PLANCHE VIL
Incisions pour amputer un doigt par la méthode à lambeaux.
Incision pour pratiquer l’operation précédente par la me'thode ovalaire.
Lambeau qu’il faut laisser apres avoir amputé la seconde phalange.
Forme qu’il faut donner au lambeau après l’amputation de la troisième phalange.
Plis que Ton remarque a la face interne du poignet , servant de guide pour trouver cette articulation.
d’autant plus facilement Farticulatioîi en contournant la tête de la phalange , qu’il tire plus fortement le doigt en avant afin d’élargir l’espace par où doit passer l’instrument. Il le ramène ensuite sur l’autre côte' du doigt qui est relevé à la position normale afin de couper parallèlement, a l’os, un lambeau qu’il termine carrément. Pendant ce temps de l’opération, un aide écarte fortement le doigt voisin qui pourrait être blessé en achevant la section du lambeau. ( PL VIII , fig. 5. B. 4. 4.).
La commissure digitale doit servir de guide pour mesurer la longueur des lambeaux. De leur irrégularité résulte des obstacles qui s’opposent à la réunion parfaite de ces parties.
Observation \ - — Un jeune homme s’occupant des travaux des champs, s’implanta une légère épine dans la deuxième phalange de l’annulaire de la main droite; il se manifesta bientôt un engorgement phlegmohenx qui , envahissant tous les doigts, les maintenait dans un état de flexion forcée. Après deux jours passés sans secours, il fut fait une application de sangsues , mais en trop petit nombre; je vis le malade le lendemain.
La violence des douleurs, l’énormité du gonflement inflammatoire, indiquaient bien la nécessité d’un débridement; mais où porter le bistouri sur une main dure et calleuse a l’excès? Je crus pouvoir temporiser et prescrire seulement des bains émollients prolongés; j’eus tort sans doute. Quel fut en effet mon étonnement lorsque le lendemain je trouvai le doigt, qui avait été le point de
1 Gaussait , Journal des connaissances médico-chirurgicales .
point de départ de ces accidents , presque complètement dépouillé de son épiderme, et présentant cette couleur violacée , indice certain de son envahissement par la gangrène. L’épiderme se trouvant plus souple que la veille, je fis au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes une incision de six lignes qui ne donna d’issue qu’à un peu de sang.
Deux jours après, la fluctuation étant plus évidente, et le pus n’ayant pas de tendance à sortir par la première incision, j'eus à pratiquer une simple ouverture à travers laquelle s’échappa spontanément une grande quantité de pus jaunâtre, floconneux et très fétide, dont l’issue fut ensuite favorisée par des pressions méthodiques. Ne pouvant revoir le malade dans la soirée, je recommandai de renouveler ces pressions; mais, soit que ma prescription n’eût pas été exécutée, ou ne l’eût été qu’imparfaitement ; soit que cette terminaison fût inévitable, je trouvai le jour suivant la peau de la main perforée en deux endroits. La plus considérable de ces perforations siégeait à l’origine de la phalange de l’annulaire; elle avait en partie dénudé son tendon fléchisseur, et, se portant ensuite vers le côté externe, elle avait érodé et détruit la commissure.
À l’aspect de ces désordres, j’insistai sur la nécessité de l’amputation qu’on avait voulu retarder d’abord ; elle fut acceptée pour le lendemain.
La gangrène avait dépassé de quatre ou cinq lignes
le niveau de l’articulation de la seconde phalange avec la
première; la peau de celle-ci était , dans le reste de son étendue , tuméfiée et comme lardacée.
Cette tuméfaction et la flexion invincible du doigt me forcèrent à commencer une incision quelques lignes au-dessus du siège présumé. Je taillai le lambeau externe et pénétrai aisément dans la jointure; je terminai en taillant le lambeau interne.
En cherchant à réunir les lambeaux , je m’aperçus que l’absence de la commissure et la tuméfaction m’avaient induit en erreur, et que, pour éviter de laisser le premier lambeau trop court, je l’avais réellement laissé trop long: il dépassait de quatre lignes environ le lambeau interne. Je pouvais bien retrancher cet excédant; mais pensant que cette peau se détuméfierait par l’écoulement du sang et par la suppuration, et qu’elle pourrait se réunir par une cicatrice secondaire, je me contentai de rapprocher mollement les lambeaux après avoir interposé entre eux quelque brins de charpie.
La suppuration fut abondante; au bout de sept jours, la tuméfaction avait considérablement diminué ; mais l'extrémité du lambeau externe dépassait toujours l'interne ; elle se repliait même au-dedans , malgré le soin que j’avais de la soulever avec un stylet à chaque pansement. Je proposai alors au malade de retrancher cette portion excédante; mais il ne voulut pas y consentir.
Malgré un nouvel abcès à la paume de la main , malgré un érésipèle phlegmoneux qui envahit la moitié de l’avant-bras, et qui nécessita plusieurs incisions, la cicatrisation du fond de la plaie marcha rapidement; il n’en
fut pas de même de ses bords vicieusement opposés; l’adhe'sion ne fut complète qu’au bout de deux mois , et elle exigea de fréquentes cautérisations avec le nitrate d’argent.
Aujourd’hui cette cicatrice est très solide; elle a seulement cela de particulier, qu’au lieu d’offrir une trace linéaire sur le milieu de l’espace inter-digital , elle présente une sinuosité de deux lignes de profondeur, qui admet aisément , dans l’écartement de ses bords , le stylet aigu dont nous nous servons. Cette disposition, au reste, n’a pas d'inconvénient pour le malade.
J’ai rapporté cette observation pour prouver l’importance qu’il faut attacher a donner aux lambeaux une égale longueur, et à prendre pour guide la commissure digitale.
L’opération terminée, on lave la plaie avec soin et on réunit les bords des lambeaux en rapprochant légèrement les doigts voisins. Une petite compresse , enduite de cérat, recouvre la plaie, et l’on enveloppe dans un mouchoir triangulaire la main que l’on suspend dans un mouchoir plié en écharpe.