‹ Amputations dans la contiguité des membresChapitre 44 sur 46 · MANIÈRE D’EXÉCUTER LA TORSION · texte numérisé non relu

MANIÈRE D’EXÉCUTER LA TORSION

On saisit avec une pince à torsion l’extre'mite' de l’artère divisée, de manière à comprimer fortement l’orifice du vaisseau. On fait faire à l’artère une saillie de quelques lignes en la tirant de l’épaisseur des chairs , on l’isole avec le plus grand soin des parties voisines avec deux pinces que l’on tient à chaque main; alors, prenant et reprenant l’artère avec chacune des deux pinces, on la séparé complètement des filets nerveux qui l’entourent. Dès qu’on a fait l’isolement, l’opération de la torsion est facile et à moitié' terminée. Le pouce et l’indicateur de la main gauche portés sur l’artère au point où elle sort des chairs , permettent au chirurgien d’exécuter des mouvements de torsion qui ne dépasseront pas les points limités par les doigts.

L’hémorrhagie est alors arrêtée.

Cette méthode ne peut être appliquée qu’aux artères de calibre moyen. Il faut se garder d’introduire dans la lumière du vaisseau la pince avec laquelle on doit tordre , car on ne comprimerait qu’un côté du vaisseau sans le fermer. On ne peut pas employer cette manœuvre avec

crurale, la brachiale, parce que les doigts ne suffisent plus pour les maintenir et arrêter les spirales. On décolle alors l’artère dans une grande étendue, et Ton est exposé à voir des hémorrhagies se reproduire.

L’artère étant saisie en travers et serrée par une pince à patins, on place transversalement sur elle une pince a baguettes qui coupent les membranes interne et moyenne, lorsqu’on les rapproche brusquement. La première pince soumise à un mouvement de rotation, entraîne sur ellemême l’artère qui passe à la filière entre les baguettes, et décolle les membranes internes qui sont refoulées dans l’intérieur du vaisseau : c’est seulement alors que l’on exécute la torsion de la membrane externe qui ferme cornplètcment l’orifice du vaisseau.

On a adressé à la torsion le reproche d’être difficile a exécuter, et l’on donnait comme preuve que d’habiles chirurgiens l’ayant employée s’en étaient repentis. Il est vrai qu’elle est entourée de plus de difficultés que la ligature, mais faut-il donc pour ce motif la repousser? Comme la difficulté n’intéresse que l’opérateur, qu’il apprenne cette opération en la répétant souvent sur le cadavre et les animaux vivants jusqu’à ce qu’elle lui soit familière ; il pourra alors en faire l’application sur l’homme ; alors les chirurgiens habiles pourront l’employer sans crainte; enfin, comme c’est du patient et non pas du chirurgien que l’on doit être préoccupé , son efficacité bien démontrée suffit pour la faire prévaloir.

En pays étranger, les chirurgiens les plus habiles l’emploient exclusivement; Dieffenbach, de Berlin, a écrit

que celte decouverte seule suffirait pour perpétuer le nom de son inventeur. En récapitulant , dit-il , tout ce que d’autres chirurgiens on dit pour et contre la torsion , et en me fondant sur ce que j’ai vu moi-même dans un bon nombre de cas., je me déclare, du moins jusqu’à présent, zélé partisan de ce procédé. J’ai essayé la torsion non-seulement sur les artères superficielles, mais encore sur des artères profondes à la suite d’amputations de seins, d’extirpations de tumeurs considérables, d’amputations de cuisses et de jambes , soit à l’hospice de la Charité, soit en ville , je n’ai observé que deux cas d’hémorrhagies consécutives; la première dans une amputation de jambe , où il était évident que la torsion n’avait pas été assez forte, dans le second il était impossible de décider si le sang coulait des vaisseaux tordus ou de ceux qui ne l’étaient pas.

Ce qui donne à la torsion un grand avantage sur les autres méthodes , c’est de pouvoir être exécutée sans aide ; tous les chirurgiens militaires savent combien il est difficile quelquefois impossible d’arrêter une hémorrhagie aidé par des jeunes officiers de santé le plus souvent sans expérience. Voici un fait 1 qui prouvera d’une manière évidente l’avantage que cette méthode a de pouvoir être employée sans secours.

M. le docteur Ferras, chirurgien militaire de l’hôpi- . tal de Calvi, à son arrivée en Corse, se trouva dans la nécessité de pratiquer une amputation du bras avec de très mauvais instruments, et n’ayant d’autre aide qu’un employé de Fhôpitaî.

1 Lancette française , 1 G janvier 1854.

DANS LA CONTIGUÏTÉ DES MEMBRES. 2i7

« J’indiquai à ce Monsieur (Femploye') comment il fal- « lait proce'der à la ligature des vaisseaux; et ayant saisi «l’artère, l’aide cassa deux fois mes ligatures, quoique « compose'es de plusieurs fils cire's : il est vrai que le fil « était de mauvaise qualité'. J’avais e'galement dispose', «par prévoyance, des fils de soie : cette fois il rompit «les membranes arte'rieîles. Je le grondai, il eut peur, « et perdit la tète en voyant le blesse' tomber en syncope. « J'eus recours immédiatement a la torsion des artères « que j’avais vu pratiquer a M. Amussat, quelques jours « avant mon départ de Paris. Je saisis le vaisseau avec « une seconde pince, dont les branches sont étroites et «minces; je la tirai légèrement à moi, et avec des ef- « forts gradués, de la main gauche je saisis les extrémités « de la pince, et j’opérai la torsion avec les mouvements « réguliers quinze ou vingt fois. Le blessé revint a lui— «même, a l’aide d’effusion d’eau froide, il ne survint «pas d’hémorrhagie, et cet homme fut parfaitement «guéri vingt jours après.))

Ce fait prouve combien la torsion peut être indispensable, combien il est important que tout chirurgien sache l’exécuter, et l’adopte, sinon comme méthode générale, au moins comme méthode exceptionnelle; on comprend difficilement la défaveur dont on l’a entourée en France, lorsqu’en pays étranger on en fait avec succès un usage habituel. Ainsi Doffenbach, de Berlin; Frike, de Hambourg; Langenbek, depuis longtemps ne se servent plus de ligatures , et emploient la torsion des artères comme méthode générale.

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