‹ Amputations dans la contiguité des membresChapitre 43 sur 46 · COSTER · texte numérisé non relu

COSTER

Troccon.

Maingault.

Blandin.

Roux.

Lafiteau.

AUTEURS GITES.

Anatomie des formes.

Mémoires de l’Académie de Chirurgie.

Lancette française.

Traité des maladies chirurgicales.

Opérations chirurgicales .

Nouvelle méthode pour l’amputation du poî-* gnet.

Traité des amputations.

Dictionnaire de médecine et de chirurgie , art. Amputations.

Mémoire sur la réunion immédiate.

Médecine éclairée par les sciences physiques. Bulletin médical belge.

HÉMOST ATIOUE.

Lorsqu'une opération est achevée , le besoin le plus pressant est d'arrêter l'hémorrhagie ; le chirurgien doit porter toute son attention sur l’écoulement du sang qui se fait par la plaie > et employer aussitôt les moyens propres à le faire cesser.

Ï1 doit choisir entre trois méthodes , toutes trois hautement prônées , toutes trois amèrement blâmées; ces méthodes sont la ligature des vaisseaux , la torsion des artères, et leur complet abandon dans l'épaisseur des tissus, ou méthode de Coch *.

Nous ne nous occuperons pas de cette dernière, bien que Coch le fils rapporte de nombreux succès obtenus par son père et par lui-même; on n'osera jamais abandonner

1 Sur l’amputation et l’omission de la ligature des vaisseaux, Journal des Progrès, t. m, p. 126.

avec securité un opéré auquel on aura laissé béante l’artère crurale par exemple , et comprimée seulement par l’appareil qui entoure le moignon.

Nous établirons donc un parallèle entre la ligature et la torsion des artères. Par l’étude des phénomènes qui se passent dans l’évolution du caillot après l’emploi de l’une et de l’autre méthode , nous pourrons nous prononcer définitivement et choisir celle qui nous montrera le moins d’incertitude dans ses résultats.

On vient de proposer en Allemagne une méthode nouvelle, c’est la perplication de stirling \ Après avoir isolé l’artère dans une partie de sa longueur, un pouce par exemple, on traverse ses parois sur le côté avec la pointe d’un petit scalpel ; puis, enfonçant dans l’ouverture faite au vaisseau les mors recourbés d’une petite pince, on va saisir l’extrémité béante de l’artère.; alors, retirant la pince et lui faisant suivre en sens inverse le chemin qu’elle a déjà parcouru, on entraîne en meme temps le bout du cylindre artériel qui se trouve étranglé en passant par l’orifice étroit pratiqué avec le scalpel : on forme ainsi une sorte de nœud.

D’après Fauteur voici quels sont les avantages de cette méthode. Le vaisseau noué ne permet pas au sang de s’écouler au dehors ; ensuite l’extrémité de l’artère ne doit pas nécessairement se mortifier, ce qui permet d’opérer la réunion immédiate.

On ne peut encore porter aucun jugement sur cette nouvelle méthode : il faut d’abord examiner, ou plutôt i!

2 E ncy cio graphie . i. 21, deuxième série.

faut expérimenter , alors seulement on pourra mettre en regard les faits résultant de remploi de chacune des autres méthodes , les comparer, et prononcer enfin.

On observe dans la torsion et dans la ligature des phénomènes identiques : ainsi lorsqu’on étreint une artère dans le nœud d’un fil ciré, les tuniques internes sont nettement coupées , et la surface interne de la membrane externe se touche circulairement par tous ses points. La même chose a lieu, quand on serre transversalement une artère entre les mors d une pince a baguettes. Quoique les membranes ainsi rompues par la ligature ou par les pinces aient diminué la résistance des parois artérielles , le sang ne peut faire distendre ce vaisseau, et quoi qu’ait pu faire M. Amussat pour obtenir cette distension, dans le but d’étudier les anévrismes , soit en dénudant la tunique externe , soit en la chargeant de machures, jamais il n’a obtenu ce résultat. L’artère fermée par la ligature ou par les pinces recèle bientôt le germe d’un caillot, qui se développe plus rapidement après la torsion qu’après la ligature.

L’obstacle que l’on oppose au cours du sang a l’orifice du vaisseau, ne le ferme pas seulement a ce point, mais l'oblitération s’étend j'usqu’â la première collatérale. Ces

résultats sont les memes pour les deux méthodes. Etudions maintenant séparément ces phénomènes divers, et tâchons de découvrir leurs avantages et de préciser leurs inconvénients.

Le premier effet d’une ligature immédiate convenablement serrée est une douleur vive , mais instantanée qui

tient à la constriction des filets nerveux très dc'lie's qui accompagnent tous les vaisseaux artériels 1.

Le premier effet de la torsion bien exécutée est d’arrêter pour toujours l’hémorrhagie sans douleur aucune. Jamais nous n’avons entendu les malades pendant la torsion accuser ces douleurs , quelquefois très violentes , dont ils se plaignent pendant la ligature d’une artère 2.

De quoi dépend donc cette différence de sensibilité lorsqu’on obtient le même résultat, la cessation de l’hémorrhagie? C’est que, pour pratiquer la torsion, on isole le vaisseau, tandis que, pour placer une ligature, on se contente de saisir avec des pinces le bout de l’artère divisée, et l’on étreint les tissus voisins dans l’anse de fil, ce qui arrache aussitôt au patient l’aveu d’une douleur vivement sentie. Après une amputation on lie ainsi trois ou quatre artères ; en écrasant les filets nerveux très déliés qui accompagnent tous les vaisseaux artériels , des accidents nerveux apparaissent , et le chirurgien , spectateur impuissant du tableau qui se déroule à ses yeux, se demande avec étonnement quelle est la cause des revers si nombreux après ces opérations , et pourquoi la mort frappe-t-elle un si grand nombre d’amputés. L’application répétée de ces ligatures détermine des douleurs également répétées, et la douleur épuise et tue. C’est là qu’il faut chercher la cause de ces désastres ; c’est là qu’il faut prévenir le développement de ses effets.

1 Sanson, Article Plaie , Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique , p. 22S.

a Torsion des artères , Petit, de Plie de lié, p. 4a.

L'hémorrhagie ne cesse définitivement que par la formation d'un caillot ; et la reproduction de cet accident sera d'autant moins a craindre , que les adhérences du caillot seront plus nombreuses et plus solides. Voyons donc ce qui se passe dans l’intérieur du vaisseau apres l’application de l’une et de l'autre méthode.

Lorsque l’on a serré une artère dans le nœud d’une ligature , les membranes interne et moyenne sont nettement divisées ; l'adhérence du caillot s'opère sur cette division circulaire, bien bornée, comme on peut le voir, sur une artère ouverte après avoir été liée.

Lorsqu'on a employé la torsion , les pinces à baguettes ont d’abord produit l’effet da la ligature , c’est-à-dire qu’elles ont rompu circulairement les membranes interne et moyenne , et en imprimant les mouvements de torsion à la membrane externe , elles ont décollé les membranes internes, qui, se repliant sur elles-mêmes, diminuent de toute leur épaisseur le calibre artériel , ce qui ralentit le choc du sang dans cette partie et favorise révolution du caillot ; il se forme alors de nombreuses et de solides adhérences, puisqu’elles se font sur toute l’étendue delà partie dédoublée et refoulée dans l'intérieur du vaisseau.

M. Sanson dit : Le premier effet d’une ligature convenablement serrée, etc... Quand donc est-elle convenablement serrée? Si l’on presse fortement sur le nœud, et que l'on se serve d’un fil simple , on coupe trop tôt la membrane externe , le caillot n’ayant pas eu le temps nécessaire pour terminer son accroissement, et pour se créer des adhérences assez solides , n'opposera au choc

de la colonne sanguine qu’une résistance trop faible , il sera entraîne' par Fimpulsion du cœur et le sang s’écoulera avec la vie de Fope'ré.

One de faits désastreux ne sont pas là pour te'moigner de ce que nous avançons ! Ou’il a fallu de revers avant que l’attention des praticiens fût éveille'e et portée sur ce point de chirurgie pratique ! Aussi ce besoin si vivement senti , a-t-il bientôt fait naître le désir de voir une méthode nouvelle remplacer la ligature. C’est alors que M. Blandin , se rappelant ce qui se passait dans les plaies par arrachement, écrivit 1 : «Nous savons bien que le jour « où par ce moyen (l’arrachement) on aurait appris à se « passer de ligature après les grandes amputations , la « science chirurgicale aurait fait un grand pas vers la « perfection. »

La torsion est venue satisfaire ces besoins , et en peu de temps , elle a réalisé les espérances qu’elle avait fait concevoir dès son apparition qui fut entourée d’un grand éclat ; car on était alors sous la terrible impression de quelques cruels mécomptes dus à la ligature. Petit, de File de Ré , dit avoir vu dans un espace de temps très court trois malades mourir d’hémorrhagie consécutive; un à la Charité à la suite de la ligature de l’axillaire , deux autres après la ligature de la crurale par Dupuytren et Velpeau à F Hôtel-Dieu et à la Pitié. Et plus récemment encore, M. Velpeau a montré en séance publique à l’Académie de Médecine un jeune homme qui portait

1 Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , t. m, p. o 22.

a la région temporale une tumeur ou Ton sentait des battements que Ton pouvait diminuer ou faire disparaître par la compression de Eartère carotide. M. Velpeau lia ce vaisseau > la ligature tomba le huitième ou neuvième jour : il survint plusieurs hémorrhagies consécutives auxquelles succomba le malade.

Les adversaires de la torsion ont publié quelques cas malheureux , et se servant de ces faits comme d’une arme qu’ils ont maniée avec imprudence et maladresse ; ont favorisé la propagation de cette méthode lorsqu’ils voulaient l’arrêter. Ces attaques , en faisant naître le doute dans l’esprit des praticiens , leur a fait sentir la nécessité de sortir de cette incertitude; alors , multipliant les expériences , ils se sont formé une conviction d’autant plus forte quelle grandissait avec le nombre de succès que l’on obtenait par l’expérimentation. Aussitôt après l’application d’une ligature sur le vaisseau , la partie interne s'enflamme et laisse épancher une lymphe coagulable qui agglutine ensemble les parties divisées \ Le meme phénomène a lieu après la torsion , et comme on sépare une plus grande quantité des membranes internes , en les décollant par le refoulement on obtient une plus grande quantité de lymphe coagulable pour réunir ces parties divisées . C’est alors que commence la formation du caillot et de ses adhérences avec les membranes artérielles : c’est ce phénomène conservateur que Jones envisage comme le plus indispensable pour arrêter les

1 Lisfranc , Thèse du concours pour la chaire de clinique chirurgi cale } p. 48.

hémorrhagies, n’attachant au caillot lui-même qu’une importance secondaire. Aussi a-t-il conclu de ses expériences^ que l’agglutination des tuniques artérielles et du caillot avec elles sera d’autant plus prompte et plus facile que la section des membranes internes aura été faite plus nettement. Il conseille pour atteindre ce but d’employer les ligatures fines et simples.

Manec leur donne aussi la préférence : «La section « nette et régulière dit-il , des membranes interne et « moyenne , telle qu’on l’obtient , en faisant usage pour la « ligature d’un fil rond, favorise mieux l’occlusion d’une « artère que la division frangée et irrégulière de ces mêmes « membranes , comme cela arrive lorsqu’on a employé « une ligature rubanée et plus ou moins large \ »

Voici quels sont en général les effets de la torsion, et

les changements qui s’opèrent dans le vaisseau :

1° Les membranes interne et moyenne sont coupées circulairement au point où l’on place les pinces à baguettes. Elles sont arrachées de la celluleuse, se replient sur elles-mêmes dans l’intérieur du vaisseau, et forment un sac que Petit 2 nomme valvule interne;

2° La membrane externe tordue forme une seconde valvule externe qui ferme l’extrémité de l’artère ;

5° La formation du caillot est constante ;

4° Les membranes internes refoulées s’enflamment et

«ta

fournissent une lymphe plastique qui ferme le canal arté-

1 Traité théorique et pratique de la ligature des artères , par Manec, in-folio, p. 29.

1 Petit, de la torsion des artères.

riel par l’intermediaire du caillot ou par l’adhérence avec les membranes;

5° L’inflammation et l’épanchement de la lymphe plastique se développent également dans les parties du vaisseau ;

6° Le canal de l’artère s’oblitère jusqu’à la collatérale la plus proche;

7° La torsion est plus délicate et plus difficile que la ligature; elle devient bientôt simple et facile par l’expérimentation.

On a paru craindre beaucoup l'inflammation de l’artère tordue; si l’expérience, bien que favorable a cette méthode, n’avait pas suffi pour former des convictions, peut-être que l’opinion d’un homme justement célèbre fera cesser bien des hésitations.

M. Cruveilhier se demande si les artères sont passibles du phénomène si général de l’inflammation : « Con- « ducteurs passifs du sang, dit-il, les artères n’ont juste « que le degré de vitalité nécessaire pour la réparation « des pertes qu’elles font continuellement : comme tout « solide vivant, on peut les mettre a cet égard sur la « même ligne que les tendons et les aponévroses, aussi « les voit-on traverser pour ainsi dire impunément des

« foyers tuberculeux, cancéreux, phlegmoneux; . la

« gangrène la plus aiguë, la pourriture d’hôpital elle- <( même, respectent souvent le tissu artériel. Comment « faire coïncider ce phénomène avec la nature celluleuse « de la membrane externe? C’est que le tissu cellulaire <( n'est passible d’inflammation qu’en raison inverse de

« sa densité» De degré en degré, vous arrivez du tissu « cellulaire le plus lâche, de celui des paupières, au « tissu cellulaire le plus serré , à la membrane celluleuse « des artères et aux tendons. Il suit de là que la mem- « brane celluleuse des artères est très rarement en- « flammée, soit primitivement, soit consécutivement. « Dans plusieurs cas , l’artère mise à nu s’est recouverte « de caroncules , et la membrane celluleuse transformée « est devenue la base d’une cicatrice \

Cette opinion de Cruveilhier est d’une grande valeur, car cet anatomiste avait douté de la torsion, non qu’il ait prévu et craint les conséquences de cette méthode ; mais il a douté de son application. Ainsi, en 1829, il écrivait : « Ces mêmes phénomènes (en parlant de Far- « rachement) s’observent dans la torsion des artères qu’on « vient de proposer comme méthode générale pour rem- « placer la ligature; attendons, pour prononcer, la sanc- « lion de l’expérience qui , je le crains bien , ne lui sera « pas favorable, si toutefois on ose la tenter sur des « vaisseaux considérables. » Aujourd’hui le doute n’est plus possible , on a osé la tenter sur des vaisseaux considérables. Les artères les plus volumineuses ont été tordues, et le succès a couronné cette manœuvre hardie.

On a cru que les plaques osseuses, qui se développent dans l’épaisseur des parois artérielles, devaient mettre obstacle à la torsion à cause des déchirures qu’elles feraient dans la membrane externe, et qu’ainsi cette méthode, n’étant plus applicable à tous les cas, perdait beau-

* Ouvrage cité, p. 593»

coup (le son importance; mais la ligature n’est pas plus efficace dans ces cas pathologiques.

En effet *, si Ton applique une ligature étroite , un fil simple , par exemple , qu’on le serre jusqu’à ce que le calibre des vaisseaux soit oblitéré, il en résulte que les plaques osseuses ou cartilagineuses qui se trouvent dans son épaisseur, sont brisées en fragments plus ou moins irréguliers, de manière que la tunique celluleuse, au lieu d’exercer une pression douce et uniforme sur la section faite aux membranes interne et movenne , se trouve distendue et fortement soulevée par les bords plus ou moins inégaux de chaque fragment.

L'inflammation qui se développe use la membrane externe qui se trouve coupée presque mécaniquement. L’exudation n’ayant pas lieu, le caillot reste abandonné à lui -même; il ne peut, avec ses seules forces, se créer d’assez solides adhérences , et ne pouvant résister, il est facilement entraîné au dehors.

Il faut tirer de ces faits cette conclusion que les ligatures simples et les rubanées doivent être proscrites lorsque les artères sont ossifiées, parce qu’elles divisent trop promptement la membrane celluleuse.

Dupuytren n’employait pas de ligature après les amputations. Lorsqu’il rencontrait une artère ossifiée, il y introduisait un morceau de bougie, et serrait alors avec une ligature la membrane externe sur cette bougie.

L’ossification des artères doit-elle faire rejeter la torsion? Voyons d’abord où Ton trouve ces plaques os-

1 Manec , Traité de la ligature des artères , p. 26.

seuses. Cruvcilhier a observé 1 que les transformations ossiformes des artères présentent deux espèces principales. Dans la première , l’ossification occupe la membrane moyenne et dans la deuxième elle occupe la membrane interne. Comme on ne tord que la membrane externe, je ne sais pourquoi M. Manec 2 a dit que toutes les fois que les artères sont ossifiées ou cartilagineuses, la torsion ne peut être employée ; en effet , les fragments qui résulteraient des déchirures et du froissement des membranes interne et moyenne seraient capables de rompre immédiatement la membrane externe, ou du moins de rendre sa rupture encore plus certaine que par toute autre méthode.

C’est a la ligature et non à la torsion qu’il faut adresser ces reproches , le morceau de fil rapproche , en fronçant les parois artérielles , et c’est seulement, lorsqu’elles sont en contact parle froncement, que la division s'opère. Il est à craindre alors que les plaques osseuses, aussi violemment froissées, ne forment des éclats capables de traverser la membrane externe, tandis que si l’on emploie la torsion, les pinces à baguettes divisant les membranes artérielles rapprochées à plat dans toute leur étendue, feront éclater régulièrement les plaques osseuses sans produire de nombreuses esquilles , et quant à ce que dit cet anatomiste, de l’altération qui transforme la membrane externe en matière squammeuse et stéatomateuse 3, et qui

1 Essai su?' V anatomie pathologique , t. n, p. 57.

3 Ouvrage cité, p. 27.

3 Morgani de sedibus .

lui fait proscrire la torsion ; je ne sais si dans un pareil cas il employerait la ligature immédiate sans en avoir de repentir.

Gonzalez de Torrès 1 a fait de nombreuses expériences sur les artères. 11 a vu que le caillot sanguin se forme plus vite après la torsion qu après la ligature; il a divisé les artères carotides et crurales de chiens de différentes grandeurs; il a pratiqué la ligature d'un côté; et la torsion de Tarière opposée. Ces animaux ont été sacrifiés trois ou quatre jours après ces opérations, et il a constamment trouvé un caillot solide, large de plusieurs lignes, adhérent aux parois internes dans les bouts tordus , tandis que, dans les artères liées , le bout du côté du cœur ne présentait aucune trace d'adhérence . L'autre extrémité renfermait un caillot, mais trop faible pour empêcher le sang de venir frapper le cul de sac du vaisseau lié.

On est resté jusqu’à présent dans l’incertitude, on n’a pas encore d’idée bien exacte de ce qui arrive du bout d’artère ainsi tordu 2.

J’ai soumis à l’expérimentation plusieurs animaux (des chiens et des chevaux), et voici ce que j’ai remarqué :

Après avoir isolé l’artère crurale de trois chiens , dans l’étendue d’un pouce, je l’ai divisée dans sa partie moyenne, puis fixant les bouts avec les pinces à baguettes, j’ai tordu de chaque côté un morceau d’artère de trois ou quatre lignes d’étendue; il n’y eut plus d’hémorrhagie.

1 De la Torsion des artères , p. 25.

a Lisfranc, Thèse du concours , p. 81.

La plaie fut livre'e à la suppuration : la même expérience fut répétée sur l’autre cuisse , et la plaie fut réunie par quatre points de suture. Un mois après j’ai tué les chiens pour examiner les artères.

La plaie suppurée n’était pas entièrement fermée a l’extérieur ; l’artère fut découverte à l’arcade crurale, afin de bien la reconnaître et la suivre dans les tissus cicatrisés. La membrane externe était recouverte de bourgeons sur le point où les spirales avaient été arrêtées par les pinces à baguettes , je ne vis aucune trace du bout de l’artère tordue. Le vaisseau fendu longitudinalement se terminait par un cul-de-sac formé par la membrane externe sans aucune trace de spirales : je dus conclure que la suppuration avait entraîné le bout d’artère soumis a la torsion.

Dans les plaies réunies , les points de suture étaient cicatrisés , un peu de pus sortait par Fangle inférieur de la solution de continuité; la membrane externe tordue adhérait dans toute son étendue aux tissus voisins, on voyait distinctement les spirales produites par la torsion. Les tissus environnants étaient plus durs et plus fortement colorés que dans l’état normal. Ce résultat s’est constamment montré le même ; ainsi après avoir expérimenté sur les carotides de deux chevaux, la plaie en suppura lion ne contenait aucun débris d’artère tordue, tandis que dans la plaie réunie immédiatement on pouvait suivre les spirales. Je crois donc pouvoir dire, que lorsqu’on a pratiqué cette méthode , si on livre la plaie a la supputation, le bout tordu se détache au point où les

spirales se sont arrêtées , et est entraîné au dehors par le pus. Le cul-de-sac formé par la membrane externe se couvre de bourgeons et s’unit aux tissus voisins ; enfin il ne faut jamais tordre jusqu’à rupture des membranes quand on veut laisser suppurer la plaie , car alors le cul-de-sac n’ayant pas eu le temps nécessaire pour se couvrir de bourgeons , n’a pas une résistance assez vigoureuse pour s’opposer au choc du sang. Le caillot est lancé au dehors , et les hémorrhagies secondaires sont alors imminentes. Si, au contraire, on réunit immédiatement , la membrane externe tordue , contracte des adhérences et s’organise avec les tissus voisins , l’artère ne subit aucune perte de substance, et le caillot s’attache solidement aux parois artérielles. J’ai réuni immédiatement plusieurs plaies après avoir tordu jusqu’à rupture 1 sans qu’il soit survenu d’accidents.

J’ai tordu cinq fois avec succès l’artère crurale après des amputations de cuisse : une fois entre autres , au château de Modave, à six lieues de Liège, j’amputai la cuisse d’un ouvrier qui venait d’avoir le genou fracassé par l’explosion d’une mine ; je n’avais qu’un médecin pour faire la compression, mes autres aides étaient des maçons. Après la sixième fois, il est survenu une hémorrhagie consécutive qui faillit devenir fatale à l’opéré. Yoiei le fait :

M. Pirotte, de Liège, âgé de vingt-cinq ans, portait depuis l’âge de neuf ans une tumeur blanche au genou ; ses parents ne voulurent jamais consentir à le laisser amputer. Le développement de ce membre fut arrêté, et

celte cuisse avait à peine acquis les deux tiers de la grandeur de la cuisse opposée. Ce jeune homme avait aussi une hyperthrophie du cœur, ce qui me fit hésiter longtemps avant de me décider à opérer. Les douleurs ayant considérablement augmente' pendant l’hiver de 1856, il me fit appeler et re'clama l’operation avec tant d’instances, que je crus ne pas devoir lui refuser cette dernière et bien cruelle chance de vie.

Le 15 février j’amputai ce malheureux en présence de M. le professeur Lombard et de M. le docteur Besaive, qui me prêtaient leur appui. Lorsque le membre fut se'pare' du corps, nous fûmes tous bien étonnés de voir le volume considérable de l’artère crurale comparativement au petit développement de la cuisse , le petit doigt était facilement introduit dans l’intérieur de ce vaisseau. J’en pratiquai la torsion , l’hémorrhagie fut arrêtée et je rapprochai les chairs en laissant un angle ouvert à la partie inférieure du moignon.

MM. Lombard et Dcsaive examinèrent le malade couché dans son lit, le développement du pouls et la grande impulsion du cœur leur fit donner le conseil de pratiquer une saignée qui Fut faite aussitôt par un aide. Le malade fut assez calme pendant la journée ; la nuit fut très pénible , il se remua beaucoup et le lendemain matin je trouvai l’appareil en désordre. Je dus renoncer à la réunion immédiate, cette faute involontaire faillit avoir des suites bien funestes. La plaie se cicatrisait, le malade se trouvait très bien, lorsque le douzième jour au soir, faisant quelques efforts pour rendre les matières fécales iî survint

par Tarière crurale nue hémorrhagie qui inonda de sang le lit et l'appartement; heureusement le père de ce jeune homme , attiré par les cris du garde-malade conserva toute sa présence d'esprit, et renfermant l'émotion qu'il éprouvait en voyant son fds prêt à périr, plaça aussitôt

son doigt sur l’orifice artériel et arrêta momentanément cette hémorrhagie. Le hasard amena M. Th. Vaust, docteur en médecine , qui n'hésita pas à fendre largement le moignon et à chercher l'artère crurale à un pouce audessus de la surface de la plaie : ayant mis à nu ce vaisseau , il y appliqua une ligature et sauva la vie à ce malheureux, en arrêtant une hémorrhagie qui ne reparut plus.

Aujourd'hui , près de deux ans après l’opération , ce jeune homme est guéri de sonhyperthrophie du cœur et jouit d'une bonne santé.

Doit-on attribuer a la torsion cette hémorrhagie se déclarant tout à coup douze jours après l'opération ? La ligature aurait-elle mis ce malade à l'abri de cet accident ?

C'est ce qu'il est difficile de démontrer. Je crois cependant que la ligature n’aurait pas été plus efficace, car nous savons que les adhérences quelle développe sont très bornées, tandis que celles que produit 1a torsion, sont nombreuses et solides; et cependant dans ce cas elles ont cédé a l’impulsion du cœur et n'ont pu résister a ses efforts.

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