‹ amphitryon 38Chapitre 27 sur 42 · AIN PP EULETRIREMO NE 6 I · texte numérisé non relu

AIN PP EULETRIREMO NE 6 I

l’on puisse fléchir Jupiter, vous qui le connaissez ?

LÉDpa. — Je je connais? Je ne l'ai vu qu’oiseau!

ALCMÈNE. — Mais d’après ses actes d'oiseau, quel est son caractère de dieu.

LÉDA. — Beaucoup de suite dans Îles idées et peu de connaissance des femmes, mais il est docile à la moindre indication et reconnaissant pour toute aide. Pourquoi me demandez-vous cela ?

ALCMÈNE. — J'ai décidé de refuser les faveurs de Jupiter. Je vous en supplie! Voulez-vous me sauver ?

LÉDa, -— Vous sauver de la gloire?

ALCMÈNE. — D'abord je suis indigne de cette gloire. Vous, vous étiez la plus belle des reines, mais la plus intelligente aussi. Quelle autre que vous eût compris la syntaxe du chant des oiseaux ?

N’avez-vous pas aussi inventé l'écriture

Lépa. — C’est si inutile avec les dieux.

Ils n’inventeront jamais la lecture...

ALCMÈNE. — Vous connaissez l’astronomie. Vous savez où est votre zénith, votre nadir. Moi je les confonds. Vous êtes déjà située dans l’univers comme un astre. La science donne au corps fénunin un levain et une densité qui affolle hommes et dieux. Il sufhit de vous voir pour comprendre que vous êtes moins une femme qu’une de ces statues vivantes dont la progéniture de marbre ornera un jour tous les beaux coins du monde.

LÉDA. — Vous, vous n'êtes rien, comme ils disent, que beauté et jeunesse. Où voulez-vous en venir, chère petite ?

ALCMÈNE. — Je me tuerai, plutôt que de subir l’amour de Jupiter. J'aime mon mari.

LÉDA. — Justement, vous ne pourrez plus jamais aimer que lui, sortant du

lit de Jupiter. Aucun homme, aucun dieu n’osera vous toucher!

ALCMÈNE. — Je serais condamnée à aimer mon mari. Mon amour pour lui ne serait plus le fruit de mon libre choix. Il ne me le pardonnerait jamais!

LÉDA. — Peut-être commencerezvous plus tard, autant commencer par un dieu.

ALCMÈNE. — Sauvez-moi, Léda!

Vengez-vous de Jupiter, qui ne vous a étreinte qu’une fois et a cru vous consoler avec les révérences d’un poirier.

Lépa. — Comment se venger d’un pauvre cygne blanc?

ALCMÈNE. — Avec un cygne noir.

Je vais vous expliquer. Prenez ma place!

LÉDA. — Votre place!

ALCMÈNE. — Cette porte donne sur une chambre obscure où tout est pré-

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paré pour le repos. Mettez mes voiles, épandez mon paifum. Jupiter s’y trompera, et à son avantage. Ne se rend-on pas de ces services entre amies?

LÉDA. — Sans se le dire, oui, souvent.

Charinante femme!

ALCMÈNE. — Pourquoi souriez-vous ?

LÉpa. — Après tout, Alcmène, peutêtre dois-je vous écouter! Plus je vous entends, plus je vous vois, plus je pense qu’à tant d’agréments humains la visite du destin pourrait être fatale, et plus J'ai scrupule à vous attirer de force dans cette assemblée qui réunit aux fêtes de l’année solaire, là-bas, sur ce haut promontoire, les femmes qu’aima Jupiter.

ALCMÈNE. — Cette fameuse assemblée où se déroulent des orgies divines ?

LÉDA. — Des orgies divines ? Mais c’est une calomnie. Des orgies d’idées générales tout au plus, chère petite.

AMPHITRYON 38 r4s

Nous sommes là-haut 2bsolument entre nous |!

ALCMÈNE. — Mais alors qu’y faites vous ? Je ne puis le savoir?

LÉDA. — Vous me comprendrez peut-être difficilement, chère amie. Le langage abstrait, heureusement, ne doit pas être votre fort. Vous comprendrez les mots archétype, les mots idées force, le mot ombilic ?

ALCMÈNE. — Je comprends ombilic.

Cela veut dire nombril, je crois ?

LÉDA. — Vous me comprendriez si je vous racontais qu'étendues sur la roche ou sur le gazon maigre piqué de narcisses, illuminés par la gerbe des concepts premiers, nous figurons toute la journée une sorte d’étalage divin de surbeautés, et que, au lieu cette fois de concevoir, nous sentons les élans du cosmos se modeler sur nous, et les possibles du monde nous

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