MERCVRE, AMPHITRYON
MERCVRE
COmme TAmour icy ne m'offre aucun plaisir, le m^enveul faire, au moins, qui soientd^autrenature: Et ie vais égayer mon sérieux loisir, A mettre Amphitryon hors de toute mesure.
Cela n'est pas d*vn Dieu bien plein de charité: Mais aussi n'est-ce pas ce dont ie m'inquiète; Et ie me sens, par ma Planette, A la malice vn peu porté.
D'où vient donc qu'à cette heure on ferme cette porte ?
MERCVRE
Hola, tout doucement. Qui frape?
Moy.
MERCVRE
Qui moy?
Ah! ouure.
MERCVRE
Comment, ouvre? Et qui donc es-tu, toy, Qui fais tant de vacarme, et parles de la sorte ?
Q.uoy ! tu ne me connois pas?
MERCVRE
Non:
Et n'en ay pas la moindre enuie.
Tout le monde perd-il aujourd'huy la raison?
Est-ce vn mal répandu? Sosie, hola, Sosie.
MERCVRE
Hé bien, Sosie : oûy, c'est mon nom, As-tu peur que ie ne l'oublie?
Me vois-tu bien?
MERCVRE
Fort bien. Qui peut pousser ton Bras, A faire vne rumeur si grande?
Et que demandes-tu là-bas ?
Moy, Pendart, ce que ie demande ?
MERCVRE
Que ne demandes-tu donc pas?
Parle, si tu veux qu^on t*entende.
Attens, Traistre, auec vn Baston, le vais là-haut me faire entendre ; Et de bonne façon t'aprendre A m'oser parler sur ce ton.
MERCVRE
Tout beau. Si pour heurter,tu fais lamoindre instance, le t'enuoyray d'icy des Messagers fâcheux.
O Ciel! vit-on iamais vne telle insolence !
La peut-on concevoir d*vn Seruiteur, d*vn Gueux ?
MERCVRE
Hé bien ! qu'est«<;e? m'as-tu tout parcouru par ordre? M'as-tu de tes gros yeux assez considéré ?
Comme il les écarquille, et paroist éfaré!
Si des regards on pouuoit mordre,
.11 m'auroit déjà déchiré.
Moy-mesme îe frémis de ce que tu t'aprestes,
Auec ces impudens propos.
Que tu grossis pour toy d*éfroyabIes tempestes ! Quels orages de coups vont fondre sur ton Dos
MERCVRE
L^Amy, si de ces Lieux tu ne veux disparoistre, Tu pourras y gagner quelque contusion.
Ah! tu sçauras Maraut, à ta confusion, Ce que c'est quVn Valet, qui s'attaque à son Maistre.
MERCVRE
Toy, mon Maistre?
Oûy, Coquin. M'oses-tu méconnoistre?
MERCVRE
le n'en reconnois point d'autre, qu'Amphitryon.
Et cet Amphitryon, qui, hors moy, le peut estre?
MERCVRE
Sans doute.
Ah 1 quelle vision !
Dy-nous vn peu. Quel est le Cabaret honneste, Où tu t'es coiffé le cerueau ?
Comment! encorl
MERCVRE
Estoit-cevn Vin à faire feste?
Ciel !
MERCVRE
Estoit-il vieux, ou nouueau?
Que de coups !
MERCVRE
Le nouueau donne fort dans la teste, Qjuand on le veut boire sans eau.
Ah! ie t'arracheray cette Langue, sans doute.
MERCVRE
Passe, mon cher Amy, croy*moy;
Qiie quelquVn icy ne t'écoute.
le respecte le Vin : va-t'en, retire-toy:
Et laisse Amphitryon dans les plaisirs quMl goûte.
Comment? Amphitryon est là-dedans?
Fort bien ; Q.ui couuert de Lauriers dWne Victoire pleine.
Est auprès de la belle Alcméne, A jouir des douceurs d'vn aimable entretien.
Apres le démeslé dWn amoureux caprice.
Ils goûtent le plaisir de s'estre rajustez.
Garde-toy de troubler leurs douces priuautez,
Si tu ne veux qu'il ne punisse
L'excès de tes témeritez.