, il ne le serait pas en face des socialistes.
Ces vaniteux étourdis, au lieu de s'embuc^quer derrière les questions d'économie politique, ont poussé des cris de mort : et désormais l'armée