‹ Amphitryon: comédieChapitre 13 sur 29 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Ien ça, Bourreau, vien-ça. Sçais-tu,

Maistre Fripon, Q.u*à te faire assommer ton discours peut suffire? Et que pour te traitter comme ie le désire,

Mon courroux n'attend quVn Baston?

SOSIE

Si vous le prenez sur ce ton, Monsieur, ie n'ay plus rien à dire ; Et vous aurez toujours raison.

Quoy ! tu veux me donner pour des veritez, Traratre^ Des contes que ie vois d'extrauagance outrez?

SOSIE

Non, ie suis le Valet, et vous estes le Maistre; Il n*en sera. Monsieur, que ce que vous voudrez.

COMEDIE. 3i

Ca, ie veux étouffer le courroux qui m'enflame. Et, tout du long, t*oûir sur ta Commission.

Il faut, auant que voir ma Femme, Que ie débrouille icy cette confusion, Rapelle tous tes sens; rentre bien dans ton Ame ; Et réponSi mot pour mot, à chaque Question.

SOSIE

Mais de peur d'incongruité, DUes-moy, de grâce, à Tauance, De quel air iT vous plaist que cecy soit traitté. Parleray-je, Monsieur, selon ma conscience; Ou comme auprès des Grands on le voit vsité?

Faut-il dire la vérité; Ou bien vser de complaisance?

Non, ie ne te veux obliger.

Qu'à me rendre de tout vn conte fort sincère.

Bon, c'est asse?; laissez-moy faire :

Vous n'auez qu'à m'interroger.

Sur Tordre que tantost ie t'auois sçeu prescrire?

SOSIE, le suis party; les Cieux, d'vn noir crespe voilez, Pestant fort contre vous dans ce fâcheux martyre, Et maudissant vingt fois l'ordre dont vous parlez.

Comment, Coquin?

SOSIE

•" Monsieur, vous n'auez rien qu'à dire.

Je mentiray, si vous voulez.

Voila comme va Valet montre pour nous du zèle. Passons. Sur les chemins que t'est*il arriué !

SOSIE, lyavoîr vne frayeur mortelle, '*

Au moindre Ol^et que i'ay trouué.

Poltron !

SOSIE

En nous formant, Nature a ses caprices.

IMuers panchans en nous elle fait obseruer.

Les vns à s'exposer, trouuent mille délices : Moy, l'en trouue à me conseruer.

Arriuant au logis ?

SOSIE

Pay deuant nostre Porte, En moy-mesme voulu répéter vn petit, Sur quel ton, et de quelle sorte, le ferois du Combat le glorieux Récit.

En suite ?

SOSIE

On m'est venu troubler, et mettre en peine.

Et qui?

SOSIE

Sosie, vn Moy, de vos ordres jalous, Que vous auez du Port enuoyé vers Alcméne, Et qui de nos secrets a connoissance pleine, Comme le Moy qui parle à Vous.

Quels contes !

SOSIE

Non, Monsieur, c'est la vérité pure.

Ce Moy. plutost que Moy, s'est au Logis trouué : Et i'estois venu^ ie vous jure, Auant que ie fusse arriué.

D'où peut procéder, ie te prie.

Ce galîmatiaft maudit?

Est-ce songe ? est-ce yurognerie ?

Aliénation d'Esprit?

Ou méchante plaisanterie?

SOSIE

Non, c*est la chose comme elle est.

Et point du tout conte friuole. le suis Homme d'honneur, l'en donne ma parole,

Et vous m'en croirez, s'il vous plaist.

le vous dy que croyant n*estre qu'vn seul Sosie,

le me suis trouué deux chez nous.

Et que de ces deux Moy piquez de jalousie, L'vn est à la Maison, et 1 autre est auec Vous. Que le Moy que voicy, chargé de lassitude, A trouué 1 autre Moy, frais, gaillard et dispos,

Et n'ayant d'autre inquiétude,

Q.ue de battre, et casser des os.

Il faut estre, ie le confesse, DVn Esprit bien posé, bien tranquile, bien dous. Pour souffrir qu'vn Valet, de Chansons me repaisse.

SOSIE

Si vous vous mettez en courrous, Plus de conférence entre nous ; Vous sçauez que d'abord tout cesse.

Non, sans emportement, ie te veux écouter, le l'ay promis. Mais dis, en bonne conscience. Au mystère nouueau que tu me viens conter, Est-il quelque ombre d'apparence ?

SOSIE

Non; vous auez raison ; et la chose à chacun,

Hors de créance doit paroîstre.

C'est vn &it à n'y rien connoistre ; Vn conte extrauagant, ridicule, importun ; Cela choque le sens commun :

Mais cela ne laisse pas d*esire.

Le moyen d'en rien croire, à moins qu'estre insensé ?

SOSIE, le ne Tay pas crû Moy, sans vne peine extrême, le me suis, d*estre deux, senty TEsprit blessé ; Et long temps d'Imposteur, i'ay traité ce Moy-meme. Mais À me reconnoistre, enfin il m*a forcé :

l'ay veu que c'estoit Moy, sans aucun stratagème, Des piez, jusqu'à la teste, il est comme moy fait; Beau, l'air noble, bien pris, les manières charmantes : Enfin deux goûtes de Lait Ne sont pas plus ressemblantes; Et n*estoit que ses mains sont vn peu trop pesantes, l'en serois fort satisfait.

A quelle patience il faut que )e m'exhorte !

Mais enfin, n'es tu pas entré dans la Maison?

SOSIE

Bon, entré! Hé de quelle sorte!

Ay-je voulu iamais entendre de raison ?

Et ne me suis-je pas interdit nostre Porte?

Comment donc?

SOSIE

Auec vn Baston; Dont mon Dos sent encore vne douleur tres-forte.

On t'a battu ?

SOSIE

Vrayment !

Et qui?

SOSIE

Moy.

Tôt, te battre?

SOSIE

Oûy, Moy ; non pas le Moy d^cy.

Mais le Moy du Logis, qui frape comme quatre.

Te confonde le Ciel de me parler ainsy !

SOSIE

Ce ne sont point des Badinages.

Le Moy que i*ay trouué tantost, Sur le Moy qui vous parle, a de grans auantages :

Il a le Bras fort« le Cœur haut ;

Ten ay receu des témoignages :

Et ce diable de Moy m'a rossé comme il faut,

C*est vn Drôle qui fait des rages.

Acheuons. As-tu veu ma Femme ?

SOSIE

Non.

Pourquoy?

SOSIE

Par vne raison assez forte.

Qui t'a fait y manquer, Maraut, explique-toy?

SOSIE

Faut-il le répéter vingt fois de mesme sorte ? Moy, vous dy-je; ce Moy plus robuste que Moy; Ce Moy, qui s'est de force emparé de la Porte. Ce Moy, qui m'a fait filer dous :

Ce Moy, qui le seul Moy veut estre :

Ce Moy, de Moy mesme jalous :

Ce Moy vaillant « dont le courrous, Au Moy Poltron s'est fait connoistre :

Enfin ce Moy qui suis chez nous ; Ce Moy, qui s*est montré mon Maistre ; Ce Moy, qui m'a roué de coups.

11 faut que ce matin, à force de trop boire.

Il se soit troublé le Cerueau.

SOSIE, le veux estre pendu, si i*ay beu que de l'eau : A mon serment, on m'en peut croire.

II faut donc qu'au sommeil, tes sens se soient portez Et qu'vn Songe fflcheuz, dans ses confus mystères

T'ait fait voir toutes les chimères,

Dont tu me fais des veritez.

SOSIE

Tout aussi peu. le n'ay point sommeillé;

Et n en ay mesme aucune enuie.

le vous parle bien éueillé, Test ois bien éueillé ce matin, sur ma vie.

Et bien éueillé mesme estoit l'autre Sosie,

Quand il m'a si bien étrillé.

Suy-moy, ie t*impose silence.

C'est trop me fatiguer l'Esprit.

Et ie suis vn vray Fou, d'auoir la patience, D'écouter d'vn Valet, les sottises qu'il dit.

Tous les discours sont des sottises,

Partant d'vn Homme sans éclat.

Ce seroit paroles exquises.

Si c'estoit vn Grand qui parlast.

Entrons, sans dauantage attendre.

Maïs Alcméne paroist auec tous ses appas :

En ce moment, sans doute, elle ne m'attend pas,

Et mon abord la va surprendre.

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