‹ amphitryon 38Chapitre 25 sur 42 · SCENE SIXIÈME · texte numérisé non relu

SCENE SIXIÈME

Léda. Alcmène.

LÉépa. — Voilà une visite indiscrète, Alcmène ?

ALCMÈNE. — Tellement désirée, Léda, au contraire!

LépA. — C’est la future chambre historique ?

ALCMÈNE. — C’est ma chambre.

LÉDA. — La mer et la montagne, vous faites bien les choses!

ALCMÈNE. — Et le ciel surtout.

LÉéDpa. — Le ciel lui est peut-être plus indifférent. C’est pour ce soir ?

ALCMÈNE. — On dit que c’est ce soir.

LÉDA. — Comment cela est-il arrivé ?

Vous faisiez de grandes prières tous les

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jours pour dire votre peine, votre nostalgie ?

ALCMÈNE. -— Non. Je les faisais pour dire ma satisfaction, mon bonheur...

LÉDA. — C'est encore la meilleure façon d’appeler à l’aide. Vous l’avez vu ?

ALCMÈNE. — Non... C’est lui qui vous envoie ?

LÉDA. — Je passais par Thèbes, j'ai appris les nouvelles, je suis venue vous voir.

ALCMÈNE. — Ce n’est pas plutôt que vous comptez le revoir ?

LÉDA. — Je ne l’ai jamais vul!… Vous n'ignorez pas les détails de l’aventure ?

ALCMÈNE. — Léda, c'était vrai ce que la légende raconte, il était un vrai cygne ?

Lépa. — Ah! Cela vous intéresse | Jusqu'à un certain point, une espèce de nuage oiseau, de rafale cygne.

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ALCMÈNE. — De vrai duvet?

LéDA. — À vous parler franchement, Alcmène, j'aimerais autant qu’il ne reprit pas cette forme avec vous. Je n'ai pas à être jalouse, mais laissez-moi cette originalité. Il est tant d’autres oiseaux, de beaucoup plus rares, même!

ALCMÈNE. — D'aussi nobles que ies cygnes, qui aient l’air plus distant, bien peu!

LÉDa. — Evidemment.

ALCMÈNE. — Je ne trouve pas du tout qu'ils aient l’air plus bêtes que l’oie ou l'aigle. Du moins, ils chantent, eux.

LÉDA. — En effet, ils chantent.

ALCMÈNE. — Personne ne les entend, mais ils chantent. Chantait-il, [ui ? Parlait-1l ?

LÉDA. — Un ramage articulé, dont le sens échappait, mais dont la syntaxe était si pure qu'on devinait les verbes et jies relatifs des oiseaux.

ALCMÈNE. — Est-ce exact que les articulations de ses ailes crépitaient harmonieusement ?

LÉDA. — Très exact, comme chez les cigales, en moins métallique. J’ai touché des doigts cette naissance des ailes : une harpe de plumes!

ALCMÈNE. — Vous aviez été informée de son choix ?

LépaA. — C'était l'été. Depuis Île solstice, de grands cygnes naviguaient très haut entre les astres. J'étais bien

sous le signe du cygne, comme dit plaisamment mon mari.

ALCMÈNE. — Votre mari plaisante sur ce sujet ?

LÉéDA. — Mon mari ne croit pas aux dieux. Il ne peut donc voir, dans cette aventure, qu’une imagination ou le sujet de jeux de mots. C’est un avantage.

ALCMÈNE. — Vous avez été bousculée, surprise ?

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LÉDA. — Assaillie, doucement assaillie. Caressée soudain par autre chose que par ces serpents prisonniers que sont les doigts, ces ailes mutilées que sont les bras ; prise dans un mouvement qui n’était plus celui de la terre, mais celui des astres, dans un roulis éternel : bref un beau voyage. D'ailleurs vous serez mieux renseignée que moi dans un moment.

ALCMÈNE. — [Il vous a quittée comment ?

LÉDA. — J'étais étendue. Il est monté droit à mon zénith. Il m'avait douée pour quelques secondes d’une presbytie surhumaine qui me permit de le suivre jusqu’au Zénith du zénith. Je l'ai perdu là.

ALCMÈNE. — Et depuis, rien de lui ?

LÉDA. — Je vous dis, ses faveurs, les politesses de ses prêtres. Parfois une ombre de cygne qui se pose sur moi dans le bain, et que nul savon n’en-

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