‹ Amphitryon: comédieChapitre 24 sur 29 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

IVPITER, AMPHITRYON, NAVCRATES, POLIDAS, SOSIE.

IVPITER.

QVel bruit à descendre m^obllge?

Et qui frape en Maistre où ie suis ?

QjLte vois-je, juctes Dieux !

NAVCRATES.

Ciel ! quel est ce prodige !

Quoy ! deux Amphitryons icy nous sont produis !

Mon Ame demeure transie.

Helas ! ie n'en puis plus; Taudature est à bout : Ma Destinée est éclaircie ; Et ce que ie voy, me dit tout.

NAVCRATES.

Plus mes regards sur eux s*attachent fortement, Plus ie trouue qu'en tout, l'vn à l'autre est semblable.

SOSIE

Messieurs, voicy le véritable; L'autre est vn Imposteur, digne de châtiment.

POLIDAS.

Certes, ce raport admirable Suspend icy mon jugement»

C'est trop estre éludez par vn Fourbe exécrable, Il faut, auec ce Fer, rompre Tenchantement.

NAVCRATES.

Arrestez.

Laissez-moy.

NAVCRATES.

Dieux! que voulez-vous faire?

Punir, d\n Imposteur, les lâches trahisons,

IVPITER.

Tout-beau, l'emportement est fort peu nécessaire; Et lors que de la sorte on se met en colère, On fait croire qu'on a de mauuaises raisons.

SOSIE

Oûy, c'est vn Enchanteur, qui porte vn Caractère, Pour ressembler aux Maistres des Maisons.

AMPHITRYON, le te feray, pour ton partage, Sentir, par mille coups ces propos outrageans.

Mon Maistre est Homme de courage; Et ne souffrira point, que l'on batte ses Gens.

Laissez-moy m'assouuir dans mon courrous extrême. Et lauer mon affront au sang dVn Scélérat.

NAVCRATES.

Nous ne souffrirons point cet étrange combat, D'Amphitryon, contre luy-méme.

Quoy ! mon honneur, de vous, reçoit ce traitement ? Kt mes Amis, d'vn Fourbe, embrassent la défense ? Loin d'estre les premiers à prendre ma vangeance, Eux-mesmes font obstacle à mon ressentiment r

NAVCRATES.

Que voulez-vous qu'à cette veuô

Fassent nos résolutions;

Lors que par deux Amphitryons, Toute nostre chaleur demeure suspendue?

A vous faire éclater nostre zèle aujourd'huy, Nous craignons de faillir, et de vous méçonnoistre. Nous voyons bien en vous Amphitryon paroistre, Du salut des Thébains le glorieux appuy :

Mais nous le voyons tous aussi paroistre en iuy ; Et ne sçaurions juger dans lequel il peut estre.

Nostre Party n'est point douteux, Et Pimposteur, par nous, doit mordre la poussière : Mais ce parfait raport le cache entre vous deux;

Et c'est vn coup trop hazardeux,

Pour l'entreprendre sans lumière.

Auec douceur laissez-nous voir, D6 quel costé peut être l'imposture;

Et dés que nous aurons démeslé rauanture, Il ne nous faudra point dire nostre deuoir.

IVPITER.

Oûy, vous auez raison ; et cette ressemblance, A douter de tous deux, vous peut authoriser.

le ne m'offence point de vous voir en balance : le suis plus raisonnable, et sçay vous excuser. L'œil ne peut entre nous faire de diference; Et ie voy qu'aisément on s'y peut abuser.

Vous ne me voyez point témoigner de colère;

Point mettre l'Epée à la main.

C'est vn mauuais moyen d'éclaircir ce mystère ; Et i*en puis trouuer vn plus doux, et plus certain.

L'vn de nous est Amphitryon ; Et tous deux, à vos yeux, nous le pouuons paroistre. C'est à moy de finir cette confusion; Et ie prétens me faire à tous si bien connoistre, Qu'aux pressantes clartez de ce que ie puis estre, Luy-mesme soit d'accord du sang qui m'a fait naistre, Il n'ait plus de rien dire aucune occasion.

C'est aux yeux des Thébains, que ie veux auec vous, De la vérité pure, ouurir la connoissance ; Et la chose sans doute est assez d'importance,

Pour affecter la circonstance,

De l'éclaircir aux yeux de tous.

Alcméne attend de moy ce public témoignage.

Sa vertu, que l'éclat de ce desordre outrage. Veut qu'on la justifie, et i'en vais prendre soin. C'est à quoy mon amour enuers elle m'engage; Et des plus nobles Chefs, ie fais vn assemblage, Pour l'éclaircissement, dont sa gloire a besoin. Attendant auec vous ces Témoins souhaitez.

Ayez, ie vous prie, agréable

De venir honorer la Table,

Où vous a Sosie inuitez.

SOSIE, le ne me trompois pas. Messieurs, ce mot termine Toute l'irrésolution :

Le véritable Amphitryon, Est TÂmphitryon, où l'on disne.

O Ciel! puis-je plus bas me voir humilié!

Quoy ! faut-il que i'entende icy, pour mon martyre, Tout ce que l'Imposteur, à mes yeux, vient de dire; Et que dans la fureur, que ce discours m'inspire, On me tienne le Bras lié !

NAVCRATES.

Vous vous plaignez à tort. Permettez nous d'attendre L'éclaircissement, qui doit rendre, Les resscnlimens de saison.

le ne sçay pas s'il impose :

Mais il parle sur la chose,

Comme s'il auoit raison.

Allez, foibles Amis, et flatez l'imposture.

Thébes en a pour moy de tout autres que vous : £t ie vais en trouuer, qui partageant l'injure, Sçauront prester la main à mon juste courrous.

IVPITER.

Hé bien, ie les attens; et sçauray décider Le diferend en leur présence.

Fourbe, tu crois par-là, peut estre, t'éuader : Mais rien ne te sçauroit sauuer de ma vangeance.

IVPITER. .

A ces injurieux propos le ne daigne à présent répondre; Et tantost ie sçauray confondre Cette Fureur, auec deux mots.

Le Ciel mesme, le Ciel, ne t'y sçauroit soustraire : Et jusques aux Enfers, i*iray suiure tes pas.

IVPITER.

II ne sera pas nécessaire ; Et Ton verra tantost, que ie ne fuiray pas.

Allons, courons, auant que d*auec eux il sorte, Assembler des Amis, qui suiuent mon courrous :

Kt chez-moy venons à main-forte,

Pour le percer de mille coups.

IVPITER.

Point de façons, ie vous conjure :

Entrons viste dans la Maison.

NAVCRATES.

Certes, toute cette auanture Confond le sens, et la raison.

Faites tréue. Messieurs, à toutes vos surprises ; Et pleins de joye, allez tabler jusqu'à demain. Que ie vais m'en donner ! et me mettre en beau train,

De raconter nos vaillantises!

Je brûle d'en venir aux prises;

Et iamais ie n'eus tant de faim.

8o AMPHITRYON,

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