ACTE II, SCÈNE VII
AMPHITRYON A la belle Alcmène, toujours égale à soi.
ALCMÈNE A quoi pense ce visage, qui grossit sous mes YEUX ?
AMPHITRYON A baiser tes lèvres.
Pourquoi mes lèvres? Jamais tu ne me parlais autrefois de mes lèvres ?
AMPHITRYON A mordre ta nuque.
ALCMÈNE Tu deviens fou? Jamais tu n'avais eu l'audace jusqu'ici d’appeler par leur nom un seul de mes traits !
AMPHITRYON Je me le suis reproché cette nuit, et je vais te les nommer tous. J'ai eu soudain cette idée, faisant l’appel de mon armée, et tous devront aujourd’hui répondre à mon dénombrement, pau- pières, gorge, et nuque, et dents. Tes lèvres !
‘ ALCMÈNE Voici toujours ma main.
AMPHITRYON Qu’'astu? Je t’ai piquée? C'était désagréable ?
Où as-tu couché cette nuit ?
Dans des ronces, pour oreiller un fagot de sarments qu'au réveil j'ai flambé!. Il faut que je
reparte dans l'heure, chérie, car nous livrerons la bataille dès ce matin. Viens !…. Que fais-tu ?
J'ai bien le droit de caresser tes cheveux. Jamais ils n’ont été aussi brillants, aussi secs !
AMPHITRYON ee Le vent sans doute !
ALCMÈNE Ton esclave le vent. Et quel crâne tu as soudain! Jamais je ne l'avais vu aussi considérable.
AMPHITRYON L'intelligence, Alcmène..
ALCMÈNE Ta fille l'intelligence.
! Et cela ce sont mes sourcils, si tu tiens à le sa __ voir, et cela mon occiput, et cela ma veine jugu laire. Chère Alcmène, pourquoi frémistu ainsi en me touchant? Tu sembles une fiancée et non une femme. Qui t'a donné vis-à-vis de ton époux
| cette retenue toute neuve? Voilà qu’à moi TE e
tu deviens une inconnue. Et tout ce que je vais découvrir aujourd'hui sera nouveau pour moi...
ALCMÈNE J'en ai la certitude...
Ne souhaitestu pas un cadeau, n’astu pas un vœu à faire ?
ALCMÈNE
Je voudrais, avant de pénétrer dans cette chambre, que tu effleures de tes lèvres mes cheveux.
AMPHITRYON, la prenant dans ses bras et l’embrassant dans le cou.
Voilà !
ALCMÈNE Que fais-tu ? Embrasse-moi de loin, sur les cheveux, te dis-je.
. AMPHITRYON, l'embrassant sur la joue.
Voilà ! ® ALCMÈNE
Tu manques de parole, suis-je chauve pour toi ?
î . AMPHITRYON, l'embrassant sur les lèvres, ; s Voilà... Et maintenant je t’'emporte..
Re, ALCMÈNE Une minute! Rejoins-moi, dans une minute |
Dès que je t'appelle, mon amant !
Elle entre dans la chambre. Amphitryon reste seul.
Quelle épouse charmante ! Comme la vie est douce qui s'écoule ainsi sans jalousie et sans risque, et doux ce bonheur bourgeois que n'’effleure ni l'intrigue, ni la concupiscence. Que je regagne le palais à l'aurore ou au crépuscule, je n’y découvre que ce que j'y cache et je n'y surprends que le calme. Je peux venir, Alcmène ?... Elle ne répond pas : je la connais, c’est qu'elle est prête. Quelle délicatesse, c'est par son silence qu'elle me fait signe, et quel silence ! Comme il résonne |! Comme elle m'appelle! Oui, oui, me voici, chérie...
Quand il est entré dans la chambre, Alcmène revient à la dérohée, le suit d’un sourire, écarte les tentures, revient au milieu de la scène.
ALCMÈNE
Et voilà, le tour est joué ! Il est entre ses bras. Qu'on ne me parle plus de la méchanceté du monde. Un simple jeu de petite fille la rend anodine. Qu'on ne me parle plus de la fatalité, elle n'existe que par la veulerie des êtres. Ruses des hommes, désirs des dieux ne tiennent pas contre la volonté et l’amour d’une femme fidèle. N'estce pas ton avis, écho, toi qui m'as toujours donné les meilleurs conseils ?.. Qu'ai-je à redouter des dieux et des hommes, moi qui suis loyale et
sûre, rien, n'est-ce pas, rien, rien ?
Er.
LES ALCMÈNE dis ?
re
FE
Tu