CHAPITRE lil
En présence de cette difficulté, de cette impossibilité même d'interpréter la pathogénie de l’ainhum, on conçoit aisément qu’on ait mis en doute sa prétendue entité morbide, et qu’on ait cherché s'il ne serait pas une forme particulière de quelque affection moins localisée, qu'on connaîtrait par ailleurs sous un autre nom, ce qui l’a fait confondre avec plusieurs maladies similaires, parmi lesquelles nous ne ferons que citer pour être complets la gangrène symétrique des extrémités, et l’éléphantiasis des arabes.
On a voulu l'identifier avec la gaféria ou éléphantiasis abnornis, mais celle-ci se montre indifféremment dans les deux sexes, aux mains aussi bien qu'aux pieds, elle s'accompagne d'anesthésie, d’atrophie musculaire, d’ulcérations gangréneuses, de carie, de contracture permanente des doigts ; enfin elle ne présente jamais le sildon de l’ainhum.
Voulant lui attribuer une place dans le cadre nosologique, Collas fait dépendre l’ainhum de la lèpre, dont il serait une variété qu'il appelle lèpre dactylienne. « Il n’y « a rien, dit-il, dans l'opinion que je professe, qui ne soit
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ET « acceptable, surtout si l’on songe que la lèpre est endé- « mique dans lInde, et qu'elle y fait d'aussi grands rava- « ges sur ses habitants, que sur les peuples africains. » Il attache une grande importance aux ulcérations, au furfur, à l’aspect noirâtre de la peau (qu’il compare à celui de la lèpre noire, Ctroupou Xustham, des médecins tamouls.) Mais la lèpre dactylienne telle qu'il la décrit ne débute pas commel ainhum. Elle atteint plusieurs doigts à la fois, commence par une phlyctène et non par un sillon. Dans la lèpre on n’a pas la déviation de l’orteil; dans l’'ainhum on n’a pas les manifestations cutanées. La lèpre d’ailleurs est une maladie générale à évolution progressivement envahissante, elle ne peut donc borner ses ravages à un point aussi limité.
Cette question est actuellement jugée. Réfutée par Moncorvo, à la société de médecine de Paris en 1876, Beirao, Silva, Rochard, Wucherer et Schuppel qui s'appuient sur leursexamens histologiques l’opinion de Collas n'est plus admise, même par son auteur. Aujourd'hui c’est avec les amputations congénitales, et la sclérodermie annulaire de M. Verneuil, qu'on veut identifier l’ainhum. Etudions ces deux états pathologiques, et voyons le bien fondé des arguments sur lesquels on s'appuie pour soutenir l’analogie.