OBSERVATION XXIII
(Prise à Toulon, par M. Fontan, dans le service de M. Barthélemy, janvier 1882)
Saieb, arabe arocain, né à Fez, de famille sémite, âgé de 39 ans, porte à la main gauche et aux deux pieds des lésions complexes ; la main droite est saine.
Main gauche.— Pouce sain; syndactylie des quatre autres doigts n’occupant pas toute l'étendue de la première phalange. Sillon constricteur complet étranglant l'index jusqu’à l'os, un peu au dessus de l'articulation phalango-phalangienne. Ni rougeur, ni ulcération, ni furfur à ce niveau. Au dessous le doigt forme une
BSÉRAEU
petite tumeur ovoïde ayant la consistance d’un lipôme, au centre duquel serait une tige osseuse. Rétraction en griffe des autres doigts.
Pied droit. — Chaque orteil est réduit à un moignon semblant ne posséder qu’une phalange ; les deux premiers sont réunis en un seul portant deux ongles.
Pied gauche. — Gros orteil intact ; les quatre autres ont perdu une portion de la phalangette.
Cet arabe attribue ces mutilations à des blessures de guerre reçues il y à plus de 20 ans; dans son enfance il n’avait rien de semblable. Pour les pieds il est moins affirmatif. Pas de douleur; ilest entré à l'hôpital pour ophtalmie ancienne. Aucune trace de lèpre. |
En somme, conclut l’auteur : Saïeb est atteint d'amputations spontanées du pied droit, de syndactylie partielle congénitale (main gauche), d’ainhum typique (index gauche) et d’atrophie de plusieurs doigts (main et pied gauches), par suite de brides et plaques sclérodermiques.
On trouvait donc réunis sur le même individu: des amputations et malformations congénitales, de l’ainhum typique, et de la sclérodermie. Mais ce serait tout un musée. Certes, plusieurs affections peuvent coexister chez le même malade, mais ici, ce n’est pas le cas.
S'appuyant donc sur cesfaits, MM. Fontan et Guyot refusent d'admettre la prétendueentité morbide de Painhum, en tant que maladie locale, spéciale aux colonies, puisqu'ils l'ont observé dans ia race blanche; el pour eux la lésion ne rencontre pas seulement aux orteils, mais aussi aux doigts et même aux membres ; elle peut apparaitre à tous les âges de la vie, mais elle commence ordinaircment dès l’époque congénitale. [ls ne tiennent pas compte des renseignements fournis par les nègres, qui disent-
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ils n’ont pour la plupart aucune notion du temps, apportent peu d'attention aux modifications de leur orga-
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nisme et ne se plaignent que de ce qui leur cause ne « gene notable. »
Pour eux l’ainhum non congénital ne diffère des cas congénitaux d'Europe que par l’origine précise ici, et inconnue là-bas, et les observations précédentes leur semblent un trait d'union solide, conduisant insensiblement de l’ainhum aux amputations congénitales, qu'ils considèrent alors comme deux variétés d’un même genre.
Il n'en est rien ; leurs observatiuns ne ressemblent pas à celles que nous avons citées dans notre chapitre de Painhum. De ce qu'ils trouvent un sillon, ces auteurs semblent conclure de suite à cette dernière maladie. Elles paraissent au contraire calquées sur celles de MM. Trélat, Lannelongue, elc., sur la nôtre. Ces lésions qu'ils nous rapportent, se produisant chez des blanes dès l’époque congénitale, et consistant en moignons, cicatrices, sillons et syndactylies coexistant simultanément, ne sontelles pas les lésions mêmes des amputations spontanées. « Si on plaçait los malades de Guyot et de Fontan, entre « un homme porteur d’ainhum, et un autre sujet atteint « d'amputations spontanées, si on pouvait d’un coup de € pinceau leur donner à tous la même couleur de peau, « et qu'on priât un médecin quelconque de les ranger « d'un côté ou de l’autre, sans aucun doute les malades « de MM. Guyot et Fontan passeraient du côté de l’amputation congénitale ef l’hésitation ne serait plus possible « si on disait au médecin juge que l’ainhum débute chez
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« l'adulte et que les maladés en litige sont venus au « monde avec leurs lésions (F).
Les observations de MM. Guvaot et Fontan doivent done être classées parmi les amputations congénitales, maladie contre laquelle la pigmentation de la peau ne protège malheureusement pas.
Il en est de même de lobservation suivante due à M. Pineau de Chateau d'Oléron; la confusion ici se comprend d'autant mieux que ce docteur avoue ne pas connaître Vaiïnhum, et n'avoir donné au fait qu'il raeoute le titre d'ainhum indigène qu’en se basant sur les observations de Guyot, qui, mous venons de le voir, se rapportent précisément à des amputations congénitales.
(1) Eug. Rochard. In Gazette hebd. de médec. et de chirurg. 83, p. 371.