‹ Amy Robsart. Les jumeauxChapitre 122 sur 156 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE MASQUE, ALIX, au fond, dans la cheminée, LE GEOLIER. En haut, danslla galerie, LE SOLDAT.

Alix, de son côté, Ûxe sur le prisonnier des yeux pleins d'amour et de compassion.

LE MASQUE

La voilà! — qu'elle est belle!

Et le jour, et la vie, et la joie avec elle !

Joignant les mains.

Oh ! laisse, ôtre charmant, femme, apparition. Laisse-moi t'adorer; car un divin rayon Va, comme d'une étoile aux cieux épanouie, De ton œil lumineux à mon âme éblouie ! Car en te regardant je vois clairement Dieu !

— Ta tète aventurée en ce sinistre lieu

Se couronne pour moi d'auréoles étranges; — Car tu dois ôtre un ange, et le meilleur des anges, Toi qui viens tous les jours dans ce cachot affreux. Et qui, douce au milieu de ces murs ténébreux,'' Jusqu'au pauvre captif qu'on voile et qu'on enchaîne. Fais monter tant d'amour à travers tant de haine !

— Depuis un mois tu viens, et chaque jour, tu vois, Je suis plus enivré que la première fois !

ALIX, s'avançant vers lui.

Ami !

LE MASQUE, sans se leTer.

Viens à présent, beau front que rien ne souille, Viens que je te contemple et que je m'agenouille !

— Avant tout, jure-moi que tu viendras demain ! — Ta main ! — Que je voudrais pouvoir baiser ta main ! Ton adorable main si jolie et si pure !

Il presse la main d'Alix sur sa poitrine.

Oh ! le Seigneur a mis pourtant, je te le jure,

Sous ce masque une bouche, un cœur sous ce linceul.

]1 so lève.

Je dois te faire peur, n'est-ce pas? J'étais seul

Tout à l'heure, attendant l'heure où ton Dieu t'envoie,

— Pardonne ! — j'ai maudit ce Dieu qui fait ma joie ! Il me semblait — vois-tu, je comptais les instants — Que le rayon de jour mettait bien plus de temps Qu'à l'ordinaire encor pour gagner cette dalle, —

Et puis ce masque noir... cette voûte infernale... —

Quelqu'un qui m'aurait vu m'aurait pris pour un fou !

Mon esprit s'en allait chercher je ne sais où

Des rêves, des jardins, des champs pleins d'étincelles

Où volaient des essaims dont j'enviais les ailes ;

Je pleurais, j'écoutais si j'entendrais tes pas;

Et je ris maintenant ! — Mais tu ne le vois pas.

— Tenez, vous êtes belle et charmante, madame.

Il la conduit au fauteuil.

Assieds-toi là. Causons. Si tout le jour, mon âme. Je t'avais près de moi, même en ma sombre tour. Tout le jour je rirais. Vous êtes mon amour!

— Vraiment j'avais besoin de te voir !

ALIX

0 misère !

Toutes les fois que j'entre ici. mon cœur se serre. Pauvre infortuné I

LE iMASQUE.

Non. Ne parle point ainsi.

Plus de tristes di;«cours. Je suis heureux. Merci !

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