‹ amphitryon 38Chapitre 40 sur 42 · SCÈNE SIXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SIXIÈME

Alcmène. Fupiter. Mercure

MERCURE. — Thèbes entière est aux pieds du palais, Jupiter, et entend que vous vous montriez aux bras d’Alcmène.

ALCMÈNE. — Venez là, Jupiter, nous serons vus de tous et tous seront contents.

MERCURE. — Ils demandent quelques phrases de vous, Jupiter. N’hésitez pas à leur parler très fort. Ils se sont mis de profil de façon à ce que leur tympan ne subisse aucun dommage.

JUPITER, très haut. — Enfin, je te rencontre. Chère Alcmène !

a ) AMPHITRYON 38 217

ALCMÈNE, très bas. — Oui,.il va falloir nous quitter, cher Jupiter.

JuPITER. — Notre nuit commence, fertile pour le monde.

ALCMÈNE. — Notre jour finit, ce jour que je me prenais à aimer.

Jupiter. — Devant ces magnifiques et superbes Thébains.…

ALCMÈNE. — Ces tristes sires, qui

acclament ce qu'ils croient ma faute et insulteraient à ma vertu...

JUPITER. — Je t'embrasse, en bienvenue, pour la première fois.

ALCMÈNE. — Et moi pour la troi-

sième, en adieu éternel.

Ils défilent devant la balustrade. Puis Alcème conduit Fupiter jusqu’à la petite porte.

JUPITER. — Et maintenant ?

ALCMÈNE. — Et maintenant que la légende est en règle, comme il convient aux dieux, règlons au dessous d’elle

218 AIM PHITRMONNEES

l’histoire par des compromissions, comme il convient aux hommes... Personne ne nous voit plus. Dérobonsnous aux lois fatales… Tu es là,

Amphytrion ?

Amphitryon ouvre la petite porte.

AMPHITRYON. — Je suis là, Alcmène.

ALCMÈNE. — Remercie Jupiter,

chéri. Il tient à me remettre lui-même intacte entre tes mains.

AMPHITRYON. — Les dieux seuls ont de ces attentions.

ALCMÈNE, — Il voulait nous éprouver ! Il demande seulement à ce que nous ayons un fils.

AMPHITRYON. — Nous l’aurons dans neuf mois, seigneur, je vous le jure |

ALCMÈNE. — Et nous vous promettons de l’appeler Hercule, puisque

vous aimez ce nom. Ce sera un petit garçon doux et sage.

JuPiTER. — Oui, je le vois d'ici.

Adieu donc, Alcmène, sois heureuse, et toi, Mercure, maître des plaisirs, avant que nous quittions ces lieux, pour leur prouver notre amitié, donne la récompense qui convient à deux époux qui se retrouvent.

MERCURE. — À deux époux qui se retrouvent ? Ma tâche est simple !

Pour assister à leurs ébats, je convoque et tous les dieux, et toi, Léda, qui as encore à apprendre, et vous, braves gens qui avez été dans cette journée à la fois le personnel subalterne de l'amour et de la guerre, écuyer, guerrier, et trompette ! Ouvrez larges vos yeux et qu’autour du lit, pour étouffer leurs cris, résonnent chants, musique et foudre.

Toutes les personnes évoquées par Jupiter emplissent la scène.

ALCMÈNE. — Oh Jupiter. Daignez l'arrêter. Il s’agit d’Alcmène.

220 AIM PHP TERIVIONNE

JuPiTER. — Encore d’Alcmène ! Il s’agira donc toujours d’Alcmène aujourd’hui ! Alors, évidemment, Mercure se trompe ! Alors c’est l’aparté des apartés, le silence des silences.

Alors disparaissons, dieux et comparses, vers nos Zéniths et vers nos caves.

Vous tous spectateurs, retirez-vous sans mot dire en affectant la plus complète indifférence. Qu’une suprême fois Alcmène et son mari apparaissent seuls dans un cercle de lumière, où mon bras ne figurera plus que comme un bras indicateur pour indiquer le sens du bonheur ; et sur ce couple, que l’adultère n’effleura et n’effleurera jamais, auquel ne sera jamais connue la saveur du baïiser illégitime pour clore de velours cette clairière de fidélité, vous là haut, rideaux de la nuit qui vous contenez depuis une heure, retombez.

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