‹ Amphitryon: comédieChapitre 21 sur 29 · MERCVRE, AMPHITRYON · texte numérisé non relu

MERCVRE, AMPHITRYON

MERCVRE

COmme TAmour icy ne m'offre aucun plaisir, le m^enveul faire, au moins, qui soientd^autrenature: Et ie vais égayer mon sérieux loisir, A mettre Amphitryon hors de toute mesure.

Cela n'est pas d*vn Dieu bien plein de charité: Mais aussi n'est-ce pas ce dont ie m'inquiète; Et ie me sens, par ma Planette, A la malice vn peu porté.

D'où vient donc qu'à cette heure on ferme cette porte ?

MERCVRE

Hola, tout doucement. Qui frape?

Moy.

MERCVRE

Qui moy?

Ah! ouure.

MERCVRE

Comment, ouvre? Et qui donc es-tu, toy, Qui fais tant de vacarme, et parles de la sorte ?

Q.uoy ! tu ne me connois pas?

MERCVRE

Non:

Et n'en ay pas la moindre enuie.

Tout le monde perd-il aujourd'huy la raison?

Est-ce vn mal répandu? Sosie, hola, Sosie.

MERCVRE

Hé bien, Sosie : oûy, c'est mon nom, As-tu peur que ie ne l'oublie?

Me vois-tu bien?

MERCVRE

Fort bien. Qui peut pousser ton Bras, A faire vne rumeur si grande?

Et que demandes-tu là-bas ?

Moy, Pendart, ce que ie demande ?

MERCVRE

Que ne demandes-tu donc pas?

Parle, si tu veux qu^on t*entende.

Attens, Traistre, auec vn Baston, le vais là-haut me faire entendre ; Et de bonne façon t'aprendre A m'oser parler sur ce ton.

MERCVRE

Tout beau. Si pour heurter,tu fais lamoindre instance, le t'enuoyray d'icy des Messagers fâcheux.

O Ciel! vit-on iamais vne telle insolence !

La peut-on concevoir d*vn Seruiteur, d*vn Gueux ?

MERCVRE

Hé bien ! qu'est«<;e? m'as-tu tout parcouru par ordre? M'as-tu de tes gros yeux assez considéré ?

Comme il les écarquille, et paroist éfaré!

Si des regards on pouuoit mordre,

.11 m'auroit déjà déchiré.

Moy-mesme îe frémis de ce que tu t'aprestes,

Auec ces impudens propos.

Que tu grossis pour toy d*éfroyabIes tempestes ! Quels orages de coups vont fondre sur ton Dos

MERCVRE

L^Amy, si de ces Lieux tu ne veux disparoistre, Tu pourras y gagner quelque contusion.

Ah! tu sçauras Maraut, à ta confusion, Ce que c'est quVn Valet, qui s'attaque à son Maistre.

MERCVRE

Toy, mon Maistre?

Oûy, Coquin. M'oses-tu méconnoistre?

MERCVRE

le n'en reconnois point d'autre, qu'Amphitryon.

Et cet Amphitryon, qui, hors moy, le peut estre?

MERCVRE

Sans doute.

Ah 1 quelle vision !

Dy-nous vn peu. Quel est le Cabaret honneste, Où tu t'es coiffé le cerueau ?

Comment! encorl

MERCVRE

Estoit-cevn Vin à faire feste?

Ciel !

MERCVRE

Estoit-il vieux, ou nouueau?

Que de coups !

MERCVRE

Le nouueau donne fort dans la teste, Qjuand on le veut boire sans eau.

Ah! ie t'arracheray cette Langue, sans doute.

MERCVRE

Passe, mon cher Amy, croy*moy;

Qiie quelquVn icy ne t'écoute.

le respecte le Vin : va-t'en, retire-toy:

Et laisse Amphitryon dans les plaisirs quMl goûte.

Comment? Amphitryon est là-dedans?

Fort bien ; Q.ui couuert de Lauriers dWne Victoire pleine.

Est auprès de la belle Alcméne, A jouir des douceurs d'vn aimable entretien.

Apres le démeslé dWn amoureux caprice.

Ils goûtent le plaisir de s'estre rajustez.

Garde-toy de troubler leurs douces priuautez,

Si tu ne veux qu'il ne punisse

L'excès de tes témeritez.

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