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MERCURE. — Du ciel on voit votre corps éclairer la nuit grecque.
ALCMÈNE. — Oui, j'ai des poudres, des onguents. Cela va encore, avec les épiloirs et les limes. Mais je ne sais ni éciire ni penser.
MERCURE. — Je vois que vous parlez très suffisamment. D'ailleurs les poètes de la posterité se chargeront de votre conversation de cette nuit.
ALCMÈNE. — Ils peuvent se charger aussi bien du reste.
MERCURE. — Pourquoi ce langage qui rapetisse tout ce qu'il touche? Croyezvous échapper aux dieux à retrancher tout ce qui dépasse de vous en noblesse et en beauté? Vous vous rendez mal compte de la gravité de votre rôle ?
ALCMÈNE. — C'est ce que je me tue à vous dire! Ce rôle ne me convient pas.
Je vis dans tout ce qu’il y a de plus terrestre comme atmosphère, et aucune
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APNTPPET INR VON 1S37S 125
divinité ne pourrait la supporter longtemps.
MERCURE. — N'allez pas vous imaginer qu'il s'agisse d’une liaison, il.
s’agit de quelques heures.
ALCMÈNE. — Cela, vous n’en savez rien. La constance de Jupiter, comme je J'imagine, me surprendrait à peine.
C’est son intérêt qui m'étonne.
MERCURE. — Votre taille l’emporte sur toutes.
ALCMÈNE. — Ma taille, admettons.
Il sait que je me hâle affreusement Détesr
MERCURE. — Vos mains ornent les fleurs, dans vos jardins.
ALCMÈNE. — Mes mains sont bien, oui. Mais on n’a que deux mains. Et J'ai une dent en trop.
MERCURE. — Votre démarche déborde de promesses.
ALCMÈNE. — Cela ne veut rien dire,
oo
au contraire. En amour, je suis peu développée.
MERCURE. — Inutile de mentir. Jupiter vous a observée aussi, dans ce rôle.
ALCMÈNE. — On peut fcindre….
MERCURE. — ‘Trêve de paroles, et trêve de coquetterie.. Que vois-je, Alcmène, des larmes dans vos yeux? Vous pleurez dans l’heure où une pluie de joies va tomber sut l’humanité en votre honneur! Car Jupiter l’a décidé. Il sait que vous êtes bonne et que vous préférez cette averse à une averse d’or. Une année de joie commence ce soir pour Thèbes. Plus d’épidémie, plus de famines, plus de guerre.
ALCMÈNE. — Il ne manquait plus que cela !
MERCURE. — Et les enfants de votre ville que Ja mort doit emporter cette semaine, ils sont huit, si vous désirez le savoir, quatre petits garçons, et quatre petites filles, votre petite Cha-
EELELELELELELELELEUEUELC ANDRE ERMONSS 8 127
rissa entre autres, vont être sauvés par votre nuit.
AICMÈNE. — Charissa ? Cela s’appelle du chantage.
MERCURE. — La santé et le bonheur sont le seul chantage des dieux... Vous entendez? Ces chants, cette musique, cet enthousiasme, c’est à vous qu'ils s’adressent. Thèbes entière sait que vous recevrez ce soir Jupiter, et s’orne, et s’égaye pour vous. Les malades, les pauvres, tous ceux qui vous devront la vie et le bonheur. Jupiter les guérira ou les comblera sur son passage, au coucher du soleil. Vous voilà prévenue.
Adieu, Alcmène.
ALCMÈNE. —- Ah! c'était là cette victoire! Vous partez, Mercure?
MERCURE. — Je pars. Je vais prévenir Jupiter que vous l’attendez.
ALCMÈNE. — Vous mentirez, Je ne peux pas l’attendre.
EG 128 AIMIP/HNIS IRON ES
MERCURE. — Que dites-vous ?
ALCMÈNE. — Je ne l’attendrai pas. Je vous en supplie, Mercure. Détournez de moi la faveur de Jupiter ?
MERCURE. — Je ne vous comprends pas.
ALCMÈNE. — Je ne peux être la maitresse de Jupiter.
MERCURE. — Pourquoi ?
ALCMÈNE. — Il me mépriserait ensuite.
MERCURE. — Ne faites pas votre paive.
ALCMÈNE. — Je suis impie. Je blasphème dans l’amour.
MERCURE. —- Vous mentez… C’est tout ?
ALCMÈNE. — Je suis lasse, malade.
MERCURE. — Ce n’est pas vrai. Ne croyez pas vous défendre contre un dieu avec les armes qui écartent les hommes
es
ALCMÈNE. — J'aime un homme.
MERCURE. — Quel homme ?
ALCMÈNE. — Mon mari.
Mercure qui était penché vers elle se
redresse.
MERCURE. — Ah, vous aimez votre mari ?
ALCMÈNE. — Je l’aime.
MERCURE. — Mais nous y comptons
bien! Jupiter, lui, n’est pas un homme, il ne choisit pas ses maîtresses parmi les femmes infidèles. D'ailleurs ne vous faites pas plus ingénue que vous ne l’êtes. Nous connaissons vos rêves.
ALCMÈNE. — Mes rêves?
MERCURE. — Nous savons que vous rêvez. Les femmes fidèles rêvent parfois, et qu’elles ne sont pas dans les bras de leurs maris.
ALCMÈNE. — Elles ne sont dans les bras de personne.
MERCURE. — Il arrive à ces épouses AMPHITRYON 5