‹ amphitryon 38Chapitre 8 sur 42 · EE · texte numérisé non relu

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moi! Je vais te mordre au bras, avant ton départ. Quelle tunique portes-tu, sous ta cuirasse ?

AMPHITRYON. — L’églantine, avec les galons noirs.

ALCMÈNE. — Voilà donc ce que j'aperçois à travers les joints, quand tu respires et qu'ils s’ouvrent, et qui te fait cette chair d’aurore !.… Respire, respire encore, et laisse-moi entrevoir ce corps rayonnant au fond de cette triste nuit... Tu restes encore un peu, tu m'aimes ?

AMPHITRYON. — Oui, j'attends mes chevaux.

AICMÈNE. — Relève un peu ta Méduse. Essaie-là sur les étoiles. Regarde, elles n’en scintillent que mieux. Elles ont de la chance. Elles s’apprêtent à te guider.

AMPHITRYON. — Les généraux ne lisent pas leur chemin dans les étoiles.

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ALCMÈNE. — Je sais. Ce sont les amiraux.. Laquelle choisis-tu, pour que nos yeux se portent sur elle, demain et chaque soir, à cette heure de la nuit?

Même s’ils me parviennent par une aussi lointaine et banale entremise, j'aime tes regards.

AMPHITRYON. — Choisissons!.. Voici Vénus, notre amie commune.

ALCMÈNE. — Je n’ai pas confiance en Vénus. Tout ce qui touche mon amour, j'en aurai soin moi-même.

AMPHITRYON. — Voici Jupiter, c’est un beau nom!

ALCMÈNE. — Il n’y en a pas une sans nom ?

AMPHITRYON. — Cette petite là-bas, appelée par tous les astronomes l’étoile anonyme.

ALCMÈNE. — Cela aussi est un nom.

Laquelle a lui sur tes victoires ? Parlemoi de tes victoires, chéri... Comment

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ANNOPEINTELEREYIONNRE.S 07

les gagnes-tu? Dis à ton épouse ton secret! Tu les gagnes en chargeant, en criant mon nom, en forçant cette barrière ennemie au-delà de laquelle seulement se retrouve tout ce qu’on a laissé derrière soi, sa maison, ses enfants, sa femme ?

AMPHITRYON. — Non, chérie.

ALCMÈNE. — Explique!

AMPHITRYON. — Je les gagne par l’enveloppement de l’aile gauche avec mon aile droite, puis par le sectionnement de leur aile droite entière par mes trois quarts d’aile gauche, puis par des glissements répétés de ce dernier quart d’aile, qui me donne la victoire.

ALCMÈNE. — Quel beau combat d’oiseaux! Combien en as-tu gagné, aigle chéri ?

AMPHITRYON. — Une, une seule.

ALCMÈNE. — Cher époux, auquel un seul triomphe a valu plus de gloire qu’à

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d’autres une vie de conquêtes! Demain cela fera deux, n'est-ce pas? Car tu vas revenir, tu ne seras pas tué!

AMPHITRYON. — Demande au destin.

ALCMÈNE. — Tu ne seras pas tué!

Ce serait trop injuste. Les généraux en chef ne devraient pas être tués!

AMPHITRYON. — Pourquoi?

ALCMÈNE. — Comment, pourquoi ?

Ils ont les femmes les plus belles, les palais les mieux tenus, la gloire. Tu as la plus lourde vaisselle d’or de Grèce, chéri. Une vie humaine n’a pas à s’envoler sous ce poids...Tu as Alcmènel

AMPHITRYON. — Aussi penserai-je à Alcmène pour mieux tuer mes ennemis.

ALCMÈNE. — Tu les tues comment ?

AMPHITRYON. — Je les atteins avec mon javelot, je les abats avec ma lance, et je les égorge avec mon épée, que je laisse dans la plaie...

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ALCMÈNE. — Mais tu es désarmé après chaque mort d’ennemi comme l’abeille après sa piqûre...! Je ne vais plus dormir, ta méthode est trop dangereuse!.. Tu en as tué beaucoup ?

AMPHITRYON. — Un, un seul,

ALCMÈNE. — Tu es bon, chéri!

C'était un roi, un général ?

AMPHITRYON. — Non. Un simple soldat.

ALCMÈNE. — Tu es modeste! Tu n’as pas de ces préjugés qui, même dans la mort, isolent les gens par caste.. Lui as-tu laissé une minute, entre la lance et l'épée pour qu’il te reconnaisse et comprenne à quel honneur tu daignais ainsi l’appeler ?

AMPHITRYON. — Oui, il regardait ma Méduse, lèvres sanglantes, d’un pauvre sourire respectueux.

ALCMÈNE. — Il t’a dit son nom, avant de mourir?

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