SCÈNE TROISIÈME Alcriène. Amphitryon
ALCMÈNE. — Je t’aime, Amphitryon.
AMPHITRYON. — Je t’aime, Alcmène.
ALCMÈNE. — C’est bien là le malheur!
Si nous avions chacun un tout petit
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peu de haine l’un pour l’autre, cette heure en serait moins triste.
AMPHITRYON. — Il n’y a plus à nous le dissimuler, femme adorée, nous ne nous haïssons point
ALCMÈNE. — Toi, qui vis près de moi toujours distrait, sans te douter que tu as une femme parfaite, tu vas enfin penser à moi dès que tu seras loin, tu le promets ?
AMPHITRYON. — f’y pense déjà.
chérie.
ALCMÈNE. — Ne te tourne pas ainsi
vers la lune. Je suis jalouse d'elle.
Quelles pensées prendrais-tu d’ailleurs de cette boule vide ?
AMPHITRYON. — De cette tête blonde, que vais-je prendre ?
ALCMÈNE. — Deux frères : le partum et le souvenir... Comment! tu t’es rasé ?
On se rase maintenant pour aller à la guerre? Tu comptes paraître plus redoutable, avec la peau poncée ?
AMPHITRYON. — J’abaisserai mon casque. La Méduse y est sculptée.
ALCMÈNE.— C'est le seul portrait de fernme que je te permette. Oh! tu t’es coupé, tu saignes! Laisse-moi boire sur toi le premier sang de cette guerre...
Vous buvez encore votre sang, entre adversaires ?
AMPHITRYON. — À notre santé mutuelle, oui.
ALCMÈNE. — Ne plaisante pas.
Abaisse plutôt ce casque, que je te regarde avec l’œil d’un ennemi.
AMPHITRYON. — Apprête-toi à frémir |
ALCMÈNE. — Que la Méduse est peu effrayante, quand elle regarde avec tes yeux! Tu la trouves intéressante, cette façon de natter ses cheveux ?
AMPHITRYON. — Ce sont des serpents taillés en plein or.
ALCMÈNE. — En vrai or?
AMPHITRYON. — En or vierge, et les cabochons sont deux émeraudes.
ALCMÈNE. — Méchant mari, comme tu es coquet avec la guerre! Pour elle les bijoux, les joues lisses. Pour moi, la barbe naissante, l’or non vierge! Et tes jambières, en quoi sont-elles ?
AMPHITRYON. — En argent. Les nielles, de platine.
ALCMÈNE. — Elles ne te serrent pas?
Tes jambières d’acier sont bien plus souples pour la course.
AMPHITRYON. — Tu as vu courir des généraux en chef?
ALCMÈNE. — En somme, tu n’as rien de ta femme sur toi. Tu ne t’habillerais pas autrement, pour un rendez-vous.
Avoue-le, tu vas combattre les Amazones.
S1 tu mourrais au milieu de ces excitées, cher époux, on ne trouverait sur toi rien de ta femme, aucun souvenir, aucune marque. Quelle vexation pour