‹ Amy Robsart. Les jumeauxChapitre 17 sur 156 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

moi, ma bien-aimée Amy. Un temps plus heureux viendra, et, s'il ne vient, je saurai l'amener. En attendant, ne gâte pas ces adieux par une prière que ton intérêt même me

défend de satisfaire. (U se lève pour embrasser Amy et repousse le fauteuil qui recule bnisquniiiont cl laisse Flibbciti^ibbct à découvert.)

LËIC ESTER , apercevant Flibberligibbcl.

Qu'est cela? (Il s'arrache des bras d'Amy étonnée et se i>rt'ri|Mio >;nr >»»

jeune homme.) Que fait là ce drôle?

FLIBBERTIGIBBET, levant hardiment la tête.

Vous le voyez, gracieux seigneur : j'assistais incognito, comme le jaloux Odragonal, aux entretiens du beau Mériandre et de la belle Indamira. J'écoutais.

LEICESTKR.

Oui? Eh bien ! tu auras écouté aux dépens do tes oreilles!

FLIBBERTIGIBBKT.

C'est probable.

LEICESTER

Qui es-tu?

FLIBBERTIGIBBET.

Ce qu'il vous plaira. Un mort ou un vivant. Un mort, si tel est le bon plaisir de votre poignard ; sinon, un vivant, et un vivant qui aime mieux la fin d'un repas que le commencement d'une dispute.

LEICESTER

Impudent railleur! Tu joues avec la corde de ton gibet.

38 AMÏ noiJSAirj'.

FLinnKRTIGinHKT.

Faute de la pouvoir couper.

L E I C E ST E R , violcmincnl agité.

C'est quelque émissaire de lord Sussex et de mes ennemis. Va, ton audace sera punie, à faire trembler tous tes pareils.

Ils sont rares!

LE IC ESTER

L'effronterie est peu commune! Il faut pourtant que je sache qui l'avait aposté là. — Écoute, maraud; tu as mérité la mort, mais tu peux obtenir merci en me disant de qui tu es ici le misérable instrument.

FLIBBERTIGIBBET.

Pour sauver ma vie? Ce serait une lâcheté.

LE IC ESTER

Je puis pour toi plus encore que te donner la vie. On te paie sans doute pour faire ce métier d'espion; dis-moi combien, et, si tu ajoutes qui, tu auras le centuple de ce qui t'est promis. Révèle-moi cette misérable intrigue...

FLIBBERTIGIBBET.

Pour faire ma fortune? Ce serait une bassesse.

LEICESTER

Quoi ! menaces et promesses ne peuvent rien sur toi î La force aura peut-être plus d'eff"et. Qui t'a fait cacher là? dis-le-moi! sinon...

ACTK I, SCKNK VII. 39

FLIBHKRTI(;iBBET.

Je nie soucie de vous le dire ou de vous le taire comme des sept branches de la lampe merveilleuse, et, si vous l'aviez demandé autrement, je vous aurais probablement répondu, celui qui m'a Jeté dans ce mauvais pas étant un vil intrigant que j'eusse été ravi de punir. Seulement, haut et puissant seigneur, me taire étant la seule supériorité qui me reste devant vous, je ne vois pas pourquoi j'y renoncerais.

LKICESTER.

Ah! c'est trop! (ii urcson poignani.) Traître, tu vas mourir!

FLIBBKRTKiIBBET.

Bon ! le secret mourra donc avec moi.

A M V, retenant avec c.Troi le bras du cùnitc.

Milord! mon Dudley! qu'allez-vous faire? Terminer notre douce causerie d'amour par un meurtre!

L E I G E s T E R, le poignard levé.

Oui, afin qu'elle ne se termine pas par une catastrophe plus sinistre encore.

Ah! grâce pour ce malheureux, milord!

FLIBBERTIGIBBET, h part.

Elle est adorable !

LEICESTER

Amy, ne me retenez pas ! ce misérable est un espion !

Non, milord! Voyez cet accoutrement. C'est quelque baladin, ou tout au plus un fou.

40 AMY UOBSAIIT.

FLIBBERTIGIBBKT.

C'est cela, défendez-moi, noble dame ! 11 y a une parenté entre nous ; je suis fou comme la lune, et vous êtes belle comme le soleil.

AMY, souriant.

Vous voyez bien qu'il est insensé! Allons, milord, poignarderez-vous sous les yeux de votre Amy ce malheureux sans défense? Grâce! pitié! Je réclame de votre chevalerie la merci des dames. Accordez-moi cette pauvre

vie. Allons ! allons ! (eIIc prend Ic poignard des mains du comte, qui la regarde en souriant et ne lui oppose qu'une faible résistance.) DOUnCZ Ce

vilain poignard, monsieur, et qu'il cesse d'occuper une place près d'un cœur qui est tout à moi. {Eiie jette la dague par

la fenêtre ouverte.)

FLIBBERTIGIBBET.

Vilain poignard ! peste ! une vraie dague de Tolède, damasquinée d'or!

LEICESTER

Vous êtes une enfant, Amy! En épargnant cette vie, vous exposez peut-être la vôtre et la mienne.

AMY, vivement.

Ne le croyez pas ! Un acte de clémence ne saurait porter malheur. D'ailleurs, comment le sort de l'aigle pourrait-il dépendre de...?

FLIBBERTIGIBBET.

Du roitelet. Laissez-moi choisir moi-même l'animal.

Allons, milord, qu'il ne soit pas dit que vous m'ayez

tout refusé aujourd'hui. (Lelcestcr la serre dans ses bras. Elle se tourne Tivemcnt vers Flibbertigibbet.) Tu àS ta grâce.

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