‹ Amusements sérieux et comiques :Chapitre 26 sur 26 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Page 93. — (x) Dans l'ancienne langue, personne qualifiée est synonyme de personne de qualité. On sait, par Le Bourgeois gentilhomme, que les bourgeois riches étaient alors férus de noblesse. Les Bourgeoises de qualité est le titre d'une comédie de Hauteroche (1690), où l'auteur raille ce travers chez les femmes.

Page 94. — (*•) Les horoscopes, « le bâton fourchu », et tous les modes de divination avaient alors la vogue. Le procès et la mort de La Voisin (1680) sont encore aujourd'hui dans toutes les mémoires. Les auteurs comiques, les satiriques, les moralistes dirigent de fréquentes attaques contre le goût trop vif des femmes pour les devineresses.

Page 95. - — • (x) Ces lois siamoises sont imaginaires. Il n'y a rien qui en approche, de près ou de loin, dans les ouvrages contemporains sur le Siam.

Page 103. — (*) Le regret de Dufresny porte de façon générale sur l'ancienne « galanterie » française, mais peut-être plus particulièrement sur les premiers temps du règne de Louis XIV : sur l'époque de l'Hôtel de Rambouillet et de la Société précieuse. Une plus grande liberté de manières, surtout dans les rapports avec les femmes, avait suivi cette période de politesse raffinée, en partie contemporaine de la brillante jeunesse de Dufresny.

Page 106. — (l) Var. Ainsi porte le texte de 1699. Dans le texte de 1707, on lit : « ce sont des feux plus solides que les feux de l' Hymen », — ce qui est évidemment une erreur d'impression.

Page 112. — (x) Le « rôle»ici défini a été mis sur le théâtre par Dufresny, dans Le Double veuvage (1702), qui est une de ses meilleures comédie^. On y voit un Intendant et sa femme que l'on a persuadés, chacun de son côté, d'un veuvage subit, et qui feignent une douleur inexistante. Ils se rencontrent l'un l'autre vers la fin de la pièce, à leur grand désappointement.

Page 116. ■ — (r) Par ces maisons dont chacune est un empire, Dufresny entend désigner les très nombreux collèges du quartier latin : chacun avait ses règles spéciales, ses armoiries, et le principal y exerçait une autorité de souverain. La dernière phrase fait allusion au Collège des Quatre nations, qui occupait les bâtiments affectés présentement à l'Institut. Il avait été fondé par testament de Mazarin pour élever soixante gentilshommes « des provinces nouvellement venues ou retournées sous la puissance du roi » : c'est à savoir Pignerol (nation italienne), l'Alsace (nation allemande), le Roussillon, la Sardaigne et Conflans (nation espagnole), enfin les provinces flamandes. Il avait été inauguré dix ans auparavant, en 1688.

Page 117. — (*) Pour comprendre ce que Dufresny

dit ici des systèmes, il faut se souvenir que la physique faisait ftiOrs partie de la philosophie, et ne s'en distinguait pas.

La suite du paragraphe fait allusion à l'aimant, aux petits corps on atomes de là doctrine d' Epicure, au baromètre, au thermomètre, à l'hygromètre.

Page 118. — (1) L'auteur donne lui-même la clef de ce paragraphe dans sa Table des matières, où il le résume par les mots : Aristote et Descartes. — ' On sait quelles étaient à la fin du xvne siècle, au temps de Malebranche et de Fontenelle, les luttes des cartésiens contre la philosophie traditionnelle, qui se réclamait d Aristote.

(2) Ce paragraphe est fait d'équivoques sur difi'érents termes de la philosophie ancienne Les accidents dans la doctrine d'Aristole sont les modifications passagères de l'être : on les oppose en général à la substance. La privation, dans la même doctrine, est la négation absolue, hecltaud, et le froid, le sec et Y humide sont dans l'ancienne physique, les « quatre premières qualités ». La matière subtile, les tourbillons appartiennent au système de Descartes. L'horreur du vide est un principe de la physique, antérieurement aux expériences de Torricelli.

Page 120. — (1) Ce paragraphe est, lui encore, fait d'équivoques. Le mot cliinatérique, au xvtie siècle, n'avait aucun rapport avec le mot climat : il avait exclusivement le sens qu'il conserve aiijWir-

d'hui dans l'expression année climatérique, laquelle signifie : année critique. D'autre part, le mot rafraîchissant s'applique spécialement, en termes de médecine, aux substances propres à diminuer la température du corps. Dufresny veut donc dire que la Faculté de médecine est une région, une zone critique, dont l'atmosphère « refroidit » ceux qui s'y aventurent — ou en un mot une zone mortelle.

Page 121. — (x) Ce passage est une satire des remèdes du temps, et vise en particulier l'abus de la saignée.

Page 122. — (x) Les charlatans pullulaient à Paris sous le règne de Louis XIV. L'ouvrage de Jean Bernier, Essais de médecine, où il est traité de V histoire de la médecine et des médecins (1689, in-4°), consacre un long chapitre (IIIe partie, ch. xvi) à les cataloguer. Il cite dans leur nombre (p. 454) un certain Barbereau, « qui n'eut qu'à déguiser l'eau de Seine et à lui changer le nom pour la mettre à bien plus haut prix que le vin de Champagne... (L'eau) qui partait de chez lui dans de certaines bouteilles était... scellée du sceau de la fontaine perpétuelle». C'était de l'eau pure, avec une très petite dose d' « antimoine vitriolé ». On donnait de cette eau « depuis dix jusqu'à trente louis d'or ». Cela se passait vers 1669, et correspond assez bien avec ce que dit Dufresny, sauf que ce nom de Barbereau ne semble pas celui d'un étranger, et aussi que trente sols ne sont pas trente louis d'or...

Peut-être s'agit-il d'un émule de Barbereau, dont le souvenir s'est perdu. — Nous devons la matière de cette note à l'obligeance de M. le Dr Paul Dorveaux, bibliothécaire en chef de l'Ecole de pharmacie de Paris. Les Commentaires manuscrits de la Faculté de médecine fo.it connaître un grand nombre de poursuites exercées contre des « empiriques » : mais ces affaires ne sont pas relatées avec une précision suffisante pour permettre, dans le cas présent, une identification.

(2) Lesage a reproduit cette pensée sous une forme pittoresque dans son Diable boiteux (ch. vi, éd. de 1707) :

« Considérez plus loin deux hommes que l'on ensevelit. Ce sont deux frères ; ils étaient malades de la même maladie, mais ils se gouvernaient différemment ; l'un avait une confiance aveugle en son médecin, l'autre a voulu laisser agir la nature. Ils sont morts tous deux : celui-là, pour avoir pris tous les remèdes de son médecin, et celui-ci, pour n'avoir rien voulu prendre. ■ — - Cela est fort embarrassant, dit Don Cléofas. Eh ! que faut-il donc que fasse un pauvre malade ? — C'est ce que je ne puis vous apprendre, repartit le diable ; je sais bien qu'il y a de bons remèdes, mais je ne sais s'il y a de bons médecins. »

Dufresny suit, plus nettement que Lesage, la doctrine de Molière, suivant laquelle « la nature est bonne » : on sait que cette doctrine est exposée tout au long dans la scène fameuse du Malade

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imaginaire (III, 3) où Argan discute avec son frère Béralde. D'une façon générale, on note de grands rapports entre les propos de Béralde et tout le présent Amusement.

Page 124. — (x) Pour l'intelligence de ce passage, et en particulier de la lettre qui va suivre, il est nécessaire de donner quelques notions sur la façon dont se jouait le lansquenet à cette époque. (Nous les tirons d'une Académie des jeux anonyme.) Un banquier est désigné par le sort (et par là s'explique l'allusion de ce paragraphe du début). Les cartes mêlées et coupées, ce banquier (que le Siamois nomme sacrificateur) distribue une carte découverte à chacun des autres joueurs (il étend sur Vautel des feuillets détachés). Chaque joueur met sur sa carte une somme convenue (chacun des assistants y met une offrande). Puis le banquier se donne une carte qu'il découvre. Il tire ensuite d'autres cartes (il porte sa main sur le Peste du livre), et c'est de ces cartes que dépend la perte ou le gain de tous les intéressés dans la partie (il est donc naturel que le sacrificateur tremble et soit saisi de crainte). En effet, toutes les fois que le banquier amènera une carte semblable à quelqu'une de celles qu'il a déjà tirées, il gagnera ce qu'on a joue sur la Carie tirée la première (ce qui explique qu'à chaque feuillet retourné, les assistants soient agités). Mais si avant d'amener des cartes semblables à celles qu'il a déjà tirées, il amène la sienne, il perd

tout ce que les autres joueurs ont mis sur les différentes cartes qu'on a pu tirer jusqu'alors (et dans ce cas le sacrificateur entre en fureur). Plusieurs complications diversifient cette donnée générale. — Introduit en France par les lans quenets de Henri IV, ce jeu, au temps de sa plus grande vogue, avait été interdit par Colbert. Mais il se jouait couramment dans les tripots alors si nombreux à Paris.

Page 125. — (1) Dufresny confond ici les combats d'athlètes des Grecs (où l'on ne s'entre-tuait nullement) et les combats de gladiateurs des Romains. Il n'était pas grand clerc, et professait pour les « érudi lionnes » un mépris qu'il exprime dans toute sa force au cours de son Parallèle d'Homère et de Rabelais.

(2) Au lansquenet, certain coup très défavorable au banquier se nomme un coupe-gorge.

(3) Cette Lettre siamoise est l'endroit des Amusements qui par la forme et les procédés se rapproche le plus des Lettres persanes. Aux yeux de certains critiques, c'est là que Montesquieu aurait pris l'idée de son livre. (Voir l'Introduction, p. 40). A tout cet amusement sur le jeu, il y a lieu de comparer, au point de vue du sujet et des idées, la lettre 56, Usbek à Ibben (sur les joueurs, et en particulier sur les joueuses).

Page 12(i. — (x) Les Asiatiques se tiennent assis dans leurs cérémonies religieuses, mais assis «à l'orien taie a (dans la pose du Bouddha), et non point, assis sur

2CÔ NOTES

des sièges, comme les joueurs français. La comparaison est tout approximative.

(2) Les cartes à jouer étaient alors des gravures sur bois, en général très médiocres, et coloriées à la main de façon grossière. (Voir l'ouvrage de M. Henry-René d'Allemagne, Les Cartes à jouer du XIVe au XXe siècle (1906), et les reproductions qu'il contient.)

Page 128. — (x) Dufresny qui tire ici le rideau, a été moins discret au théAtre. Passionné lui-même du jeu, il avait mis son vice sur la scène dans son Chevalier joueur (1696), d'où il accusa Regnard d'avoir tiré l'idée du Joueur. La pièce étant tombée à la première représentation, il la transforma, fit du héros une héroïne et donna en 1709 La Joueuse : on y voit une femme de riche bourgeoisie voler son mari, disposer de la main et de la dot de sa belle-fille pour satisfaire sa passion. Cette seconde pièce fut également un insuccès. Comparer d'autre part les pages 151-152.

(2) Voltaire a fait la même remarque, dans son Dictionnaire philosophique (au mot Académie) : « Ce litre a été tellement prodigué en France qu'on l'a donné pendant quelques années à des assemblées de joueurs qu'on appelait autrefois des tripots. » ■ — ■ Dans la liste qui suit, Dufresny désigne : par Académie de musique, l'Opéra, officiellement nommé Académie royale de musique et fondé en 1672 ; par Académie pour observer le cours des astres, l'Académie des sciences, fondée

en 1666, qui comprenait une section d'astronomes ; par Académie pour régler le cours des mots, l'Académie française, qui venait de publier, en 1694, la première édition de son dictionnaire. Par les mots Académie d'éloquence et de peinture, il semble qu'il fasse deux allusions différentes : à l'Académie française (pour la seconde fois) et à l'Académie de peinture et sculpture, fondée dès 1643. Quant aux Académies d'armes, elles étaient en assez grand nombre à Paris, de même que les Académies bachiques. Reste Y Académie de philosophes, qui peut-être désigne une assemblée privée, telle que l'Académie libre du Luxembourg (1692) ; mais il paraît bien que la pbrase ait été introduite surtout par souci de symétrie, et par souvenir du sens étymologique du mot : la première « Académie » fut en effet une réunion de « philosophes ». Tout ce passage est écrit un peu au hasard et sans précision.

Page 129. — (x) Sur la vogue croissante des café6 et sur le déclin des « traiteurs », voir l'Introduction, p. 34. Dans les cafés (qui avaient fait leur apparition à Paris environ vingt-cinq ans plus tôt), le service était assuré par des femmes, que Dufresny, au paragraphe suivant, compare à des Armide, c'est-à-dire aux magiciennes d'un palais enchanté. Les cafés tendaient à remplacer les cabarets, et on y servait déjà des liqueurs (au nombre desquelles la « fenouillette »). Voir la comédie de J.-B. Rousseau, Le Café (1694), et

consulter Les Nouvellistes de M. Funck-Brentano, p. 219 à 241.

(2) Comparer les Lettres Persanes (lellre 36, Usbek à Rhédi) : « Le café est très en usage à Paris : il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue. Dans quelques-unes de ces maisons, on dit des nouvelles ; dans d'autres, on joue aux échecs. Il y en a une [la maison Procope] où l'on apprête le café de telle manière qu'il donne de l'esprit à ceux qui en prennent : au moins, de tous ceux qui en sortent, il n'y a personne qui ne croie qu'il en a quatre fois plus que lorsqu'il y est entré. »

Page 130. — (x) Dans la rue des Bourdonnais (qui a conservé ce nom) et les rues avoisinantes (notamment la rue aux Fers), se pressaient, à cette époque, les magasins des « marchands d'étoffes de soie ». C'est en parlant de ces étoffes particulièrement précieuses que Dufresny peut dire : « les lingots d'or et d'argent s'[y] mesurent à l'aune ». (On sait que l'aune était la mesure de longueur spéciale aux tissus.)

(2) La Table des matières donne la clef de ce paragraphe : « le pays de la friperie ». D'un côté de la Grande Halle, dit le guide plus haut mentionné, « est une galerie nommée les Piliers des Halles ; elle est remplie de boutiques des marchands fripiers ». « Près de là, ajoute-t-il, est le lieu appelé la Friperie, où l'on fait le plus de commerce de vieilles hardes, linges, meubles et autres

marchandises de hasard. » (Curiosités de Paris, p. 138-189.)

(3) La table donne encore la clef : « le pays des halles ». Le grand jardin pavé, c'est la Grande Halle, « où l'on apporte et où l'on vend, dit nuire guide, la plus grande partie des fruits, herbages et denrées qui se consomment dans cette grande ville ».

Page 131. — (*) La Grande Halle était alors une place découverte, et les marchandes s'y abritaient des intempéries dans un tonneau : c'était là un usage commun à toutes les marchandes en plein air.

(2) Il y avait alors dans Paris un certain nombre d'alchimistes, qu'on nommait aussi souffleurs ; et pour les non-initiés, leurs travaux se réduisaient à une vaine recherche de la pierre philosophale. Comparer les Lettres persanes, lettre 45, Rica à Usbek.

Page 133. — (1)A cette époque, en termes de société, le cercle, c'est proprement « la compagnie des princesses et des duchesses assises en rond à droite et à gauche de la Reine ». Par extension, le mot s'appliqua également « à toutes les assemblées qui se font dans les maisons particulières chez les dames ». (Dictionnaire de V Académie, xvme siècle. Le second sens manque dans la lre édition, 1694.)

Page 142. — (x) Noise est en italiques dans le texte de 1707 en accord avec un curieux erratum de

la première édition : Ce mot doit être en lettre italique, comme un mot proverbial et quon donne pour tel.

Page 143. — (1) Le grand deuil comportait alors des vêtements noirs et un manteau long, également noir, dont la queue finissait en pointe. Le crêpe s'attachait au chapeau, et tombait jusqu'à terre.

Page 145. — (x) On trouve une première idée de cet épisode dans le second acte du Négligent (1692). On y voit un « Sénéchal » en deuil affecter une grande douleur de la mort de son père, puis sur un mot de son interlocuteur se réjouir en riant des « bonnes nippes » qu'il a trouvées chez le défunt, et dont il apporte une partie sur lui, pour les jouer. La situation sera reprise dans La Joueuse (1709) : le maître à chanter Triolet revient en grand deuil de l'enterrement de sa femme, et deux personnes qui aiment la plaisanterie s'entendent pour le conduire petit à petit, « par l'amour-propre », à chanter « en gambadant » une de ses cantates des plus gaies. On l'avertit au moment le plus vif, et il est tout confus (acte IV, scène iv).

Page 148. — (x) C'est là une erreur de Dufresny — qui pourtant avait le goût du jardinage — . Selon les naturalistes modernes, les branches, qui ont reçu du tronc une sève brute, lui renvoient une sève élaborée, propre à la nutrition. La « circulation de la sève » — - sinon sa transformation — ■

était connue depuis les travaux de Malpighi (mort en 1694) ; mais elle était contestée par certains savants, disciples de La Quintinie (mort en 1688). Voir à ce sujet l'ouvrage : Curiosités de la nature et de V art sur la végétation, par l'abbé de Vallemont (2e édition, 1705, cb. iv, p. 153).

Page 151. — (x) Dufrcsny, dans ce portrait, oublie la promesse qu'il avait faite de « tirer le rideau » sur les déportements des joueuses. Voir ci-dessus la p. 128, et la note.

Page 156. - — (x) L'épisode qui commence ici a été imité de très près par Balzac, à qui il a fourni l'intrigue et la scène centrale de La Paix du ménage. (Voir l'Introduction, p. 42.) Nous donnons ci-dessous les passages principaux de cette scène, afin qu'on puisse juger combien l'imitation a été littérale :

(Martial de La Roche-Hugon vient d'aborder la jeune comtesse de Soulanges, et « il fait jouer par maintien le beau diamant qui orne le doigt annulaire de sa main gauebe >;) :

... « Elle sourit, et ce sourire sembla mettre fin à la lutte de tous les sentiments qui se heurtaient dans son cœur ; aussi le baron fut-il ravi. Elle prit de la manière la plus séduisante la main gauche de son adorateur, et lui ôta du doigt la bague sur laquelle elle avait fixé des yeux animés par tout l'éclat de la convoistie.

— Voilà un bien beau diamant '... s'écria-l-elle

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doucement et avec la naïve expression d'une jeune fille qui laisse voir les chatouillements d'une première tentation.

Martial, ému de la caresse involontaire, mais enivrante que la comtesse lui avait faite en dégageant le brillant, la regarda avec des yeux aussi étincelants que la bague.

— Portez-la, lui dit-il, en souvenir de cetle heure céleste, et pour l'amour de...

Elle le contemplait avec tant d'extase qu'il n'acheva pas, il lui baisa la main.

... Elle mit la bague à son doigt. Martial, comptant sur un prochain bonheur, fit un mouvement, mais la comtesse se leva tout à coup, et dit d'une voix claire qui n accusait aucune émotion : Monsieur, j'accepte ce diamant avec d'autant moins de scrupule qu'il m'appartient.

Le maître des requêtes resta immobile, la bouche béante.

— M. de Soulanges le prit, il y a six mois, sur ma toilette et me dit l'avoir perdu.

— Vous êtes dans l'erreur, Madame, dit Martial d'un air piqué, car je le tiens de Madame de Vaudremont.

— Précisément, répliqua-t-elle en souriant, mon mari m'a emprunté cette bague, la lui a donnée, elle vous en a fait présent. Eh ! Monsieur, si elle n'eût pas été à moi, soyez sûr que je ne me serais pas hasardée à la racheter au même prix que la comtesse. ..Mais, tenez, ajouta-t-elle en faisant

jouer un ressort caché sous la pierre, les cheveux de M. de Soulanges y sont encore...

Elle poussa un rire éclatant et railleur, puis elle s'élança dans les jardins avec une telle prestesse qu'il paraissait inutile d'essayer de la rejoindre. D'ailleurs, Martial, confondu, ne se trouva pas d'humeur à tenter l'aventure. » (p. 365 à 307, éd. de 1830.)

(Comparer avec les pages 150 à 159 du présent livre).

Balzac a également mis à profit pour son roman la description du cercle (de façon générale), le caractère de la médisante (p. 138 à 140) et divers détails épars.

Page 100. ■ — (1) Comparer dans les Lettres persanes la lettre 48, Usbek à Rhédi. Usbek se trouve « dans un grand cercle b et pose des questions à un ami renseigné : « Qui est cet homme, lui dis-je, qui nous a tant parlé des repas qu'il a donnés aux grands, qui est si familier avec vos ducs, et qui parle si souvent à vos ministres qu'on me dit être d'un accès si difficile ?... — Cet homrr.e, me répondit-il en riant, est un fermier. Il est autant au-dessus des autres par ses richesses, qu'il est au-dessous de tout le monde par sa naissance... » Toute cette lettre 48 a beaucoup de rapports avec le Cercle bourgeois, et la comparaison est intéressante.

Page 103. — (*) Cette allusion semble volontairement vague. Dans les ouvrages contemporains

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sur le Siam, on ne trouve aucune mention d'oiseau sacré. D'autre part, le pluriel des peuples paraît indiquer que le mot nous doit être pris dans un sens très large : il doit s'agir de tous les Orientaux, que le xvne siècle ne différenciait guère les uns des autres. (Comparer ci-dessus, p. 126, « nos sacrifices », et la note (*).) L'allusion pourrait alors s'appliquer, par exemple, au paon, oiseau sacré des Hindous.

(2)* Ce caractère a été repris et développé dans la comédie Le Faux honnête homme (1703). Le principal personnage Ariste, sorte de Tartufe laïque, se pique de la probité la plus stricte, et se vante de pousser jusqu'au vice la sincérité, la libéralité, le désintéressement. (Voir en particulier la scène n de l'acte II.) Mais cet homme d'honneur rigide est en réalité un intrigant, qui cherche à s'approprier indûment un héritage. Cette comédie en prose a été refondue et mise en vers par Dufresny vers la fin de sa vie, sous le titre : Le Faux sincère. La nouvelle version fut jouée avec succès après la mort de l'auteur, en 1731.

Page 169. — (x) Il y a dans ce portrait des réminiscences très marquées du Théodecte de La Bruyère (chap. v, De la Société et de la conversation, 7e édition, 1692) :

« J'entends Théodecte de l'antichambre : il grossit sa voix à mesure qu'il approche. Le voilà entré : il rit, il crie, il éclate ; on bouche ses oreilles, c'est im tonnerre. Il n'est pas moins redoutable

par les choses qu'il dit que par le ton dont il parle... Il rappelle à soi toute 1 autorité de la table, et il y a un moindre inconvénient à la lui laisser entière qu'à la lui disputer... Je cède enlin et je disparais, incapable de souffrir plus longtemps Théodecte et ceux qui le souffrent. »

Page 179. — (1) Le « voyage » se termine comme il avait commencé, par l'éloge de Louis XIV (voir ci-dessus la p. 64 et la note) : mais les louanges vont ici à l'homme, non plus au roi.

Page 181. — (*) Cette table est l'œuvre de Dufresny lui-même, ainsi que l'avertissement qui la précède. Mais elle appartient à la première édition, et a été reproduite, dans la seconde, telle quelle, sans aucune mise à jour. Aussi ne tient-elle aucun compte des additions faites au texte primitif. D'autre part, Dufresny avait disposé sa table, dans la première édition, de façon assez curieuse : toutes les pages étaient mentionnées une à une par leur chiffre, chacune sur une ligne. Si le même sujet se continuait d'une page à l'autre, le chiffre était simplement précédé d'une rangée de points. C'est pour cela que l'avertissement dit : « Cette table suit l'ordre des pages du livre, qui sont toutes chiffrées de suite. » Dans la seconde édition fut adoptée une disposition m ins originale et moins encombrante, que nous imitpns.

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