‹ amphitryon 38Chapitre 7 sur 42 · SCÈNE TROISIÈME Alcriène. Amphitryon · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME Alcriène. Amphitryon

ALCMÈNE. — Je t’aime, Amphitryon.

AMPHITRYON. — Je t’aime, Alcmène.

ALCMÈNE. — C’est bien là le malheur!

Si nous avions chacun un tout petit

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peu de haine l’un pour l’autre, cette heure en serait moins triste.

AMPHITRYON. — Il n’y a plus à nous le dissimuler, femme adorée, nous ne nous haïssons point

ALCMÈNE. — Toi, qui vis près de moi toujours distrait, sans te douter que tu as une femme parfaite, tu vas enfin penser à moi dès que tu seras loin, tu le promets ?

AMPHITRYON. — f’y pense déjà.

chérie.

ALCMÈNE. — Ne te tourne pas ainsi

vers la lune. Je suis jalouse d'elle.

Quelles pensées prendrais-tu d’ailleurs de cette boule vide ?

AMPHITRYON. — De cette tête blonde, que vais-je prendre ?

ALCMÈNE. — Deux frères : le partum et le souvenir... Comment! tu t’es rasé ?

On se rase maintenant pour aller à la guerre? Tu comptes paraître plus redoutable, avec la peau poncée ?

AMPHITRYON. — J’abaisserai mon casque. La Méduse y est sculptée.

ALCMÈNE.— C'est le seul portrait de fernme que je te permette. Oh! tu t’es coupé, tu saignes! Laisse-moi boire sur toi le premier sang de cette guerre...

Vous buvez encore votre sang, entre adversaires ?

AMPHITRYON. — À notre santé mutuelle, oui.

ALCMÈNE. — Ne plaisante pas.

Abaisse plutôt ce casque, que je te regarde avec l’œil d’un ennemi.

AMPHITRYON. — Apprête-toi à frémir |

ALCMÈNE. — Que la Méduse est peu effrayante, quand elle regarde avec tes yeux! Tu la trouves intéressante, cette façon de natter ses cheveux ?

AMPHITRYON. — Ce sont des serpents taillés en plein or.

ALCMÈNE. — En vrai or?

AMPHITRYON. — En or vierge, et les cabochons sont deux émeraudes.

ALCMÈNE. — Méchant mari, comme tu es coquet avec la guerre! Pour elle les bijoux, les joues lisses. Pour moi, la barbe naissante, l’or non vierge! Et tes jambières, en quoi sont-elles ?

AMPHITRYON. — En argent. Les nielles, de platine.

ALCMÈNE. — Elles ne te serrent pas?

Tes jambières d’acier sont bien plus souples pour la course.

AMPHITRYON. — Tu as vu courir des généraux en chef?

ALCMÈNE. — En somme, tu n’as rien de ta femme sur toi. Tu ne t’habillerais pas autrement, pour un rendez-vous.

Avoue-le, tu vas combattre les Amazones.

S1 tu mourrais au milieu de ces excitées, cher époux, on ne trouverait sur toi rien de ta femme, aucun souvenir, aucune marque. Quelle vexation pour

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