SCENE PREMIERE
AMPHITHRYON.
Vy, sans doute, le Sort tout exprés me le
cache ; Et des tours que ie fais, à la un, ie suis las. Il n^cst point de Destin plus cruel, que ie sçache.
le nesçauroistrouuer, portant par tout mes pas,
Celuy qu'à chercher ie m^attache ; Et ie trouve tous ceux que ie ne cherche pas. Mille Fâcheux cruels, qui ne pensent pas Testre, De nos faits, auec moy, sans beaucoup me connoistre, Viennent se réjouir, pour me faire enrager.
Dans rembarras cruel du soucy qui me blesse, De leurs embrassemens, et de leur allégresse, Sur mon inquiétude, ils viennent tous charger. En vain à passer ie m'apreste, Pour fuir leurs persécutions.
Leur tuante amitié, de tous costez m'areste ;
Et tandis qu'à Tardeur de leurs expressions,
le répons dVn geste de teste; le leur donne, tout-bas, cent malédictions.
Ah I qu*on est peu fiaté de louange, d*honneur, Et de tout ce que donne vne grande Victoire, Lors que dans l'Âme on souffre vne viue douleur! Et que l'on donneroit volontiers cette gloire,
Pour auoir le repos du Cœurl
Ma jalousie, à tout propos.
Me promené sur ma disgrâce ;
Et plus mon Esprit y repasse, Moins i*eD puis débrouiller le funeste cahos. Le vol des Diamans n'est pas ce qui m*étonne : On leue les Cachets, qu'on ne l'aperçoit pas. Mais le don, qu'on veut qu'hyer l'en vins faire en personne, Est ce qui fait icy mon cruel embarras.
La Nature par fois produit des Ressemblances, Dont quelques Imposteurs ont pris droict d'abuser : Mais il est hors de sens, que sous ces apparences Vn Homme, pour Epous, se puisse suposer.
Et dans tous ces raports, sont mille diferences. Dont se peut vne Femme aisément auiser.
Des charmes de la Thessalie, On vante de tout temps les merueilleux effets : Mais les contes fameux, qui partout en sont faits, Dans mon Esprit toujours ont passé pour folie ; Et ce seroit du Sort vne étrange rigueur,
Qju'au sortir d'vne ample Victoire,
le fusse contraint de les croire.
Aux despens de mon propre honneur, le veux la retâter sur ce fâcheux mystère; Et voir si ce n'est point vne vaine chimère, Qui sur ses sens troublez ait sçeu prendre crédit.
Ah! fasse le Ciel équitable,
Que ce penser soit véritable; Et que, pour mon bonheur, elle ait perdu l'Esprit !