SCÈNE CINQUIÈME
Alcinène. Jupiter
ALCMENE. — Enfin seuls |
JUPITER. — ‘T'u ne crois pas si bien dire. Nous sommes dans l’heure où tu seras à moi.
ALCMÈNE. — Alors, ma dernière heure !
JUPITER. — Cesse ce chantage. Il est indigne de nous deux... Oui, nous voilà en effet pour la première fois face à face, moi sachant ta vertu, toi sachant mon désir. Enfin seuls !...
ALCMÈNE. — Vous êtes souvent seul ainsi, à ce que dit votre légende ?
JUPITER. — Rarement aussi amoureux, Alcmène. Jamais aussi faible. D'au-
cune femme, je n'aurais supporté ce dédain.
ALCMÈNE. — Le mot amoureux existe, dans la langue des dieux ? Je croyais que c'était le règlement suprême du monde qui les poussait, vers certaines époques, à venir mordiller les belles mortelles au visage ?
JupiTER. — Règlement est un bien gros mot. Disons fatalité.
ALCMÈNE. — Et la fatalité sur une femme aussi peu fatale qu’Alcmène ne vous rebute pas ? Tout ce noir sur ce blond ?
Jupiter. — Tu lui donnes pour la première fois une couleur d’improviste qui me ravit. Tu es une anguille en ses mains.
ALCMÈNE. — Un jouet dans les vôtres.
O Jupiter, vraiment, vous plaisè-je ?
Jupiter. — Si le mot plaire ne vient pas seulement du mot plaisir, mais du mot, biche en émoi, du mot amande en fleur, Alcmène, tu me plais.
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ALCMÈNE. — C’est ma seule chance.
Si je vous déplaisais tant soit peu, vous n’hésiteriez pas à m’aimer de force pour vous venger.
JuPiTER. — Moi, je te plais ?
ALCMÈNE. — En doutez-vous ? Aurais-je à ce point le sentiment de tromper mon mari, avec un dieu qui m’inspirerait de l’aversion ? Ce serait pour mon corps une catastrophe, mais je me sentirais fidèle à mon honneur.
JupiTER. — ‘Tu me sacrifies parce que tu m'aimes ? Tu me résistes parce que tu es à moi ?
ALCMÈNE. — C’est là tout l’amour.
JuPITER. — Tu obliges ce soir l’Olympe à parler un langage bien précieux.
ALCMÈNE. — Cela ne lui fera pas de mal. Il paraît qu’un mot de votre langage le plus simple, un seul mot, tellement il est brutal, détruirait le monde. .
JupiTER. — Thèbes ne risque vraiment rien aujourd’hui.
ALCMÈNE. — Pourquoi faut-il qu’Alcmène risque davantage ? Pourquoi fautil que vous me torturiez, que vous brisiez un couple parfait, que vous preniez un bonheur d’un instant, et laissiez des ruines |
Jupiter. — C’est là tout l’amour.…
ALCMÈNE. — Et si je vous offrais mieux que l’amour ? Vous pouvez goûter l'amour avec d’autres. Mais je voudrais créer entre nous un lien plus doux encore et plus puissant : seule de toutes les femmes je puis vous l’offrir. Je vous
l'offre.
JupiTER. — Et c’est ?
ALCMÈNE. — L'amitié |
JUPITER. — Amitié ! Quel est ce mot ! Explique-toi. Pour la première fois, je l’entends.
ALCMÈNE. — Vraiment ! Oh ! alors