‹ amphitryon 38Chapitre 28 sur 42 · EC TT · texte numérisé non relu

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prendre pour noyau ou pour matrice ?

Vous comprenez ?

ALCMÈNE. — Je comprends que c’est une assemblée extrêmement sérieuse.

LÉDA. — Très spéciale, en tout cas !

Et où la moitié de vos charmes, ravissante Alcmène, serait sans objet ! Vous si vive, si enjouée, si volontairement éphémère, je crois que vous avez raison. Vous êtes née pour être, non une des idées mères, mais la plus gracieuse idée fille de l'humanité.

ALCMÈNE. — O Merci, Léda! Vous me sauverez | On adore sauver l’éphémère |

LÉDA. — Je veux bien vous sauver, chère Alcmène. Entendu. Mais encore voudrais-je savoir à quel prix!

ALCMÈNE. — À quel prix?

LÉéDA. — Sous quelle forme Jupiter doit-il venir ? Il faudrait tout au moins que ce fût sous un aspect que j’aime.

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ALCMÈNE. — Ah! cela je l’ignore.

LÉDA. — Vous pouvez le savoir. Il revêtira la forme qui hante vos désirs et vos rêves.

ALCMÈNE. — Je n’en vois pas.

LÉDA. — J'espère que vous n’aimez point les serpents. J’en ai horreur. Il n’y aurait pas alors à compter sur moi.

Ou alors un beau serpent, couvert de bagues.

ALCMÈNE. — Aucun animal, aucun végétal ne me hante...

LÉDA. — Je décline aussi les minéraux, Enfin, Alcmène, vous avez bien un point sensible ?

ALCMÈNE. — Je n'ai pas de point sensible. J'aime mon mari.

LÉDA. — Mais le voilà le point sensible! Il n’y a pas à en douter! C’est par là que vous serez vaincue. Vous n’avez jamais aimé que votre mari?

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ALCMÈNE. — J'en suis là.

LÉéDA. — Comment n’y avons-nous point pensé! La ruse de Jupiter sera la plus simple des ruses. Ce qu’il aime en vous, je le sens bien depuis que je vous connais, c’est votre humanité ; ce qui est intéressant avec vous, c’est de vous connaître en humaine, dans vos habitudes intimes et vos vraies joies. Or, pour y arriver, il n’est qu’un artifice, prendre la forme de votre mari. Votre cygne, mais ce sera un Amphitryon, n’en doutez plus! Jupiter attendra la première absence de votre mari pour pénétrer chez vous et vous tromper.

ALCMÈNE. — Vous m'effrayez. Amphitryon est absent!

LÉéDA. — Absent de Thèbes ?

ALCMÈNE. — Il est part: hier soir pour la guërre.

LÉDA. — Quand revient-il? Une armée ne peut décemment faire une guerre de moins de deux jours ?

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ALCMÈNE. — J'en ai peur.

LÉDA. — D'ici ce soir, Alcmène, Jupiter forcera ces portes sous l’aspect de votre mari et vous vous donnerez à lui sans défiance.

ALCMÈNE. — Je le reconnaîtrai.

LÉDA. — Pour une fois un homme sera un ouvrage divin. Vous vous abuserez.

ALCMÈNE. — Justement. Il sera un Amphitryon plus parfait, plus intelligent, plus noble. Je le haïrai à première vue.

Lépa. — Il était un cygne immense, et je ne l’ai pas distingué du petit cygne de mon fleuve...

Ecclissé entre.

EccLissé. — Une nouvelle, maîtresse, une nouvelle imprévue!

LÉDA. — Amphitryon est là!

ECCLISsSÉ. — Comment le savez-vous ?

Oui, le prince sera dans une minute au palais. Des remparts je l’ai vu au galop de son cheval franchir les fossés.

ALCMÈNE. — Aucun cavalier jamais ne les a franchis!

EccLissé. — Un bond lui a suffi.

LÉDA. — Il est seul ?

EccLissé. — Seul, mais on sent autour de lui un escadron invisible. Il rayonne.

Il n’a pas cet air fatigué qu’il porte d'habitude au retour de la guerre. Le jeune soleil en pâlit. C’est un bloc de lumière avec une ombre d'homme. Que dois-je faire, maîtresse, Jupiter est autour de nous, et mon maître s'expose à la colère des dieux? Je crois avoir perçu un coup de tonnerre au moment où il entrait dans le chemin de ronde...

ALCMÈNE. — Va, Ecclissé.

Ecclissé sort.

LÉDA. — Etes-vous convaincue, main-

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tenant? Voilà Jupiter! Voilà le faux Amphitryon.

ALCMÈNE. — Eh bien! il trouvera ici ia fausse Alcmène. De toute cette future tragédie de dieux, 6 chère Léda, grâce à vous, je vous en supplie, faisons un petit divertissement pour femmes!

Vengeons-nous |!

LÉDA. — Comment est-il votre mari ?

Vous avez son portrait ?

ALCMÈNE. — Le voilà.

LÉDA. — C’est qu'il n’est pas mal...

Il a ces beaux yeux que j'aime, où la prunelle est à peine indiquée, comme dans les statues. J'aurais adoré les statues, si elles savaient parler et être sensibles. Il est brun? Il ne frise pas, J'espère ?

ALCMÈNE. — Des cheveux mat, Léda, des ailes de corbeau.

LÉDA. — Stature militaire ? Peau rugueuse ?

ALCMÈNE. — Mais certainement pas ?

Beaucoup de muscles, mais si souples!

LÉDA. — Vous ne m'en voudrez pas de vous prendre l’image du corps que vous aimez ?

ALCMÈNE. — Je vous le jure.

LÉDA. — Vous ne m’en voudrez pas de vous prendre un dieu que vous n'aimez pas?

ALCMÈNE. — Il arrive. Sauvez- moi.

LÉDA. — Elle est là, cette chambre?

ALCMÈNE. — Elle est là.

LÉDA. — Il n’y a pas de degrés à descendre dans cette ombre, j'ai horreur des faux pas.

ALCMÈNE. — Un sol lisse et plan.

LÉDA. — Le mur du divan n’est pas revêtu de marbre?

ALCMÈNE. — De tapis de haute laine,

Vous n’hésiterez pas au dernier moment!

LÉDA. — Je vous l'ai promis: Je suis très consciencieuse en amitié. Le voilà. Amusez-vous un peu de lui avant de me l'envoyer. Vengez-vous sur le faux Amphitryon des chagrins que vous donnera un jour le vrai...

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