C. C. Direction qu’il faut donner à l'instru
ment pour opérer par la méthode de Beaudens.
La modification de M. Blandin ne présente aucun avantage qui puisse faire préférer son procédé à celui de Hoin, je pense meme qu’on ne doit pas le mettre en usage à cause de la position fort pénible quil faut donner au malade, et à cause aussi de la nécessité où Y on se trouve de devoir comprimer l’artère crurale avec le tourniquet. Si l’on a fait choix de la méthode à un seul lambeau, quelque procédé que l’on choisisse, il faut toujours pratiquer à la base du lambeau une boutonnière qui facilitera l’écoulement des liquides. Les éditeurs de la Médecine opératoire de Sabatier 1 condamnent cette pratique, « parce « qu’elle ajouterait a l’opération de nouvelles douleurs sans « en assurer beaucoup le succès. » Cette ponction dans le lambeau , faite pendant l’opération , n est pas bien douloureuse; et d’ailleurs le malade lui-même ne consentirait-il pas a acheter, au prix de cette légère douleur, l’assurance d’échapper à des douleurs plus grandes, résultant de l’accumulation des liquides entre le lambeau et la surface articulaire? Il existe dans la méthode à lambeaux un écueil que l’on évite difficilement quand on n’a pas la main très exercée à la pratique de cette opération : c’est l’artère poplitée que l’on rencontre immédiatement derrière l’articulation , et que l’on peut ouvrir avec la pointe du couteau en coupant les ligaments croisés.
Dans le procédé de M. Blandin, on est exposé à la traverser avec le couteau, en faisant la ponction pour tailler le lambeau.
1 Médecine opératoire , t. iv , p. 088.
La méthode circulaire de Velpeau offre de grands avantages. Ainsi Ton recouvre plus facilement les condyles du fémur , par cette méthode, que par le lambeau postérieur de Hoin ou de Blandin. Sur le cadavre on exécute rapidement cette opération, bien que la dissection de la peau dans l’étendue de deux pouces à deux pouces et demi soit un peu longue. Ce n’est cependant pas une difficulté insurmontable; mais sur le vivant où souvent l’articulation est considérablement tuméfiée, où la peau a acquis une plus grande épaisseur, ou s’est amincie , je crois qu’il serait très difficile de la disséquer et surtout de la relever jusqu’au niveau de l’articulation, condition indispensable pour terminer cette opération.
M. Beaudens, professeur à l’hôpital d’Alger, l’exécute par une méthode mixte qui réunit les avantages et élude les inconvénients des autres. Après avoir fait une incision ovalaire, il est bien plus facile de disséquer la peau, quel que soit son état, qu’après l’incision circulaire de Velpeau. La cicatrice se fait en arrière dans le creux poplité, le moignon repose alors sur des téguments sains. On obtient un coussinet charnu qui remplit le vide de la face postérieure du fémur entre ses condyles, et qui plus tard protégera le moignon quand il reposera sur un membre artificiel.
L’opération terminée , il faut tordre les artères poplitées et quelques branches qui entourent l’articulation.
La plaie étant bien épongée, les vaisseaux ne fournissent plus de sang; on ramène les téguments sur la surface articulaire du fémur, et on les retient en contact
par plusieurs points de suture. Si l’on a pratique la méthode à un seul lambeau , on placera une mèche dans la boutonnière de Blandin, afin de permettre aux liquides de s’écouler, et aux fragments des cartilages articulaires de sortir.
rès la méthode de Velpeau, il est facile de laisser dans le centre du moignon une ouverture pour l’écoulement du pus, cette ouverture existera à la lace postérieure du fémur après avoir exécuté la méthode de Beaudens.
Lorsque les téguments sont réunis par des points de suture, on recouvre la plaie avec une compresse fenètrée et enduite de cérat; on place sur le moignon du coton cardé, et Ton maintient le tout par un mouchoir triangulaire que Fou fixe par un nœud sur la cuisse.
Blandin conseille, avec raison, les applications froides pour favoriser la réunion immédiate , qui n est pas complètement possible, dit-il, parce que l’extrémité du muscle soléaire qui reste dans le lambeau séparée de son insertion tibio-péronière , et surtout privée de ses vaisseaux, se mortifie.
Cette mortification du muscle soléaire, est-elle bien démontrée? n’est-ce pas une théorie que les faits ne confirment pas? Non-seulement les chirurgiens qui ont pratiqué cette désarticulation n’en parlent pas, mais Beaudens dit ne l’avoir jamais observée.
Je pense que l’expérimentation , seule pierre de touche des théories, doit prononcer sur la valeur de celle-ci.
Après l’amputation dans l’article, les condyles s’atrophient. Brasdor a étudié ce phénomène pour expliquer
rallongement de la peau sur ces têtes osseuses, après l’amputation.
Gignoux eut l’occasion d’observer le moignon d’une fille à lacjuelle la gangrène avait sépare' quatre ans auparavant la jambe d’avec la cuisse en emportant la rotule. Il vit que le moignon du côte' mutile' avait près de trois pouces de moins de circonférence.
La même observation a été faite par Hoin fils, sur le couvreur amputé par son père; la diminution était moins considérable, ce qui fut attribué à la rotule laissée contre le fémur.